No°6 – Après 01 : Attente

Oui bon ça devait être un one-shot mais là trop de trucs qui sont venus…

Cette fanfic est la suite d’ Épilogue, faut juste éluder la toute fin de cette dernière.

Vala vala.

Bonne lecture !

No°6 – Après

Chapitre 01 : Attente.

Kaoru était très intimidée. Lorsqu’elle avait répondu à cette annonce pour ce poste de secrétaire, elle ne savait pas qu’elle allait se retrouver dans les bâtiments présidentiels… En fait, l’annonce est très succincte :

« Cherche secrétaire polyvalent (e) pour remplacement congé maternité. »

Avec la chute du Mur, elle s’était retrouvée veuve avec une enfant en bas âge. Le nouveau gouvernement lui avait payé des allocations pour lui permettre de s’occuper de son enfant, puis de se former, et puisque sa fille entrait en maternelle, elle avait décidé de se mettre à travailler. La seule chose que lui avait demandée la personne qu’elle avait eu au téléphone était : appartenez-vous à un parti politique ? Cette question l’avait surprise, mais maintenant qu’elle attendait, anxieuse, dans cette salle déserte à cette heure de midi, elle comprenait mieux.

La secrétaire de l’accueil avait envoyée là. Elle attendait qu’on vienne la chercher. Elle se demandait qui allait la recevoir et pour quel haut-fonctionnaire elle allait travailler… Rapidement, une jeune femme vint la chercher, sortant d’un bureau :

« Kaoru Milia ? Demanda-t-elle, aimable.

– Euh, oui…

– Marianne Socquel !… C’est moi que vous allez remplacer, enfin, si le poste vous convient. Venez, nous allons voir ça vous bureau. »

Elles remontèrent le couloir. C’était très calme. Dans le bureau, Marianne invita à s’asseoir avant de s’asseoir elle-même.

Marianne expliqua qu’elle allait partir en congé maternité trois mois plus tard. Elle tenait à passer ces trois mois avec sa remplaçante pour être sûre de pouvoir partir tranquille. Elle expliqua à Kaoru le travail, du secrétariat relativement classique, puis lui demanda si elle avait des questions. Kaoru posa une question de détail sur le poste, puis demanda :

« De qui vais-je être la secrétaire ?

– Ah, désolé, j’aurais dû vous le dire directement… De notre président, Shion Seijunna. »

Kaoru resta stupéfaite. Marianne continua :

« De mon côté, vous semblez parfaitement convenir, et il m’avait laissé carte blanche pour choisir ma remplaçante. Sa seule exigence était que la personne soit apolitique.

– … Notre président… ? Balbutia Kaoru.

Elle était réellement sidérée.

Trois ans plus tôt, à la destruction du Mur, Shion Seijunna était devenu de fait le leader de la reconstruction, un tout jeune homme aussi étrange que charismatique qui avait réussi à réunir les habitants de l’ancienne No°6 et de l’ancien Bloc Ouest en les traitant avec l’égalité la plus totale, en créant un Conseil paritaire de dix membres… Depuis, un nombre de rumeurs incroyable couraient sur lui. Un vote de confiance l’avait conforté dans son poste et de véritables élections étaient prévues quelques mois plus tard.

« Ne vous inquiétez pas ! Shion est un garçon adorable… Lui dit encore Marianne, devinant son trouble. Il est très bien organisé et très gentil. Nous allons aller le voir, si vous voulez ? Il souhaitait prendre le thé avec vous après notre entretien.

– Le thé ?…

– Oui, il ne boit pas de café… Oh, c’est un détail puisqu’il gère ça lui-même. »

Marianne se leva :

« Vous venez ? C’est à côté… »

Très intimidée, Kaoru suivit Marianne dans le couloir.

Marianne allait frapper à une double porte lorsque des éclats de rire avaient retenti. Marianne avait souri, puis frappé avant d’entrer sans attendre. Kaoru avait suivi, craintive.

La pièce était vaste et claire, le fond percé de fenêtres et au fond d’une double porte-fenêtre qui donnait sur un balcon surplombant les jardins. Contre le mur de gauche se trouver des étagères chargées de rapports, de livres et de paperasses, puis se trouvait le beau bureau en bois verni, couvert de quelques feuilles d’impôt attrayant, pas de chaise puisque cette dernière était à droite près du canapé.

Sur ce dernier se trouvait deux hommes que Kaoru reconnu sans mal : un grand homme fort au cours cheveux noir et un autre un peu moins grand, plus fin, blond et borgne. Adrian Blacksteel, le chef des armées, et Yui Himitsu, autrefois connu sous le nom de Freedom, le responsable de la sécurité. Devant eux, sur la table basse, une théière sur une plaque chauffante de salon, cinq tasses, donc deux vides et un gâteau bien entamé. Sur la chaise à sa gauche, assis à califourchon, les bras repliés sur le dossier, hilare à cette instant, un jeune homme aux cheveux blancs. Sur le canapé, le blond riait également et le brun haussa les épaules avec amusement :

« N’empêche que c’est vrai !

– Oui, mais pitié, hoqueta le garçon, ne lui dis pas demain, sinon c’est la crise diplomatique assurée ! ».

Il se leva et vint vers les deux femmes, tout sourire. Kaoru se tenait derrière Marianne et le regarda. Il lui parut plus jeune qu’elle ne le pensait, encore plus avenant, un tout jeune homme vêtu ce jour-là d’une simple chemise blanche au col ouvert et aux manches repliés sur ses avant-bras, un jean bleu pâle et des baskets usées.

« Vous voilà, on vous attendait !

– Coucou, Shion ! Je te présente Kaoru Milia, qui me semble convenir tout à fait pour le poste. Kaoru, notre président, Shion Seijunna, qui déteste qu’on appelle monsieur ou monsieur le président.

– Tout à fait ! Approuva joyeusement le garçon en serrant la main de Kaoru. De toute façon, j’ai trouvé la solution depuis longtemps, je ne réponds qu’à mon prénom. Vous êtes prévenue ! Enchanté et bienvenu ! J’espère que vous allez vous plaire parmi nous. N’hésitez pas si vous avez le moindre problème.

– D’accord,… Enchanté… » Bredouilla Kaoru.

Elle sourit. L’énergie de Shion était communicative. Déjà à la télévision (elle ne l’avait jamais vu ailleurs), elle l’avait toujours trouvé charismatique et dynamique, mais c’était sans commune mesure avec le « vrai ».

La marque rose, sur sa joue et son cou, était plus voyante qu’elle ne le pensait, et son regard était juste aussi improbable que beau, deux grenas mêlant curieusement une gentillesse qu’elle devinait tout à fait sincère et quelque chose d’autre qu’elle ne parvint pas trop à identifier, mais qui lui laissa une drôle d’impression. Un peu comme s’il était à la fois-là et très très loin d’eux.

«… Venez vous asseoir. Vous aimez le thé vert au riz soufflé ? »

Il laissa Marianne s’asseoir sur le canapé, à côté de Yui, et apporta à Kaoru un des deux fauteuils de son bureau, pendant que Marianne présentait Adrian et Yui. Kaoru pensa qu’occupé à manger du gâteau, le chef des armées perdait un peu de l’image grave et sévère qu’elle avait de lui. Il semblait plutôt sympathique. Par contre, le blond la regardait avec une douceur étrange qui lui fit froid dans le dos.

