Fouille mon cœur – Nouvelle pour les quatre ans du site

Voici une petite nouvelle pour fêter les quatre ans du site ^^ ! Enjoy !

Présence d’un lemon !!!

Synopsis : Un chantier de fouille archéologique quelque part loin…

*********

Fouille mon coeur

 

Le jeune homme brun soupira et remonta la couverture sur les épaules de la jolie rousse qui dormait en chien de fusil à même le sol, à côté de lui. Il gratta sa joue mal rasée et grimaça, car il avait frotté sa lèvre fendue sans le vouloir. Il se sentait crade et replia ses jambes devant lui. Ils étaient contre le mur fissuré de cette espèce de cellule, la nuit venait de tomber sur le désert, dehors, et ils entendaient les bruits du camp autour d’eux.

Il échangea un regard avec l’autre demoiselle, assise à côté, dans l’angle, et tendit le bras pour caresser ses boucles noires.

« Tu dors pas, Fati ? demanda-t-il tout bas.

– Pas envie… Et toi ?

– Pas envie non plus. Mais c’est bien que Sioban dorme… »

Le garçon regarda la rouquine avec un petit sourire fatigué :

« J’ai vraiment cru qu’elle allait craquer… »

Fati sourit aussi, épuisée aussi. Il y eut un silence.

« Tu crois qu’ils vont nous tuer ? finit-elle par demander.

– Je pense que non… » soupira-t-il encore.

Il haussa les épaules et gratta dans ses cheveux bruns.

« Je comprends même pas leur délire… C’est qui, leur chef, pour s’en prendre à nous alors que le big boss du coin est pote avec le prof ? Sérieux ? Tu t’en souviens, de ce gars ? ‘Tain, moi il me dirait : “Tu touches pas à ce chantier de fouilles, c’est mes potes.”, je dirais “Oui chef pas taper chef !” »

Fati eut un petit rire.

Ça faisait trois ans qu’elle passait ses étés dans cette steppe, presque un désert, à creuser le sol, sous la houlette de deux archéologues émérites, Andrea Faure-Joly et Mina Rouault, un fringant quadragénaire blond ébouriffé assez rêveur et une petite trentenaire châtain bien plus prosaïque et énergique. Pas qu’Andrea ne le soit pas, au contraire, mais il fallait bien reconnaître que niveau rigueur et organisation, Mina menait bien mieux la barque.

Restait que dans les faits, ces trois étudiants n’étaient pas venus là pour se retrouver pris en otages par des excités qui voulaient s’assurer qu’ils leur livreraient le « trésor » dès qu’ils l’auraient déterré.

La belle rousse se redressa et bâilla. Le garçon lui sourit, rassurant :

« Bien dormi ?

– Oui, oui… J’ai la dalle… Ils vont nous apporter un truc ?

– J’espère, j’ai faim aussi… Pas toi, Lou ? » grogna Fati.

Le garçon hocha la tête :

« Si, si, soif surtout… On a vidé leur cruche depuis deux plombes et avec la poussière, c’est moyen… »

Sioban se pencha pour regarder Lou de plus près :

« Ta lèvre a une sale gueule… Ça fait mal ?

– Un peu, mais ça ira. T’en fais pas.

– Je suis désolée… »

Il sourit et ébouriffa vivement les boucles rousses  :

« C’est pas ta faute, c’est la faute de ce connard et j’allais pas le laisser te toucher. T’en fais pas, ça ira. Tout va bien se passer. Je suis sûr qu’ils vont trouver un truc pour nous tirer de là. »

Lou ne regrettait pas de s’être jeté sur ce type. Qu’une bande d’hommes armés débarque, les insulte et déclare qu’ils voulaient le « trésor », ça ne lui avait déjà pas vraiment plu. Quand ils avaient attrapé Sioban et Fati pour les emmener comme otages, il avait eu du mal à se retenir, mais quand il avait vu un de ces gars essayer de passer une main à Sioban, il avait craqué et s’était jeté sur lui pour lui coller un pain monumental… Avait suivi une bagarre qui aurait sans doute dû lui coûter la vie, si le chef de la bande n’avait pas plus que clairement ordonné qu’on ne leur fasse aucun mal… Pour le moment. Par contre, ça lui avait valu d’être emmené comme otage avec elles. Le chef avait laissé une semaine aux deux archéologues pour lui apporter le « trésor ».

Lou ne regrettait rien. Fati était sa meilleure amie, et ils s’étaient très vite très bien entendus avec Sioban, dès leur rencontre à l’aéroport trois semaines plus tôt. Il n’aurait jamais pu les laisser se faire embarquer sans réagir.

« Les profs nous laisseront pas tomber, les filles. Vous en faites pas.

– Mais ils peuvent pas inventer un trésor qui n’existe pas… Y a rien, dans cette nécropole, enfin rien qui soit un trésor comme ils l’imaginent !

– C’est clair que la notion de valeur historique a l’air d’un peu les dépasser, ces gars… »

Un peu plus tard, on leur apporta des bols de lentilles et des galettes. C’était très bon, surtout pour trois estomacs affamés. Puis, ils décidèrent de dormir quand même et s’allongèrent. Un petit moment passa avant que Sioban ne se mette à pleurer.

Lou, tout triste, se fit un devoir de la prendre dans ses bras en cherchant à toute allure quoi lui dire pour la réconforter.

« Ça va aller, ça va aller… »

Il frotta son dos en échangeant un regard avec Fati et eut une idée :

« Allez, courage ! C’est qu’un mauvais moment, on a encore beaucoup trop de choses à vivre pour baisser les bras. Hein, t’as pas plein de trucs à faire, encore ? »

Sioban le regarda sans comprendre. Il lui sourit :

« Tenez, vous savez ce qu’on va faire ? On va se faire une promesse. Un truc qu’on sera obligé de faire quand on nous tirera d’ici. Un truc qu’on a trop envie de faire, mais qu’on a jamais eu le courage. OK ? »

Il y eut un silence. Fati hocha la tête :

« OK. Moi, dès qu’on est revenu en France, je passe mon permis moto.

– Bonne idée ! approuva Lou. Et toi, Sioban ? »

La jolie rousse réfléchit en essuyant ses yeux  :

« Un saut en parachute… Et j’adopte deux labradors. »

Lou opina vivement du chef. Il y eut un silence que Fati rompit :

« Et toi, Lou, tu dis à Faure-Joly que tu l’aimes. »

Le garçon sursauta et Sioban éclata de rire. Lou protesta en riant un peu nerveusement :

« Eh ! C’est pas juste, pourquoi moi j’ai pas le droit de choisir ?

– C’est tout choisi ! Tu es raide dingue de lui depuis la licence, donc quand on sort d’ici, tu vas lui déclarer ta flamme, c’est tout ! »

Fati s’était mise à rire aussi, et Lou grimaça, se gratta la tête. Clair qu’il se languissait depuis bien trop longtemps pour le bel archéologue… Qui devait d’ailleurs être la seule personne du chantier à ne pas s’en être aperçu. Clair aussi que c’était un peu bête de rester à se languir, mais bon… Il finit par soupirer :

« OK… Promis. Si… Enfin pardon, quand on sortira, j’irai lui dire que je l’aime.

