No°6 – Après 02 : Retrouvailles

Disclaimer : Les personnages et l’univers de N°6 appartiennent exclusivement à Atsuko Asano.

No°6 – Après

Chapitre 02 : Retrouvailles

S’il y avait une chose que Shion aimait bien avec les simples téléphones audio, c’était qu’on pouvait discuter avec la personne en faisant ce qu’on voulait puisqu’elle ne nous voyait pas.

Ce qui lui permettait par exemple, ce jour-là, de tricoter tranquillement en négociant des accords très importants avec N°3 et plus exactement le fils aîné et héritier du Califat de Téhéran, Ahmed Ibn Ibrahim, un jeune homme de son âge avec lequel il s’entendait très bien.

Shion tricotait une écharpe noire pour Yui. Bon, c’était un peu tard puisque le printemps pointait, mais ça n’était pas grave… Il l’aurait pour l’hiver suivant. Shion aimait bien tricoter. Ça le détendait.

« … Bon, mais si je t’envoie les ingénieurs contre ton matériel médical,… On fait quoi pour le projet de raffinerie ? demanda Ahmed.

– Ben là-dessus, je ne peux plus rien pour toi… On a abandonné les énergies fossiles, ici. Tu sais bien… On fonctionne à l’énergie géothermique, maintenant.

– Exact…

– Par contre, j’ai des gens très intéressés par ta technologie aérienne…

– Ah ?

– Oui…

– Moi, j’avoue que ta géothermie me travaille. Père ne veut rien entendre, mais nos réserves de pétrole ne seront pas éternelles…

– Ça peut se gérer… Discrètement… Parce que j’imagine que ton cher papa ne veut pas en entendre parler ?

– Comment t’as deviné…

– Je commence à cerner le personnage. »

Ahmed rit de bon cœur et Shion sourit. Sur son bureau, Hamlet faisait sa toilette et Macbeth et Iago se coursaient. Son écran d’ordinateur était en veille, des images d’animaux et de paysages anciens défilaient. Shion regarda son tricot en reprenant :

« Il suffit que tu m’envoies des étudiants ingénieurs à former…

– Tu ferais ça ?

– Ben oui.

– Tu nous livrerais cette technologie comme ça ?

– La chaleur de la Terre est à tout le monde, Ahmed. Tu préfères aller pleurer après le gaz de N°4 ?

– Mon père compte sur le pétrole de N°2.

– Et il a tort. N°2 aussi est en train d’épuiser ses réserves… Et Sullivan n’est de toute façon pas partageur.

– Alors que nous aurons tous disparu bien avant que la Terre ne refroidisse…

– Tout à fait.

– Je dois t’avouer que tu as impressionné beaucoup de monde avec ça.

– Ah ? »

Shion vit son écran se remettre en marche. Une petite enveloppe clignotait en son centre. Verte, adresse reconnue.

Il lâcha une aiguille et passa son doigt sur l’enveloppe. Message d’Adrian :

« T’as intérêt à être à l’heure à l’entraînement ce soir, sinon on vient te chercher !… Ça te botte une petite mousse après ? »

Il sourit.

« Oui… Assurer ta complète indépendance énergique en moins d’un an, ça en a mouché pas mal. »

Shion rigola.

Alarmées de ne plus recevoir aucun signal de N°6, les autres villes s’étaient vite mises d’accord pour envoyer quelques avions voir ce qui se passait. Enfin, dans les faits, c’était surtout N°5 (l’ancienne Europe) et N°3 (ce qui restait du monde arabe) qui avaient unilatéralement réagi. N°1, la zone africaine, manquait d’avions et N°2, la zone nord-américaine et N°4, la zone russe, avaient fait semblant de s’inquiéter officiellement.

Les équipes de N°5 et N°3 avaient donc découvert avec stupeur une ville en ruine, dont la grande majorité de la population était morte, mais dont les survivants s’organisaient avec énergie, guidés par un adolescent de 16 ans aux cheveux blancs et aux yeux rouges…

N°2 et N°4 s’étaient bien évidemment très vite réveillées lorsqu’il avait été clair qu’il y avait des besoins et donc de l’argent à se faire, quelques semaines plus tard. Persuadés d’avoir à faire un simple gamin, les négociateurs s’étaient vite cassé les dents sur Shion et son sourire aussi mignon que redoutable.

Shion était toujours très gentil, mais ses mois à Bloc Ouest, les leçons de Nezumi, et l’attaque du centre correctionnel avaient par contre eu raison de sa naïveté. Et il voyait venir de très loin les gens qui voulaient l’avoir. Yui dirait de lui plus tard qu’il était le plus redoutable joueur d’échecs qu’il ait jamais connu, avec toujours au moins deux coups d’avance sur ses adversaires.

Si N°3 et N°5 avaient proposé de l’aide gratuitement, disposées à nouer de bons contacts avec le nouveau pouvoir, les intentions trop clairement mercantiles de N°2 et N°4 avaient tourné court. En fait, peut-être auraient-elles obtenu quelque chose en venant tout de suite, mais trois semaines après la chute du Mur, les plans étaient au point et les travaux sur le point d’être lancés.

