No°6 – Après 12 : Parlez-moi de votre petite enfance…

Disclaimer : Les personnages et l’univers de No°6 appartiennent exclusivement à Atsuko Asano.

Le Concours continuera prochainement.

Présence d’un petit lemon à la fin de ce chapitre !

No°6 – Après

Chapitre 12 : Parlez-moi de votre petite enfance…

Shion s’interrogea sur la possibilité d’aller se pendre quelque part dans le parc. Parce que là, il en avait vraiment marre…

À chaque fois qu’il résolvait une difficulté, c’était pour en retrouver 12…

Il posa son stylo, croisa les bras et regarda sa feuille avec sévérité. Méchante feuille. Elle faisait sûrement exprès d’être recouverte de mots qui lui compliquaient la vie.

Ou alors, aller se jeter dans la rivière. Mais l’eau devait être très froide, par contre…

Il remercia le ciel lorsqu’on frappa à sa porte avant d’entrer sans attendre. Il entendit la voix outrée de Mlle Hisho :

« Messieurs ! Le président est occupé ! »

Les voix de Yui et Keiji répliquèrent dans un ensemble touchant :

« C’est quoi que vous comprenez pas dans URGENT ?! »

Shion appuya son menton sur ses mains jointes, intrigué, son petit sourire curieux aux lèvres.

Yui fut le premier au bureau :

« Shion, on a besoin de ta signature.

– Ah ?

– Oui, et vite. » ajouta le blond en lui tendant une feuille.

Shion ne bougea pas, son sourire s’élargit, et Yui eut un soupir exaspéré.

« Shion…

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Keiji en arrivant à son tour.

– Il y a que M. le président ne signe rien sans explication, grogna Yui en croisant les bras.

– Mais je suis sûr que vous allez m’en donner une, sourit Shion.

– Nous avons rattrapé in extremis un témoin capital qui s’apprêtait à quitter le pays, commença Keiji.

– Mais ? le relança Shion.

– Il est déjà dans la zone internationale de l’aéroport, donc hors de notre juridiction, sauf si le chef de la police en personne ordonne son arrestation.

– Et le chef de la police, c’est toujours toi, Shion. »

Shion se redressa et prit enfin la feuille :

« Vous voyez bien que ce n’était pas compliqué. »

Il prit son stylo et lut rapidement la feuille :

« Vous tenez une piste intéressante ?

– On va bien voir. » répondit Keiji en prenant la feuille quand Shion la lui tendit.

Le président hocha la tête et les laissa filer en pensant :

« Petits cachottiers. »

Mlle Hisho vint près de lui :

« Je vous présente mes excuses, Monsieur le Président.

– Ce n’est pas grave, il y avait vraiment urgence. Vous avez pu avoir la chanteuse pour la cérémonie d’accueil ?

– Euh, pas encore… Je m’en occupe immédiatement. »

Elle sortit et il sourit. Il attendit d’être seul et découvrit le clavier de son ordinateur. Le nom du témoin lui disait quelque chose. Il alla voir sur Internet.

« Alors M. Itsuwaru… On se connaît ? »

Il fronça un sourcil : un médecin… ? Il relut un article en diagonale :

« … suite au décès d’un sexagénaire de Bloc Ouest. L’enquête a rapidement prouvé que le médecin chargé de la permanence au Centre médical était absent, visiblement parti jouer au golf… »

Le médecin qui avait été condamné pour abandon de poste ? Celui à cause duquel il avait dû lancer la réforme du système de santé… ?

Qu’est-ce qu’il avait à voir avec tout ça ?

*********

Nezumi regardait attentivement l’infirmière qui changeait sa fille pour bien apprendre à le faire.

« Voilà, vous savez tout ! Et n’oubliez pas, bien garder une main sur son ventre. Si ça devient un réflexe tout de suite, ça sera parfait pour quand elle commencera à se tourner. »

Il hocha la tête et prit doucement le bébé dans ses bras. Il demanda :

« Vous permettriez que je l’emmène un peu dehors ?

– Euh, si vous voulez, mais il faut bien vous emballer… »

Il enfila docilement les épaisseurs nécessaires, laissa les infirmières sceptiques préparer Shima et sortit avec elle serrée contre lui, faire quelques pas dans le parc. Il faisait froid, tout était blanc, mais il ne neigeait plus. Nezumi s’avança sous les arbres et, quand il fut sûr d’être tranquille, il ferma les yeux. Il appela ses serviteurs qui ne tardèrent pas. Les cheveux bleutés voletèrent et Nezumi se mit à chanter doucement, dans la langue de ses ancêtres, une très vieille chanson demandant aux esprits d’accueillir avec bienveillance son enfant dans ce monde. Au deuxième jour de sa vie, c’était un rite obligé chez les siens que, même seul ici, il s’était senti obligé de faire.

Shima ne serait jamais une enfant de la Forêt, mais lui, son père, en serait toujours un.

Il retourna sans tarder dans la chambre. Si tout allait bien, il pourrait quitter l’hôpital rapidement. Karan avait proposé de venir quelque temps chez eux, pour l’aider à reprendre pied, le temps qu’il se remette de sa blessure. Ça le rassurait.

Il recoucha Shima, se rallongea et alluma la télé. Il tomba sur les infos.

« … alors que plusieurs dignitaires de son pays ont appelé à boycotter la grande rencontre internationale, suite à l’annonce, hier, de la naissance de la fille d’Aki Kazemori, le compagnon de notre président, dans des circonstances encore peu claires. John Sullivan n’a encore fait aucune déclaration officielle, disait la présentatrice.

Il est à noter qu’à part certains conservateurs de N°2 et N°4, aucune prise de position n’a été relevée de la part des dirigeants des autres villes. Invitée hier soir à une émission de variétés, Mme Myriam N’Dou, l’épouse du président de Dakar, a simplement déclaré son intention d’offrir des layettes au jeune père lors des Annuelles, enchaîna sa collègue avec un sourire.

L’enquête semble se poursuivre tambour battant ici, avec l’interpellation remarquée, tout à l’heure, à l’aéroport, d’un homme qui cherchait visiblement à quitter le pays. Le commandant Keiji, présent sur place, a déclaré et qu’il pouvait s’agit d’un témoin important, et le Conseiller Himitsu, présent également, s’est lui refusé à tout commentaire.

Affaire à suivre, donc. Énergie, maintenant, avec l’inauguration officielle, cet après-midi, de la nouvelle portion de notre centrale géothermique. Comme annoncée, cette extension devrait permettre d’assurer l’entretien de la centrale, car sa mise en route va permettre l’arrêt de la plus vieille section en activité, pour une révision complète.

– Interpellé par l’opposition sur la question de la nécessité de cette révision, notre président a déclaré que cette section avait dû tourner à plein régime pendant plus d’un an, avant le premier agrandissement de la centrale, et qu’elle avait à ce titre bien mérité, je cite, des vacances et qu’on la pouponne un peu. »

On frappa à la porte. Nezumi cria d’entrer, puis bâilla, et sursauta en voyant entrer Muzai, son amie violoniste, et Dagakki, l’immense batteur et leader de leur groupe. Ce dernier lui tendit son poing :

« Ah, ah ! On t’a retrouvé !

– Oh non, mon dieu j’ai peur ! répondit Nezumi en frappant l’énorme poing avec le sien, un grand sourire aux lèvres. Qu’est-ce que vous faites là ?

– On venait aux nouvelles… répondit Muzai en se penchant pour lui faire la bise. Tu vas bien ?

– On fait aller…

– Tu pourras te vanter d’être dans la moitié des conversations de la ville…

– Les gens s’ennuient à ce point ? sourit encore Nezumi en baissant le son de la télé.

– Ça ragote pas mal… On est passé au pub, Jeff nous a dit qu’il avait viré trois mecs qui voulaient foutre la merde, ce matin, répondit Dagakki.

– Du genre ?

– Qu’ils devaient fermer pour racheter la honte d’employer un dépravé et laisser la place à de “vrais” citoyens de la ville…

– Sympa.

– Oh, des grandes gueules sans plus de courage au ça. Il a crié plus fort qu’eux et ils ont décampé. »

Muzai regardait dans le berceau, toute attendrie :

« Oh elle est trop choupi… »

Dagakki opina avant de s’asseoir.

« Une mini-Nezumi, genre on en avait pas assez d’un…

– Rassure-toi, je vais m’en tenir là.

– Ton mec t’en veut pas trop ?

– Shion ? ‘Faudrait déjà qu’il sache ce que c’est d’en vouloir à quelqu’un. Non, il a pris ça tranquillement… Il a proposé de repeindre la chambre d’ami en rose… »

Le batteur et la violoniste éclatèrent de rire alors que Nezumi haussait les épaules. Muzai s’assit à son tour :

« C’est vraiment un cas, ton homme.

– J’aurais adoré voir la tête du journaleux réac quand il leur a dit : “Non mais je savais, y a pas de problème.”, rigola Dagakki.

Leur tête quand il a répondu “oui” à “Vous saviez que votre ami était une ancienne pute ?” était déjà énorme, opina Nezumi.

– Je veux bien te croire… »

Il y eut un silence, puis Muzai demanda gentiment :

« Comment tu te sens ?

– Pas mal secoué, reconnut Nezumi. La blessure, j’en ai eu de pires… La petite, je gérerai… Mais je me sens vraiment mal pour sa mère…

– C’est confirmé, qu’elle est.. morte… ? »

Nezumi hocha la tête lentement.