– Et avant le retour en France.

-… Mais euh… »

*********

Mina Rouault surveillait d’un œil ses étudiants qui dessablaient la zone de fouille et de l’autre les hommes que le chef de guerre avait laissés pour les surveiller. Ils restaient dans leur coin et semblaient bien s’emmerder.

Bien fait pour leur gueule.

La jeune archéologue se jura pour la énième fois que si ces connards touchaient à un seul cheveu de Fatima, Louis ou Sioban, ça allait chier dans la colle. Elle rongeait son frein pour le moment, Andrea savait ce qu’il faisait, du moins l’espérait-elle de tout cœur. Mais elle avait été claire avec lui  :

« T’as 3 jours, pas une heure de plus, sinon je te jure que je préviens l’ambassade, et rien à foutre des conséquences ! »

Le grand blond avait vivement hoché la tête, avec cet air un peu enfantin qui le caractérisait quand on le houspillait.

Elle comprenait ce qu’il voulait, et elle savait qu’il avait raison… Enfin pas totalement tort… Mais là, elle avait des gamins terrorisés à gérer, en plus d’une bande de guerriers très loin de leurs préoccupations archéologiques. Bordel, dix ans qu’elle venait là tous les étés sans souci, et Andrea, lui, avait pour ainsi dire grandi ici, dans les jambes de ses parents, avant de reprendre le flambeau. Bien sûr qu’elle le comprenait et qu’elle voulait aussi que tout se règle dans le plus grand secret, car bien sûr que tout serait foutu sinon, mais bon sang, trois étudiants retenus en otages, les six autres pas vraiment rassurés, et huit hommes armés, et pas les plus intelligents, pour les surveiller, des guerriers des steppes plus habitués à la chasse au cerf qu’aux recherches historiques… Et elle avait reçu pour seule consigne de « gagner du temps ».

Andrea, t’as intérêt à faire vite et bien…

Dès que le gros de la troupe était parti avec les trois otages, Mina et Andrea s’étaient isolés pour faire le point. Dieu merci, aucun des huit larrons ne parlait français, et seuls Andrea et elle parlaient arabe (enfin le dialecte arabo-elle savait pas trop quoi du cru).

Andrea était grave comme rarement, tellement loin de ce grand dadais à moitié à l’ouest qu’elle aimait tant, et elle s’était doutée que son cerveau carburait à une vitesse largement prohibée.

« Andrea, s’il te plaît, dis-moi que tu vas immédiatement appeler l’ambassade.

– Surtout pas… »

Elle avait soupiré :

« Je te déteste…

– Je sais, avait-il souri. Mais tu sais comme moi ce qui va se passer si on prévient l’ambassade. Et il ne faut pas. Ça serait vraiment les mettre en danger.

– Plus en danger qu’ils ne le sont ?! Merde, Andrea, ils viennent d’être embarqués on ne sait où par des mecs armés jusqu’aux dents, là ! »

L’archéologue s’était massé les tempes. Il avait repris  :

« Gagne du temps.

– Pardon ?! avait-elle sursauté.

– Gagne du temps, avait-il répété en croisant les bras. La tempête de sable de cette nuit a tout recouvert, en fin de compte, c’est une chance. Mettez-vous à dégager, mais concentrez-vous sur la zone C. Et prenez tout votre temps. Moi, je vais aller chercher de l’aide.

– Ils ne vont jamais te laisser partir.

– Si, je pense que je peux les convaincre… On va essayer. »

Il lui avait expliqué ce qu’il voulait faire et elle avait secoué la tête en levant les yeux au ciel.

« Mina, s’il te plaît… Tu sais ce qu’on vient de trouver… Il ne faut pas qu’ils le sachent !

– OK, avait-elle fini par dire. On tente. »

Mais d’ajouter qu’elle lui laissait trois jours. Il avait opiné, puis ils avaient pris une grande inspiration avant d’aller voir leurs gentils gardiens. Ces derniers s’emmerdaient déjà bien, visiblement. Andrea leur avait parlé calmement  :

« Salut, je voulais vous avertir que je vais partir un moment. »

Aussitôt, ils l’avaient regardé avec suspicion et l’un d’eux, un des plus âgés, donc peut-être celui qui les commandait, avait répliqué violemment :

«  Où tu crois que tu vas ?!

– Au village de l’ouest, tu sais, derrière les collines, avait répondu Andrea, toujours très calme, en désignant l’horizon. On a besoin de renforts pour creuser. Vous avez vu, la tempête de sable a recouvert tout ce qu’on avait fait, et en plus, vous nous avez pris six bras… Et pas les moindres. Les gens du village nous connaissent, ils sont toujours d’accord pour nous aider. Et puis, on a pas assez à manger pour vous, en plus de nous, il faut que je vois avec eux pour qu’ils nous vendent des provisions. Sinon, on arrivera à rien, là. Si on peut pas manger comme il faut, ‘faudra pas espérer qu’on creuse… »

Les arguments avaient fait le tour de la tête de l’homme.

« Tu veux y aller comment  ?

– J’ai un cheval. En allant vite, j’y suis ce soir ou dans la nuit et on revient demain. Écoute, y a pas de souci, de toute façon, les autres restent là, et tu vois, on va commencer à dégager. Mina, elle a pas besoin de moi pour les diriger, tu sais. »

Ils l’avaient laissé partir sans plus de souci, et maintenant, Mina dirigeait les fouilles en tenant les huit lascars à l’œil.

Les étudiants avaient vu le prof partir avec inquiétude, jusqu’à ce que Mina ne les réunisse pour leur expliquer ce qui se passait. Elle craignait un peu leur réaction, mais ils avaient très bien compris.

« Le prof sait ce qu’il fait. Nous, tout ce qu’on peut faire, c’est dessabler tranquillement, très tranquillement, en attendant. On gagne du temps et on croise les doigts.

– Ça va être dur de creuser les doigts croisés, avait lâché le jeune Jojo, le petit comique du groupe, réussissant à dérider tout le monde.

– On se forcera, avait enchaîné avec un sourire Matt, un grand brun très costaud, en posant ses mains sur ses hanches. C’est un coup de bol en tout cas que ce type ait prêté un cheval au prof…

– C’est un très vieil ami à lui. On est d’accord, alors ? On commence à dessabler, on est sage avec nos gentils gardiens, et on prie très fort pour que le prof réussisse.

– Mais euh… Vous croyez que ça va aller, pour Lou, Fati et Sioban ?

– Je pense, oui. Vous avez bien vu que leur chef a ordonné qu’on ne les touche pas. Il aurait pu laisser tuer Lou, il ne l’a pas fait. Il tiendra parole. Et il faudra moins d’une semaine à Andrea pour régler ça.

– Ouais, approuva vivement Jojo. Clair qu’on peut compter sur le prof ! Il avait vraiment l’air furax quand ils les ont embarqués ! À se demander s’il a pas enfin remarqué Lou ! »

Le groupe rit plus fort, Mina y compris, s’attirant des regards sceptiques des huit surveillants.