Ça avait été une des premières choses qui avaient séché le Conseil : un matin, quatre jours après la chute du Mur, Shion était arrivé, fatigué, pour annoncer qu’il avait calculé les besoins énergétiques de la ville et qu’en se restreignant un peu, ils avaient assez de pétrole pour tenir jusqu’à l’automne… Donc, le temps de construire (vite) une centrale géothermique… Dont il avait posé un premier plan « vite fait »… Mais bon, il n’était pas sûr des détails techniques, surtout qu’il l’avait « gribouillé » vers 4 h du matin.

Quelques heures plus tard, un groupe d’ingénieurs électriciens confirmaient l’exactitude de l’estimation et que le plan de la centrale était valable à 85 % environ, pendant que Shion baillait dans un coin, occupé à calculer le nombre d’écoles nécessaires vu l’estimation du nombre d’enfants survivants…

Si les relations avec N°4 étaient plutôt neutres, N°2 ne portait pas le nouveau pouvoir de l’ex-N°6 dans son cœur. En effet, en arrêtant net les recherches en nouvel armement militaire, Shion avait rompu plusieurs accords secrets avec la ville américaine. Shion avait annoncé très clairement que, contrairement à ses prédécesseurs, il comptait bien respecter les Accords de Babylone et n’avoir une petite armée que pour sa sécurité intérieure.

« Que veux-tu !… Il semblerait que je sois absolument génial… » rigola Shion en recommençant à tricoter.

Ahmed éclata de rire.

Hamlet bâilla et vint se coucher tranquillement sur une petite pile de feuilles. Macbeth et Iago se coursaient toujours.

« Bon, reprit plus sérieusement le prince-héritier de Téhéran. Je vais devoir te laisser, Shion. Je vais réfléchir à tout ça, je peux te rappeler euh, fin de semaine ?

– Quand tu veux.

– Bonne fin de journée !

– À toi aussi. »

Shion raccrocha et posa son tricot. Il fit glisser le bois de son bureau pour découvrir son clavier et répondit aux messages d’Adrian :

« Passez me prendre ça sera plus sûr ! Pour la mousse, OK c’est ma mère peut garder Haru. Je l’appelle et je te confirme ce soir. »

Un lundi sur deux, Adrian et Yui se faisaient un devoir d’entraîner Shion au corps à corps. Le garçon était plutôt doué. Entre ça et de la natation régulière, le corps frêle était devenu nettement plus musclé. À 18 h tapantes, Shion avait rangé toutes ces affaires. Il enfila sa veste, prit délicatement Hamlet pour la mettre dans sa poche avant. Iago et Macbeth le suivirent lorsqu’il sortit dans le couloir et le précédèrent au galop. Il sourit en entendant la voix de Mlle Hisho :

« Général, vous ne pouvez pas entrer comme ça ! »

Shion coupa court à la dispute naissante :

« Je suis là, Adrian ! »

Le général, qui regardait la secrétaire avec sévérité, tourna vers lui et sourit :

« Tu es prêt ?

– Oui, on peut y aller. Bonne soirée, Mlle Hisho. »

Ils partirent.

« Tu as vendu Yui ?

– Oui, pour payer les bières de tout à l’heure. Non, en fait il fumait, il est resté à la voiture.

– Il fume trop.

– Ouais. »

L’entraînement se passa bien et comme Karan voulait bien garder Haru, Shion accompagna avec plaisir ses deux amis à un pub du centre-ville. La réouverture de la ville avait permis la venue de nombreux étrangers, notamment de N°5. Du coup, un couple d’Européens anglo-irlandais avait ouvert un pub et Adrian, né de parents anglais (des diplomates) avait vite été voir ça et l’ambiance feutrée du lieu lié à la qualité de la bière l’avait conquis. Il y avait donc très vite emmené Yui et un soir, ils avaient prévenu Karan et embarqué Shion sans sommation. Depuis, ils allaient régulièrement s’y poser, manger un vrai bon hamburger en buvant une bonne bière.

Les trois hommes se posèrent donc à leur table préférée, dans un coin. L’ambiance était tranquille et la pénombre confortable. L’endroit était tout en longueur, un long comptoir face auquel étaient alignées des tables rondes. Au fond, une petite scène, vide ce soir-là.

Les patrons avaient été surpris au début, puis intrigués, mais ils les aimaient plutôt bien au final.

Yui en était à sa troisième bière et commençait à être bien guilleret, Adrian savourait un bon whisky et Shion savourait lui sa quatrième Guiness tranquillement.

Yui avait ce soir-là d’alcool joyeux. Il charriait Adrian et sous-entendait des choses de plus en plus indécentes. Adrian ne faisait mine de rien et Shion se marrait doucement. Sur la table, Iago et Macbeth dévoraient une frite restée là et Hamlet un reste de hamburger.

« Bon, tu es paré pour les Russes, demain ? Finit par demander Adrian.

– Fin prêt ! Répondit Shion. J’espère qu’ils vont la jouer plus finement que la dernière fois… »

À ce souvenir, Adrian et Yui éclatèrent de rire.