De nombreuses rumeurs couraient aussi sur ces deux-là. Si Adrian gérait officiellement les troupes de la ville avec la plus grande transparence, les services de sécurité de Yui étaient réputés pour être aussi occultes que compétentes et leur chef aussi beau que redoutable. Depuis que sa relation avec Adrian était officielle, les opposants du nouveau régime prétendaient que le chef de la sécurité contrôlait aussi des armées en la personne de leur général, voir aussi le jeune président, jugé bien trop jeune et donc forcément très influençable.

Personne n’avait idée d’à quel point dans la réalité, c’était Shion qui faisait marcher Adrian et Yui à la baguette. Si les deux hommes avaient dans un premier temps adopté naturellement et sans aucune arrière-pensée une attitude protectrice et tutélaire envers le garçon, presque paternelle pour Adrian, ça n’avait pas duré. Très peu assuré au début, Shion s’était appuyé sur les deux hommes avec reconnaissance. Mais très rapidement, le garçon avait pris dans les faits, et réellement, la place qu’il n’avait a priori qu’officiellement : celle de véritable chef et surtout de médiateur entre les deux communautés, au-dessus de tous les clivages.

Adrian et Yui avaient aussi très vite compris que l’intelligence de Shion et sa capacité d’analyse dépassait de loin tout ce qu’ils avaient connu : le petit adolescent voyait très loin et si le Conseil avait eu de très sérieux doutes sur certaines de ses décisions au début, ses explications les avaient tout simplement le plus souvent juste estomaqués… Shion voyait le long terme aussi bien que le court, mais privilégiait toujours au maximum le premier.

Vivement critiqué sur sa politique éducative par exemple, car peu de gens comprenaient pourquoi, dans cette ville en ruine, il avait lancé avec la même priorité la réouverture et la construction des écoles et la reconstruction des habitations, il avait répondu que se forger l’âme était aussi important qu’avoir un toit et que rien ne serait possible sans des citoyens éduqués.

Kaoru avait du mal à réaliser que c’était bien lui qui se trouvait face à elle et lui apportait une chaise en lui demandant gentiment :

« Vous voulez du gâteau ? C’est ma mère qui l’a fait, il est à la cerise…

– Si vous en voulez, faites vite, sinon Adrian va encore tout manger, dit Yui avec un sourire moqueur.

– Shion, je révère ta maman, approuva le soldat entre deux bouchées. Tu me la prêtes ?

– Nan. C’est la mienne ! » Répliqua Shion en se rasseyant à califourchon sur sa chaise, amusé.

Kaoru sourit en acceptant la part de gâteau que lui tendait le jeune homme :

« Merci.

– Je vous en prie. »

Il lui servait du thé lorsque deux souris arrivèrent d’on-ne-sait-où sur la table basse, une troisième grimpant rapidement sur Shion pour venir se nicher sur son épaule.

« Coucou, Hamlet… Vous avez bien dormi ? »

La souris blanche couina et se frotta à son cou. Sur la table, une souris grise s’était dressée sur son postérieur et une rousse s’était littéralement jetée sur ce qui restait du gâteau dans l’assiette de Shion.

« Iago, fichu glouton… Soupira le jeune président en caressant Hamlet. Tu l’as très mal éduqué, ton fils, Hamlet… » Continua-t-il en tendant le bras vers la table basse.

Hamlet y descendit et la souris grise et elle s’approchèrent du gâteau à leur tour, tranquillement. Et comme le troisième rongeur faisait mine de gronder, Shion l’attrapa par la queue :

« Iago, ça suffit, laisse ta mère et sa sœur manger. »

Kaoru regardait ça avec une stupeur un peu amusée. Les souris du président… Ça aussi, ça faisait, de façon totalement incompréhensible et bizarre, parti du personnage.

Il se passa alors quelque chose de Kaoru ne comprit pas. Un air de valse se fit entendre et Shion sursauta avant de sortir vivement son portable de sa poche et sa grimace de déception n’échappa à personne. Il soupira avant de décrocher avec un sourire triste, en se levant :

« Salam Aleikum, Ahmed… »

Il sortit sur le balcon. Kaoru avait froncé les sourcils, intriguée. Marianne avait l’air navrée, Yui aussi et Adrian eut un soupir exaspéré :

« Plein le cul.

– Adrian ! Le reprit Marianne, choquée.

– Non mais merde ! S’écria le soldat, énervé. J’en ai marre ! À chaque coup de fil, à chaque mail d’une adresse inconnue, c’est pareil ! J’en peux plus de le voir comme ça ! Ça va faire trois ans, merde ! Il fout quoi, ce connard ? ! Il attend quoi ? !…

– Calme-toi, lui ordonna doucement Yui. Tu sais bien que nous n’y pouvons rien. Tout ce qu’on peut faire, c’est veiller sur Shion et attendre avec lui. Le reste n’est pas notre problème et pas de notre ressort. »

Adrian croisa les bras et s’enfonça dans le canapé en grognant :

« Ça me lourde. Si encore on était sûr qu’il est vivant…

– Ça, je n’en ai pas le moindre doute. » Dit très paisiblement l’ancien chef de la résistance en prenant sa tasse.

Il but, puis sourit à Kaoru :

« Désolé de vous embêter avec cette histoire… Ce n’est rien de grave, ne vous en faites pas. »

Kaoru est un sourire crispé. Ce beau borgne lui faisait vraiment froid dans le dos.

Marianne et elle repartirent bientôt. Shion était toujours sur le balcon. Seul avec son compagnon, Yui reprit :

« Sérieux, Adrian, lâche l’affaire. Shion a fait son choix. Tu te fous en rogne pour rien. »

Adrian grommela. Yui soupira en levant son oeil au ciel :

« bon sang, Adrian…

– Je sais, je sais…

– Pense plutôt au boulot.

– Ouais, ouais, t’inquiète, poussin, je gère. »

Yui rigola à ce surnom qu’Adrian ne lui donnait que lorsqu’ils étaient seuls. Le grand soldat passa son bras autour des épaules de son ami

: « Je peux te poser une question ?

– Poser, toujours, Adrian, tu le sais.

– Pourquoi tu n’as pas envoyé tes gars le chercher quand il est parti ? »

Yui sourit, cala sa tête entre Adrian, ferma son oeil et répondit :

« Parce qu’il avait le droit de partir… Que Shion ne s’y est pas opposé… Et que de toute façon, même mes meilleurs hommes ne l’auraient pas retrouvé. »

*********

La secrétaire du Conseil, Mlle Hisho, était une quinquagénaire stricte à l’air revêche. Elle était aussi efficace que sèche et sévère. Elle avait pour tâche de centraliser les plannings des 10 membres du Conseil et de Shion, de gérer les réunions et rendez-vous collectifs, et de redistribuer les informations. Seul Yui échappait à son contrôle et pour cause : en tant que responsable de la sécurité et des services de renseignements, il ne devait de comptes qu’à Shion et parfois, collaborait sur des affaires précises avec d’autres membres du Conseil, le plus souvent Adrian ou Keisatsu, le responsable des forces de police, pour des actions communes de simples échanges d’informations.