Une jolie blonde, Jessica, demanda :

« Dites madame, désolée ça a rien à voir mais… Euh,… C’est vrai les rumeurs comme quoi le prof est un veuf inconsolable… ? »

Mina eut un sourire. Ah ça, elle se doutait du nombre de légendes qui couraient sur Andrea… Elle haussa les épaules :

« C’est pas vraiment un secret et la réponse est oui et non… Il a perdu la personne qu’il aimait, mais ils n’avaient jamais été mariés. Alors, soupira-t-elle, oui, effectivement, c’était un homme et Andrea est resté célibataire depuis. Mais j’en dirais pas plus et il faut se mettre au boulot.

– On y va, m’dame ! »

Les six jeunes gens allèrent chercher le matériel, alors que Jojo continuait tout bas :

« N’empêche, inconsolable ou pas, le prof il a bien louché sur Lou quand on faisait les cons dans la rivière, l’autre jour ! »

Une mince rivière, qui tenait plus du gros ruisseau, longeait le campement.

« Forcément, on a tous fini à moitié à poil…

– Ben ‘faut pas déconner, Lou il est quand même super bien gaulé ! remarqua Jessica en relevant ses cheveux.

– Ouais, clair qu’il a un de ces culs… gloussa Anissa, la jolie black de la bande. Je me demande vraiment comment le prof fait pour pas piger qu’il est amoureux de lui, en plus Fati m’a dit que ça durait depuis leur licence, sérieux quoi ! »

Mina alla reprendre ses notes et, seule dans la tente qui leur servait de base et de bureau, à Andrea et elle, elle songea à Lou, Fati et Sioban. Elle espérait qu’ils allaient bien. Elle savait qu’aussi “barbares” que paraissaient les gens du coin, en tout cas qu’ils auraient paru à un Européen moyen ronronnant dans son confort très loin de leur vie de chasseurs dans une région semi-désertique, ils avaient un sens de l’honneur bien réel et que si leur chef avait donné une semaine, aucun mal ne leur serait fait avant.

Lou et Fatima étaient ses étudiants, tous deux en master 2 sous sa houlette. Elle les avait remarqués assez vite, ces deux-là, au premier rang de l’amphi en première année, qui l’écoutaient si religieusement qu’ils en oubliaient presque de prendre des notes, lui un peu balbutiant à l’oral, elle bien plus à l’aise, elle vite volontaire pour les accompagner en fouilles, lui aussi, mais ses parents avaient renâclé, d’autant que le billet d’avion restait cher pour leurs faibles moyens, et alors qu’enfin, il pouvait venir, il se retrouvait pris en otage avec elle et Sioban, la petite Irlandaise Erasmus… Ah ben ils allaient s’en souvenir de ces fouilles !

Elle continua à ranger un peu ses notes en pensant à Andrea. À la réflexion, ça faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas vu si combatif. Ça lui faisait presque plaisir. En fait,…

Ben ouais…

En fait, elle ne l’avait pas vu comme ça depuis la mort d’Antoine. Depuis ce lundi matin de novembre, déjà si lointain, bientôt cinq ans, où il était arrivé à la fac anéanti, plus mort que vif, pour s’asseoir dans un coin, muet, et finir par répondre à leurs questionnements inquiets qu’Antoine s’était tué dans un accident de voiture le samedi matin.

Andrea avait dû gérer le décès de son compagnon, qui partageait sa vie depuis plus de 12 ans, presque seul. Ses parents avaient compati, mais ils n’avaient jamais vraiment accepté leur histoire, quant à la famille d’Antoine, ils n’avaient plus de contact depuis qu’ils s’étaient installés ensemble. Andrea avait reçu plus de soutien des collègues de travail d’Antoine que de ses parents, venus à l’enterrement presque honteusement, et de son frère, plus enclin à essayer de récupérer des affaires du défunt qu’à le pleurer. Il n’avait rien eu de ce côté-là, Antoine vivant chez Andrea, ils avaient dû se contenter du peu qui restait sur ses comptes bancaires, vidés deux mois plus tôt par leur propriétaire qui avait offert un somptueux voyage à son compagnon pour leur anniversaire de rencontre.

Andrea était resté un fantôme presque six mois, avant de se jeter à corps perdu dans son travail.

Il avait remonté la pente tout doucement, mais sans jamais même songer à se remettre en ménage. Elle était certaine qu’il n’avait eu aucune aventure passagère, même de simples plans-cul. Et si elle avait remarqué qu’il suivait parfois des yeux les jolis garçons qui passaient, les neurones ne se connectaient visiblement plus pour arriver à l’étape suivante.

Ceci dit, Jojo avait peut-être raison. Elle avait bien remarqué, elle aussi, que lorsqu’ils avaient trouvé les jeunes gens batifolant dans la rivière, l’autre soir, Andrea avait bloqué un peu trop longtemps sur Lou, qui, torse nu et hilare, avait carrément saisi un seau pour arroser ses amis, pour prendre sa revanche après qu’ils l’aient balancé à l’eau, d’après ce qu’elle avait compris.

Andrea n’avait rien dit, contemplant la scène avec un sourire, amusé, et contemplant aussi un peu Lou à la lueur du soleil couchant. Lorsque le garçon était revenu sur la berge, près d’eux, Andrea s’était contenté d’un : « Faites attention à ne pas prendre froid, Louis, il va vite faire frais. » gentil avant de retourner travailler sans attendre de réponse.

Lou n’avait de fait pas répondu, se contentant lui de le regarder s’éloigner.

Comment Andrea faisait-il pour ne pas voir que ce garçon était amoureux de lui ? Même le vieux monsieur à moitié aveugle qui venait suivre les cours en auditeur libre pour occuper sa retraite l’avait remarqué !…

Elle soupira et ressortit. Sa petite troupe s’était mise au boulot très tranquillement.

Fais vite, Andrea…

*********

Andrea stoppa un instant son cheval pour regarder autour de lui. Il y avait belle lurette qu’il était hors de vue du campement et qu’il avait donc bifurqué pour galoper plein nord. Sa diversion avait l’air d’avoir marché, mais il avait peu de temps. Il fallait qu’il trouve le camp d’Abdel avant l’aube… Et son vieil ami lui avait simplement dit qu’il bivouaquait au nord, au-delà des collines.

Andrea n’avait plus besoin de cartes depuis longtemps pour se déplacer sur ces terres. Il passait deux mois par an ici depuis toujours ou si peu s’en fallait… Il se souvenait un peu du grand-père d’Abdel, un vieil homme grave, mais digne, qui avait d’abord considéré les fouilles avec suspicion, se demandant ce que ces étrangers venaient faire ici. Et puis, les premières tombes de la nécropole avaient été exhumées, et il avait découvert avec une certaine fierté que c’était par intérêt pour ses ancêtres que les Français étaient venus de si loin, pour les étudier, et les faire découvrir, tant ici que chez eux.

Le pays était en proie à des guerres, internes, politiques, les gouvernements se succédaient, et ils valaient rarement mieux les uns que les autres. Suleyman, le grand-père d’Abdel, en avait eu marre et, à la stupeur générale des politicards et militaires souvent corrompus de la capitale, qui vivaient à des milliers de kilomètres de là, il avait unifié toutes les tribus sous sa houlette pour ramener une fois pour toutes l’ordre, son ordre, sur la steppe.