Un diplomate de numéro quatre avait cru intelligent d’essayer, lors d’un rendez-vous, de saouler Shion à la vodka pour lui faire signer un accord très favorable à son pays.

Ce que ce diplomate ignorait, c’était que Shion était totalement insensible à l’alcool. Il aimait bien ça, mais ça ne lui faisait absolument aucun effet. C’était donc le Russe qui s’était retrouvé ivre et Shion qui avait réussi à lui faire signer un accord obligeant son pays à fabriquer 200 000 girafes roses par mois… Juste pour le plaisir de lui renvoyer sous courrier à l’ambassade avec un petit mot : « Merci pour la vodka, elle était excellente. »

Même si l’affaire était restée confidentielle, l’information avait dû circuler. Car si plus personne n’essayait de saouler le jeune homme, il était devenu habituel de lui offrir des alcools divers et souvent très fins.

Le téléphone de Shion sonna. Intrigué, il décrocha.

« Allô ?

– Shion, c’est Jacques… »

Inquiété par le ton grave de son presque beau-père, Shion fronça les sourcils.

« … Est-ce que tu peux venir, s’il te plaît ? Karan a fait un malaise…

– Quoi ? !

– Non, non, rien de grave, ne t’en fais pas… Sûrement juste un coup de fatigue… Elle travaille beaucoup trop.

-… Hmm… Grogna le garçon.

– Tu peux me croire, je suis médecin, je te rappelle… Enfin, c’est plus que du coup, si tu pouvais venir chercher Haru, ou dormir ici… Je voudrais pouvoir emmener ta mère à l’hôpital tôt demain matin pour lui faire passer des examens ?

– D’accord, j’arrive tout de suite. »

Il raccrocha et se leva :

« Je file, désolé. Apparemment, ma mère a fait un malaise…

– Houlà, ça ira ? Demanda Adrian.

– Jacques dit que ce n’est pas grave… »

Il eut un sourire.

« Finissez bien, et à demain.

– Rentre bien…

– Et bises à ta mère. »

Shion fit le plus vite possible chez sa mère. Jacques l’accueillit, l’air sérieux.

« Oh, te voilà déjà…

– Je n’étais pas loin… répondit Shion en enlevant sa veste. Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est Maman ?

– Au lit, mais elle t’attend. Elle m’est tombée dans les bras tout à l’heure, après le dîner… Fatigue à mon avis, mais bon, je pensais aussi à de l’anémie… C’est pour ça que je préfère qu’elle passe quelques examens.

– D’accord…

– Et Haru n’a rien vu, il était déjà couché.

– Je vais dormir ici, ça sera plus simple.

– Pas de soucis ! Va vite la saluer, elle ne dormira pas tant qu’elle ne t’aura pas vu.

– J’y vais tout de suite. »

Shion grimpa à l’étage. Il fit attention à être discret dans le couloir pour ne pas réveiller Haru et glissa la tête dans la chambre de sa mère.

Karan était couchée, l’air fatiguée, mais souriante, et lui fit signe :

« Bonsoir, Shion ! Désolée d’avoir écourté ta soirée. »

Il entra et vint s’asseoir près d’elle.

« Ce n’est pas grave… Adrian et Yui t’embrassent… Comment te sens-tu ?

– Juste fatiguée. Mais ne t’inquiète pas, comme je me sentais nauséeuse, je n’ai pas beaucoup mangé ces derniers jours. Ce n’est pas plus grave… Je vais faire plus attention.

– Nauséeuse… ? » releva-t-il, fronçant les sourcils.

Elle lui tendit les bras et il vint s’y blottir.

« Ne t’en fais pas, mon chéri. Je vais bien, je suis juste fatiguée. Je vais me reposer et tout ira bien.

– Moui…

– Tu dors ici ?

– Moui. »

Il embrassa sa joue :

« Je vais aller me coucher tout de suite… Tu te reposes aussi ?

– Oui, mon chéri. Passe une bonne nuit. »

*********

Marianne, Kaoru, Adrian et la chef de la diplomatie, Mme Gaikôkan, discutaient tranquillement dans la cour du palais, le lendemain matin. Les diplomates de N°4 étaient attendus pour le début d’après-midi et quelques détails restaient à peaufiner.

La voiture de Shion entra dans l’enceinte et se gara.

« J’espère que ça va, c’est rare qu’il ne soit pas le premier ici… » soupira Marianne.

Shion descendit, bailla et s’étira, récupéra un sac bien plus gros que d’habitude, et, devant les regards sceptiques de ces subalternes, il contourna sa voiture pour aller ouvrir la portière arrière et un peu plus tard, il venait vers eux avec son fils dans les bras. Il répondit à leur air ahuri :

« Je sais. »

Haru dormait encore à moitié.

« Euh,… Shion ? Qu’est-ce qui se passe ? Demanda Marianne.

– Il se passe que ma mère est à l’hôpital pour des examens et que la crèche est débordée à cause del’absence de deux éducatrices. Je n’avais donc personne pour garder Haru, alors je l’ai emmené.

– Euh… Vous êtes sûr que… balbutia Mme Gaikôkan, les yeux ronds.