Conséquence : Mlle Hisho ne supportait pas Yui, conséquence de la conséquence : elle était imbuvable avec lui et Adrian, et conséquence de la conséquence de la conséquence : les deux hommes faisaient tout pour la faire tourner en bourrique…

Ça n’arrangeait pas vraiment les migraines fréquentes de Shion.

Mlle Hisho prenait son rôle très à cœur et tenait le Conseil (à part les deux susnommés) et son président en très haute estime. C’était un jeune homme très compétent et aimable. Par contre, elle ne comprenait vraiment pas cette manie invraisemblable qu’il avait de laisser les fenêtres ouvertes, a fortiori les jours d’orage pire, de typhon…

C’était comme cette rumeur comme quoi il avait régulièrement lavé des chiens dans l’ancien Bloc Ouest… Un garçon si digne, si propre sur lui ?… C’était totalement saugrenu !

Enfin, ce n’est finalement pas la plus folle parmi les rumeurs qui couraient sur le personnage…

Les attaques fréquentes de ses opposants voulaient en effet qu’il soit criminel, responsable de deux morts. Certains prétendaient même qu’il était à l’origine de l’attaque des abeilles tueuses. La destruction de l’ordinateur central de No°6, Mother, avait effacé toutes les « preuves » et, interrogé là-dessus dans un interview, Shion avait reconnu avoir été accusé de meurtres dont il était innocent par les autorités de No°6, qui le gardaient à l’œil depuis sa déchéance. Il ne s’était pas plus étalé sur le sujet. D’autres rumeurs voulaient que son fils adoptif soit en fait son véritable fils, mais né dans des circonstances trop sales pour être assumé. D’autres encore, juste délirantes, parlaient une entité surnaturelle avec laquelle il aurait passé un pacte pour détruire le Mur et prendre le pouvoir, avec l’aide d’un garçon de Bloc Ouest dans certaines versions.

Mlle Hisho était outrée de toutes ces attaques. L’opposition était clairement formée de deux groupes qui, Dieu merci, se détestaient : des membres de l’ancienne élite de No°6 outragés de la perte de leur « bonheur idéal » et de leurs privilèges, et choqués des « traitements de faveur » dont bénéficiaient les « pouilleux du dehors », et d’un autre côté, des habitants de Bloc Ouest persuadés que le Conseil favorisait les habitants de No°6 à leur détriment, et pour qui la reconstruction et la réhabilitation de quartiers n’allaient jamais assez

vite. Au milieu de ça, la grande majorité des deux populations se mêlait désormais sans trop de heurts, consciente que les choses avançaient certes lentement, mais bien, et confiante en la figure du garçon qui les guidait depuis le premier jour, cet étrange ami des rongeurs, tout auréolé de mystère qu’il était.

Utopia allait bientôt fêter ses trois ans, deux mois plus tard, au début du printemps.

Mlle Hisho, assis à son bureau de l’entrée de l’étage du Conseil, organiser très sérieusement, ce vendredi après-midi là le planning des Conseillers pour les semaines à venir.

La semaine avait été très chargée, mais tout le monde allait avoir droit à un vrai week-end -chose rarissime s’il en était. Bien sûr, les équipes d’astreintes seraient là pour pallier tout problème, mais, sauf catastrophe, les membres du Conseil et le président allaient pouvoir tous souffler jusqu’au lundi.

La vieille fille sursauta en entendant la voix de son président :

« Tout va bien, Mlle Hisho ? »

Il remontait le couloir en enfilant son long manteau gris, son sac à dos élimé à la main et ses souris gambadant au sol, près de lui.

« Monsieur le président ! Vous partez déjà ? »

Il était à peine 16 h.

Shion s’arrêta devant le bureau pour enfiler ses gants et sortir son écharpe rouge de son sac en répondant joyeusement :

« Marianne vient de me mettre dehors ! Elle m’a dit qu’elle se chargeait du reste et que j’avais intérêt à profiter de mon week-end. Tout est bon de votre côté ?

– Oui, oui… Je finissais les plannings. »

Hamlet grimpa sur l’épaule de Shion alors que Iago, lui, se glissait dans le sac resté ouvert, suivi de sa soeur, Juliette, qui elle se faufila dans la poche du manteau.

« Je vous souhaite un bon week-end ? N’hésitez pas à m’appeler s’il y a un problème.

– Bon week-end, Monsieur le Président…

– Mlle Hisho ?…

– … Euh, oui ?…

– Vous ne voulez toujours pas m’appeler Shion… S’il vous plaît ?…

Elle se raidit et il soupira avec un sourire las :

« C’est pas grave… Bon week-end. »

Il passa son sac à son épaule et partit.

Il salua aimablement tout le monde et sortit dans la cour du grand bâtiment. Après la destruction, à grand renfort de dynamites, de l’ancienne mairie, le Conseil avait élu domicile dans un grand bâtiment de la zone « historique » de la ville, du style néoclassique européen. La lubie plus que controversée d’un ancien maire de la ville parfaite accueillait désormais le gouvernement de la nouvelle Utopia.

Shion grimpa dans sa voiture en sifflotant. Il appuya sur le téléphone intérieur avant même de poser son sac sur le siège passager. Hamlet trottina jusqu’au tableau de bord.

« Allô ? Demanda une voix de femme

– Coucou, Maman.

– Oh, Shion ! Bonjour ! C’est rare que tu appelles à cette heure-ci !… Tu vas bien ?

– Très bien ! Truc de dingue, figure-toi qu’il semblerait que j’ai fini ma semaine !…

– Oh, c’est super ! Ça faisait combien de temps que tu n’avais pas eu le week-end ?

– Aucune idée, répondit-il en démarrant. Cet automne, non ? »

Il vit dans le rétroviseur la voiture de ses gardes du corps qui démarrait à sa suite. Il mit sa ceinture et continua :

« Je vais passer prendre Haru à la crèche, ne te dérange pas.

– D’accord. Vous venez goûter ici ?

– Volontiers !

– J’ai essayé de nouvelles recettes pour les éclairs, tu me donneras ton avis.

– Miam ! Allez je raccroche, je vais rouler… À tout à l’heure, Maman. »

La circulation était fluide à cette heure-ci et Shion arriva rapidement à Lost Town. Il n’habitait pas tout près, mais comme la plupart du temps, c’était sa mère qui s’occupait d’Haru après la crèche, il avait choisi cette dernière à deux pas de la boulangerie. Il se gara en sifflotant, sortit en bâillant. La voiture de ses anges gardiens resta à distance et celle de ceux de son fils était bien là.

Shion avait dû se battre des semaines avec Yui et Adrian pour que ces derniers acceptent enfin qu’il ne soit pas en permanence collé par les hommes chargés de sa sécurité et aussi pour avoir le droit de conduire seul. C’était dangereux, il le savait, dans le sens où quelques mètres de trop, quelques secondes, pouvaient suffire à un agresseur potentiel. Pour pallier ça, Shion avait accepté d’apprendre à se battre et porter en permanence sur lui une petite bombe lacrymogène et un petit tazer.