Depuis, son fils, puis Abdel, avaient repris le flambeau. Le pouvoir central était sans cesse partagé entre ceux qui se réjouissaient plutôt de ne pas avoir à gérer cette région et d’avoir quelqu’un qui y maintenait le calme, et d’autres, outrés de ce pouvoir autonome et hors la loi et bien décidés à y mettre de l’ordre, jusqu’ici en vain, car dans les faits, personne ne voulait y mettre les pieds. Abdel avait comme son père et son grand-père une main mise indiscutable sur la région. Le faire chuter ramènerait le chaos. En attendant donc le prétexte pour intervenir, la capitale rongeait son frein. Une chance que le sol de la steppe ne contienne que des vestiges qui n’intéressaient pas grand monde…

Le père d’Andrea l’avait juré à Suleyman : quand le pays serait prêt, quand ses conflits absurdes seraient de l’histoire ancienne, il ferait tout pour construire un grand musée à la gloire de ce vieux peuple semi-nomade. Il ferait revenir tout ce qu’ils avaient emmené en France, à l’abri des trafics et des combats.

Andrea le répétait régulièrement à Abdel.

Les deux hommes avaient le même âge et s’étaient connus très jeunes. Le père d’Abdel venait souvent avec son épouse et son fils, visiter les Français quand ils arrivaient, et comme cette épouse s’entendait très bien avec la mère d’Andrea, elle avait souvent passé l’été avec eux au camp. Ainsi, les deux garçons avaient grandi ensemble, menant deux vies aussi diamétralement opposées qu’il était possible, pourtant, mais restant amis sans que personne ne comprenne trop comment. Mais ça n’était pas gênant. Andrea avait appris à chevaucher et à chasser dans les steppes, Abdel à comprendre les méthodes de fouilles, découvrir les modes de vie de ses ancêtres et aussi, appréhender ce que pouvait être la vie dans ce pays lointain et si bizarre qu’était la France.

Abdel était devenu chef de son clan à l’âge où Andrea, lui, commençait à travailler sa thèse. Abdel fêtait la naissance de son sixième enfant lorsqu’Andrea avait récupéré la direction des fouilles, au départ en retraite de ses parents. Un an plus tard, Abdel devenait chef des chefs, à la mort de son père. Depuis, les deux hommes se voyaient un peu moins, à leur grand désespoir, mais Abdel passait toujours voir les Français, boire un thé avec Andrea, et lui laisser un cheval, un de ses meilleurs, pour qu’il puisse venir le voir, pour le plaisir, pour chasser ensemble. Chasser, Andrea se faisait un devoir d’y aller au moins une fois dans l’été. Mais là, c’était pour une raison bien trop grave à son goût que l’archéologue cherchait son vieil ami…

S’il ne parvenait pas à régler ça en secret, si ça remontait à la capitale, l’armée se jetterait sur l’occasion pour envoyer des troupes, ce qui mènerait au chaos, à une plus que probable guerre civile et à plus court terme, à l’exécution des otages…

Ces trois gosses pris au piège…

Andrea chevaucha toute la nuit, errant un peu au hasard de la steppe. L’horizon pâlissait lorsqu’il aperçut un petit campement de bergers. Ils lui indiquèrent sans souci la direction du camp d’Abdel et aussi qu’il était tout proche. Ils ne posèrent pas de question, le voyant pressé, mais tous se demandèrent ce que le Français faisait là.

Le soleil pointait lorsqu’enfin, Andrea vit le camp de son ami dans une plaine, au bord d’une autre rivière. Il soupira, aussi épuisé que soulagé. Il vit avec un petit sourire des silhouettes qui remuaient à sa vue, des bras qui s’agitaient, et quand il arriva, Abdel l’attendait, visiblement un peu surpris. C’était un grand homme aux traits fins, aux yeux noirs en amande, très beau, très charismatique, aux cheveux noirs bouclés, avec une barbiche bien taillée :

« Respect au chef des chefs, le salua-t-il.

Salut à toi, mon ami. Qu’est-ce qui t’amène si tôt ?

– Je devais te parler, car je ne comprends pas ce qui est arrivé, commença Andrea en descendant au sol. Je croyais que moi et les miens étions sous ta protection, que personne ne pouvait lever sa main sur nous ?

– Bien sûr que tu es sous ma protection ! J’ai ordonné à tous de ne pas vous gêner, depuis toujours  ! Que s’est-il passé ?! »

Andrea haussa les épaules en signe d’ignorance et reprit :

« Des hommes sont venus hier, ils nous ont menacés, et ils ont emmené trois des enfants dont j’ai la charge, un garçon et deux filles. Ils ont dit qu’ils les tueraient dans une semaine si nous ne leur donnions pas le trésor qu’ils imaginent se cacher dans les tombes. »

Abdel avait froncé les sourcils :

« Viens te reposer dans ma tente, mon ami, tu vas me raconter ça… »

*********

« Euh, est-ce que c’est une fleur ? demanda Lou.

– Oui, répondit Sioban.

– Est-ce que c’est rouge ? demanda Fati.

– Non.

– Est-ce que c’est bleu ? continua Lou.

– Oui.

– Du bleuet ? proposa le garçon.

– Non.

– Euh, de la lavande ? enchaîna Fati.

– Non.

– Du myosotis ? » bâilla Lou.

Sioban sourit :

« T’as gagné ! À toi ! »

Le garçon s’étira. Ils étaient assis dans une cour, entourés des hommes plus ou moins armés qui vaquaient là. Il y avait quelques femmes et des enfants, qui n’osaient pas les approcher. On les toisait avec suspicion. Ils jouaient aux devinettes depuis deux heures pour tuer le temps, mais ce dernier ne l’entendait pas de cette oreille et se faisait un malin plaisir à ralentir, du moins l’aurait-on juré.

Lou s’étira et soupira. Ils recommencèrent, Fati trouva, et c’est alors que des cris retentirent. Ils regardèrent sans comprendre pourquoi tout le monde s’agitait soudain, pourquoi les femmes et les enfants allaient se cacher. Lou, Fati et Sioban échangèrent un regard inquiet.

Le hameau de maisons de torchis s’était juste fait encercler, tant par des cavaliers que par des hommes en jeeps, tous bien armés.

Lou et les filles se levèrent machinalement, et le garçon poussa par réflexe les filles derrière lui quand des hommes se rapprochèrent d’eux. Ils entendirent des voix au loin, les hommes étaient très nerveux, certains avaient leurs armes bien en main, et au bout d’un moment, ils virent d’autres hommes arriver dans la cour. Ils reconnurent celui qui avait offert le cheval au prof, qui marchait en tête, le prof avec lui, d’autres hommes autour, ceux d’ici s’écartaient craintivement, certains s’inclinaient.

Lorsqu’il les vit, le prof se précipita vers eux :

« Ça va, les enfants ? » demanda-t-il vivement.

Il avait l’air épuisé et ses habits étaient froissés et poussiéreux.

Sioban fondit en larmes, Fati aussi et Lou soupira, soulagé. Il passa son bras autour des épaules de son amie alors que le prof prenait paternellement Sioban dans ses bras.