– Mais oui ! Haru est très sage. Bon, je vous attends dans mon bureau, vers 10 h, je vais faire du thé, j’ai des pâtisseries d’hier à manger si vous voulez. »

Shion coucha Haru sur le canapé de son bureau, alla chercher dans un placard un plaid pour le recouvrir. Le petit garçon se bouina dessous et se rendormit. Hamlet, Iago et Macbeth se glissèrent sous le plaid.

La matinée passa tranquillement. Haru se réveilla vers 9 h et prit donc le thé avec son père et ses amis. Puis, pendant que Shion s’entretenait avec Mme Gaikôkan, le petit garçon se mit à jouer sagement par terre avec les souris.

Lorsque les deux diplomates russes arrivèrent, il dessinait.

Shion était inquiet, car Jacques ne l’avait toujours pas rappelé.

La discussion avec les Russes se passa bien. Ils étaient disposés à vendre à très bon prix à Utopia des métaux et des plantes diverses contre l’envoi d’ingénieurs et de techniciens en électricité. Les réserves de gaz s’épuiseraient bientôt chez eux aussi.

Haru offrait gentiment un dessin aux deux hommes lorsque le portable de son père sonna. Il sursauta et s’excusa : c’était enfin Jacques. Il sortit sur le balcon, laissant la porte-fenêtre ouverte. Mme Gaikôkan poursuivit très professionnellement la discussion. Le cri de Shion les fit tous sursauter :

« Comment ça ENCEINTE ?! »

Les deux Russes et la Conseillère se regardèrent, sceptiques, alors qu’Haru trottait jusqu’au balcon, suivi des souris :

« S’ion ? »

Un peu plus tard, Shion revint, l’air un peu sonné, Haru dans les bras et les trois souris sur les épaules. Il se rassit sur le canapé et soupira. Puis, il se reprit et sourit, alors qu’Haru se blottissait contre lui et bâillait.

« Où en étions-nous ?

– Est-ce que tout va bien, Monsieur le Président ? S’enquit un Russe.

– Oui, oui… Ma mère attend un bébé, ce n’est pas grave… Il faut juste que j’assimile l’information. Donc, nous disions ? »

Les négociations s’achevèrent paisiblement. Vers 16 h, Shion recoucha Haru endormi sur le canapé et ressortit sur le balcon.

Il faisait un radieux soleil depuis quelques jours, le printemps s’annonçait magnifique. Shion sourit doucement.

Bientôt…

Il remarqua soudain des nuages venant du nord, et que le vent semblait se lever également.

Son sourire s’élargit. Il ne lui semblait pas que la météo avait annoncé de la pluie, mais il était toujours ravi quand il y en avait.

Comme tout était réglé ce soir-là, il partit assez tôt, retourna chez sa mère, entre-temps rentrée, où il passa la soirée avec Haru, avant de rentrer chez eux. Il ne pouvait pas laisser la chienne et les autres souris plus longtemps.

Le vent avait gagné en intensité dans l’après-midi. Shion coucha Haru et s’attela à son journal, comblant le vide de la veille et racontant ensuite sa journée.

« … Pas qu’être grand frère à 20 ans me dérange, mais quand je pense qu’Haru va être plus vieux que son oncle ou sa tante, je me dis que ça va être un peu compliqué… Enfin, Maman va bien et elle est ravie. Jacques est un peu paniqué, mais très heureux aussi.

En fait, je crois que j’ai toujours regretté d’être fils unique. Ça doit être sympa de grandir avec des frères et des sœurs…

Bon allez, je m’endors sur le cahier. Je te laisse pour ce soir, mon amour. »

Le lendemain matin, la météo ne s’expliquait pas ce temps couvert, ce vent brutal, tourbillonnant et très irrégulier, ces averses désordonnées, et Shion, vautré à son bureau, s’ennuyait. Il n’avait pas envie de bosser, de toute façon rien n’urgeait et ce temps le rendait totalement rêveur…

Il avait envie d’aller courir sous la pluie…

Il se dit qu’il allait aller faire un tour dans le parc autour du palais présidentiel pour se vider la tête.

Hamlet, qui dormait sur le bureau, se dressa soudain, faisant sursauter Macbeth et Juliette qui chahutaient à côté. Shion, affalé sur son siège, amorphe, regarda avec surprise la souris blanche bondir et courir jusqu’à la double porte du bureau en couinant bien trop fort.

Alarmés, Shion, Macbeth et Juliette la regardèrent se mettre à gratter fébrilement la porte en gémissant désespérément.

Shion se leva et s’approcha rapidement :

« Hamlet ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Macbeth et Juliette suivirent en poussant de petits cris interrogatifs.

Hamlet cessa de gratter à la porte et se mit à tourner autour de Shion sans cesser de couiner. Shion s’accroupit en prenant la poignée de la porte :

« Tu veux sortir ?… »

Hamlet retourna à la porte et se remit à la gratter. Shion abaissa la poignée et tira. Il resta pétrifié.

Une autre souris se précipita, une souris presque rousse, de la couleur d’une pâtisserie…

« … Cravate… ? »

Elle lui tourna autour en couinant aussi, suivie par Hamlet, mais fila lorsqu’il voulut l’attraper et ressortit du bureau en couinant toujours, pour s’arrêter et le regarder.