« Elle méritait pas ça…

– J’espère que les flics vont vite choper les connards qui ont fait ça ! pesta Dagakki.

– Freedom est sur les crocs, je suis pas inquiet.

– Ah ça, soupira Muzai, sûr qu’il faut pas le chercher, Freedom… »

*********

Yui éternua et à côté de lui, l’assistante de Kenji lui sourit :

« Quelqu’un parlait de vous !

– Sûrement… »

Ils se remirent à regarder, à travers la vitre sans teint, Keiji face au docteur Itsawaru, un petit quinquagénaire dégarni, et son avocat, un fringant trentenaire qui se voulait acerbe et impressionnant, mais à qui il manquait pas mal de décennies d’expérience face au commandant et au Conseiller.

« Vous obstiner dans le déni ne sert à rien, docteur, répéta Keiji. Nous savons que Shima Gisheisha n’avait confié qu’à vous, son médecin, l’identité du père de son enfant. C’est écrit noir sur blanc dans son journal… Tout comme le fait qu’elle avait rendez-vous à votre cabinet la veille de sa disparition, rendez-vous où vous lui avez demandé de se rendre chez un collègue le lendemain, pour un examen, ce que nous a rapporté votre secrétaire, qui s’en souvient très bien, puisqu’elle ne connaissait pas le nom de ce confrère.

– Elle ne peut pas connaître tous les médecins de la ville ! rétorqua l’avocat.

– Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi avez-vous voulu fuir à N°2 ?

– Mon client a encore le droit…

– De quitter la ville en catastrophe, de façon totalement imprévue, ce que TOUS ses proches ont confirmé ? Oui, il a le droit. Et ça fait de lui un sacré suspect. »

Yui gloussa derrière la vitre. Finalement, il l’aimait bien, ce Keiji. Zento le rejoignit et lui tendit trois feuilles avec un grand sourire :

« On a du nouveau !

– Du si bon que ça ?

– Ah, sur un plateau, vieux ! »

Yui regarda les feuilles et un grand sourire se fit rapidement sur ses lèvres aussi :

« C’est pas vrai…

– C’est beau, non ?

– J’aurais même pas osé le rêver… »

Yui demanda à la petite assistante qui les regardait avec curiosité :

« Pouvez-vous demander au commandant de sortir un instant, s’il vous plaît ? »

Elle s’exécuta et Keiji les rejoignit rapidement :

« Il y a quelque chose ?

– Je vous laisse regarder. » répondit Yui en lui tendant les feuilles.

Keij les lut, sourcils froncés, puis demanda :

« Vous avez moyen de faire des recoupements bancaires ?

– C’est en cours, répondit Zento.

– Je vais transmettre au juge…

– C’est fait.

– Ah, merci… Bon, si vous veniez voir avec moi ce que notre ami a à nous expliquer à propos de ça, Himitsu ?

– Volontiers. »

Les deux hommes retournèrent dans la salle. Keiji se rassit tranquillement et Yui resta debout derrière lui et dit simplement :

« Bonjour.

– Docteur, Maître, je ne vous présente pas le Conseiller Himitsu, en charge de cette affaire avec moi, commença Keiji. Il vient de me fournir de nouvelles informations sur lesquelles je serais très curieux d’entendre vos explications. »

Comme ni le médecin, très nerveux, ni le juriste ne disaient rien, le policier continua, très calme :

« Il apparaît que vous avez sept minutes au téléphone avec Dorei Hantaisha alors que vous étiez à l’aéroport, homme avec lequel vous avez eu pas moins de douze coups de téléphone, de quatre minutes à une heure vingt-trois,… Coups de fil qui, mais vous allez me dire que c’est un hasard, je parie, ont débuté trois jours après que Shima Gisheisha vous ait révélé être enceinte d’Aki Kazemori, si l’on en croit son journal… Et quelques semaines plus tard, vous vous êtes mis à recevoir d’importantes sommes d’argent… »

Un long silence suivit, avant que l’avocat ne réussisse à répondre :

« Je ne vois pas pourquoi mon client n’aurait pas le droit d’appeler qui il veut.

– Oh ben voyons, il entre en contact avec un des plus virulents membres de l’opposition, qu’il appelle avant de tenter de s’enfuir, alors qu’il ne prévient pas sa propre mère ? Et cet argent, il vient d’où ? »

Yui toussa pour étouffer son rire alors que Keiji soupirait :

« Désolé, il va falloir trouver mieux que ça. »

Zento entra sans frapper :

« On a retrouvé le corps ! »

*********

Les trois jardiniers du parc se tenaient à distance, encore choqués. Leur responsable accueillit lui-même les enquêteurs, avec une nervosité plus que palpable. Yui et Keiji échangèrent un regard. N’ayant pas eu de détail, ils furent pareillement surpris lorsque l’homme leur dit, après leur avoir serré la main :

« Je vais vous montrer, c’est par là… Ils ne sont pas agressifs, je pense qu’ils vous laisseront approcher, puisqu’ils nous ont laissé faire, nous…

– Qui ça, “ils” ? demanda Keiji.

– … Venez. Vous ne me croirez pas avant de l’avoir vu… »

Dubitatifs, les deux enquêteurs et leurs hommes suivirent le responsable du parc jusqu’à un grand ensemble de plates bandes, de la terre nue en cette saison, couverte de neige.

Des dizaines de corbeaux se trouvaient là, sur les arbres, les grillages, les poteaux, au sol, entourant une petite zone où la neige et la terre avaient été grattées, découvrant un buste humain.

Les enquêteurs restèrent stupéfaits. Le responsable du parc frissonna. Il n’arrivait pas à s’y faire… Les corbeaux, il y avait souvent dans le parc… Mais là…

« Qu’est-ce que c’est que ce bordel… » grogna Keiji en s’avançant d’un pas décidée.

Yui le suivit plus lentement. Il se souvenait d’avoir vu Nezumi lâcher ses deux corbeaux par la fenêtre, à l’hôpital…

Il secoua la tête. Non, c’était impossible.

Nezumi était bizarre, il l’avait toujours su. Il avait des intuitions et une sensibilité très particulières, c’était évident. Mais ‘fallait pas délirer non plus.

Keiji s’accroupit près du corps, remarquablement conservé par le froid. Le visage était pâle et, presque curieusement, serein.

Yui le rejoignit.

« C’est bien elle… » dit le policier en se redressant.

Il regarda autour de lui, les oiseaux, toujours calmes, et ses hommes, restés à distance. Il fronça les sourcils et leur cria :

« Bon, vous rappliquez, oui ?! Vous croyez que les relevés vont se faire tous seuls ?! »

À peine eut-il fini sa phrase que tous les corbeaux s’envolèrent, sauf un, posé sur un poteau assez près, qui bâilla et gonfla ses plumes dans un frisson.

Yui et Keiji regardèrent, impressionnés malgré eux, les oiseaux noirs disparaître dans toutes les directions.

Les deux hommes échangèrent un regard, puis se tournèrent vers le corbeau restant qui les toisait aussi. Les autres agents arrivaient enfin.

« Bon, au boulot. »

*********

« Qu’on voit un QUOI ?! » sursauta Nezumi.

Encre s’agrippa à son épaule pour ne pas chuter et râla.

Shion, assis près de son ami sur le lit de l’hôpital, était tout aussi stupéfait. Yui soupira alors que Keiji grommelait :

« Ordre du juge.

– Mais pourquoi il veut qu’on voit un psychiatre ?… » demanda Shion.

Shima couina dans son berceau. Nezumi lui sourit alors que les trois souris qui étaient avec elle allaient se frotter contre elle pour la câliner.

« Ça va, ma puce, t’en fais pas… »

Yui finit par répondre :

« Suite à une requête de l’avocat du docteur Itsuwaru, qui prétend que tout ceci est un complot contre son client, le juge a exigé une expertise psychologique de vous deux.

– Visant à déterminer si nous sommes des manipulateurs pervers ? grogna Nezumi.

– Et probablement aussi si je suis apte à gouverner… sourit Shion.

– Il n’a jamais été question de ça ! se récria Keiji.

– Je m’en doute, mais ça tomberait bien pour pas mal de gens, répondit Shion avant de demander : Quel médecin a été désigné ?

– Euh… Vous acceptez ?

– Je vous l’ai déjà dit, je n’ai rien à cacher. Qu’est-ce que tu en dis, toi ? » continua-t-il pour Nezumi.

Ce dernier semblait bien plus sceptique, et lâcha finalement :

« Mouais, bon, si il faut…

– C’est le docteur Sêshinkai qui a été appelé, répondit Keiji. Il passera ici demain, M. Kazemori, et sûrement au Palais présidentiel dans la foulée.

– C’est qui, ce type ? grommela encore Nezumi.

– Un de nos plus éminents, pour ne pas dire le meilleur psychiatre criminologue de notre ville, répondit Keiji.

– Rentré ici il y a deux ans et demi. Il s’était exilé à N°5 suite à quelques soucis avec l’ancien pouvoir de N°6, ajouta Yui.

– Tu sais lesquels, je parie ? sourit Nezumi.

– Oui, il refusait de diagnostiquer fous les dissidents politiques.

– Ce qui lui a valu de peu d’être interné lui-même, je crois, se souvint Keiji.

– Exact.

– Vous pouvez dire au juge que j’accepte sa demande d’entretien avec le Dr Sêshinkai, reprit Shion en se penchant pour attraper Shima qui remuait. Pour des raisons de discrétion cependant, je préférerais ne pas le voir au Palais. Il a un cabinet ?