« On va bien, m’sieur, ‘vous inquiétez pas… » bredouilla Lou.

Abdel les rejoignit  :

« Ce sont eux, Andrea ? Tout va bien ?

Oui, oui, Abdel. Merci.

De rien. Partez vite, Youssef va vous reconduire avec une jeep. Je me charge du reste. Il n’y a plus rien à craindre pour vous. Rentrez tranquillement.

– Merci, Abdel. »

Sioban s’était calmée, Fati aussi. Le prof la serra pareillement contre lui, Lou aussi, et le garçon rougit comme une tomate. Ils partirent sans attendre, grimpèrent dans la jeep qui attendait là et qui fila, escortée d’une dizaine de cavaliers.

Le hasard avait fait que Fati était montée devant, et qu’à l’arrière, Andrea se retrouvait entre Sioban et Lou. La jeune femme restait nerveuse, mais pour Lou, toute la pression venait de s’envoler et il se sentait à son tour au bord des larmes. Il passa ses mains sur son visage, tremblant, et le voyant, Andrea posa sa main sur son épaule et demanda, inquiet  :

« Ça va, Louis ? »

Le garçon renifla et essuya ses yeux. Andrea passa son bras autour de ses épaules. Lou secoua la tête. Andrea se rapprocha de lui et caressa sa tête  :

« C’est normal que vous ayez eu peur, mais c’est fini, ne vous en faites pas. Tout va bien. Vous avez été très courageux. »

Lou soupira et opina en reniflant, cette fois. Sioban demanda :

« Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? »

Andrea haussa les épaules :

« Abdel a pris les choses en main, mais j’ignore comment il va régler ça. J’ai demandé qu’il n’y ait pas de représailles, mais il reste seul juge… »

Lou se redressa et eut un pincement au cœur quand Andrea retira son bras en continuant :

« Je suis désolé, j’ai fait aussi vite que j’ai pu…

– Non mais ça va, bredouilla le jeune homme en essuyant encore ses yeux. On a pas été maltraité, on s’est juste beaucoup fait chier et on avait peur, on voyait qu’il y en avait des bien excités qui auraient rien eu contre nous buter, enfin surtout moi, et surtout le gars avec qui je m’étais battu et ses potes… Mais ils nous ont pas fait de mal… »

Andrea retint un bâillement. Sa nuit blanche lui tombait dessus, la pression retombant.

« Votre lèvre est bien enflée, mais on aura de quoi soigner ça au campement…

– Non mais c’est pas grave… J’ai connu pire… »

Andrea eut un sourire.

« … Mais euh, ça va, vous, m’sieur ? Vous avez l’air complètement crevé, là… »

– Oh, c’est que je le suis, j’ai cherché le camp d’Abdel toute la nuit… Et comme on est parti presque tout de suite quand je lui ai expliqué… Pas pu me reposer… »

La jeep roulait vite et ils furent au camp en début d’après-midi. Un autre groupe était arrivé entre temps pour reprendre le contrôle, mené par le fils aîné d’Abdel, Asim, en personne. Ils avaient très facilement désarmé les huit larrons et les tenaient sous bonne garde dans un coin en attendant d’avoir d’autres ordres.

Asim vint vers la jeep avec Mina dès qu’elle freina :

« Ah, vous voilà. Tout va bien ?

– Oui, Asim, merci, répondit avec lassitude Andrea en descendant. Ton père est resté là-bas pour le moment, il nous rejoindra plus tard, je pense. Tout s’est bien passé ici aussi ?

– Oui, oui, ne t’en fais pas. Ils n’ont même pas résisté. »

Attirés par le bruit du véhicule, les autres étudiants arrivaient. Ils étreignirent leurs trois amis avec chaleur, très heureux et soulagés de les retrouver sains et saufs, comme Mina étreignait, elle, gentiment Andrea  :

« T’es le meilleur. »

Il sourit en lui rendant son étreinte.

« Merci, Mina. Je vais aller dormir un peu. Vous pouvez déblayer la dernière zone ? Je voulais la montrer à Abdel.

– On va faire ça, d’accord. Va vite dormir. »

Andrea ne se fit pas prier. Il gagna sa tente pour s’écrouler sans attendre sur le grand matelas gonflable qui reposait là, à même le sol, se blottit sous le duvet et s’endormit à la seconde où il posa la tête sur l’oreiller.

Il se réveilla affamé en début de soirée. Il se leva mollement et sortit en s’étirant. La nuit tombait. Il découvrit avec surprise tout le monde autour d’un grand feu. Un petit sanglier, ou son cousin local, rôtissait sur une broche improvisée. Apparemment, Asim et ses hommes avaient été cherché le dîner.

Voyant arriver Andrea, Mina le rejoignit :

« Bien dormi, mon grand ? Tu arrives à temps, on commençait à se dire que ça allait être cuit.

– Ça sent très bon…

– Ça a l’air de l’être. Ils ont ramené un tonneau de leur bière, aussi…

– Et ?

– Sioban dit que ça ne vaut pas une bonne Guiness. Mais elle en est à trois verres. Elle tient sans souci, d’ailleurs un des gars d’Asim voulait faire un concours avec elle. Jojo dit qu’il a aucune chance… Je crois que la soirée va être mémorable. Par contre, je garantie pas l’état des troupes demain.

– Bah, c’est pas grave. Je crois qu’une bonne détente fera du bien à tout le monde. On va essayer d’éviter les comas éthyliques…

– Aucun risque, c’est de la flotte leur bière… »

Abdel arriva sur ces entrefaites avec trois autres hommes. Andrea alla à leur rencontre. Le chef des chefs tenait un second cheval par la bride  :

« Le bonsoir, mon ami. Je te ramenai ta monture.

– Merci beaucoup, Abdel. Venez donc vous joindre à nous. Ton fils a ramené du gibier, et il y en a bien trop pour nous.

– Volontiers ! »

Ils s’installèrent tous autour du grand feu. Asim vint respectueusement saluer son père qui le félicita chaleureusement. La soirée passa ainsi, très sympathique, prouvant s’il le fallait que la barrière de la langue est rarement un vrai problème autour d’un bon repas et d’un tonneau de bière.

Sioban tenait définitivement mieux l’alcool que tous les guerriers d’Abdel, et ce dernier trouvait ça très drôle. La petite Irlandaise leur promit de leur apporter de la Guiness l’année suivante.

La soirée commençait à se tirer et Fati, assise avec Lou, Jojo, Matt et Anissa, avait commencé une savante campagne de harcèlement de son ami  :

« T’as promis, Lou.

– Oui non mais c’est pas juste, tu m’as forcé…

– T’as promis. T’y vas, c’est tout.

– Non mais non…

– Si, t’as promis.

– Mais euh… Pas ce soir tu fais chier…

– Si, t’y vas ! »

Les autres riaient plus ou moins fort. Assis près de Lou, Matt papota son épaule :

« Allez, elle a pas tort, lance-toi  !

– Mais je vais me faire jeter, putain ! Vous y tenez tant que ça ?! »

Jojo rigola, Anissa gloussa et Matt sourit  :

« J’en serais pas aussi sûr que ça, si j’étais toi.