Hamlet suivit, Macbeth et Juliette aussi et Shion se releva, sourcils froncés. Les souris filèrent à toute allure et Shion les suivit en courant, son cœur battant à s’en rompre. Cravate revenue… Est-ce qu’enfin ?!… Enfin… ?

Mlle Hisho vit avec surprise son président passer devant son bureau comme une flèche, et disparaître dans les escaliers. Les plantons de l’entrée principale, eux, virent d’abord quatre souris passer puis leur président, sans une veste ni un parapluie, qui les suivit sans leur adresser un regard et fila sous la pluie sans une hésitation.

Au grand portail principal, la demi-douzaine de vigiles étaient sur le qui-vive, trois d’entre eux entourant un grand gars assez costaud, sur l’épaule duquel Cravate grimpa à toute allure avant d’y sautiller en couinant, le faisant sursauter :

« … Mais qu’est-ce que… ?! »

Et lui et les vigiles virent avec stupeur Shion arriver en courant et s’arrêter, à bout de souffle, son regard allant de Cravate qui couinait au visage de l’homme, réellement surpris, un quadragénaire aux tempes grisonnantes, tenant un papier dans sa main.

« Euh, Monsieur le Président ? » tenta un vigile en s’approchant de Shion.

Une rafale de vent souffla et Shion écarta le vigile brutalement, les yeux braqués sur l’inconnu :

« Où est-il ?

– Hein ? »

Les vigiles n’en revenaient pas. Jamais, en trois ans, ils n’avaient vu leur président comme ça. Shion s’avança, presque menaçant :

« Celui que cette souris accompagne. Où est-il ? »

L’homme regarda les vigiles, qui restaient dubitatifs et sur leurs gardes, et tendit à Shion ce qu’il tenait. Cravate profita du contact pour refiler sur l’épaule gauche de Shion, sur lequel Hamlet était grimpée. Macbeth et Juliette étaient sur l’autre.

Shion regarda la photo, pliée, à moitié déchirée, et se mit à trembler.

« Le garçon qui est avec vous là-dessus ? » demanda l’inconnu.

… Un adolescent aux cheveux blancs regardant un bébé sous le regard tendre d’un garçon brun…

Shion jeta un regard bouleversé à l’homme qui y lut un mélange d’espoir et d’angoisse si intense que ça le sidéra.

Les vigiles se regardaient, de plus en plus surpris.

« Est-ce qu’il… » balbutia Shion.

Il ne parvint pas à finir sa phrase. L’homme se reprit :

« Je travaille à l’hôpital Nord, Monsieur le Président. On nous a amené ce garçon hier soir… Il était inconscient et l’est toujours, mais ses jours ne sont pas en danger, ne craignez rien. Simplement, il n’avait absolument rien sur lui qui puisse nous renseigner sur son identité… À part cette photo. »

Shion sentit une chape de plomb s’envoler de ses épaules.

« Vous pouvez me conduire à lui… S’il vous plaît ?… » bredouilla Shion, au bord des larmes.

Sur son épaule, Hamlet et Cravate se faisaient un câlin.

L’homme hocha la tête et lui tendit la main :

« Docteur Isha. Je suis très honoré, Monsieur le Président. »

Shion serra la main machinalement. Il avait l’air complètement perdu et son expression incertaine et timide rappela à tous ceux qui la virent qu’ils avaient face à eux, malgré tout, un tout jeune homme de 19 ans.

Les gardes du corps du jeune président s’étaient approchés. L’un d’eux vint se placer derrière Shion et enleva sa veste pour la placer délicatement sur ses épaules, faisant attention aux souris.

« Monsieur le Président, permettez que je vous accompagne. » dit-il doucement.

Shion lui jeta un œil. Cet homme, Hogosuru, était à son service depuis le premier jour, sûrement un de ceux qui le connaissaient le mieux. Le jeune homme hocha rapidement la tête.

« Bien. Dans ce cas, allons-y. »

Hogosuru ne comprenait pas grand-chose à ce qui se passait, mais visiblement, son président voulait de tout cœur se rendre au chevet de cette autre personne. Il ne pouvait pas le lui interdire, il avait cependant le devoir de ne pas le laisser seul, surtout avec un inconnu.

Hogosuru échangea un regard avec ses collègues, puis s’adressa au médecin :

« Nous vous suivons. »

Shion laissa le volant de sa voiture à son garde du corps, qui suivit celle du médecin. Le garçon était silencieux, serrant dans ses mains la photo abîmée, perdu très loin du présent. Sur ses genoux, les quatre souris se faisaient des câlins, Hamlet et Cravate très contentes de se retrouver, Juliette incapable de manquer un câlin et Macbeth, malgré son sale caractère, n’avait en réalité rien contre les marques d’affection.

« Nous y sommes, Shion. » dit Hogosuru en se garant sur le parking de l’hôpital.

La pluie s’était calmée, mais le vent était toujours aussi violent. Hogosuru avait un parapluie qu’il tint au dessus de Shion et lui pendant qu’ils rejoignaient le médecin. Ce dernier les attendait à l’entrée principale de grand hôpital ultramoderne du nord de la ville.