– Oui, au centre-ville, pas loin du parc, répondit Yui.

– Je passerai le voir, s’il veut bien me faire savoir quelle heure l’arrange. Yui, tu peux t’arranger pour que ce rendez-vous reste secret, pour le moment ?

– Aucun souci.

– Vous avez peur des paparazzis ? demanda Keiji avec un sourire.

– Non, pas tant que ça. Plus de ce que certaines personnes, ici ou ailleurs, pourraient faire en s’imaginant que cet homme a des informations confidentielles sur moi. »

Nezumi eut un sourire alors qu’il caressait la tête de sa fille qui se mit à suçoter ses doigts, les yeux grands ouverts :

« Tu deviens parano, ma petite fleur ?

– Ça doit être Yui qui est contagieux.

– Eh ! protesta le susnommé.

– Vous n’avez pas tort, en fait… finit par reprendre Keiji. Pour sa sécurité et sa tranquillité, il faut effectivement mieux que vos rendez-vous restent confidentiels. »

Nezumi prit Shima dans ses bras et Shion se leva :

« Et sinon, il parait que vous avez retrouvé le corps ?

– Oui. Les examens sont en cours. Il était dans le parc, dans une zone dont on avait retourné le sol il y a quelques jours, avant la neige. Bref, de la terre battue dont personne n’aurait remarqué qu’elle avait été rebattue, si les corbeaux n’avaient pas gratté le sol.

– Des corbeaux ? sourit encore Nezumi.

– Sans doute pour faire leur boulot de charognards, répondit Keiji, mais c’est une chance pour nous. On est arrivé à temps, le corps était intact… Sa logeuse nous a confirmé qu’il s’agissait bien d’elle.

– Et ce médecin, quel rapport ? demanda Nezumi.

– Un peu compliqué.

– C’est bien celui qui avait été condamné pour abandon de poste l’an dernier ? demanda Shion.

– Oui.

– Il n’avait pas été interdit d’exercer ?

– Si, mais il avait fait amende honorable, et visiblement, des “amis” ont réussi à le faire revenir. A priori, il filait droit, répondit Yui.

– Reste que l’hypothèse qu’il ait cherché à utiliser cette femme, qui se disait enceinte de votre compagnon, pour vous nuire, est loin d’être irréaliste, ajouta Keiji.

– Et que vient faire Dorei Hantaisha là-dedans ? demanda encore Shion. Son arrestation n’est pas passée inaperçue. »

Keiji soupira alors que Yui gloussait.

Sitôt le corps envoyé à l’institut médico-légal, Yui et Keiji s’étaient fait un devoir de se rendre chez les Hantaisha, car le juge voulait que Dorei, leur aîné, les éclaircisse sur sa relation avec le Dr Itsuwaru.

Sauf que Dorei leur avait fait savoir qu’il n’avait pas le temps. Keiji lui ayant signifié que leur entrevue n’était pas une option, Dorei avait daigné venir à sa porte avec deux gardes du corps, et son ton méprisant, vite agressif, son refus d’écouter même les questions, ne surprirent pas Yui, mais finirent par venir à bout de la proverbiale patience de Keiji. Et les renforts appelés par Zento arrivèrent juste à temps pour embarquer les trois hommes, désormais accusés d’injures et coups et blessures sur des représentants de l’ordre… Le tout devant un parterre de journalistes arrivés entre-temps.

Keiji eut un sourire à ce souvenir et fit avec un sourire en coin à Yui :

« Je suppose que c’est vous qui avez prévenu la presse…

– Oh, pensez-vous… » répondit innocemment le borgne.

Shion eut un sourire rapide. Les images de son opposant insultant, puis se battant avec les policiers, avaient fait le tour des télés et d’Internet…

« Nous voulions juste savoir à quel sujet le Dr Itsuwaru l’avait appelé de l’aéroport… Mais son manque de coopération a exaspéré le juge… continua le policier.

– Et il y a un autre détail intéressant, ajouta Yui. Il semblerait que notre homme ait une blessure au mollet gauche. »

Nezumi tiqua :

« Là où j’ai planté mon couteau ?

– Il faudra voir s’il y a une plaie et si oui, si elle correspond, répondit Keiji. Il prétend que c’est une tendinite et refuse qu’un médecin l’examine. Il a aussi quelques traces de griffures sur le visage et les mains…

– Et votre corbeau est revenu avec du sang sur les serres… » leur rappela Yui.

Shion avait croisé les bras. Il opina lentement et gravement.

« Vous avez fait du très bon travail, merci, messieurs. »

Entendant tapoter à la vitre, Shion alla ouvrir. Les deux corbeaux rentrèrent et vinrent se poser sur le lit. Kage s’ébroua et Yami râla. Nezumi sourit :

« Jamais content, celui-là… »

*********

Shima dormait à poings fermés, et Yami et Encre étaient en boule à ses pieds dans le berceau. Nezumi, assis dans son lit, regarda avec gène le psychiatre.

Ce dernier était un homme plus petit que lui, un peu rond, de corps comme de visage, aux cheveux poivre et sel ébouriffés et au regard bienveillant.

Shion et lui s’étaient mis d’accord pour ne lui cacher que le nécessaire, mais le convalescent n’était tout de même pas très à l’aise.

« Euh, elle dort… Il ne faudra pas faire de bruit…

– ce n’est pas un souci. Nous pouvons aller ailleurs si vous le souhaitez, répondit aimablement le médecin, mais je ne pense pas que nous risquons de la déranger.

– D’accord… Comme vous voulez… Vous avez une chaise là, derrière vous.

– Oui, merci.

– Ça euh, ça va si je reste dans le lit ?

– Oui, bien sûr. »

Nezumi eut un petit rire nerveux en se grattant la tête :

« Désolé, je n’ai jamais fait ça, je ne sais pas comment ça se passe… »

Le psychiatre répondit aimablement en installant la chaise et en s’y asseyant :

« La seule chose qui compte, c’est que vous soyez bien installé. »

Nezumi le regarda et au bout d’un moment, Sêshinkai reprit :

« Si vous le permettez, je vais prendre quelques notes ?

– Comme vous voulez.

– Tout ce qui se dira ici restera entre nous, vous pouvez être tranquille.

– Vous ne devez pas tout raconter au juge ?

– Je dois lui faire un rapport, mais la confidentialité est une règle absolue pour nous autres… À moins, bien sûr, que vous ne m’avouiez le crime. » ajouta le psychiatre avec un sourire.

Nezumi eut un sourire à son tour :

« Ça risque pas.

– Alors, il n’y a pas à vous en faire. Votre nom s’écrit bien avec le kanji du protecteur et celui du vent ?

– Oui, et mon prénom avec celui de l’automne.

– Merci. Quel âge avez-vous ?

– Vingt ans.

– Vous faites plus… remarqua Sêshinkai.

– Il parait.

– On vous l’a déjà dit ?

– Souvent.

– Et qu’y répondez-vous ?

– Que j’ai pas mal vécu et que ça doit expliquer.

– Il y a longtemps que vous connaissez Shion Seijunna ?

– On s’est croisé la première fois le soir de ses douze ans.

– Vous étiez en fuite, c’est ça ?

– En fuite, blessé, mort de faim et désespéré.

– Et il est venu à votre aide… Qu’est-ce que vous en avez pensé ?

– Qu’il était cinglé. »

Le psychiatre sourit :

« Cinglé ?

– Complètement. Et je le pense encore. C’était… Juste… Incroyable… »

Les yeux gris se perdirent dans ses souvenirs :

« … Incroyable, que quelqu’un me tende la main… Après ce que j’avais passé,… J’y croyais juste plus…

– Vous n’aviez plus foi en l’être humain ?

– Plus du tout.

– Et il vous a rendu ça ?

– Non, pas vraiment… »

Nezumi se tut un instant.

« Il m’a donné foi en lui. »

Sêshinkai hocha la tête en prenant une note :

« Vous n’avez toujours foi qu’en lui ?

– Non, plus vraiment… C’est en lui que j’ai le plus confiance, mais il y a d’autres gens aussi, maintenant…

– Vous l’aimez ?

– Oui.

– Depuis quand, ou plutôt, quand en avez-vous pris conscience ?

– Quand on s’est retrouvé, on avait seize ans et euh, on s’est mis à vivre ensemble… Et on s’aimait sûrement déjà, mais on s’en est pas rendu compte… Pas moi en tout cas… Pendant qu’on était au Centre Pénitentiaire, il a été tué euh, blessé ! se rattrapa vivement le convalescent. Enfin j’ai vraiment cru qu’il était mort et… J’ai compris à ce moment-là… Que je pouvais pas continuer sans lui… »

Sêshinkai avait froncé les sourcils, se demandant un peu ce qu’il voulait dire. Le garçon continua, les yeux toujours perdus, mais douloureux cette fois :

« … J’ai juste eu la force de m’allonger près de lui… Pour attendre que tout s’écroule et que ça s’arrête enfin… »

Le médecin regarda le garçon avec gravité. Nezumi reprit au bout d’un moment :

« Sérieux, sur le coup, c’était la goutte de trop…

– Vous étiez à bout ?

– Ça a été plutôt éprouvant…

– Mais ça ne vous a pas empêché de le laisser après la chute du Mur. »

Nezumi grimaça, puis soupira :

« Il fallait… Mais j’ai eu du mal… J’ai dû filer pendant la nuit… J’y serais jamais arrivé, sinon…

– Il fallait ? Qu’est-ce qui pouvait vous faire abandonner le garçon avec lequel vous étiez prêt à mourir ?