– Tu déconnes ! grogna Lou.

– Non, non. À mon avis, il a rien pané, mais si tu vas lui faire les yeux doux, moi je pense que t’as ta chance. »

Lou le regarda un moment.

« T’es vraiment sérieux… ?

– Ouais. Et je t’autorise à m’en foutre une si je me plante. »

Lou soupira et lui tendit son verre :

« Ressers-moi.

– Tu te dégonfles ?

– Non. Mais crois-moi, ‘va falloir que je sois sacrément bourré pour y arriver. »

Matt hocha la tête et remplit le verre alors que les autres applaudissaient ou sifflaient.

*********

Andrea et Abdel s’étaient isolés et, tranquillement assis au calme, ils regardaient les étoiles.

« … Non, tu n’as pas à t’en faire. Asim est un garçon très intelligent, et il sait déjà mener son clan. Il te succédera bien et tu pourras en être fier.

– Hm, tu dois avoir raison, je m’en fais pour rien. Et toi, toujours pas de femme, hein  ?

– Tu sais bien que non.

– Qui va te succéder si tu n’as pas de fils  ?

– On en a déjà parlé, Abdel. Que celui ou celle qui me succédera ne soit pas de mon sang n’est pas un souci pour moi.

– Vous êtes bizarres, vous les Français… Passe encore que tu adoptes ton héritier… »

La formule fit sourire Andrea.

« … Mais tu ne vas quand même pas finir ta vie tout seul ? Ça commence à faire longtemps que ton mari est mort… »

Andrea haussa les épaules.

« Sérieusement, Andrea… Les beaux garçons ne manquent pas, autour de toi. Tiens, celui que cet idiot de Nader avait emmené en otage, par exemple…

– Louis ? »

Andrea soupira.

« C’est vrai qu’il est mignon… Mais franchement… Je suis trop vieux pour ça…

– Ah, arrête, ça c’est une excuse de lâche ! Il te plaît, oui ou non ?

– … Pourquoi tu me demandes ça ?

– Parce que toi, tu lui plais, c’est évident. Et que du coup, je ne comprends pas ce qui te retient ? »

Andrea fit la moue. Il repensa au corps à moitié nu du jeune homme, l’autre soir au bord de l’eau, et se dit qu’honnêtement, oui, Lou lui plaisait.

Or, comme il se disait ça, la voix pas très claire du garçon se fit entendre :

« Vous êtes là, m’sieur…? »

Intrigué par ce ton étrange, Andrea se leva :

« Oui, Louis. Il y a un problème ? »

Voyant le jeune étudiant un peu vacillant, Andrea s’approcha de lui et avant qu’il n’ait pu réagir, il se retrouva avec le garçon pendu à son cou qui l’embrassait plus que passionnément, ce qui aurait pu être fort agréable s’il n’avait pas senti l’alcool aussi fort.

Andrea le repoussa un peu sans le lâcher, le sentant vraiment pas très ferme sur ses jambes :

« Louis, pour l’amour du Ciel, vous êtes complètement ivre !

– Euuuuuuuh, … Ouais ! »

Abdel se leva aussi, profondément amusé.

« Il faut l’emmener dans sa tente… Tu peux m’aider, Abdel ?

– Non non…

– Hein ?! »

Le chef des chefs s’épousseta tranquillement :

« Je vais plutôt vous laisser vous expliquer…

Quoi ?! »

Abdel dit avec un grand sourire :

« Finis bien la nuit, Andrea ! »

Et il partit sans s’émouvoir des menaces et des injures que lui lança Andrea.

Abdel alla s’asseoir à côté de Mina qui servait d’interprète entre ses étudiants et Asim et quelques autres.

« Te revoilà, Abdel ? Qu’est-ce que tu as fait d’Andrea ?

– Je l’ai laissé en bonne compagnie… »

Il se resservit à boire et ajouta :

« J’espère qu’il va en profiter.

– Ça dépend, tu l’as laissé avec qui ?

– Le garçon brun, là… Louis, je crois…

– Ah ! »

Mina hocha la tête et leva son verre :

« Ah, là, oui, il a intérêt à en profiter ! »

Ils trinquèrent.

*********

Andrea grommela et raffermit son emprise sur Lou qui titubait.

« Louis, vous allez bien ?

– Franchement, j’suis pas sûr, mais euh… ‘Fallait ça pour que j’y arrive… Mais c’est les autres ils m’ont fait chier pour que je vienne vous voir alors j’ai un peu bu pour y arriver…

– “Un peu” ? »

Le garçon passa ses bras autour du cou d’Andrea, câlin, et essaya de l’embrasser à nouveau. Andrea tourna la tête :

« Mais euh… »

Lou gémit :

« Vous m’aimez pas…?

– Vous êtes ivre, Louis.

– Oui, je sais… Mais j’aurais jamais eu le courage de vous embrasser sinon…

– Je peux le comprendre, mais je n’ai pas l’habitude d’abuser de personnes saoules. »

Lou répèta, cette fois au bord des larmes :

« Vous m’aimez pas ? »

Andrea soupira :

« Ça n’est pas la question…

– Si, c’est la question !… M’sieur, ça fait quatre ans que je suis fou de vous, que j’ose pas et que j’en crève !… Je… Je vous aime… Vraiment… Et… J’ai juste envie d’être avec vous parce que… Parce que j’en ai marre… de pas être heureux… Et aussi… Que vous le soyez pas… »

Andrea le regarda, surpris :

« … Comment ça, je suis pas heureux…?»

Lou renifla :

« Je vous ai jamais vu sourire… Jamais pour de vrai… »

Andrea resta bête en réalisant que le garçon avait raison. Il regarda un instant ailleurs, puis sourit doucement et caressa la joue du garçon :

« M’sieur…?

– Vous devriez aller vous coucher, Louis.

– … Mais…

– On reparlera de ça demain, quand vous aurez la tête claire. D’accord ?

– … »

Lou se resserra contre lui, tout tremblant. Andrea l’étreignit :

« Qu’est-ce qu’il y a ?

– J’ai peur… Vous allez pas faire semblant de rien demain, hein ?

– Mais non, ne vous en faites pas…

– Promis ?

– Vous êtes bête… »

Andrea passa le bras du garçon autour de ses épaules pour le soutenir, et se mit en marche avec lui :

« C’est pas gentil de dire ça !

– Vous êtes bête quand même. Venez vous reposer… Vous n’avez pas envie de vomir, ça va ?

– Oui, oui, ça va… Vous m’emmenez où… ?

– Hm, je pensais à votre lit, mais à la réflexion, je vais nous épargner la peine de croiser des gens qui pourraient poser des questions auxquelles nous n’avons pas plus vous que moi envie de répondre… »

Andrea sourit :

« Je vais donc vous poser dans mon lit. »

Lou sursauta et rougit :

« Mais mais…

– Comme ça, plus de crainte pour vous de me voir me défiler à votre réveil. »

Ils ne croisèrent personne. Les autres étaient soit couchés, soit toujours près du grand feu. Andrea guida Lou jusqu’à son grand matelas gonflable, dans la pénombre, et l’allongea doucement. Le garçon se laissa faire, tout rose. Andrea le couvrit avec soin et resta un instant accroupi à ses côtés. Il caressa sa tête :

« Ça va ? Reposez-vous.