Il voulait être tranquille, ne pas donner l’image d’un homme caché par ses molosses et surtout, il ne voulait pas de ça pour Haru.

Ils sont à l’interphone de la crèche.

« Oui ?

– Bonjour, Shion Seijunna. Je viens chercher Haru, s’il vous plaît.

– …

-Euh,… Vous m’entendez ?

– Ah !… Oui pardon ! Entrez ! »

Il poussa la porte, tout sourire. Ça leur faisait toujours cet effet-là quand il venait ici… Il faut dire qu’elle ne le voyait pas souvent.

Il s’avança dans le hall juste à temps pour entendre :

« S’IOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!! »

Et il n’eut qu’une seconde pour s’accroupir et réceptionner le petit boulet de canon qui s’était précipité sur lui.

« Coucou mon bébé ! »

Shion serra fort le petit garçon dans ses bras et se releva. L’éducatrice de l’enfant s’approcha, une femme toute ronde proche de la retraite, la seule à traiter Shion normalement et ne pas grimacer en l’appelant par son prénom :

« Bonjour, Shion ! Ça faisait un moment ! Vous allez bien ?

-Bonjour, Rika, répondit Shion en lui serrant la main. Ça va bien et vous ?

-Ça va ! Merci pour la réforme, nous sommes enfin assez nombreuses.

-Oh, mais de rien ! Vous auriez dû m’en parler plus tôt, je n’avais absolument pas conscience de ces histoires de restrictions de personnel.

-L’épanouissement des plus petits par le jeuet l’art n’était pas vraiment la priorité de notre ancien gouvernement…

-N’hésitez pas à me joindre si besoin, hein…

– S’ion !… Intervint Haru.

– Oui, mon bébé ?

– Suis content que tu es là ! »

Shion sourit et serra Haru plus fort.

« Moi aussi, mon bébé ! »

Il le reposa au sol :

« Allez, va chercher tes affaires, on va goûter chez Mamie ! »

L’enfant ouvrit de grands yeux émerveillés et fila en courant, tout content. Rika cria :

« Ma-chan ! Aide Haru à mettre son manteau et ses chaussures, s’il te plaît ! »

Puis Rika sursauta, se souvenant de quelque chose :

« Ah, au fait… On ne voulait pas vous embêter, mais Haru est encore venu avec une souris avant-hier… Si vous pouviez y faire attention ?

-Ah oui, il m’a dit… C’était une noire, c’est ça ?

-Oui, c’est ça… Il l’appelait « Macbé »…

-Macbeth. C’est une vraie tête brûlée, celui-là… Je lui redirai, désolé. En fait, elles sont en liberté dans la maison, alors elles se glissent dans mes poches ou les siennes comme elles veulent… Je vais être plus vigilant. »

Haru arriva, prit la main de Shion dans les deux siennes et ils partirent tranquillement.

Shion installa Haru dans son chien aux enfants et se remit au volant. Il partit et les deux voitures de leurs gardiens le suivirent. Hamlet rejoignit Haru qui rigola.

« Tu as passé une bonne journée, Haru ?

– Oui ! On a joué avec des ballons dans le parc et puis on a fait de la peinture !

– C’est très bien.

– Et toi, S’ion ?

– Oui, j’ai bien travaillé.

– Tu as fait quoi ? »

Shion sourit en se garant.

« J’ai préparé les rendez-vous, signé plein de papier pour demander à des gens de construire de nouvelles maisons et de nouvelles écoles, passé un long moment au téléphone avec Ahmed pour voir comment on pouvait organiser nos échanges…

– Ahmed, c’est ton copain du désert ?

– Oui. »

Shion prit son sac et descendit de la voiture. Il récupéra Haru et ils entrèrent tous les deux dans la boulangerie.

Une délicieuse odeur de chocolat chaud leur sauta aux narines. Karan servait une cliente et leur fit signe de la main, tout sourire :

« Entrez, les garçons !

– Bonjour en vrai, Maman !

– Mamie ! » S’écria Haru en courant comptoir.

Karan remercia sa cliente à qui Shion tint poliment la porte avant d’embrasser sa mère. Karan ferma la boutique et les précéda derrière, dans la cuisine

« Mamie, Mamie, tu as fait du chocolat ?

– Oui ! Installez-vous. Je l’ai gardé bien au chaud. »

Shion enleva son manteau et à son fils adoptif à faire de même, puis ils s’assirent à la table. Elle apporta trois tasses fumantes, deux assiettes débordantes de petites pâtisseries et s’installa près :

« Merci, Mamie !

– Merci, Maman.

– De rien ! Bon appétit ! »

Il se mit à parler de tout et rien, tranquillement, puis Shion dit doucement :

« Tu es radieuse. Ça me fait plaisir… »

Sur la table, les trois souris se baladaient. Hamlet bâilla. Les deux autres jouaient à cache-cache avec Haru entre les tasses et les assiettes.

Karan rosit lorsque son fils lui demanda :

« Ça va toujours avec Jacques ?

– Oui, très bien… Il vit quasiment ici, maintenant… Et il est toujours aussi désolé de t’avoir fait partir. »

Shion éclata de rire et sa mère rit avec lui. Hamlet grimpa sur l’épaule du jeune homme pour venir se coucher.

À la chute du Mur, Shion s’était tout naturellement réinstallé chez sa mère avec Haru. Il était tellement pris par sa fonction qu’ils se voyaient à peine… Shion avait bien remarqué que Jacques et sa mère s’entendaient bien, mais rien de plus jusqu’à un certain matin…

Shion était rentré au milieu de la nuit, sans s’inquiéter que la maison soit endormie. Par contre, il avait dormi si tard que c’était un appel de Marianne, sur le coût des 9 h, qu’il avait réveillé. Et à part Haru qui gazouillait dans son berceau (il avait alors 11 mois), la maison était totalement silencieuse.

Vraiment inquiet cette fois, Shion s’était levé d’un bond. Habitué à être réveillé aux aurores par le bruit de la boulangerie au point de ne même pas vraiment besoin de réveil, que rie n’ait bougé à 9 h était plus qu’anormal…

Il s’était précipité, avait poussé la porte entrouverte pour rester juste bête…

Sa mère dormait paisiblement, blottie dans les bras d’un Jacques tout aussi béat.

Les couinements d’Haru, qu’il avait entendu, l’avaient fait revenir dans le réel. Il avait refermé la porte et était dans la chambre de son fils pour le prendre dans ses bras :

« Bonjour toi ! Je vais m’occuper de toi, Mamie fait encore dodo. »

Il avait rappelé Marianne pour lui dire qu’il arriverait dès qu’il aurait conduit son fils à la crèche. Et il avait alors songé qu’il était peut-être temps pour lui de s’installer dans un vrai chez lui.

« On est très bien dans cette maison. Il serait temps qu’il arrête de culpabiliser… C’est bien que vous soyez tranquilles tous les deux.

-Si vous voulez rester dîner, il sera là vers 19 h..

-Ah, pourquoi pas… Ça fait un moment que je ne l’ai pas vu. Haru ?

-Oui ? Répondit vivement l’enfant en relevant le nez.

-Mamie propose qu’on mange ici ce soir, ça te dit ?

-Si elle fait une tour’te ! »

Shion et sa mère éclatèrent de rire.

Un peu plus tard, alors que Haru était parti jouer avec une souris dans le salon Karan demanda à Shion qui faisait la vaisselle :

« Et toi, ça va ?

-Bien content d’avoir mon week-end !

-Je m’en doute, mais ce n’est pas ça que je te demandais. » Insista Karan avec douceur.

Shion rit tristement en rinçant une tasse :

« Ça coûtait rien d’essayer… »

Il y eut un silence. Puis il reprit :

« Il y a des nuits un peu longues, mais sinon, ça va. J’essaie de ne pas trop y penser… Enfin, non, ça j’y pense tout le temps… Mais j’essaie au moins de ne pas trop pleurer. »

Il sentit sa mère se blottir dans son dos et l’étreindre :

« Tiens bon, mon chéri, il reviendra bientôt. Je suis sûre qu’il va bien, que ces nuits sont aussi longues que les tiennes, et qu’il espère à chaque seconde qui passe te revoir très vite. »

La soirée fut très agréable. Jacques avait refusé une place au Conseil, préférant rester un simple médecin. Il travaillait dans le principal hôpital de la ville. Il arriva exténué, en retard, mais avec un bouquet de fleurs, et fut très content de revoir Shion et Haru

. Shio ne repartt pas très tard, car Haru s’endormait et eux-mêmes étaient fatigués.

Il prit son petit garçon dans ses bras en descendant de sa voiture, dans le garage.

« S’ion…

-Oui, Haru ?

-On va dire bonne nuit à Zumi avant dodo ?

-Bien sûr. »

Shion posa Haru au sol dans l’entrée et lui enleva son manteau et ses chaussures. Omae, la vieille chienne brune, sortit du salon en remuant la queue pour venir tranquillement vers eux. L’enfant lui sauta au cou alors que Shion pendait son propre manteau met mettait ses pantoufles. Trois autres souris suivirent la chienne et Hamlet, Iago et Juliette et elles se saluèrent à grand renfort de câlins et de couinements. Shion caressa la tête de la chienne

« Je couche Haru et je m’occupe de toi, Omae.

– Wouf ! »

Shion prit la main de Haru qui le tira presque jusqu’au salon. La pièce était plongée dans l’obscurité. Seul un rayon de lune éclairait un grand cadre photo posé sur une pomme. Haru y courut et agita sa main devant le cadre, en se dressant sur la pointe des pieds.

« Bonne nuit, Zumi ! »

Shion vint s’accroupir derrière le petit garçon, souriant doucement.

« Va bientôt revenir Zumi, dis, S’ion ?

– Oui, mon bébé. Très bientôt. »

Shion souleva Haru :

« Allez, dodo ! »

Il prit l’escalier pour monter au premier étage, dans la chambre du garçonnet. Il le mit en pyjama, le coucha et comme chaque soir, s’assit au bord du lit. Il caressa la tête brune et Haru prit sa main dans les deux siennes.

« S’ion…

– Oui ?

– Il va revenir quand, Zumi ?

– Je ne sais pas, Haru. Très vite, j’espère.

– Tu seras content quand il sera là ? »

Shion sourit :

« Oui, très content.

– Tu pleu’eras plus la nuit ? »

Shion sursauta et regarda son fils, stupéfait. Puis il eut un sourire tremblant et le tira pour le serrer dans ses bras.

« S’ion ?

– Ne t’inquiète pas, mon bébé. Je vais bien.

– Mais tu es triste parce qu’il est pas là ?

– Oui. »

Shion recoucha Haru :

« Mais je suis heureux parce que toi, tu es là. »

Haru sourit.

« Allez, tu fais dodo…

-Tu me chantes la berceuse ?

-D’accord. »

Haru ferma les yeux et Shion caressa encore sa tête en commençant doucement :

« Mais jusqu’où va donc la mer ?

Elle s’étend jusqu’à ton pays

Un bateau disparaît dans les vagues blanches

Mais que peut-on voir au bout de la mer ?

Pourrais-je voir ton visage souriant, mon amour ?

Mais jusqu’où vont les montagnes ?

Elles s’étendent jusqu’à ton pays

Le printemps festoie, l’été rayonne, l’automne est rouge,

Les montagnes sont belles dans le blanc de l’hiver,

Les saisons se suivent encore et encore

Le vaste ciel s’étend jusqu’à toi

Pourrions-nous croiser en son centre ?

Puisse-t-il seulement veiller sur toi…

Ma chanson voyage

Résonne partout sur les chemins

Je ne peux pas oublier le jour où je t’ai rencontré, mon amour

Peux-tu entendre ma chanson traverser les mers et les montagnes ?

Puissent les étoiles du ciel t’apporter ma chanson

Qu’elle voyage au loin et croise ton chemin… »

Haru s’était endormi. Shion embrassa doucement son front et sortit.

Il redescendit au salon et alluma la lampe. Il regarda le piano, le vieux canapé, les livres posés çà et là, le vieux poêle dans son coin…

Omae s’était approchée et couina. Les six souris également, Hamlet grimpa sur son épaule et se frotta à son cou. Il la regarda, sourit, la prit dans sa main pour l’embrasser.

« Merci, Hamlet. Merci, Omae. »

Il caressa la tête de la chienne.

« Allez, venez manger. »

Il alla remplir la gamelle de la chienne, rendre des granulés aux souris et les laissa à la cuisine. Il retourna au salon. Il n’avait pas envie de dormir et autre chose à faire. Il prit le cadre sur la commode et le regarda.

La photo était belle. C’était Karan qu’il avait prise, le lendemain de la destruction du Mur, la veille du départ de Nezumi.

Shion tenait dans ses bras Haru emmailloté dans une serviette orange. De l’enfant, on ne voyait que quelques cheveux et une petite main tendue vers Shion. Le garçon regardait le bébé avec une tendresse infinie. À sa droite, tout prêt de lui, c’était lui que Nezumi, pour sa part, regardait avec la même tendresse, un sourire discret, mais bien réel aux lèvres.

La photo était belle...

La photo était belle...

La seule photo qu’il avait de Nezumi. Une copie de l’originale qu’il avait emportée…

Shion caressa le verre du bout des doigts, mais ceux-ci se souvenaient bien de la chaleur de cette peau. Il reposa le cadre et ouvrit le tiroir du haut de la commode, rempli de cahiers. Il en prit un, celui en cours, et alla s’asseoir à la table, derrière le canapé.

Une feuille pliée servait de marque-pages. Comme chaque soir, Shion la déplia doucement. Comme chaque soir, il relut ces mots qu’il connaissait par cœur.

« Shion,

Je te demande pardon. Je dois m’en aller. Je me sens dégueulasse de faire ça, mais je peux pas attendre. Je me sens encore plus nul de foutre le camp pendant que tu dors, mais je ne pourrais jamais le faire si je dois te dire au revoir J’espère que tu vas pas trop pleurer… Allez, je sais que tu vas tenir bon, ma petite fleur. Tu es fort maintenant. Et puis, c’est juste un au revoir, t’en fais pas.

Cet aprèm, un de tes sbires est venu parce qu’il voulait connaître mon nom, pour m’enregistrer comme habitant de la ville… Et j’ai pas su lui répondre. Je l’avais jamais vraiment réalisé…

Je sais plus qui je suis. Je me souviens plus de mon nom, plus de quand je suis né… Plus rien que l’image de mes parents morts dans une forêt en flammes.

Et j’ai aussi compris que je peux aller nulle part parce que je sais pas d’où je viens, et que même avec toi, ça pourra pas le faire comme ça.

Alors, il faut que j’y aille, que je retourne là-bas, que je cherche… Je sais pas ce que je trouverais, je trouverais sûrement rien, mais il faut que j’y aille…

Je te jure que je reviendrai. T’en fais pas Shion, c’est juré. Je reviendrai parce que tu es tout ce que j’ai. Je reviendrai parce que ma seule place est près de toi. Je reviendrai parce que cette putain de vie n’a plus le moindre sens sans toi, parce que c’est avec toi que je veux vivre et à tes côtés que je veux mourir. Ensembles jusqu’en enfer, quoi qu’il arrive, tu te souviens ? On se l’est juré, Shion, alors rien ne m’empêchera de revenir, jamais, rien ne pourra empêcher nos retrouvailles.

Attends-moi, petite fleur. Garde-moi une place dans tes bras, comme cette nuit. J’étais bien.

J’espère vraiment que tu pleures pas trop… Allez, il faut que j’y aille, si je traîne, tu vas te réveiller et je vais pas y arriver.

À très bientôt, ma petite fleur. Pardonne-moi et prends bien soin de toi. Je traînerai pas, c’est promis. C’est promis. Je reviendrai et on pourra vivre ensemble pour de vrai. Je te le jure. Je reviendrai et on aura une vraie vie à nous. J’y crois, c’est toi qui m’as appris à croire en l’avenir, que ça existait pour de vrai, alors crois-y avec moi et souviens-toi : où que je sois, on regardera le même ciel. Ensemble jusqu’en enfer, Shion, quoi qu’il arrive, toi et moi. Toujours. »

En guise de signature, un petit dessin de rat.

« Ensemble jusqu’en enfer, Nezumi… Murmura Shion. Quoi qu’il arrive. Ne t’en fais pas. Je t’attends. »

Il se mit à écrire dans le cahier, la date, l’heure, puis comme chaque soir, il commença :

« Mon Nezumi,

La lune est magnifique ce soir, moins que tes yeux, mais très belle. J’espère que tu la regardes aussi. J’ai passé une bonne journée… »

Chaque soir, depuis le départ de Nezumi, Shion racontait dans un cahier sa journée, pour qu’il puisse le lire, tout savoir de sa vie, à son retour.

« … Demain, je vais aller voir Inukashi. Ça fait longtemps que je n’ai pas été l’aider à laver les chiens. Je parie qu’elle va encore râler après toi… Je crois qu’Adrian et elle vont te passer un sacré savon à ton

retour, bientôt…

Ça va faire trois ans… Trois ans que le Mur est tombé, trois ans que tu es parti… Trois ans que j’ai l’impression d’étouffer.

Tu me manques…

Tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques tu me manques…

J’aimerais tellement être au moins sûr que tu vas bien… Mais je m’inquiète pour rien. Tu vas bien. Tu seras bientôt là. Après tout, on regarde le même ciel, pas vrai ? »

*******

Shion se paya le luxe de fou pour lui de dormir jusque 8 h 30, une heure où normalement il était déjà au travail depuis un moment… Il se prit une bonne douche et préparait le petit déjeuner lorsqu’il entendit Haru l’appeler. Ils mangèrent tranquillement. Le petit garçon était ravi à l’idée d’aller voir « Tata Inu ».

La maison que Shion et Haru habitaient était une grande bâtisse de deux étages avec un petit jardin, une vieille demeure à la frontière de No°6 et de Bloc Ouest, dans un petit quartier tranquille.

Ils partirent en début d’après-midi, et leurs protecteurs les suivirent avec leur discrétion habituelle.

L’ancien Bloc Ouest était en pleine reconstruction, ou construction, peut-être. Dans les faits, très peu de personnes du « dehors » avaient souhaité s’installer dans les logements « libérés » par l’attaque des abeilles. Shion avait autant que possible privilégié la réhabilitation des vieux bâtiments à la construction de nouveaux, mais ça n’allait pas sans problème.

Le vieil hôtel où vivait leur ami n’avait pas changé à part la pièce elle-même vivait, qui avait maintenant l’électricité et un vrai chauffage. Elle s’était par contre reconverti dans l’élevage et ça ne marchait pas si mal.

Omae était tout excitée et gambadait joyeusement autour d’eux. Shion contourna le bâtiment pour entrer par la cour arrière, passant sous une arche, et brutalement, Omae gronda avant de partir en courant.

Inquiet, Shion s’arrêta, fronçant les sourcils et retint Haru qui allait suivre la sienne.

« Attends une seconde, bébé… »

Il s’avança et jeta un œil dans la cour :

Quatre hommes à l’air pas franchement sympathique, Inukashi dans un mur, et entre, des chiens visiblement furieux…

« Attends là, Haru…

– S’ion ? S’inquiéta l’enfant.

– Ne crains rien, attends juste que je t’appelle. » Le rassura Shion en lui souriant et en caressant sa tête.

Shion s’avança tranquillement, les mains dans les poches de son manteau.

« … Et nous on te dit que toi et tes sales clebs vous allez dégager ! »

Shion se racla la gorge quand il fut près d’eux et dit posément :

« Salut, Inukashi. »

Les visages hargneux qui se tournèrent vers lui devinrent vite stupéfaits.

« Bonjour, messieurs. Quelque chose ne va pas ? »

Quatre brutes plus grandes que lui qui devaient faire cinq ou six fois son poids à eux tous en face de lui et il les regardait avec le petit sourire de quelqu’un qui sait pertinemment qu’il ne risque rien du tout.

« Euh… » Bredouilla celui qui criait après Inukashi un peu plus tôt.

La jeune femme pour sa part regardait la scène avec stupéfaction. Ses chiens ne comptaient plus, mais restaient sur le qui-vive.

« Oui ? » Le relança Shion en regardant droit dans les yeux.

Cinq hommes en noir arrivèrent et rejoignirent Shion. L’un d’eux, un grand brun avec des lunettes noires, demanda :

« Un problème, Monsieur le Président ?

-Oh, non, aucun, répondit Shion sans lâcher l’autre du regard. Ces messieurs ne sont visiblement pas les bienvenus ici, il n’y a donc pas de raison qu’ils y restent et encore moins qu’ils y reviennent. N’est-ce pas ? »

L’homme eut un sourire. Il hocha la tête :

« On va les raccompagner, dans ce cas. »

Un sixième homme amena Haru à Shion pendant que les autres évacuaient les importuns. Shion avait rejoint Inukashi, encore flageolante.

« Ça va, Inu ? S’enquit-il, inquiet.

-Ça ira… Soupira-t-elle. Merci.

-De rien. C’étaient qui, ces mecs ?

-Des videurs… Ils sont payés par les promoteurs pour chasser les gens de chez eux, pour ne pas avoir à les reloger comme tu l’as ordonné…

-C’est pas vrai ! Soupira Shion. Bon sang, c’est la quatrième loi que je fais passer… Ils en veulent à ton hôtel ?

-Ouais… J’ai déjà eu deux ou trois chiens empoisonnés… Mais comme je ne cédais pas… »

Shion se massa le front :

« Ne crains rien, je vais m’en occuper personnellement… J’ai été bien inspiré de passer te voir ! »

Haru accourut vers elle :

« Tata Inuuuuuuuuuuuuuuuu !!! »

Alors qu’elle étreignait le petit garçon, Shion murmura à l’homme qui avait accompagné son fils :

« Yuki, est-ce que vous pouvez vous occuper d’établir une surveillance accrue de cet hôtel ? Tolérance zéro sur tous les comportements suspects et essayez de trouver qui est derrière ça.

-D’accord, je vois ça tout de suite

-Merci. »

Shion le laissa prendre son téléphone et retourna vers Inukashi, joyeux :

« Bon allez, c’est pas tout ça ! T’as du boulot pour moi, ma belle ? Je ne suis pas venu pour glander ! »

Inukashi avait soulevé Haru dans ses bras. Elle regarda Shion et éclata de rire :

« Toi alors, tu changeras jamais ! »

********

La réception de Satoru Tomodachi avait déjà bien commencé. Le maître des lieux et son épouse Misato se faisaient un devoir de recevoir régulièrement chez eux les personnes qu’ils appréciaient sans aucune arrière-pensée. Bien qu’habitant depuis fort longtemps le quartier de Kronos, ce PDG avait accueilli le changement de régime avec intérêt et s’était porté mécène d’un nombre conséquent de projets sociaux et culturels.

Sa femme et lui avaient donc rencontré Shion par ce biais et étaient pour ainsi dire tombés sous le charme de ce tout jeune homme… Eux et aussi voir surtout leur fille Arisu, âgée de 17 ans.

Yui et Adrian étaient déjà là. Eux aussi étaient devenus bons amis avec ses braves gens. Ils discutaient avec Misato lorsque le majordome était venu annoncer à cette dernière la voiture de monsieur le président était en train de se garer devant la maison. Aussitôt, Misato partit à sa rencontre, suivi des deux susnommés.

Haru câlinait Omae qui s’était couchée par terre. Shion fouillait dans son coffre en sifflotant. Voyant les trois arriver, Haru se précipita dans les jambes de Yui :

« Tonton Yui ! »

Haru adorait Yui. Il était pour ainsi dire le seul enfant à n’avoir jamais eu peur de ce grand borgne presque toujours habillé en noir. Yui ne savait absolument pas gérer cette affection et ça amusait beaucoup Shion et Adrian.

Misato avança.

« Bienvenue, Shion !

-Bonsoir, Misato. Désolé pour le retard, il y eut un accident sur le périph… Je n’ai pas eu le temps de repasser chez moi. Je peux vous emprunter une douche ? Je ne suis pas très présentable… »

Adrian s’approcha alors que Yui essayait de se défaire diplomatiquement de l’étreinte de Haru. « Je t’ai déjà vu plus propre, effectivement. Tu as fait un combat de boue ou quoi ? D’où tu sors ?

-Il a passé l’aprèm chez Inukashi ! » Répondit Yui.

Adrian rigola.

« Je vois. Tu en as lavé combien ?

-17 !… Enfin, 29 avec les petits, mais on ne les compte pas !

-Lavé quoi ? Demanda Misato en les regardant l’un après l’autre, intriguée.

-Des chiens, répondirent Shion, Adrian et Yui en cœur

– Ça explique l’odeur. » Ajouta Adrian.

Shion dégageait en effet un délicat parfum mêlant subtilement des effluves canins à d’autres de savon bon marché.

« Je vais vous accompagner à une de nos salles de bains, Shion…

-Merci beaucoup, Misato. Je te laisse Haru, Yui ?

-Pas de souci ! » Répondit Adrian avant Yui.

Le regard noir du blond les fit rigoler doucement alors que Shion épaulait son sac et suivait Misato :

« Heureusement que j’ai toujours des vêtements propres dans ma voiture…

-Rien d’étonnant de la part d’un garçon aussi organisé que vous. »

Dans le salon, un quart d’heure plus tard, Shion arriva, tout propre, pour voir Omae couchée au pied du canapé où était assis Adrian, un verre à la main. Il regardait, goguenard, Yui et Haru au buffet. Shion serra quelques mains avant de rejoindre son général en chef :

« Haru avait faim ?

-Ouais.

-Et tu as laissé Yui se charger de l’accompagner au buffet.

-Ouais.

-T’es vraiment un sadique.

-Ouais ! »

Shion rit doucement et rejoignit son ami et son fils. De longues tables étaient recouvertes de toasts et de bouchées toutes plus appétissantes les unes que les autres.

« Tu sens meilleur. » Lui fit Yui avec un sourire.

Ils se servirent et retournèrent au canapé. Yui s’assit à l’opposé d’Adrian, Haru grimpa à côté du blond et Shion se posa comme si de rien n’était entre son fils et le soldat.

« Au fait, Yui, comment tu savais qu’on était chez Inukashi, cet après-midi ?

-C’est pour ça que tu me payes, Shion. Je savais aussi que tu étais en retard à cause d’un accident. Le jour où je ne le saurais pas, pense à me virer.

-Et tu as autre chose à me dire ?

-Les quatre mecs qui sont venus pour la virer sont des habitués de ce type de job. Ils nous ont donné les noms des cinq promoteurs pour lesquels ils ont bossé, et quelques noms des flics à qui ils graissaient la patte… J’ai transmis à Keisatsu… Mais il continue à me dire que je délire avec la corruption de la police dans Bloc Ouest et que ces gars sont clean…

-Tous les policiers ne sont pas pourris, tu sais, dit Shion.

-Ceux qui le sont posent assez de problèmes. Il y a des brebis galeuses de partout, sûrement même dans mes propres troupes, Shion. Moi, je le reconnais, c’est tout.

-Keisatsu est un brave gars, mais il garde pas mal de préjugés sur Bloc Ouest, intervient Adrian.

– Je vais surveiller ça de plus près… Soupira Shion.

-Je peux te faire une remarque de con, Shion ? Reprit Yui.

-Yui, pas de gros mots devant Haru.

-Ah merde, désolé !

-Yui… Bon bref, dis toujours ?

-Il y a vraiment des fois où je me dis qu’on avancerait bien plus sans le Conseil… »

Shion soupira et eut un sourire.

Deux enfants virent chercher Haru qui partit jouer. Shion le regarda s’éloigner et reprit :

« Tu sais bien que je ne veux pas en arriver là.

-Yep. Mais si on a glissé cet amendement dans la Constitution, c’est bien qu’on y a tous pensé… »

L’amendement 697-03 permettait au président d’Utopia de prendre les pleins pouvoirs s’il le jugeait nécessaire. Shion n’y était pas favorable à la base, il avait fallu toute l’insistance conjointe de Yui, Adrian, Marianne et de bien d’autres pour qu’il accepte.

Les dissensions au sein du Conseil étaient réelles et il en était conscient. Certains membres se tiraient dans les pattes et il devait intervenir pour les rappeler à l’ordre un peu trop souvent à son goût, mais aussi bancal qu’il était, ce Conseil était le symbole de la réunification de la ville et ce symbole, Shion y tenait.

La soirée passa tranquillement. Shion finit par aller s’isoler sur un balcon, au calme. Les coudes sur la rambarde, il contemplait la pleine lune, rêveur. Dans le ciel dégagé, elle était juste magnifique.

Ce cercle céleste renvoyait Shion plus de sept ans en arrière, au regard tout aussi argenté d’une petite silhouette fluette au bras ensanglanté qui avait bouleversé sa vie et capturé son coeur en un battement de cils, sans aucune issue… Mais c’était une cage dont il ne voudrait jamais sortir.

Il était donc là à rêvasser à une certaine valse, dansée au crépuscule dans un champ de ruines, lorsqu’une voix le fit sursauter :

« Shion ? Vous n’avez pas froid ? »

Il se tourna et sourit poliment :

« Bonsoir, Arisu… »

La jeune fille est belle, ce soir-là, dans sa robe de soirée, maquillée et coiffée avec soin.

« Je n’ai pas froid, non, mais vous, vous devriez rentrer. Votre robe très légère.

-Elle vous plaît ? Je l’ai choisie en pensant à vous… »

Shion la regarda sans répondre. Une petite brise souffla, faisant voleter ses cheveux blancs.

« Shion ?

-Vous êtes très belle, Arisu… Mais je vous ai déjà dit de ne rien attendre de moi. »

Il y eut un silence. Shion regardait la jeune fille avec une douceur un peu triste, elle le fixait avec de grands yeux, ébranlée. Puis elle se reprit :

« Mais Shion… Vous ne voyez pas comme le destin nous pousse l’un vers l’autre ?

-Le destin m’a poussé vers quelqu’un d’autre il y a très longtemps, s’il vous plaît laissez-moi en… »

Soudain, elle vit se figer alors même que le vent faisait à nouveau voler ses cheveux.

… Shion…

Elle le regarda, stupéfaite. Ses lèvres articulèrent quelque chose qu’elle ne comprit pas, car elle n’entendait pas, elle, ce murmure porté par le vent :

… Shion… Bientôt… Très bientôt, c’est promis…

Arisu vit deux larmes rouler sur les joues de Shion et recula, apeurée.

« S’ION ! »

Haru passa en courant à côté d’elle pour se jeter contre lui :

« S’ion !… S’ion !… »

Shion sursauta, baissa la tête, puis s’accroupit en essuyant ses yeux, souriant.

« S’ion, pou’quoi tu pleures ?

-C’est rien, mon bébé, c’est rien.

-Si, dis moi ! »

L’air fâché de l’enfant fit rire Shion :

« D’accord, je te dirai tout à l’heure à la maison.

-Pou’quoi tout à l’heure ?

-Parce que c’est un secret. »

De toute façon, personne d’autre que toi ne me croira… pensa-t-il.

« Tu me cherchais, Haru ?

-Oui ! Yui voulu jouait au bi’ard avec toi !

-Ça, c’est une bonne idée… »

Shion se releva avec l’enfant dans les bras et sourit à la jeune femme :

« Vous devriez rentrer, vous avez vraiment prendre froid…

-Shion… Commença-t-elle. Vous et moi…

-Je vous souhaite une agréable soirée. »

Il rentra et rejoignit Yui et Adrian au billard.

« Alors, encore cette greluche ? Demanda le soldat.

-Merci d’avoir envoyé Haru.

-De rien ! » Répondit Yui, amusé.

Shion posa Haru au sol et prit la queue de billard qu’il lui tendait.

« Je ne sais plus trop quoi lui dire… Soupira le garçon.

– Rien, lui dit Adrian en se penchant sur la table pour jouer son coup. Le mieux avec ce type de gonzesses, c’est de les ignorer. Plus tu te justifieras, plus elle expliquera que tu es dans le déni…

-Un point pour Adrian. Tu lui as dit et répété, laisse tomber. À chaque fois que tu lui donneras une occasion d’argumenter, elle s’y croira. »

Shion hocha la tête en se penchant pour jouer à son tour.

Très bientôt, c’est promis…

Il eut un sourire en frappant la boule blanche. Bientôt.

 

À suivre dans le chapitre 02 : Retrouvailles.

12 réponses à No°6 – Après 01 : Attente

  1. Pouika dit :

    Très jolie chapitre. La mise en place du gouvernement et l’état d’esprit de Shion correspond à son caractère. Tous les éléments s’emboîtent parfaitement ce qui donne un texte très agréable à lire.
    *Je file lire la suite.

    • Ninou Cyrico dit :

      @Pouika : Merci beaucoup, les mises en places sont toujours des moments très délicats. Tout poser sans être lourd ou ennuyeux est pas toujours évident.

  2. ShoMei dit :

    Ahhh merci pour ta réponse, je n’avais pas vu, et il faut avouer que ça me turlupinait encore…;p Je comprends mieux maintenant 😉
    Et oui la suite me plait beaucoup! 🙂

  3. ShoMei dit :

    Vraiment j’aime beaucoup 🙂
    autant au niveau du style que de l’intrigue, à la fois très porteur d’espoir, et en même temps de difficultés,
    mais quelle tristesse de nous les séparer à nouveau :s

    Sinon euh…Inukachi, c’était un garçon à l’origine non? remarque je m’étais posé la question…
    ( vérif : dans anime il parle au masculin…mais ressemble pas mal à une fille, allez savoir, et je n’ai pas lu le roman en vo…) Enfin Tata Inu c’est mignon quand même 🙂

    • Ninou Cyrico dit :

      @ShoMei : Merci encore ^^ ! Oui, ce chapitre, c’est surtout de la mise en place pour la suite. T’en fais pas, la séparation ne va pas durer ^^ !
      Sinon, ben, Inukashi se fait passer pour un garçon, mais c’est bel et bien une fille. L’ambiguïté n’est pas vraiment levée dans l’anime, mais elle l’est dans le roman. 🙂
      En espérant que la suite te plaise aussi 🙂 ! Au plaisir 🙂 !

  4. Ninou Cyrico dit :

    @Maru : Ben que dire à part, merci beaucoup :$ et bonne lecture alors… J’espère que t’avais rien de prévu pour la soirée… ^^

  5. Maru dit :

    euh juste pour corriger : « moi qui étais restée sur ma faim … » yes i’m a woman 😉

  6. Maru dit :

    waoo !! moi qui était resté sur ma faim à la fin (!) de No6, c’est un magnifique cadeau que tu fais !! je viens de lire l’épilogue et ce qu’il y a de drôle c’est que je voyais les personnages comme ça aussi. Bref j’adore !! et puis là, tu nous les sépare arrgh je crois que je vais lire toute la soirée, c’est pas possible autrement (o_o’) !!! Ah et puis la lettre de Nezumi, sublime, émouvante, on ressent toutes émotions qu’il semble traverser…Nezumi <3
    Voilà, pour faire court, je suis fan de cette fic ^^
    bravo !

  7. laika dit :

    vraiment bien ! hâte de lire la suite

  8. Amakay dit :

    Vivement la suite!!!!!!! trop bien

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