– J’avais besoin de retrouver qui j’étais.

– Comment ça ?

– Ben,… Je le savais plus… J’avais pas réalisé ça avant, c’est un peu bizarre… Mais je me suis rendu compte que je ne savais même plus comment je m’appelais… J’ai voulu aller voir… Je suis parti pour retourner là où j’étais né… J’étais sûr de ne rien trouver… »

Sêshinkai le laissa continuer.

« … Mais j’ai retrouvé mon grand-père, et des oncles et tantes et des cousins, aussi…

– Ils vous ont reconnu ? Après combien de temps ?

– Douze ans. Mais apparemment, je suis le portrait craché de ma mère, avec les yeux gris de mon père.

– Et ils vous ont bien accueilli ?

– Mon grand-père était fou de joie… Et les autres ont suivi.

– Combien de temps êtes-vous resté là-bas ?

– Trois ans.

– C’est long. Vous n’aviez plus envie de revenir ?

– Si… Shion me manquait à en crever. Mais j’avais beaucoup à apprendre.

– Sur votre famille ? »

Nezumi eut un geste vague :

« Entre autres, oui.

– Et après ces trois ans, ils ne vous ont pas retenu ?

– Non. Ils savaient que quelqu’un m’attendait et que j’avais des choses à faire ici.

– Ils savaient que c’était un garçon qui vous attendait ?

– Oui.

– Ça ne les dérangeait pas ?

– Non. Ces choses-là sont tout à fait admises chez les miens.

– Donc, vous avez fini votre… apprentissage, disons, et vous êtes revenu.

– C’est ça.

– Et ce retour s’est mal passé ? »

Nezumi fit la moue.

« Oui et non.

– Comment en êtes-vous arrivés à cette fameuse dispute ? »

Nezumi haussa les épaules et réfléchit un moment.

« C’est de notre faute à tous les deux, en fait.

– C’est à dire ?

– Je suis revenu les mains dans les poches, sans du tout savoir ce qui c’était passé ici pendant tout ce temps. Et, ben,… Shion avait fait sa vie, c’était normal… Il allait pas s’asseoir dans un coin et m’attendre… Mais j’avais pas réfléchi à ça… Et du coup,… J’ai eu beaucoup de mal à me retrouver, ici. Lui, il avait sa vie, ses amis, sa routine avec Haru… Et j’étais là, mais j’avais pas l’impression d’être à ma place… Et puis, son boulot lui prenait un temps dingue, on se voyait presque pas… Et c’est pas pour vivre comme ça que j’étais rentré…

– Vous avez essayé de lui parler ?

– Non, pas vraiment. Je prenais sur moi en me disant que ça allait s’arranger.

– Et donc, ce soir-là ?

– Il devait passer la journée avec moi, enfin, mais il y a eu une urgence et il a dû partir… J’ai fait du ménage, j’ai préparé un repas… J’ai attendu… J’ai essayé de me convaincre que c’était grave, cette urgence, mais j’en avais vraiment plein le cul de toujours passer après son boulot, après cette ville… Quand il est rentré… »

Nezumi marqua une pause. S’en souvenir faisait encore si mal… Il reprit douloureusement :

« Quand il est rentré, il était à bout. J’avais juste envie de le prendre dans mes bras, de lui faire l’amour pour lui faire oublier tout ça… Mais il m’a repoussé. »

Nezumi soupira :

« Et là, j’ai explosé. J’en pouvais vraiment plus… Je lui ai dit que j’en avais marre, que je savais plus ce que je faisais ici… Que je crevais d’envie de lui… Tout ce que j’aurais dû lui dire calmement des jours avant, j’ai juste pu lui hurler… Et comme il était aussi sur les nerfs, il s’est mis à m’engueuler aussi… Et je l’ai pas supporté… Une phrase, surtout…

– Laquelle ? le relança doucement le psychiatre.

– Que si j’avais le feu au cul à ce point, j’avais qu’à retourner me faire baiser dans mon bordel. »

Sêshinkai sursauta. Imaginer cette phrase dans la bouche de Shion Seijunna tenait de la science-fiction… Mais la voix de Nezumi le ramena au présent :

« … Ça faisait trois semaines qu’on s’était pas touché… J’en pouvais vraiment plus… »

Il y eut un silence. Nezumi acheva en repliant ses jambes contre sa poitrine :

« Je l’ai frappé et… J’ai… »

Il ne parvint pas à finir. Il passa ses bras autour de ses genoux.

« Je suis parti, après… je me souviens avoir été dans un bar, je ne sais pas où… Sûrement dans d’autres après… J’ai bu à m’en rendre malade… Et je me souviens très vaguement avoir erré des heures sous la pluie avant qu’une femme me ramasse… Je sanglotais, je crois… Et elle, elle a juste voulu me consoler, j’imagine…

– De quoi vous souvenez-vous clairement ?

– Clairement, de rien avant mon réveil, le matin. J’ai quelques flashs très vagues de la nuit… je sais que j’ai couché avec elle, je sais que je pleurais… Je sais qu’elle était très douce… Vraiment… Très gentille… Quand je me suis réveillé, tout ce que j’ai réussi à faire, c’est m’enfuir comme un voleur… Sans même lui dire un mot…

– Comment vous sentiez-vous à ce moment précis ?

– Anéanti. J’avais honte, je m sentais sale… J’avais juste envie de disparaître.

– Des pulsions suicidaires ?

– Non, juste une envie de foutre le camp.

– Mais vous ne l’avez pas fait.

– J’ai réussi à me convaincre que je devais au moins des excuses à Shion. Je suis rentré… Et il m’attendait… Et… On a euh… On s’est expliqué… J’osais pas le regarder… Mais il m’a demandé de rester… Et… Il m’a dit qu’il m’aimait… C’était la première fois… Qu’il se foutait de ce que j’avais fait… Parce qu’il m’aimait, qu’il voulait que je reste avec lui…

– Ça vous a soulagé, qu’il vous pardonne ? »

Nezumi eut un sourire :

« Shion ne sait pas vraiment en vouloir à quelqu’un… C’est pas tant son pardon qu’il me fallait…

– Alors quoi ?

– Son amour… La certitude de son amour… »

Nezumi avait à nouveau le regard perdu, mais cette fois, le psychiatre eut l’impression curieuse de se retrouver face à un enfant, un petit garçon qui souriait timidement :

« … J’étais tellement seul, avant lui…

– Vous avez perdu vos parents très jeune ?

– J’avais quatre ans.

– Et vous avez été seul à partir de ce moment-là ?

– Ben, une vieille femme s’est occupée de moi… Mais… Elle était obsédée par l’idée d’anéantir N°6… Alors elle m’a appris à les haïr, à me battre… Mais elle était pas très tendre… Après, j’ai été attrapé par N°6 et c’était pas vraiment les gars de leur labo ou leurs soldats qui allaient beaucoup m’aider là-dessus… Quand Shion m’a recueilli, quand j’ai réussi à m’évader… Je me suis enfin souvenu de ce que c’était, la tendresse, l’affection… Après, un homme plus gentil a veillé sur moi, mais c’était sûrement un peu trop tard, et c’est pas à Bloc Ouest, quand je l’ai quitté, que j’allais trouver ça… Et je voulais pas, de toute façon… Parce que pour moi, s’attacher, c’était juste souffrir quand on perdait la personne… Et ça, j’en voulais plus… Alors, je me disais que je voulais juste rembourser à Shion la dette que j’avais, le sauver parce qu’il m’avait sauvé… Mais quand il a été près de moi, même s’il m’énervait, je me sentais bien… Je me sens bien… Et ça, je ne veux plus le perdre.

– Jusqu’où pourriez-vous aller pour protéger votre couple, pour protéger Shion ?

– Jusqu’en Enfer et bien au-delà.

– Vous seriez prêt à tuer ?

– Oui. »

La réponse avait été claire et le psychiatre eut un sourire :

« Vous dites ça avec facilité.

– J’ai souvent vu la mort en face.

– Vous avez déjà tué ?

– Oui.

– À Bloc Ouest ?

– C’est arrivé.

– La dernière fois ?

– Au Centre Pénitentiaire. Les soldats ne nous ont pas vraiment laissé le choix.

– Auriez-vous tué cette femme si elle avait menacé votre couple, ou la réputation de votre compagnon ou la vôtre ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Je peux tuer dans un combat, pour me défendre ou défendre quelqu’un face à de gens qui veulent nous tuer. Si elle avait été tout raconté à la presse, j’aurais assumé, c’est tout. C’est presque dommage qu’elle l’ait pas fait… Si elle avait parlé, si elle était venue nous voir… On aurait pu la protéger… »

*********

Shion plongea les yeux grands ouverts.

Au bord de la piscine, deux adolescentes gloussèrent et, assis non loin d’elles au bord de l’eau, Kanshi, le garde du corps présidentiel, eut un sourire.

Il se souvenait encore de la mémorable dispute entre Shion et Yui, lorsque le président avait catégoriquement refusé qu’on évacue la piscine quand il y allait.

Shion glissa dans l’eau, émergea plus loin pour nager énergiquement jusqu’au bord et repartir aussitôt dans l’autre sens. Peu de personnes étaient là, en ce début d’après-midi, et on le regardait avec curiosité u surprise.

Kanshi se disait souvent que, pour un homme au physique si particulier, Shion ne se faisait pas tant ennuyer, preuve que les habitants de la ville le respectaient.

Après quelques longueurs, Shion rejoignit son garde du corps et se hissa près de lui :

« Vous ne voulez pas nager un peu ? Elle est bonne.

– Non, merci. Vous avez fini ? »

Essoufflé, le garçon s’assit et opina :

« Oui… Je n’ai pas fait très long, mais vu que je n’ai pas nagé depuis des mois, je préfère ne pas forcer.

– Vous faites bien. »

Shion se leva et s’étira, et pas très loin, les deux adolescentes gloussèrent encore. Et Kanshi se dit que Shion ne réalisait vraiment pas à quel point il était bien fait de sa personne…

Une voiture aux vitres teintées les attendait sagement et Kanshi conduisit, tranquille, jusqu’au cabinet du Dr Sêshinkai. Un parking en sous-sol leur assurait de ne pas être vus. Ils n’y croisèrent personne, ni dans l’ascenseur, et le cabinet lui-même était vide, à l’exception bien sûr du psychiatre qui vint accueillir Shion avec amabilité :

« Bonjour, M. le Président, et merci de vous être déplacé.

– Bonjour, docteur. De rien, ravi de faire votre connaissance, et vous pouvez m’appeler Shion.

– D’accord. Venez, nous serons mieux dans mon bureau. À tout à l’heure, monsieur. » salua-t-il encore Kanshi.

Ce dernier s’assit et prit une revue.

Le bureau du médecin était un peu sombre du fait des rideaux tirés, souci de discrétion oblige. Mais à ce détail près, la pièce était plutôt vaste et chaleureuse.

« Asseyez-vous, je vous en prie. »

Shion obéit paisiblement. Le fauteuil était très confortable. Le médecin s’installa à son bureau, face à lui.

« Si vous permettez que je prenne quelques notes ?

– Je vous en prie.

– Pouvez-vous me rappeler votre âge ?

– Vingt ans.

– Le même âge que votre ami ?

– J’ai deux semaines de plus que lui.

– Shion comme la fleur, je crois ?

– Tout à fait.

– Vous avez déjà vu un psychiatre ?

– J’ai passé les tests obligatoires de N°6 quand j’étais enfant…

– Ceux qui ont attesté que vous étiez surdoué.

– Ceux-là mêmes.

– Combien de temps avez-vous vécu à Chronos ?

– Entre mes deux et mes douze ans.

– Vous y étiez heureux ?

– Non, pas vraiment.

– Pouvez-vous m’expliquer ça ? »

Shion fit la moue.

« On était pas à notre place…

– “On” ?

– Ma mère et moi.

– Vous n’avez jamais connu votre père ?

– J’avais quelques semaines quand ma mère l’a quitté. Je l’ai croisé sans savoir que c’était lui, il y a trois ans. Mais ça n’a jamais été un problème pour moi… »

Sêshinkai nota que Shion évacuait presque avec agacement la question.

« Ma mère n’était pas heureuse à Chronos, pas intégrée, et moi non plus. Bon, j’ai jamais été vraiment intégré nulle part, mais aujourd’hui, j’arrive à le gérer. À l’époque, non.

– Qu’entendez-vous par là ?

– Ma mère n’était pas une membre de l’élite, et elle ne faisait rien pour le devenir… commença Shion.

– Non, non, pas ça, le coupa Sêshinkai.

– Quoi alors ?

– Que vous n’avez jamais été vraiment intégré nulle part, mais qu’aujourd’hui, vous savez le gérer ? Ça veut dire quoi ?

– Ah, ça… »

Shion haussa les épaules :

« Disons que j’ai toujours eu de sérieux problèmes de socialisation, dus sans doute à un décalage certain avec les autres membres de mon espèce en général…

– C’est fréquent, chez les surdoués.

– Il parait, oui.

– Vous n’aviez vraiment aucun ami ? »

Shion resta silencieux, puis admit :

« J’ai eu une amie… Une amie très chère, une surdouée comme moi. Nous avons été inséparables de nos deux à nos douze ans, et même après… C’est la seule à ne pas m’avoir tourné le dos quand j’ai été déchu.

– Vous l’avez perdu de vue depuis ?

– Elle est morte. »

Shion soupira :

« Mais la façon dont elle avait fini par m’aimer n’aurait rien apporté de bon, de toute façon.

– Elle vous aimait comme une femme ?

– Je pense avec le recul que oui… En tout cas, elle en avait après mon sperme, la dernière fois que nous nous sommes vus. »

Sêshinkai resta interdit :

« Pardon ?

– J’ai eu la même réaction.

– Votre sperme ?

– Mon sperme. »

Shion haussa à nouveau les épaules :

« Aujourd’hui, je me dis que c’était tout ce qu’elle avait trouvé pour me signifier son désir… Mais sur le coup, je n’ai absolument rien compris… Et surtout, ça m’a vraiment choqué.

– Vous n’aviez pas envie d’elle ? Quel âge aviez-vous à ce moment-là ?

– Seize ans.

– À seize ans, vous auriez dû être travaillé par vos hormones.

– J’aurais dû, oui, sauf que non. Et pour répondre à votre prochaine question, non, ce n’était pas parce que c’était une fille. Je n’avais aucun désir de cet ordre pour personne, ni femme, ni homme. »

Le psychiatre sourit :

« J’allais effectivement vous faire remarquer que vous connaissiez déjà votre compagnon.

– Une étoile filante, à ce moment-là. Quelques heures une nuit de typhon…

– Quelques heures qui avaient totalement bouleversé votre vie.

– Moui. Et je ne nierai pas que son souvenir me hantait. Mais pas comme ça. »

Sêshinkai le relança :

« Pas comme ça ? Comment alors ?

– Envie de le revoir et de l’avoir à mes côtés, mais aucun fantasme d’ordre sexuel. »

Le psychiatre fronça les sourcils avec sérieux :

« Quand, hm… Quand êtes-vous passé à l’acte ?

– La nuit qui a suivi la chute du Mur.

– Depuis combien de temps vous étiez-vous retrouvés ?

– Quelques mois.

– Vous n’aviez rien fait dans l’intervalle ?

– Trop occupés à survivre, j’imagine.

– Faux prétexte… Au contraire, les désirs peuvent se révéler très violents en période de fort stress. Vous n’aviez pas envie ?

– Moi, non.

– Et lui ?

– Il n’a rien manifesté avant cette nuit-là.

– Le déclencheur est venu de lui ?

– Oui.

– Et qu’avez-vous fait ?

– Je me suis donné sans la moindre retenue.

– Sans que rien ne vous freine, alors que vous n’aviez pas de désirs avant ?

– C’est ça.

– Vous l’auriez accepté d’une autre personne que lui ?

– Non. »

Le psychiatre regarda un moment Shion avant de reprendre :

« Vous avez un trouble médical, c’est ça ?

– Bien vu.

– Vous comptiez me le dire ?

– J’étais sûr que vous le devineriez.

– Quelles sont ses conséquences ?

– L’absence d’impulsion sexuelle.

– c’est donc à lui de manifester son désir ?

– Exactement.

– Il le sait ?

– Oui. Mais s’il l’avait su plus tôt, nous n’en serions sûrement pas là…

– Vous ne le saviez pas lorsqu’il est revenu ?

– Si. Mais… »

Shion grimaça. Il chercha ses mots un instant :

« Je suis un imbécile. »

Il semblait soudain très triste :

« Quand je vous disais tout à l’heure que j’avais du mal avec les autres,… C’est une vieille histoire, en fait. Je n’arrive pas… Enfin, j’ai encore beaucoup de mal, se corrigea-t-il, ça va mieux avec le temps, à voir les problèmes quand on ne m’en parle pas clairement.

– Ça ne fait pas de vous un imbécile.

– Si. Je le sais et ça m’a souvent causé de sérieux problèmes… Et je n’ai pas été capable de voir que l’homme que j’aime souffrait à côté de moi. »

Il soupira.

« Il n’y avait pas de souci pour moi. Il était revenu, il était là, alors tout allait bien… Comme je n’ai pas de pulsions sexuelles, et que l’abstinence ne me pose pas de problème, moi, ça ne m’a pas gêné qu’on ne fasse pas plus l’amour… Je ne me rendais absolument pas compte de ce qu’il endurait… Et puis, c’était la vraie merde avec le Conseil, je ne touchais pas terre… »

Il se tut encore un moment.

« Ce WE-là, je devais le passer avec l’argent. Normalement, j’avais tout bouclé. Et j’avais vraiment envie de ce moment en amoureux… Mais quand on m’a appelé pour cette alerte, je ne pouvais pas ne pas y aller. J’aurais adoré leur dire d’aller se voir et raccrocher, mais c’était trop grave… Je suis rentré tard, j’étais épuisé et énervé… J’avais juste envie de me poser, de prendre une bonne douche… Alors quand il s’est mis à m’engueuler, j’ai juste craqué aussi… Je ne comprenais rien… Je ne comprenais pas ce qu’il me reprochait… J’ai… vraiment… été odieux avec lui… Je ne me pardonnerai jamais ce que je lui ai dit…

– Quoi, exactement ?

– Que s’il avait le feu au cul à ce point, il n’avait qu’à retourner se faire baiser dans son bordel… »

Shion avait articulé ça très péniblement. Il semblait au bord des larmes.

« Ce n’est pas un coup de poignard dans le dos, là, c’est une hache en pleine face… »

Sêshinkai le laissa continuer sans intervenir.

« … Quand je pense qu’il en a été un jour réduit à ça… Je n’ai qu’une envie, c’est de le prendre dans mes bras pour lui jurer que c’est fini parce que jamais, jamais je ne permettrai que ça recommence… Et j’ai osé lui crier ça… Quand il est parti,… J’ai réalisé l’heure qu’il était, le temps qu’il avait attendu, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps… Et j’ai attendu à mon tour… »

Shion se tut encore un instant.

« Quand il est revenu… Il puait l’alcool et il n’arrivait pas à me regarder… j’ai compris tout de suite ce qui s’était passé… Il a été se doucher, je l’ai rejoint… Je lui ai demandé de rester… On s’est expliqué et ça nous a permis de tout rependre à zéro sur de bonnes bases, cette fois…

– Vous ne lui en vouliez pas ?

– Non… C’était trop tard, à quoi bon… Et puis, de vous à moi, je ne l’avais pas volé… La seule chose qui m’importait, qui m’importe vraiment, c’est qu’il soit près de moi. »

Le psychiatre hocha gravement la tête :

« Que pensiez-vous de cette femme ?

– Je lui étais très reconnaissant d’avoir été là pour lui à ma place…

– Aucune rancune contre elle ?

– Non, vraiment… Ça m’a soulagé de savoir que quelqu’un l’avait aidé, vraiment… »

Sêshinkai prit quelques notes.

« Avez-vous déjà tué quelqu’un, Shion ?

– Je n’en ai pas de souvenirs très précis, mais apparemment, oui… »

Le psychiatre le considéra avec intérêt :

« Dans quelles circonstances ?

– Quand nous étions au Centre Pénitentiaire… Un soldat qui avait blessé Nezumi…

– Blessé qui ? sursauta Sêshinkai.

– Oh, pardon ! C’est le surnom d’Aki.

– Ah,… Nezumi ?

– Oui. C’est comme ça qu’il se faisait appeler avant de retrouver son vrai nom, c’est sous ce nom que je l’ai connu, et c’est encore comme ça que je l’appelle… Enfin, moi et les gens qui l’ont connu avant la réunification.

– Ah bon. Et donc, alors, ce soldat ?

– Je me souviens qu’il a fait feu et que Nezumi s’est écroulé. Et quand je suis revenu à moi, le soldat était mort à mes pieds et j’avais une arme à la main et du sang plein mes vêtements. »

Sêshinkai hocha gravement la tête :

« Je vois…

– Le plus incroyable, c’est que Nezumi était en train de pleurer en me demandant pardon…

– Hein ?!

– Il ne supportait pas d’avoir fait du moi un tueur… »

Shion haussa les épaules avec un sourire et Sêshinkai hocha la tête :

« Qu’est exactement Nezumi pour vous, Shion ?

– Un petit garçon qui pleure dans une forêt en flammes. »

Il y eut un silence.

« Un petit garçon que je protégerai au-delà de tous les enfers.

– Un enfant pleurant dans des flammes ?

– Oui… Je suis en fait persuadé que Nezumi n’a jamais vraiment vraiment digéré l’assassinat de ses parents. Il a grandi comme il a pu avec ça,… C’est un adulte, maintenant, bien sûr, et un jeune père… Et j’espère qu’il réussira à surmonter ça, et je l’y aiderai de toutes mes forces… Mais cette douleur, je sais qu’elle est toujours en lui.

– S’exprimant par sa peur de perdre ceux qu’il aime ou d’être rejeté…

– Et donc par une solitude et un rejet des autres pour y pallier.

– Sauf vous.

– Sauf moi.

– Le petit garçon qui lui a tendu la main alors qu’il croyait que tout était perdu.

– Je n’ai pas pu faire autrement… »

Shion sourit, encore ému comme ce soir-là rien qu’à s’en souvenir.

« Vous l’auriez vu à ce moment… Un tout petit bonhomme blessé, trempé par la tempête… Si fragile… Bon sang, je n’ai pas réfléchi, je ne pouvais pas ne pas l’aider…

– Et vous ne l’avez jamais regretté ?

– Jamais.

– Même après avoir tout perdu ?

– Je n’ai rien perdu. Des choses qui n’avaient aucune importance… Et je l’ai gagné, lui. Et il vaut tellement plus que tous les mensonges de Chronos et de N°6… »

Shion sourit cette fois joyeusement :

« Vous trouvez que j’ai des choses à regretter ? Moi, j’aime plutôt bien ma vie.

– Que puis-je répondre à ça… »

Le psychiatre souriait également.

« J’aurais encore une question, si vous le permettez, Shion.

– Je vous en prie.

– De quel trouble psychologique souffrez-vous ? »

Shion sourit à nouveau :

« Ah, je l’attendais, celle-là !

– Et donc ?

– Et donc, je n’en sais rien. En fait, vos collègues, à l’époque des tests, n’ont jamais réussi à se mettre d’accord. Ils ont parlé de schizophrénie, de sociopathie, pour les plus virulents. Les autres disaient que j’étais juste un surdoué dans ma bulle… Si ça vous intéresse, ma mère a peut-être gardé les comptes rendus de l’époque.

– Volontiers.

– D’accord, je lui demanderai et si elle les a, je vous les ferais passer. »

*********

Shinobi arriva à l’hôpital avec Haru vers 17h. Ils devaient y attendre Shion auprès de Nezumi. Repérant de loin le troupeau de journalistes à la porte, le garçon prit son neveu dans ses bras pour se faufiler par des chemins détournés. En cinq jours, il avait eu le temps de prendre ses marques dans le labyrinthe hospitalier.

Ils arrivèrent dans la chambre où Nezumi attendait, câlinant Shima qui gazouillait dans ses bras. Shinobi eut un sourire en posant Haru au sol. Le petit garçon trotta vers le jeune papa :

« Zumi Zumi, ça y est, tu rentres à la maison ?

– Oui, poussin, on rentre.

– Tu es guéri ?

– Ça ira… bonsoir, Shino.

– Salut. Il y a du monde à la porte.

– On essayera de les éviter. Shion ne devrait pas tarder…

– D’accord. Tout est prêt, tu as fait ton sac ?

– Ouais, ouais. Il faudra juste m’aider à mettre mon manteau. »

Shion arriva rapidement, alors que le docteur Isha venait saluer son patient et lui donner les dernières recommandations :

« Évitez les charges lourdes et les mouvements brusques, et rendez-vous la semaine prochaine pour enlever les points, si tout va bien. »

Nezumi opina. Shion prit le bébé et Shinobi le sac. Haru, lui, prit la main de Nezumi, et ils partirent. Le service d’ordre de l’hôpital, couplé aux gardes du corps de la petite famille, tint la horde journalistique à distance. Shion prit le volant. Il sourit à son compagnon, assis à côté de lui.

« Content de rentrer ?

– Ouais, plutôt… Tu as du nouveau ?

– Oui et non… Je n’ai pas eu le temps de faire le point depuis l’autre jour, mais Yui m’a envoyé un message tout à l’heure ; pour me dire que c’était bon et de regarder la conférence de presse de ce soir.

– Une conférence de presse, carrément ? Ils ont trouvé ?

– On verra… »

Karan et Jacques les attendaient à la maison, avec la petite Akane, alors occupée à regarder trois souris qui jouaient non loin de son siège-bébé.

Ça allait être du camping quelque temps, mais Karan et son compagnon resteraient le temps nécessaire pour que Nezumi soit bien remis et puisse se débrouiller.

Le berceau avait été ressorti, placé dans la chambre d’amis avec celui d’Akane. Karan et Jacques dormiraient en haut, à la bibliothèque et Shinobi squatterait le canapé. Akane faisait ses nuits et Shima, à l’hôpital, les avait presque immédiatement faites.

À l’heure dire, et alors que le dîner mijotait sagement, tout le monde, à l’exception bien sûr d’Haru et des bébés, se posa devant la télé.

Une journaliste fit un résumé des derniers éléments avant le début de la conférence elle-même.

« C’est donc, à l’heure où nous parlons, les deux fils de Sagashi Hantaisha qui ont été arrêtés. Le second, Dokuéki, a été interpellé ce matin. Mais on me dit que la conférence va commencer. Je laisse l’antenne et vous donne rendez-vous après, pour une analyse avec des invités. »

Une salle de conférence apparut sur l’écran. À une table étaient assis le commandant Keiji et à ses côtés, Yui.

Ce fut le policer qui prit la parole :

« Bonsoir et merci à tous de nous être déplacés. Bien que ça ne soit pas fréquent dans une enquête criminelle, nous avons décidé, en accord avec M. le juge Genkakusa, et à cause des implications de cette affaire sur notre politique intérieure, de faire avec vous le point au terme de cette enquête. Car oui, après cinq jours sans dormir, nous pensons avoir réussi à reconstituer les faits qui ont abouti au décès de Shima Gisheisha et l’agression d’Aki Kazemori. »

Il y eut un silence, puis Keiji reprit :

« La victime, Shima Gisheisha, âgée de 26 ans, a passé la nuit du 18 avril avec Aki Kazemori, suite à quoi elle est tombée enceinte. Son journal, que nous avons retrouvé chez elle, nous a informés qu’elle n’avait pas repris contact avec Aki Kazemori. Il nous a également informés qu’elle n’avait confié qu’à son médecin l’identité du père de son enfant. Ce médecin, le Dr Itsuwaru, occupait un cabinet modeste suite à sa condamnation, l’an dernier. Nous avons constaté que le Dr Itsuwaru avait contacté Dorei Hantaisha quelques jours après que Shima Gisheisha lui ait fait cette confidence, et que les deux hommes se sont vus et contactés très régulièrement suite à ça. Nous savons aussi que le Dr Itsuwaru a, peu après, eu d’importantes rentrées d’argent inexpliquées. Partant de là, nous avons souhaité parler à Dorei Hantaisha pour qu’il nous éclaire. Vous avez tous été témoins de sa hm, mauvaise volonté à nous répondre, qui a conduit à son arrestation. »

Yui gloussa. Keiji lui jeta un oeil avec un rapide sourire en coin, puis il reprit :

« Après recoupements, il s’est révélé incapable de nous expliquer ses rapports avec le médecin, et nous avons aussi trouvé qu’il avait une blessure au mollet gauche, correspondant au coup de couteau qu’Aki Kazemori avait dit avoir porté à son agresseur, ainsi que des griffures qui pourraient correspondre à celles d’un corbeau, et nous savons que lorsqu’Aki Kazemori a disparu, lundi soir, c’est un de ses corbeaux domestiques qui est venu au palais présidentiel, et que ce corbeau avait du sang sur ses serres.

Keiji regarda à nouveau Yui qui opinait du chef.

« Le sang retrouvé sur le corbeau et sur le couteau d’Aki Kazemori correspond bien au sang de Dorei Hantaisha, sang qui ne correspond par contre pas à celui enregistré à son nom dans la base officielle de la ville, ce qui nous a fait perdre du temps. Dorei Hantaisha a, de plus, aussi été incapable de bous fournir un alibi pour samedi, dimanche et lundi, c’est à dire entre la disparition de Shima Gisheisha et l’agression d’Aki Kazemori. Le Dr Itsuwaru n’a pas plus d’alibis. On sait que Dorei Hantaisha et son frère étaient bien, lundi soir, dans le centre commercial d’où est venu l’appel qu’a reçu Aki Kazemori, car Dokuéki Hantaisha y a fait un achat, sans compter les images des caméras de surveillance. Leur voiture correspond aux descriptions, tant de celle aperçue là où Shima Gisheisha a disparu, que là où Aki Kazemori a été agressé. Bref, le faisceau de preuves contre les trois hommes est conséquent, et surtout, leur impossibilité de rien justifier ne plaide pas pour eux. Tout nous porte à croire donc qu’ils auraient enlevé Gisheisha samedi vers 13h, gardée, on ignore où, jusqu’à lundi matin où elle a accouché et est décédée, d’après l’autopsie, d’une hémorragie. Suite à quoi, les deux frères seraient entrés en contact avec Aki Kazemori, voulant échanger son enfant contre des documents détenus par Shion Seijunna, mais Aki Kazemori est parvenu à échapper à ses agresseurs avec le bébé. Le corps de Shima Gisheisha a été enterré dans le parc, probablement la nuit même. Voilà, en gros. Les suites et le procès décideront du sort de ces hommes, accusés à ce jour d’enlèvement, séquestration, homicide par négligence, ainsi que d’agression avec usage d’une arme à feu, bien que cette dernière n’ait pas été retrouvée. »

Keiji se tut. Les journalistes mirent un instant à se manifester :

« Commandant, pouvez-vous ce soir nous confirmer l’innocence de notre président et de son compagnon ?

– Absolument rien ne permet de les incriminer à l’heure actuelle. Ils ont des alibis, aucun contact ou appel suspects n’a été trouvé, sans parler du fait qu’Aki Kazemori a manqué de mourir. À l’heure où Shima Gisheisha a disparu, Shion Seijunna présidait une conférence au Sanctuaire, Aki Kazemori, pour sa part, était à son travail. Même chose à l’heure où le bébé est né. Ils ne peuvent donc pas être impliqués personnellement, et nous n’avons pas la moindre trace d’un contact entre eux et des personnes à qui, éventuellement, ils auraient pu déléguer l’opération, si je puis dire… »

Shion avait passé son bras autour des épaules de Nezumi qui regardait tristement la TV. Jacques finit par murmurer :

« Sale histoire. »

Shinobi se releva :

« Ça doit être cuit… »

Shion opina et se leva aussi :

« Ouais. Allons dîner, ça ira mieux…

Un éclat de voix du commandant les fit sursauter :

« Ça, ça n’est pas mon travail. Ça sera celui des jurés. Moi et mes équipes n’avons fait que collecter des éléments formels qui nous ont conduits à ces conclusions. Décider de la culpabilité de ces personnes, ce sera le travail du tribunal. Le fait que deux des accusés soient deux éminents membres de l’opposition n’est pas mon problème. Prétendre que tout ceci est un complot de l’État contre eux est une insulte au travail de nos équipes, et une insulte aussi au système judiciaire de notre pays. »

Shion prit la télécommande et éteignit le poste avec lassitude :

« À table. »

Le repas était achevé, mais les convives traînaient encore à table, lorsqu’on sonna au portail.

Shion se leva et alla voir par la fenêtre. Il eut un sourire :

« Tiens, tiens, qui voilà… »

Haru, qui squattait les genoux de Karan, demanda :

« Qui c’est, S’ion ?

– Une petite deux places noire. » répondit Shion en sortant dans le couloir pour aller ouvrir le portail.

Devant le regard intrigué de ses beaux-parents, Nezumi répondit :

« Yui et Adrian. »

Shion sortit dans le jardin pour accueillir ses amis alors que Shima, qui jusque-là sommeillait sagement près de sa tante Akane, se mit à grommeler, puis à pleurer. Nezumi se leva lentement :

« Biberon du soir, bonsoir… »

Akane embraya dans un bel élan de solidarité. Heureusement, Karan avait préparé les biberons et fila à la cuisine les faire chauffer.

Shion rentra à ce moment avec un Yui en mode zombie et un Adrian qui couvait ledit zombie de près. Entendant les bébés, Yui gémit :

« Merde, elle fait stéréo ou quoi ?… J’ai déjà assez mal à la tête… »

Shion lui sourit :

« T’en fais pas, je crois qu’on a de quoi les calmer.

– “Les” ? »

Nezumi sortit dans le couloir avec sa petite sirène dans les bras :

« Bonsoir, les gars !

– Reste loin de moi avec ce truc… grogna Yui. Pourquoi j’en entends deux ?

– Ma sœur est là aussi, lui répondit Shion. On vous fait un thé ?

– Oui, merci. »

Karan sortit de la cuisine avec deux biberons et en donna un à Nezumi qui la remercia et dit doucement à Shima :

« Regarde, ma puce, Mamie a fait un bon biberon. »

Deux secondes plus tard, Shima tétait goulûment et à peine plus tard, Akane s’était tue elle aussi.

« Tu vois ? dit Shion à Yui. Radical.

– Clair qu’à cet âge, c’est encore assez simple à faire taire… » soupira Adrian.

Ils s’installèrent avec le reste du monde au salon, se répartissant entre le canapé et les chaises de la table. Shion servit du thé à ses amis en demandant :

« Qu’est-ce qui vous amène ?

– On venait aux nouvelles et vous en apporter, répondit Yui. Vous avez regardé la conférence ?

– Oui, oui. Il y avait autre chose ? »

Karan prit Haru dans ses bras et lui fit faire une tournée de bisous et de bonsoir avant de monter le coucher. Akane gazouillait dans les bras de son père et Shima s’endormait dans ceux de Nezumi.

« Je n’ai pas tant à ajouter à ce qu’a dit Keiji, reprit Yui dès qu’Haru ne fut plus là. Dès qu’on a eu le journal, les choses se sont imbriquées très vite… presque trop. Et le nombre de boulettes qu’ont accumulées les deux frères Hantaisha, sérieux, ça tient du sketch… Il n’aurait manqué qu’un paiement par chèque au médecin, mais sorti de ça, je te jure qu’ils nous ont offert leurs têtes sur un plateau d’argent…

-Ils ont dû complètement paniquer quand elle est morte, soupira Shion.

– Ouais. Mais reste qu’effectivement, pour le public, l’enquête a été super rapide et vu les positions de la famille, ils vont tout faire passer ça pour un complot de ta part. Sans aveu, ça va être compliqué. Après, pour moi, c’est clair que leur père était forcément au courant, et encore plus que c’est lui qui tirait les ficelles. Dorei est pas fichu de traverser une route sans son accord, et son frangin, c’est pas vraiment mieux. Mais ils le couvriront jusqu’au bout ;

– Le juge les met en détention préventive ?

– Oui. Le vieux Sagashi a fait un scandale, mais le juge lui a fait savoir que les éléments retenus contre ses fils étaient très sérieux, et quand il a crié au complot et à la conspiration contre sa famille, voire à la corruption, le juge lui a rappelé les peines que lui-même encourait pour insulte à magistrat.

– Ça l’a calmé ?

– Sur le coup, oui, mais les prochaines Unes de La Libre parole risquent de valoir le coup. »

*********

Shion était encore humide de sa douche lorsqu’il se coucha. Nezumi était déjà allongé, sur le dos. Shion ne portait que son boxer. Il soupira d’aise en s’installant.

« Ça va, mon cœur ?

– Moyen. »

Shion sourit, éteignit et vint se blottir contre le flanc du convalescent.

« Allez, ça va bien se passer, t’en fais pas. Ils sont arrêtés et on les lâchera pas.

– Ouais, mais il y a des risques qu’ils ne soient pas les seuls au courant pour Elyurias… J’ai vraiment peur que ça ne fasse que commencer, cette histoire.

– Ah, ça… »

Shion soupira à nouveau.

« Les Hantaisha sont dangereux, mais on vient d’en éliminer deux. À mon avis, c’est bien leur père qui est derrière tout ça, mais Yui a raison, ils ne le balanceront jamais. Reste lui et sa fille, qui a les dents longues, très longues…

– Et qui en savent peut-être long, peut-être où est celui que je cherche.

– Peut-être, oui. »

Il y eut un silence.

Nezumi caressa la tête de Shion :

« J’ai envie d’un câlin, mon ange…

– Je m’en doutais.

– Ah ?

– Tu bandes. »

Nezumi rigola :

« Oups. Grillé. »

Shion glissa sa main entre les cuisses de son amant :

« Et pas qu’un peu… »

Nezumi voulut se tourner, mais Shion le retint :

« Reste allongé comme ça, tu es blessé.

– Mais…

– Pas de mais. »

Shion se redressa pour l’embrasser en se mettant à le caresser :

« Laisse-moi faire… »

Ils s’embrassèrent. Shion dégagea la couette et ses lèvres et ses mains se promenèrent longuement sur le corps de Nezumi, son cou, son torse, son ventre, ses cuisses. Nezumi les plia et les écarta, mais Shion continuait d’éviter avec soin son sexe, ce qui était aussi excitant que frustrant. Nezumi haletait. Il se mordit les lèvres.

Shion caressait les cuisses, s’amusant des frissons de Nezumi. Il finit par y répondre, se mettant à caresser d’une main son sexe raide et de l’autre ses bourses.

« Shion… Shion… »

Shion avait le souffle court lui aussi. Il regarda Nezumi, les yeux clos, gémissant, sourit et enfin, il prit son amant en bouche et Nezumi cria en se cambrant.

Shion se mit à l’oeuvre avec application, suçant, léchant, mordillant doucement son sexe.

Les poings de Nezumi se resserrèrent sur les draps.

« Ah putain c’est bon… » râla-t-il.

Shion sourit et le titilla encore un peu avant de se redresser.

« Shion…

– Oui, je suis là, Nezumi… »

Shion remonta en embrassant la peau pâle, jusqu’aux lèvres de Nezumi. Ils s’enlacèrent et s’embrassèrent, Shion frottant son sexe au sien. Puis il s’installa confortablement à califourchon sur ses hanches.

Nezumi rentrouvrit les yeux pour le contempler. Ses mains se posèrent sur ses cuisses, remontèrent jusque ses hanches, l’une se promena sur sa poitrine alors que l’autre se glissait entre ses cuisses pour aller masser son sexe.

Shion sourit et s’empala lentement sur le membre tendu. Il prit son temps pour ne pas se faire mal, puis se mit en mouvement, d’abord tranquillement, puis il accéléra. La main de Nezumi suivait le rythme sur son sexe. Shion prenait son temps… Il changeait de vitesse pour faire durer, laissant le plaisir monter. C’était si bon… Dans cette position, il pouvait diriger le sexe en lui pile là où c’était le meilleur…

Il retenait autant que possible ses cris, se laissant entraîner, accélérant sans plus s’en rendre compte. Nezumi le caressait de plus en plus vite, et Shion eut un soubresaut. Il serra les dents… Ça montait comme un raz de marée en lui. Il sentit Nezumi exploser en lui et la vague déferla, le submergea alors qu’il se libérait aussi sur la poitrine et le ventre de Nezumi.

Les mains de ce dernier retombèrent. Il était hagard, à bout de souffle. Il trembla quand Shion se libéra, ne réalisa pas vraiment qu’il les essuyait rapidement. Il sentit par contre un corps chaud se blottir contre le sien, une couette les recouvrir.

Il passa ses bras autour de Shion et marmonna :

« ‘Nuit, mon ange…

– Fais de beaux rêves, mon amour. »

*********

Extrait des notes du Dr Sêshinkai, retrouvées après sa mort, en 2054, par sa fille.

« Mon opinion sur ces jeunes gens est claire : ils ne sont en rien impliqués dans l’assassinat de cette femme.

Shion Seijunna et Aki Kazemori sont deux personnes hors du commun, et ce dans des genres très différents.

Je n’ai aucun doute sur le fait que tous deux soient capables de tuer, ni même qu’ils l’aient déjà fait, comme ils le prétendent. Mais pas comme ça. Ces garçons pourraient tuer en cas de légitime défense immédiate, pour se protéger, et encore plus pour se protéger l’un l’autre. Mais ni l’un, ni l’autre n’est capable d’un complot pareil, d’agir ainsi de façon lâche et détournée. Ils en auraient l’intelligence et sans doute en trouveraient-ils les moyens, mais ce n’est pas la question. Eux agiraient frontalement.

Il y avait longtemps que je n’avais pas rencontré de couple aussi uni et, je dois l’admettre, je n’en avais jamais rencontré ayant une histoire si singulière. Difficile de ne pas songer au “destin” quand on réalise l’invraisemblance des hasards qu’il a fallu pour que se rencontrent ces deux garçons.

Je suis aussi très étonné d’avoir constaté qu’ils ne sont ce qu’ils paraissent ni l’un, ni l’autre.

Je n’aurais jamais cru devoir dire ça, mais notre président est un homme bien plus complexe et retors qu’il n’y parait. Je ne pense pas qu’il soit fondamentalement mauvais, mais sa gentillesse comme son altruisme, qui sont indéniables, me semblent tenir beaucoup plus du pragmatisme le plus formel que d’un amour immodéré du genre humain. Il fait les choses parce qu’il le peut et est conscient du fait que d’autres les feraient mal, ou du moins pas aussi bien que lui. Il est assez voir de voir un homme pour qui le pouvoir est à ce point un moyen et pas une fin en soi, un homme qui a à ce point conscience qu’un État est une mer constituée d’une multitude de gouttes d’eau qui doivent se fondre dans cet ensemble, pour leur bien à toutes et pas de certaines uniquement.

Parallèlement, Aki Kazemori m’est apparu comme un jeune homme d’une gentillesse et d’une sensibilité certaines, mais les traumatismes qu’il a subis depuis sa plus tendre enfance l’ont poussé à les enfouir en lui et à se construire cette personnalité cynique et flamboyante pour se protéger. Shion Seijunna voir très clair à ce sujet. Décrire son compagnon comme “un petit garçon qui pleure dans une forêt en flammes” prouve, s’il en besoin, à quel point il n’est pas dupe. Son amour pour Aki Kazemori est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. J’espère de tout cœur qu’il n’aura jamais à choisir entre lui et Utopia, car je n’ai aucun doute sur le fait que cette ville n’a en fait aucune importance pour lui, surtout comparée à l’homme qu’il aime.

Aki Kazemori est sans nul doute conscient de ça, et je pense que nous pouvons compter sur lui pour soutenir notre président et le maintenir dans l’humain, car le plus grand risque, à mon avis, est que Shion Seijunna, du fait de son manque évident d’empathie, ne perde ça.

Je leur souhaite en tout cas de parvenir ensemble à surpasser tout cela pour vivre heureux très longtemps. »

À suivre dans le chapitre 13 : Les Annuelles

12 réponses à No°6 – Après 12 : Parlez-moi de votre petite enfance…

  1. Oaléria dit :

    Bonjour, est ce que le chapitre 13 est toujours prévu ?

    • Ninou Cyrico dit :

      @Oaléria : Bonjour, ben formellement je n’ai pas perdu l’espoir de m’y remettre, j’espère l’année prochaine j’aurais plus de temps… ^^’

  2. Pouika dit :

    Merci beaucoup pour ce chapitre ! Je pense comme le doc, Shion est TROP intelligent (SPOIL :dans l’anime au début, quand Nezumi aurai put le tué à la petite cuillère sa réaction est d’autant plus étonnante !)

    • Ninou Cyrico dit :

      @Pouika : Merci ^^ ! Moui, j’aime bien le perso du génie qui plane très loin des autres humains…

      • Pouika dit :

        Salut, Petite question, je ne sais pas quand tu as posté ce chapitre ? (pour savoir s’il y a peu)

        • Ninou Cyrico dit :

          @Pouka : Mi-août de tête. Donc désolée, le 13 est en route mais c’est pas pour tout de suite…

          • Pouika dit :

            Oki, t’en fais pas je te comprends (j’écris un peu mais ne vais jamais plus loin que le chapitre 1 avant de passer à une autre idée, enfin si il y en a une ou j’ai fait 2 chap et le 3° est en cours, mais bon on verra, car me manque les connexions entre certains passages)
            merci pour l’info, du coup je continue de découvrir ton site !

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : De rien, il y a de quoi lire en attendant… 🙂

  3. Amakay dit :

    Je ne sais plus trop, je pensais qu’elle était à la fin mais non je viens de relire et je ne la retrouve pas. Mais j’étais bien naze aussi hier, j’ai peut-être lu 2 lignes en même temps…

    • Ninou Cyrico dit :

      @Amakay : Euuuuuuuuuh oui ça peut être une explication. ^^ Faut faire dodo !!! 🙂 J’y pensais cette nuit vers 3h, dormir c’est cool.

  4. Amakay dit :

    Roooo c’était bien, très très bien même, je leur donnerais bien un biberon moi aussi… mais on sent la fatigue à la fin… Il y a une phrase que je n’ai pas compris, manque de mot ou de neurones dans ma tête.

    Bonne semaine

    • Ninou Cyrico dit :

      @Amakay : Merki ! owi un biberon lol ! Euuuh possible oui j’ai fini un pau tard d’écrire et j’étais bien claquée à la fin de la frappe, laquelle de phrase si tu la retrouves ? ^^’

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