– M’sieur… ?

– Oui ?

– J’veux un bisou… »

Andrea sourit, se pencha et embrassa doucement son front.

« Eh, chuis pas un bébé ! protesta Lou.

– Je vous traiterai en adulte quand vous aurez décuité, jeune homme. Je n’embrasse pas les Petit Lu.

– … Hein ?

– Ben oui, admettez-le, vous êtes complètement beurré. »

Lou mit quelques secondes à comprendre la blague et donna une faible tape sur l’épaule de son aîné qui rit avant de se pencher pour lui murmurer :

« Par contre, je ne pense pas qu’embrasser un petit Lou me posera problème. »

Il embrassa encore son front, cette fois avec une sincère tendresse :

« Allez, reposez-vous.

– Vous vous couchez pas ?

– J’ai un travail à finir, je viens après.

– Promis ?

– Promis. »

Andrea se redressa et caressa une dernière fois la tête brune. Puis, il se releva et alla à sa table de travail, une planche posée sur deux tréteaux, allumer son ordinateur portable. Avec tout ça, il n’avait pas eu le temps de sauvegarder les photos de la tombe qu’ils avaient découverte juste avant la tempête de sable. Il faudrait qu’il la montre à Abdel le lendemain, Mina lui avait dit qu’ils avaient dégagé l’entrée.

Il brancha l’appareil photo à l’ordinateur et tapa quelques lignes de rapport pendant que ça copiait. Puis, il éteignit tout et sortit pour fumer une dernière cigarette avant d’aller dormir. Il resta là, un peu troublé par tout ça, et vit Mina qui arrivait, sans doute pour se coucher aussi.

« Eh, Andrea, ça va ?

– Oui, oui…

– Bouge pas, j’ai un truc pour toi ! »

Elle rentra dans sa tente, voisine de la sienne, pour en ressortir rapidement et lui mettre des choses dans les mains en disant :

« Finis bien ta nuit ! »

Le temps qu’il réalise ce que c’était, elle avait de nouveau disparu dans sa tente.

Des préservatifs et du gel lubrifiant…

Décidément, c’était un complot…

Il finit sa cigarette, l’écrasa proprement avant de laisser le mégot dans le seau en fer qui servait de poubelle devant leurs tentes et rentra. Il se déshabilla pour enfiler le jogging et le t-shirt avec lesquels il dormait, et il alla s’allonger, posant machinalement les cadeaux de Mina près du lit. Il n’était pas encore installé qu’il sentit Lou se blottir contre lui, tout câlin.

Andrea sourit et le laissa faire.

Lou se réveilla un peu avant l’aube et soupira d’aise. Andrea dormait profondément. Un besoin naturel poussa le jeune homme à sortir doucement du lit. Mais une fois sa vessie vidée, il se dit qu’il était encore un peu barbouillé, assoiffé, avec un petit mal de tête et une haleine de phacochère. Il alla donc boire un bon coup et se laver les dents. Tout le monde dormait encore, il ne croisa personne et décida, après tout, de retourner se coucher.

Andrea rouvrit un oeil vague en le sentant revenir, écarta le bras pour le laisser se blottir à nouveau contre lui et dès que ce fut fait, il se rendormit. Lou fit de même, tout rose et tout content.

Ce fut une sensation très agréable qui réveilla le garçon, quelques heures plus tard. Il rouvrit les yeux le temps de comprendre, Andrea caressait sa tête. Lou rosit encore avant de se blottir plus fort contre lui, et ronronna en entendant :

« Bonjour, jeune homme. Ça va mieux ? »

Andrea se tourna pour lui faire face.

« Bonjour…

– Vous vous sentez mieux ?

– Oui, ça va…

– Bien. »

Andrea sourit et caressa sa joue :

« … Alors si nous reprenions notre conversation de cette nuit… »

Lou se laissa embrasser, étreindre, et passa ses bras autour des épaules d’Andrea pour se serrer plus fort contre lui. Le baiser dura, se fit très profond, et Andrea soupira à son oreille :

« Vous êtes sûr de vous ?

– Sûr de crever d’envie de vous, oui… »

Les mains du garçon s’égarèrent dans les cheveux blonds :

« Sûr de crever d’envie que vous me fassiez l’amour tout de suite… »

Ils s’embrassèrent encore. Les mains d’Andrea glissèrent le long du dos de Lou qui se cambra en tremblant, excité comme jamais et déjà très dur. Andrea le poussa sur le dos pour s’allonger sur lui, sans cesser ni de l’embrasser, ni de le caresser. Lou écarta les cuisses, maudissant comme rarement ce pantalon trop étroit, et se laissa faire lorsque l’archéologue lui leva les bras au-dessus de la tête, visiblement déterminé à explorer de nouveaux territoires.

Les mains glissèrent sous le t-shirt, le soulevant pour découvrir son torse, puis s’attardèrent sur ses mamelons déjà bien dressés. Andrea sourit. Ce garçon était superbe et très appétissant.

Le t-shirt vola et les lèvres d’Andrea quittèrent celles de Lou pour descendre sur sa peau, son cou, son épaule, sa poitrine où elle s’attarda longuement, et Lou gémit. Sentant bien qu’il n’en pouvait plus, Andrea se redressa, enleva son propre haut avant d’aller libérer le sexe de Lou de sa désagréable prison. Le pantalon et le boxer volèrent et Andrea resta un instant à contempler le corps nu, essoufflé, allongé dans son lit, avec une érection plus que significative.

Ah, jeunesse… songea Andrea en s’allongeant à ses côtés pour se mettre à caresser sa peau du bout des doigts. Lou se mordit les lèvres et gémit. Il voulut porter ses mains à l’entrejambe d’Andrea qui le retint, et l’embrassa avant de lui murmurer :

« Du calme, jeune homme… Vous m’avez prié de vous faire l’amour, alors laissez-moi faire pour ce coup-ci… »

Il l’embrassa encore :

« Vous aurez l’occasion de me montrer vos talents une autre fois. »

Lou sourit à ces mots, et répondit à l’étreinte et au nouveau baiser avec ferveur. Il passa à nouveau ses bras autour des épaules d’Andrea alors que ce dernier s’allongeait à nouveau sur lui, frottant savamment sa propre érection à la sienne à travers le vieux jogging. Andrea attrapa d’une main le matériel adéquat, de l’autre le phallus qu’il se mit à branler avec une lenteur entêtante. Lou se mit à gémir plus fort, et se cambra dans un cri en sentant une main se glisser entre ses fesses. Il replia et écarta ses jambes, resserrant ses mains sur le duvet, sur lequel ils se trouvaient tous deux désormais, alors qu’un doigt bien lubrifié se faufilait en lui, rapidement suivi d’un autre, puis d’un troisième, et Lou ferma les yeux en gémissant :

« J’en peux plus… J’en peux plus… Mettez-la-moi… »

Andrea sourit et vint l’embrasser :

« Quelle impatience…

– … Trop bon… ‘Vais pas tenir… parvint à articuler le garçon, à bout de souffle.