« Venez, Monsieur le Président, il est par là. »

Shion ne répondit pas, suivant le médecin dans les couloirs en regardant autour de lui.

« … Comme je vous l’ai dit, il est encore inconscient. C’est un commerçant qui a appelé les secours après qu’il se soit écroulé devant son magasin. Son état est sérieux, mais pas grave. On dirait simplement qu’il est à bout de force et qu’il ne s’est pratiquement pas nourri depuis quelques semaines. Il avait un peu de fièvre, mais ça va maintenant, il a très bien réagi au traitement. Il devrait revenir à lui assez vite et se remettre rapidement avec une alimentation régulière… Ah, et euh… Faites attention aux souris, qu’elles ne sortent pas de la chambre… Vu comme elles sont sages et intelligentes, nous n’avons pas appelé les services sanitaires, mais bon… Ah, nous y voilà. »

Le médecin ouvrit une porte et s’écarta. Shion rentra dans une petite chambre claire.

Devant la fenêtre, un lit, à ses côtés, une petite table de nuit, une petite table avec un tas d’affaires, et une chaise.

La tête du lit était relevée de façon à ce que son occupant soit redressé.

Son occupant, un jeune homme aux cheveux bruns, longs, aux curieux reflets bleutés, lâchés sur l’oreiller.

Shion s’approcha, un sourire incrédule aux lèvres, sans retenir les larmes qui coulaient, il ne s’en rendait même pas compte.

Il s’assit au bord du lit. Il ne vit pas Hamlet et Cravate se précipiter sur Lueur de Lune, tant il était absorbé par la contemplation de ce visage fin qui lui semblait encore plus beau qu’il le rêvait depuis trois ans.

Tout amaigri qu’il était, c’était bien un jeune homme et plus un adolescent qu’il avait là. Il caressa sa joue mal rasée, sa tempe, écarta une mèche qui tombait sur son nez. Il bredouilla entre ses larmes :

« Tu m’as manqué, Nezumi… »

Isha et Hogosuru étaient restés à la porte et échangèrent un regard surpris en voyant soudain Shion éclater en sanglots en se blottissant contre le corps inconscient. Et leur stupéfaction monta d’un cran un peu plus tard, lorsque Shion gloussa et se redressa.

« Arrêtez, vous me chatouillez… » dit-il aux souris qui s’étaient précipitées pour le consoler, se glissant dans son coup et sur sa tête.

Il prit la souris noire et grise dans sa main :

« Coucou, Lueur de Lune… »

Il lui fit un bisou et elle couina joyeusement.

« Oui, moi aussi, je suis content de te revoir… »

Il réalisa alors qu’il y avait une autre souris, noire comme de l’encre, sur l’épaule de Nezumi, qui le regardait. Il tendit son autre main vers elle.

« Bonjour, toi. »

Elle flaira ses doigts avec attention alors que Cravate et Lueur de Lune couinaient de concert, puis elle monta dans sa main.

« Enchanté de te connaître. »

Shion regarda encore le visage endormi de Nezumi et se pencha pour déposer un petit baiser sur ses lèvres :

« Ne t’en fais pas, je ne te quitte plus. »

*********

Dans son antre du palais présidentiel, sous les combles, Yui s’amusait tranquillement avec son bilboquet, vautré sur son siège, les pieds sur son bureau, lorsque la porte de la pièce s’ouvrit brusquement sur son compagnon :

« YUI !…

– Tiens, salut, toi. Tu es venu plus vite que je pensais… Dit calmement le borgne en lançant sa boule qui se planta sur le pic.

– Tu sais ce qui se passe ? ! S’écria Adrian en venant en deux pas devant le bureau.

– Oui, oui… Répondit toujours aussi paisiblement le blond en relançant la boule qui se replanta sur le pic.

– Shion nous envoie un message à tous pour nous annoncer son absence ‘sauf nécessité absolue’ pour une durée indéterminée et c’est tout l’effet que ça te fait ? !

– Il l’a envoyé plus vite que je ne pensais. Vous êtes rapides, aujourd’hui… » Répondit laconiquement le blond en regardant son amant avec un sourire en coin.

Adrian regarda un instant Yui, calmé. Le grand soldat croisa les bras avec un sourire :

« Je rêve du jour où je t’apprendrai une info et que tu ne me diras pas ‘Je le savais !’… »

Yui rit de bon cœur.

« Tu es quand même impressionnant, continua Adrian. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

– Oh, ce n’est pas dur à deviner, mon amour ! Le charria le blond en se levant et en posant son bilboquet. Mais comme je n’ai pas envie de me répéter, on va attendre Marianne qui ne va sûrement pas tarder.… »

Et de fait, la voix de l’assistante de Shion résonna depuis le couloir :

« Yui, tu es là ?

-… Qu’est-ce que je disais… Je suis là, Marianne ! »

Il contourna son bureau en chantonnant :

« Houlàlà qu’est-ce qu’on m’aime aujourd’hui… Tout le monde vient me voir… »

Adrian pouffa alors que Yui passait à côté de lui pour aller à la rencontre de la jeune femme dans le couloir. Le brun le suivit.

« Bonjour, Marianne. C’est rare de te voir ici.

– Bonjour, Yui… Tiens, salut, Adrian.

– Salut, ma belle.

– J’ai reçu un deuxième message de Shion qui me disait de lui apporter plusieurs trucs en ajoutant que tu savais où il était, Yui.

– Effectivement. Je vous attendais pour qu’on le rejoigne tous les trois.

– Tu es sur que je viens ? S’enquit Adrian. Moi, il ne m’a rien dit.

-Pas besoin, il savait que tu allais courir ici dès que tu aurais son message… Répondit Yui avec amusement et il ajouta : Sinon il ne m’aurait pas dit dans le deuxième que j’ai reçu : ‘ Si Adrian n’est pas au palais, fais-moi signe que je le maile.’ »

Marianne éclata de rire. Adrian soupira, amusé, il dit à Yui :

« Par moment, il me fait encore plus flipper que toi… »

Les divers hommes et femmes qui se baladaient par-là, dans cet étage assez bas de plafond et sombre en ce jour de pluie malgré les velux, vaquaient ou, pour un petit groupe posé vers la machine à café, regardait le trio avec intérêt et amusement pour certains.

« Allez, on y va… Je vous explique en voiture ! Commença Yui et il ajouta à la cantonade : Je vous laisse la maison, les enfants ! Soyez sages ! »

L’un de ceux qui étaient à la machine à café, un homme entre deux âges à l’air malin, répondit :

« Oui, papa ! Mon bonjour à notre petit rat préféré.

– OK, Zento. A plus. »

Adrian et Marianne suivirent Yui dans l’ascenseur et ce n’est qu’une fois les portes de ce dernier fermées qu’Adrian soupira :

« C’était donc ça. »

Marianne rigola alors que Yui haussa les épaules :

« Tu connais beaucoup de raisons qui pourraient faire partir Shion d’ici ventre à terre, sans sommation, et le retenir ‘sauf nécessité absolue de sa présence physique’ pour une durée indéterminée ?…

– Tu le sais depuis quand ? Demanda Marianne.

– Officiellement, je ne sais rien, répondit Yui, puisque l’identité de la personne que Shion a rejointe n’est pas confirmée.

– OK, et officieusement ? Le relança Adrian en rigolant alors qu’ils sortaient de l’ascenseur.

– Officieusement, les vigiles de l’entrée ont témoigné que le mec qui a débarqué ici vers 11 h du matin était accompagné d’une souris qui lui a visiblement ramené Shion, puisqu’eux refusaient de le laisser entrer… Je connais très peu de souris capables d’un truc comme ça.

– Ah oui, ça, c’est signé, reconnut Marianne.

– Après, tout le reste des infos m’a conforté dans cette hypothèse… »

Adrian prit le volant, Marianne monta à côté de lui (elle était très vite barbouillée avec sa grossesse) et Yui à l’arrière. Il leur raconta la suite pendant le trajet.

Tout avait commencé la veille, dans l’après-midi, dans une paisible galerie marchande couverte du nord de la ville. Malgré la pluie, il y avait du monde, surtout depuis 15:00 et la fin des cours des collégiens et lycéens voisins.

Le libraire qui faisait face au marchand de télévision avait vu entrer quelques adolescentes en uniforme qui gloussaient, suivies une vieille dame qui était venue vers lui d’un pas rapide et sec pour lui signaler qu’un vagabond traînait dehors. Les vagabonds étaient rares à Utopia. En effet, les services sociaux avaient pour ordre de les prendre en charge sans délai et désormais, seuls quelques indécrottables asociaux vivaient encore dans les rues. Les demoiselles cependant avaient vivement pris la défense du dit-vagabond, car « il était trop beau ».

Intrigué, le libraire était sorti pour voir en effet, à quelques mètres de sa porte, un jeune homme brun assis au sol, mal rasé, sale et aux vêtements élimés et tâchés, mais qui ne mendiait pas ni n’alpaguait les passants. Il était trempé et visiblement épuisé. Le voyant simplement s’appuyer dos au mur et fermer les yeux, le libraire était rentré dans son magasin en se disant que tant que cet homme ne dérangeait personne, il avait bien le droit de rester là.

C’était en fermant sa boutique un peu après 20 h que le libraire avait vu qu’il y était toujours et regardait bizarrement la vitrine d’en face, les téléviseurs sur lesquels on voyait les infos et plus précisément l’inauguration du nouveau musée d’Histoire du Monde par le jeune président en personne. Le visage radieux de ce dernier était resté à l’écran et lorsque le libraire s’était approché de vagabond, il avait entendu ce dernier murmurer :

« … Shion… »

Avant d’essayer de se lever et de s’écrouler sans conscience au sol. Ne parvenant pas à le ranimer et constatant qu’il était fiévreux, le libraire avait immédiatement appelé les secours. Une ambulance était arrivée rapidement pour emmener ce jeune homme, et les trois souris qui s’étaient faufilées dans un minuscule recoin du véhicule alors qu’ils avaient voulu les chasser, les obligeant à les embarquer aussi.

C’était ces mêmes souris, que tout le monde avait renoncé à capturer après presque une demi-heure à leur courir après, qui avaient, quelque temps plus tard, alors que les médecins de garde avaient soigné l’inconnu et installé ce dernier dans une chambre, attiré leur attention en couinant. Ils avaient alors vu, ahuris, la souris noire sortir du sac a priori vide du convalescent, posé à côté, une vieille photo bien abîmée.

« … Aucun d’entre eux n’a osé prendre de décision, raconta Yui, et c’est quand le chef de service, le Dr Isha, est arrivé ce matin que lui a décidé de tenter le coup, de prendre la photo et de se pointer au palais. Bien sûr, les vigiles ne pouvaient pas le laisser entrer comme ça… Ce qu’il ne savait pas par contre, c’est qu’une des souris était venue avec lui et c’est elle qui a filé chercher Shion. Ça a dû lui faire un sacré choc…

– Sûrement… Soupira Marianne.

– Apparemment, il est toujours inconscient pour le moment. Reste que Shion ne va plus le lâcher, je pense qu’il veut nous voir pour organiser son absence.

– Il a toujours délégué au maximum, ça ne devrait pas être si problématique. »

*********

… Mal à la tête…

Ce fut sa première pensée avant même d’ouvrir les yeux, ou de les entrouvrir plutôt, tant ses paupières étaient lourdes. Un plafond blanc…

L’odeur de l’endroit l’agressa avec violence, une odeur aseptisée de propreté javellisée. Son coeur s’accéléra alors qu’une angoisse sourde montait en lui.

… Non… Pas ce putain de labo…

Paniqué, il regarda autour de lui en voulant se redresser. La pleine lune, par la fenêtre, perçait encore difficilement à travers les nuages, même si le ciel se dégageait enfin. Quelque chose le bloquait à droite. Il tira pour la dégager, mais resta pétrifié en voyant une tête blanche posée sur sa main.

Son geste cependant fit bouger la tête blanche qui se redressa pour murmurer, ensommeillée :

« … Nezumi ? »

Une voix enrouée répondit après quelques secondes :

« … Shion ? »

Nezumi se retrouva à la seconde recouché sous Shion qui s’était jeté à son cou. Il sourit faiblement avant de le serrer dans ses bras. Shion se redressa, tremblant, au bord des larmes, et caressa son visage. Le sourire du malade s’élargit.

« Coucou, ma petite fleur… Dit-il tendrement.

– Salut, mon joli rat… » Balbutia Shion.

Une main se leva pour caresser la marque rose. Shion se pencha, la main suivit, leurs yeux se fermèrent ensemble alors que leurs lèvres se rencontraient, que leurs bouches se goûtaient avec bonheur après trois ans de jeûne.

Puis, alors que Shion se glissait contre son flanc dans le lit, sans se déshabiller, Nezumi regarda mieux autour de lui et comprit : une chambre d’hôpital, tout simplement. Il avisa aussi un petit tas divers au bout du lit, les souris, sans doute.

Voyant son air vaguement mal à l’aise, Shion se resserra contre lui :

« Nezumi ? Ça ne va pas ?

-… Hein ? Sursauta le brun. Ah, si, si… C’est juste que je n’aime pas les hôpitaux… L’odeur et les blouses blanches… Ça me rappelle toujours ce fichu labo… »

Shion se blottit encore un peu plus contre lui :

« C’est fini, tout ça, Nezumi.

– Hmm…

– Je suis tellement heureux que tu sois revenu… » Murmura le jeune président en le câlinant.

Nezumi sourit en le serrant dans ses bras.

« Moi aussi, je suis heureux d’être enfin près de toi. »

Shion se rendormit rapidement et Nezumi regarda un instant dehors, le vent s’était apaisé et chassait doucement les nuages.

À tes côtés, Shion, je sais que je pourrais tenir mes promesses, songea-t-il avant de se rendormir tranquillement.

À suivre dans le chapitre 3 : Ta vie.

8 réponses à No°6 – Après 02 : Retrouvailles

  1. Pouika dit :

    Ces retrouvailles sont sublimes, pas d’autres mots à part je file découvrir la suite !

  2. Ninou Cyrico dit :

    @Maru : Eh eh eh va à ton rythme pas de souci ^^ ! Merci aussi aussi ! Je suis assez contente de moi sur cette fic… Pourvu que ça dure ^^ !!! On travaille à la suite en tout cas !

  3. Maru dit :

    je trouve que dans l’ensemble l’écriture a un très bon rythme par rapport au récit et je me répète : on vit les émotions avec eux ^^
    bon finalement j’ai pas passé ma soirée dessus (interrompue après le premier chapitre rrrr.) mais je me rassure en lisant leurs retrouvailles … j’ai vais peut etre lire petit à petit, pour que ça dure plus longtemps 😉
    Même si tu as écrit ces chapitres il y a quelques temps apparemment, je te dis bonne continuation et félicitations !!
    … et merci aussi ^^

  4. Alissa dit :

    Juste sublime, j’en ai eu les larmes aux yeux quand Shion a vu la photo <3
    Vivement la suite !

  5. Amakay dit :

    Un pur bonheur….. vivement la suite

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