– Ça serait dommage… »

Andrea se redressa après l’avoir encore longuement embrassé, dégagea ses doigts et libéra son propre sexe qu’il frotta à celui de Lou. Le garçon était perdu dans son plaisir, mais n’eut pas le temps de supplier encore. Andrea avait beau le titiller, il n’en pouvait plus non plus. La vision de ce jeune corps tremblant de plaisir avait eu raison de sa patience. Il se mit rapidement une capote, du gel et saisit les hanches du garçon pour le pénétrer. Lou cria et resserra aussitôt ses jambes autour de sa taille pour le pousser en lui. Andrea eut un hoquet de surprise, puis sourit. Il était à genoux et attrapa le jeune homme pour le redresser, l’installant à cheval sur lui. Lou l’enlaça et ses hanches se mirent immédiatement en action pour l’enfoncer encore plus loin en lui. Andrea le serra aussi. Ils s’embrassèrent encore, longuement, gémissant tous deux.

Sentant Lou faiblir, Andrea le dégagea. Lou, pantelant, se mit à quatre pattes devant lui, et Andrea le prit à nouveau sans attendre. Il saisit ses hanches, frappant fort, et Lou ne put cette fois pas retenir ses cris. Les bras cédèrent rapidement, ses poings se resserrent. Son corps entier était secoué de spasmes de plaisir. Il ne se souvenait pas, jamais, qu’aucun homme ne lui ait donné autant de plaisir. La main d’Andrea se referma sur son sexe et Lou crut qu’il allait devenir fou. Andrea passa son autre bras autour de sa poitrine pour le redresser, le garçon se laissa faire. Ce sexe le frappait si fort, cette main le branlait avec une telle puissance… Il se mit à crier plus fort.

Andrea était à bout de souffle, lui aussi, perdu dans des sensations qu’il avait complètement oubliées. C’était délicieux. Il assit à nouveau Lou sur ses cuisses, le branlant de plus en plus vite. Le garçon tourna la tête pour l’embrasser, son corps se tordait de plaisir. Andrea le sentit se raidir. Lou jouit dans un cri, dans sa main, et se resserra si fort sur lui qu’il jouit également, déclenchant par là même un second orgasme chez le garçon.

Lou resta tremblant, tendu un instant avant de s’écrouler dans les bras d’Andrea, sonné. Andrea le serra machinalement, pas moins secoué. Ils tombèrent tous les deux sur le lit. L’archéologue libéra le garçon qui poussa encore un petit cri.

Un long moment passa avant que Lou, encore très vague, ne se retourne pour venir se serrer contre Andrea qui l’enlaça sans rien dire, les yeux fermés.

Lou se rendormit. Pas Andrea. Il finit par rouvrir les yeux pour regarder avec douceur le garçon qui dormait, blotti dans ses bras.

Ça serait bien qu’il dorme là d’autres fois… Toutes les nuits à venir, par exemple.

*********

Mina se jura que s’ils étaient encore en train de s’envoyer en l’air dans les réserves, elle allait leur passer un de ces savons, qu’ils n’en auraient plus besoin de douche pour les six mois à venir.

Introuvables à 10 minutes du vernissage, non mais là sérieux, ‘fallait pas déconner.

Autant ça lui faisait très plaisir de les voir roucouler, autant il y avait un temps un temps pour tout, et là, c’était celui d’inaugurer l’exposition.

Le Musée des Confluences de Lyon accueillait une exposition exceptionnelle sur leurs fouilles, suite à la découverte d’une tombe princière intacte. La moitié des élus du coin étaient là, les trois quarts de leurs collègues, les parents d’Andrea aussi, Andrea avait même réussi à faire venir Abdel, Asim et leurs épouses, et plus moyen de mettre la main sur lui et Lou.

Elle se souvenait toujours avec un sourire de l’émotion du chef des chefs lorsqu’Andrea et elle lui avaient montré cette découverte, toute fraîche alors. La tombe d’un couple, sans doute un prince ou un roi et sa femme, très belle, conservée telle qu’elle… Et avec des objets d’une richesse et d’une finesse exceptionnelle.

Abdel avait fait garder le camp et les avait escortés presque jusqu’à la capitale, conscient des risques de pillage et de vol.

« Je te jure qu’un jour, on vous rendra tout, Abdel.

Prends-en soin en attendant. »

Elle entendit enfin la voix de Lou :

« Mais si, ça va bien se passer, allez, viens.

– J’ai pas envie…

– Mais si, allez, ça va aller vite. Tu vas pas laisser Abdel tout seul avec le maire, quand même ?

– Il a raison, Andrea, dit Mina en approchant. Je sais bien que tu détestes les mondanités, mais il faut. On a besoin des subventions, tu te rappelles ? »

Andrea soupira :

« Ça me saoule… »

Lou rit doucement et lui fit un petit bisou :

« Professeur Faure-Joly, vous n’êtes pas raisonnable. »

Andrea fit la moue :

« Louis, vous me fatiguez. »

Ils sourirent, s’étreignirent et s’embrassèrent.

« Et on en a déjà parlé, nous avons atteint un degré d’intimité suffisant pour que vous m’appeliez par mon prénom.

– Seulement si vous m’appelez Lou. »

Mina soupira, amusée :

« Bon, vous avez fini, tous les deux ? On nous attend. »

Lou prit Andrea par la main et le tira :

« Allez viens, si t’es sage, je serai tout gentil cette nuit.

– Oh, si tu me prends par les sentiments… »

Ils retournèrent dans le grand hall du musée, où le buffet était dressé, et la plupart des invités présents. Les parents d’Andrea parlaient avec Abdel et son épouse, tout contents de les revoir, et tout surpris de voir Asim si grand.

Le couple d’archéologues retraités avaient accueilli Lou avec scepticisme, puis joie. Ils avaient compris trop tard, en voyant Andrea anéanti par le décès d’Antoine, à quel point ils s’étaient aimés, et avaient espéré avec anxiété qu’il refasse sa vie. L’arrivée de Lou avait été un réel soulagement pour eux.

D’ailleurs, la mère d’Andrea leur parlait régulièrement de mariage…

Le maire et les officiels se succédèrent pour faire des petits discours plus ou moins soporifiques, Andrea se vit obligé d’en faire un, et il se contenta d’un :

« Merci à tous d’être venus, je suis très heureux que vous vous intéressiez à nos travaux. Bon, je vais pas être plus long, je suppose que vous avez aussi faim que moi, donc encore merci à tous, la région et la mairie pour leur soutien, un grand merci à mon vieil ami Abdel qui nous a vraiment toujours soutenus sur place, et beaucoup aidé, surtout l’année où on a trouvé cette tombe. Merci à toi, mon ami. »

Un peu plus tard, Andrea essayait de ne pas s’endormir en compagnie d’il ne savait même pas quel élu qui s’émerveillait de cette magnifique découverte.

Andrea avisa Lou, un peu plus loin, qui riait avec Fati, Matt et Jojo.

Son petit Lou…

Non, définitivement, la tombe n’était pas la plus importante découverte qu’il avait faite cet été-là.

Fin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *