Liens – Nouvelle

Petit cadeau de Noël à vous tous ! Gros bizoux !!!

Liens : Dans un manoir isolé vivent deux hommes, un médecin et son jeune intendant… Derrière les apparences et les rumeurs, s’est nouée une relation étrange. Et le maître n’est pas forcément celui qu’on croit…

AVERTISSEMENT : Cette nouvelle contient de nombreux passages érotiques très explicites et décrit des pratiques disons un peu hétérodoxes… A défaut d’hétérosexuelles ! Personnes mineures ou sensibles à ces thèmes s’abstenir !

 

Liens


La réception allait bientôt s’achever. La plupart des hôtes étaient déjà partis. Dans les grands salons du château, quelques personnes finissaient leurs verres en devisant tranquillement. La maîtresse de maison, une vieille dame encore très belle, dans une robe de soirée sublime, parlait avec un magnifique jeune homme, assis tous deux sur un canapé d’un grand salon meublé avec luxe.

Le garçon devait avoir dans les vingt ans. Il était remarquablement bien fait. Son visage fin souriait gentiment. Ses grands yeux mauves, aux longs cils, étaient encore tout à fait vifs malgré l’heure tardive. Ses longs cheveux noirs étaient coiffés en une tresse impeccable, tout comme son costume noir à col Mao, orné d’un fin liseré crème, visiblement taillé pour lui.

« … Mais vraiment, Martial, lui dit-elle, vous devriez vous mettre à l’équitation… C’est un sport qui vous irait parfaitement. Vous pouvez venir quand vous voulez, vous savez, mon écurie est à votre disposition… »

L’expression du garçon ne changea pas lorsqu’elle posa sa main sur sa cuisse. Il répondit plaisamment :

« C’est très aimable de votre part, Madame, mais il est fort peu probable que j’ai le temps.

– Quel dommage…

– Navré de vous interrompre, ma chère Marie-Chantal… »

L’homme qui avait dit cela les contemplait avec un sourire strictement poli. La vieille dame ôta précipitamment sa main. Le jeune Martial leva un sourire lui très doux vers l’homme, un grand blond âgé d’une bonne quarantaine d’années, dont les yeux bleus étaient aussi beaux que froids à cet instant.

« … Mais il commence à être tard et nous avons de la route. Si vous permettez que nous vous laissions ?

– Oh, vous désirez vraiment partir, Arnaud ? Vous pouvez passer la nuit ici, vous savez ?

– C’est très aimable de votre part, mais nous avons beaucoup à faire ce week-end et nous devons être sur le pied de guerre dès demain matin. Martial ?

– C’est vous qui conduisez, Arnaud. Je vous suis donc inéluctablement. »

Le garçon se leva et se pencha pour baiser galamment la main de la vieille dame en lui disant d’une voix suave :

« Merci pour tout, Madame, ce fut un plaisir. »

Un sourire étrange flottait sur les lèvres du jeune homme lorsqu’il se redressa. Elle le fixait, toute rose. Arnaud salua la maîtresse des lieux avec la même politesse froide que précédemment. Puis, ils sortirent tous deux de la pièce et gagnèrent en silence le grand hall d’entrée. Le majordome rendit tout d’abord à Arnaud son manteau gris pâle, puis à Martial le sien, tout de cuir noir. Arnaud ne dit rien de plus qu’un sec « Merci. » avant de sortir. Martial n’avait pas perdu son petit sourire et le suivit des yeux avant de saluer cordialement le serviteur et de le suivre.

Arnaud s’était déjà installé au volant de sa Bentley noire. Martial s’assit à côté de lui et mit sa ceinture sans un mot. Il souriait toujours. Arnaud soupira avec humeur en pianotant sur le volant.

« J’espère que tu es fier de toi. »

Martial ne répondit rien. Arnaud lui jeta un regard noir.

« Tu as passé toute la soirée à chauffer cette vieille salope, alors que tu savais très bien que tu es tout à fait le type de garçon qu’elle se tape. »

Il pianota plus fort sur le volant. Il était furieux.

« Elle a posé au moins trois fois sa main sur ta cuisse, elle t’a caressé les cheveux… »

Il démarra rageusement.

« Tu vas le payer, petit con. »

Il le regarda un instant :

« Tu vas le payer très cher. Je te jure que tu n’oublieras plus jamais qui est ton maître. »

Martial n’avait pas perdu son sourire.

*********

Arnaud claqua la porte d’entrée du manoir derrière eux. Martial enleva son manteau avec calme. Le trajet avait été silencieux. Il savait qu’Arnaud n’était pas calmé et qu’il allait effectivement payer cher son insubordination.

Il n’en montrait rien, restant impassible, mais il était impatient.

Il sentit les bras d’Arnaud autour de lui, qui le serraient fort, alors que sa voix murmurait à son oreille :

« Tu vas m’attendre dans la chambre. Je te veux nu sur le lit quand j’arriverai. »

Arnaud le regarda sortir, sombre. Il verrouilla la porte, activa le système d’alarme et de sécurité en grommelant. Fichu gamin.

Lorsqu’il arriva dans la chambre, Martial était assis, nu sur le lit à baldaquin, agenouillé, lui tournant le dos. La lumière de la lampe de chevet, la seule éclairée, était faible, donnant une atmosphère tamisée à la pièce.

Martial ne bougea pas lorsqu’il entendit Arnaud rentrer, pas plus que lorsqu’il le sentit derrière lui sur le lit. Il sourit quand il se serra dans son dos, que ses mains se posèrent sur ses cuisses et remontèrent jusque ses hanches. Il ferma les yeux.

Arnaud caressa longuement le corps nu, encore plus nu contre lui qui ne l’était pas, sans doute occupé à choisir la sauce à laquelle il allait le manger. Il saisit ses poignets pour les lever vers la barre métallique qui se trouvait au-dessus d’eux, en diagonale du baldaquin. Il les y attacha avec une douce corde de soie noire, écartés, laissant la longueur suffisante pour que Martial reste à genoux, mais plus assis cependant. Le garçon songea qu’il serrait un peu plus fort que d’habitude… Et sa pensée fut interrompue là par le foulard qui lui couvrit les yeux.

Sauce épicée, donc.

Arnaud le laissa un moment. Martial l’entendit fouiller dans un des tiroirs de la commode, à quelques mètres de là. Il étira un peu son dos. Il se sentait durcir un peu.

« Et bien, petit pantin, tu t’excites déjà… »

Martial le sentit revenir sur le lit. Il frémit en reconnaissant la corde qu’Arnaud venait de passer autour de sa poitrine. Du chanvre… Assez rêche pour être très stimulante, à la limite du supportable parfois, mais sans pour autant blesser.

Très épicée.

Arnaud serra fort, nouant savamment la corde en un harnais complexe autour de son corps, de façon à ce qu’elle passe à des endroits très précis. Quelques nœuds étaient même placés de façon experte aux points les plus stratégiques : sur ses tétons, à la base de son scrotum et aussi juste entre ses omoplates.

Arnaud contempla son œuvre avec satisfaction. Il prit encore une corde de satin très douce et très courte pour finaliser la chose, et la noua à la base du phallus déjà bien en forme de son magnifique jouet, dosant très minutieusement la pression. Martial respirait déjà plus fort, il gémit et se mordit les lèvres en sentant cet ultime lien qui lui interdisait toute éjaculation tant qu’Arnaud ne le retirerait pas. Arnaud sourit en voyant le sexe grossir un peu plus. Puis il attendit quelques secondes et, comme Martial gémissait plus fort, son sourire s’élargit. Il regarda ce corps fin qui frémissait, ces tétons qui durcissaient un peu plus à chaque respiration, frottés par la corde, et pensa : tu m’as cherché, tu vas me trouver…

Martial le sentit se lever encore. Quand il fut sûr qu’Arnaud était derrière lui, cherchant autre chose dans la commode, il se lécha les lèvres avec gourmandise et serra les cuisses pour augmenter la stimulation de la corde sur son périnée.

« Arrête ça tout de suite. » ordonna Arnaud.

Oups.

Quelques secondes plus tard, une main saisissait sa tresse pour tirer fermement sa tête en arrière :

« Espèce de sale petite traînée… Tu ne diras pas que tu ne l’as pas cherché. »

Arnaud lâcha la tresse et le saisit pour l’asseoir sur ses cuisses. Ses mains remontèrent le long de son buste pour se poser sur sa poitrine et se mettre à la caresser avec force :

« Alors comme ça, on se donne du plaisir tout seul… »

Il pinça les tétons déjà bien sensibilisés par la corde. Martial cria.

« … On est un très vilain petit pantin ce soir… On a vraiment envie que son maître se fâche… Hmmm ?…

– … Oui… parvint à articuler Martial.

– Oui qui ?

– Oui mon maître…

– Tu veux que je te punisse ? »

Il passa ses bras autour de lui pour murmurer sensuellement :

« Réponds.

– Oui, mon maître… Punissez-moi…

– Bien. »

Arnaud se leva à nouveau :

« Commençons par calmer tes velléités égoïstes… »

Martial respira profondément en l’attendant. Arnaud retourna dans la commode et revint un peu plus tard, posant divers objets sur le lit.

« Écarte les cuisses. »

Martial obéit. Il sentit une barre de fer contre ses genoux et un peu plus tard, attachée soigneusement par des cordes de soie, elle lui interdisait formellement de resserrer les jambes. Puis Arnaud se plaça derrière lui et entreprit avec un extraordinaire doigté de s’occuper de son anus.

Ça commença par deux doigts couverts de gel qui se frottèrent un peu à l’orifice. Martial gémit et se cambra lorsqu’un doigt le pénétra, puis cria quand deux autres le suivirent. Arnaud utilisait toujours un gant chirurgical pour le préparer, et ne lésinait jamais sur le lubrifiant. Martial se mordit les lèvres. C’était si bon… Arnaud connaissait son corps par cœur… Les doigts disparurent et Martial profita du répit, qui fut de courte durée. Il se raidit encore en sentant quelque chose de plus gros et de tiède, granuleux, un peu mou… Arnaud l’enfonça profondément, et Martial eut un sourire rapide en sentant aussi quelque chose pointer contre son scrotum.

Un gode rabbit…

Ou plutôt le gode rabbit, si on considérait qu’Arnaud avait fait douze sexshops pour en trouver un qui soit exactement « calibré » pour Martial.

Ce dernier savait ce qui l’attendait. Il sentit Arnaud s’installer tranquillement sur le lit, devant lui, sans doute sur le flanc, sans doute souriant, tenant dans sa main une petite télécommande. Arnaud le contempla un moment, effectivement sur le flanc et souriant. Martial trembla de tout son être quand il activa le jouet qui se mit à vibrer tout doucement, tant en lui que contre ses bourses. Il gémit encore, de plus en plus fort, au fur et à mesure que les vibrations augmentaient. Arnaud stabilisa le jouet à une vitesse acceptable, posa la télécommande et se redressa, pour venir prendre le dernier objet qui attendait sur le lit.

Martial, qui haletait, trembla en sentant sur ses cuisses la caresse de fines lanières de cuir.

« Prêt, mon petit pantin ?

– Maître… ?

– Oui ?

– S’il vous plaît… Embrassez-moi… »

Arnaud rit doucement et rapprocha son visage de celui du jeune homme :

« Es-tu sûr de le mériter ?

– Non… Mais j’implore votre bonté… »

Arnaud rit encore et le serra fort dans ses bras en dévorant sa bouche, possessif. Martial se laissa faire, répondant avec avidité. Il en voulait plus encore… Il gémit en sentant le gode, qu’Arnaud avait attrapé et faisait bouger en lui. Arnaud s’écarta et caressa son torse d’une main.

Martial. Le plus beau jouet qu’il avait jamais eu…

Il se recula un peu :

« Prêt ?

– Quand il vous plaira. »

Les lanières de cuir s’abattirent sur son torse, lui arrachant un petit cri. Une nouvelle fois, un peu plus fort, puis une nouvelle fois encore. La force des coups augmentait et les cris de Martial avec elle. Au bout d’un moment, il croisa brusquement les doigts. Arnaud stoppa immédiatement.

Martial était à bout de souffle. Il se laissa pendre un instant, le temps de se reprendre. Il inspira un grand coup et se redressa en décroisant les doigts. Arnaud le contourna, et fit claquer le martinet sur les fesses rebondies. Martial gémit langoureusement. Il commençait à atteindre ses limites. Arnaud ne frappa pas très longtemps, lui aussi atteignait ses limites. Il jeta le martinet. Martial se lécha les lèvres.

Enfin… pensa-t-il.

Arnaud alla reprendre la télécommande et augmenta sans sommation l’intensité des vibrations du gode. Martial se raidit et se remit à gémir, haletant. C’était bon… C’était si bon… Mais ce n’était pas ça qu’il voulait.

Il sentit Arnaud se blottir dans son dos et ses mains se remettre à parcourir son corps. Une main resta sur sa poitrine, martyrisant ses tétons dressés, alors que l’autre saisissait son sexe pour se mettre à le branler avec force. Martial se cambra, appuyant sa tête sur l’épaule d’Arnaud. Son corps entier était secoué de spasmes de plaisir. Il n’en pouvait plus… Il serra les dents pour tenir bon un peu plus, mais finit par céder.

« … Maî… Maître…

– Hm ?

– Mon Maître… Je vous en… prie…

– Qu’est-ce qu’il y a, joli petit pantin ? » susurra Arnaud en se mettant à caresser son gland avec force.

Martial cria. Arnaud ne cessa pas pour autant. Pire, il glissa son autre main dans le dos du garçon pour saisir le gode et le mettre énergiquement en mouvement, le retirant puis l’enfonçant avec force en lui. Les cris de Martial se firent suppliques :

« Laissez-moi… jouir… Je vous en prie… Je vous en supplie !… »

Il y avait presque un sanglot dans sa litanie lorsqu’Arnaud tira enfin sur la petite corde de satin, la dénouant d’un coup. Martial hurla en se libérant, se cambrant encore dans son plaisir. Arnaud regarda le sperme jaillir en le serrant fort contre lui. Il retira le gode alors que le garçon reprenait son souffle, amorphe dans ses bras.

Martial pencha la tête en arrière et ils s’embrassèrent beaucoup plus doucement cette fois. Puis le garçon demanda :

« Mon maître est-il satisfait ?

– Non, et tu le sais très bien. »

Arnaud détacha les poignets de Martial un instant, le temps de l’attacher à nouveau, ses avant-bras l’un à l’autre dans son dos cette fois. Puis, il le poussa pour le faire se pencher, croupe dressée et face contre le drap.

« Et toi, es-tu satisfait, petit pantin ? »

Martial sourit et se permit un petit rire intérieur avant de répondre :

« Non… Je ne peux pas, tant que vous ne l’êtes pas. »

Il entendit le bruit d’une braguette et un peu plus tard, sentit quelque chose de dur et chaud se frotter entre ses fesses.

« Alors que pouvons-nous faire, à ton avis, pour régler ça ? Dis-moi, petit pantin…

– Mon maître serait-il satisfait de se servir de moi ?

– Tu en as envie ? demanda Arnaud en se frottant plus fort.

– J’ai envie… De vous satisfaire…

– Hmmm… L’as-tu mérité ? Tu as été très vilain, ce soir…

– Que puis-je faire… Pour être pardonné… »

Martial avait à nouveau le souffle court, son corps réclamant son dû. Le gode était un bien piètre instrument, tout juste bon à le préparer, à côté de ce qu’il voulait vraiment.

« Dis-moi ce que tu veux ?

– Je veux… que vous me baisiez… »

Arnaud se frotta plus fort. Martial gémit. Là, il allait vraiment devoir le mériter… Arnaud était d’une patience proverbiale quand il voulait le faire le supplier.

« … Mon maître… Prenez-moi… S’il vous plaît… »

Pas de réponse.

« … Je vous en prie… Je vous en supplie… Prenez-moi… Je veux… Je veux vous satisfaire… Je veux que vous preniez votre plaisir en moi… Je veux vous sentir jouir en moi…

– Que suis-je pour toi, petit pantin ? demanda enfin Arnaud, avec douceur.

– Mon maître…

– Qui te donne du plaisir ?

– Vous et vous seul.

À qui appartiens-tu ?

À vous. Corps et âme.

– Bien. »

Arnaud agrippa ses hanches et le pénétra lentement, heureux de le sentir frémir. Martial sourit et poussa un long râle de plaisir, vite suivi de cris de pure jouissance alors que le sexe de son maître le comblait enfin, faisant exploser ses sens comme rien d’autre ne le pouvait.

Arnaud savourait aussi avec bonheur les contractions que Martial savait si bien doser pour augmenter leur plaisir. Il resserra ses mains sur ses hanches pour accélérer le rythme, le frappant plus fort et plus profondément. Martial serra les dents. Un éclair le traversa. Presque… Encore un peu…

Il jouit dans un cri en sentant Arnaud exploser en lui, le remplir dans un ultime coup de reins.

Martial rentrouvrit les yeux un moment plus tard. Il mit quelques secondes à retrouver ses esprits. Il était toujours nu, détaché, allongé sur le lit et Arnaud était en train de finir de se déshabiller à deux pas de là. Martial soupira en passant sa main sur son visage. L’entendant, Arnaud se tourna et lui sourit :

« Ah, je pensais que tu étais parti pour la nuit…

– Désolé…

– Non, non, pas de problème. Ça va ? »

Nu, Arnaud vint s’allonger près de lui. Martial lui sourit :

« Oui, oui… Ne vous en faites pas. Et vous ?

– Très bien. »

Ils s’embrassèrent rapidement avant de se glisser sous les draps. Arnaud éteignit la lampe sans attendre et aussitôt, Martial vint se coller contre son flanc. Arnaud passa un bras autour de ses épaules.

« Ça faisait longtemps que tu ne t’étais pas écroulé comme ça après avoir joui.

– C’était trop bon…

– J’ai vu ça, petit pervers. Tu avais à ce point envie que je te punisse ?

– J’avoue… sourit Martial.

– Petit pervers, répéta Arnaud avec amusement en caressant sa tête.

– C’était bon, pour vous aussi ?

– Délicieux. Jouer avec ton corps est toujours un vrai plaisir… Mon beau petit pantin. »

Martial sourit encore en se serrant un peu plus fort contre lui.

« Bonne nuit.

– Faites de beaux rêves. »

*********

Au matin, Martial fut réveillé par une sensation absolument délicieuse dans son dos, juste entre ses omoplates. Il sourit sans ouvrir les yeux en se blottissant un peu plus contre la poitrine d’Arnaud. Ce dernier gloussa et continua ses caresses.

« Bonjour.

-Hmmmm… ronronna Martial.

– Comment on se sent, ce matin ? »

Martial se blottit encore plus sans répondre. Arnaud le serra fort.

« J’ai envie de passer le week-end entier au lit à te faire crier de plaisir… Qu’en penses-tu ?

– Je suis aux ordres de vos désirs. »

Le profond baiser qui suivit fut interrompu par des bruits venant de l’extérieur. Arnaud se redressa, grave. Il se hâta à la fenêtre et fronça les sourcils. Une voiture…

Il alla renfiler son pantalon :

« Rendors-toi si tu veux, Martial, je vais voir ce que c’est.

– Ça ira ?

– Il n’y a pas de raison… »

Arnaud saisit sa robe de chambre en soie noire et sortit de sa chambre. Il l’enfila en descendant le grand escalier. Il fut dans le hall juste au moment où ça sonnait à la porte.

Il regarda avec curiosité la femme et les deux hommes qui lui faisaient face : un petit homme d’environs son âge, une trentenaire à l’air curieuse et un renfrogné.

« Bonjour ?

– Bonjour, dit le plus âgé des deux hommes. Nous voudrions voir le docteur Arnaud Tesseydre ?

– C’est moi. Que puis-je pour vous ?

– Connaissiez-vous Ernestine de la Gallée ? »

Arnaud sursauta et le regarda avec surprise avant de froncer les sourcils :

« À qui ai-je l’honneur ?

– Commissaire Gandière, répondit l’homme en lui montrant sa carte, et voici les commandants Le Marec, ajouta-t-il pour la femme, et Poissenot, ajouta-t-il pour l’autre. »

Arnaud hocha la tête et s’écarta en ouvrant la porte :

« Entrez, nous serons mieux au chaud pour parler de tout ça. »

Il les conduisit, via une double porte à droite, dans un grand salon très élégamment meublé. Il leur désigna un des deux grands canapés qui se faisaient face, de chaque côté d’une table basse en ébène. Le commissaire s’assit, l’homme aussi, alors que la femme faisait le tour de la pièce, regardant les meubles de bois précieux, celui en verre renfermant une collection de minéraux, le vaisselier ancien, le grand aquarium et la bibliothèque, les quelques toiles aux murs, les tapis au sol…

« Ernestine de la Gallée… soupira Arnaud en s’asseyant face aux deux hommes. Bon sang, j’espérais vraiment ne jamais réentendre ce nom. Que lui est-il arrivé ?

– Comment savez-vous qu’il lui est arrivé quelque chose ? demanda Poissenot.

– Parce que votre supérieur m’a demandé si je la connaissais au passé, répondit Arnaud.

– Effectivement, opina le commissaire. Nous ne savons pas ce qui lui est arrivé, elle est portée disparue, mais de trop nombreux indices laissent à penser qu’elle est décédée.

– Je vois.

– Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois ?

– Le samedi 25 mars 2006. »

La précision fit tiquer les trois policiers.

« Belle mémoire, remarqua Le Marec de devant l’aquarium.

– Oh, c’est une soirée que je ne suis pas près d’oublier… soupira encore Arnaud. Qu’est-ce qui vous emmène ici ?

– Une dizaine de jours avant sa disparition, une amie de madame de la Gallée a reçu une lettre d’elle, dans laquelle elle disait se sentir en grand danger et lui demandait de nous prévenir s’il lui arrivait quelque chose, et également que vous pourriez nous aider. »

Arnaud avait appuyé ses coudes sur ses genoux et son menton sur ses poings serrés l’un dans l’autre. Ses yeux bleus étaient graves. Il réfléchit un moment.

« Je vois… »

Il se redressa en disant :

« L’idiote. Je lui avais dit, pourtant…

– Dit quoi ? » releva le commissaire.

Il était très calme et cordial.

« Qu’il fallait qu’elle parte avant qu’il ne soit trop tard, que la vie qu’elle menait n’était pas pour elle. »

Le commissaire fronça un sourcil intrigué, et son acolyte allait reprendre la parole, lorsqu’une voix inquiète venant de l’entrée de la pièce les fit sursauter :

« Arnaud ? Est-ce que tout va bien ? »

Tous regardèrent alors le magnifique garçon qui se tenait à la porte. Un sourire doux se fit sur les lèvres d’Arnaud. Le Marec et Gandière apprécièrent la beauté du nouveau venu alors que Poissenot faisait une drôle de grimace. Martial portait une robe de chambre de soie blanche immaculée et avait détaché ses cheveux noirs. Il s’approcha comme Arnaud lui tendait la main pour lui dire tendrement :

« Tu ne t’es pas rendormi, Martial…

– Non… répondit le jeune homme en la prenant. Que se passe-t-il ?

– Oh, de vieilles histoires qui ressortent… Tu sais ce que tu pourrais faire qui serait gentil ?

– Non, mais je sens que vous allez me le dire, sourit Martial.

– Tu pourrais nous préparer de bons cafés.

– D’accord.

– Enfin, si nos hôtes en veulent ? ajouta Arnaud en regardant interrogativement les policiers.

– Volontiers, répondit Gandière et Poissenot hocha la tête.

– Pas pour moi, merci, intervint Le Marec.

– Vous préférez un thé ou autre chose ? s’enquit Arnaud.

– Ah, un thé, je dis pas non.

À qui avons-nous l’honneur ? demanda Gandière à Martial.

– Martial Nowak, mon intendant, répondit Arnaud pour le garçon qui inclina poliment la tête.

– Votre… Intendant. »

Gandière eut un sourire clairement amusé et regarda sa subordonnée :

« Commandant, si vous accompagniez ce jeune homme à la cuisine pour y choisir votre thé ?

– Vous feriez bien, sourit Arnaud, parce que nous en avons beaucoup. »

Elle opina du chef et suivit Martial qui attendit qu’Arnaud lâche sa main pour sortir.

Le garçon la précéda dans une série de pièces et de couloirs, jusqu’à une grande cuisine claire et remarquablement aménagée.

« Belle baraque, remarqua Le Marec.

– Merci.

– Il a les moyens, votre patron.

– Fils unique héritier d’une fortune confortable qu’il sait surtout très bien gérer.

– Vous bossez pour lui depuis longtemps ?

– Je me suis installé ici il y a un peu plus d’un an. »

Martial ouvrit un placard pour en sortir un nombre impressionnant de paquets de thé de marque.

« Voilà, choisissez, je vous en prie. N’hésitez pas à les sentir.

– … Merci… »

Le jeune homme se mit à faire du café, un doux sourire aux lèvres. Le Marec flaira attentivement les thés en lui demandant, l’air de rien :

« Vous avez connu le docteur Tesseydre comment ?

– Petite annonce.

– Il cherchait un intendant ?

– Non, une pute. »

Elle resta bête une seconde et lui qui la guettait du coin de l’œil rit en versant de l’eau dans la machine :

« Votre tête valait le coup.

– Sûrement ! reconnut-elle, amusée, puis elle ajouta : Vous êtes direct, vous.

– Et pourquoi pas ? répondit-il avec un haussement d’épaules, toujours souriant. De toute façon, vous n’êtes pas stupides, vous avez parfaitement compris que j’étais son amant.

– Je ne nierai pas. Et vous êtes vraiment son intendant ?

– Tout à fait. J’ai un contrat de travail tout à fait valide. Vous voulez le voir ?

– Euh non, ça ira… Vous le connaissez depuis longtemps ?

– Trois ans.

– Vous aviez quel âge ?

– Juste 20 ans !

– Déjà prostitué à 20 ans ?

– Non, répondit-il en hochant négativement la tête, j’ai commencé à 16 ans. Vous avez choisi ? » ajouta-t-il aimablement.

Elle lui tendit un des paquets en reprenant, sérieuse :

« Vous avez commencé à vous prostituer à 16 ans ?

– J’ai eu besoin de beaucoup d’argent, très vite, alors j’ai foutu mon orgueil dans ma poche et baissé mon fut’… »

Il mit de l’eau dans la bouilloire et régla la température avec soin. Pendant que ça chauffait, il s’attacha rapidement les cheveux en un chignon haut qu’il coinça avec une baguette prise dans le tiroir. Il sourit encore :

« Vous voudrez du sucre ?

– Non, merci. Excusez-moi d’insister, mais ce n’est pas plutôt quelqu’un qui a abusé de vous et a acheté votre silence ?

– Question légitime, mais sincèrement, non. Pour tout vous dire, le type avait essayé, mais manque de bol pour lui, j’étais déjà ceinture noire à l’époque, expliqua-t-il en sortant des tasses. Il m’avait proposé de l’argent après, j’avais refusé. Je suis revenu le voir quand j’ai eu besoin, mais en ajoutant pas mal d’euros à la note. Il a accepté sans broncher.

– Et il vous fallait de l’argent pour quoi ?

– Pour ma grand-mère. Elle… »

Il regarda dans le vague un instant, cherchant ses mots. Il posa les tasses en reprenant :

« Ma mère est morte quand je suis né et j’avais déjà pas de père, alors c’est elle qui m’a élevé, en tirant le diable par la queue comme une malade sans arrêt, parce qu’elle avait aucune formation, elle savait à peine lire… Elle faisait des petits boulots au black et on s’en tirait comme on pouvait avec ça et les aides sociales… Et l’année de mes 16 ans… Elle a eu un accident vasculaire cérébral et elle s’est retrouvée à moitié paralysée. Et je pouvais pas m’occuper d’elle alors qu’elle, elle avait tout sacrifié pour moi, que je l’avais vue se saigner toute ma vie pour que je mange et économiser pour mes études… Alors, j’ai décidé que c’était mon tour, que je la laisserai pas finir dans un mouroir. Mais une vraie maison de retraite, ça coûte très cher, et comme elle avait jamais rien cotisé, en plus, niveau aide, on avait pas grand-chose. J’ai pioché dans les économies en me disant que mes études, on verrait ça plus tard, et comme ça n’allait pas suffire, j’ai trouvé ça. Y avait pas mal de mecs que ça excitait beaucoup de se taper un mineur. Alors le deal était simple : ils alignaient les billets et je fermais ma gueule. Et puis j’ai navigué comme ça chez des gens très friqués… Ma grand-mère a pu finir sa vie tranquillement, bien traitée, bien soignée, dans une jolie chambre claire qui donnait sur un grand parc.

– Elle est décédée depuis longtemps ?

– Ça fait un an et demi, par là.

– Elle savait ?

– Non. Je lui ai dit que j’avais trouvé un boulot qui payait bien et elle n’a jamais posé de question… »

En parlant, il avait servi le café et déposé les tasses fumantes sur un plateau. Puis, il prépara le thé avec autant de soin.

« Et avec sa mort, vous n’avez pas décidé d’arrêter ?

– J’ai arrêté. Je suis intendant.

– Un intendant qui bosse à l’horizontale. »

La formule le fit rire doucement :

« Pas que !… Et puis, coucher avec Arnaud, ce n’est que du plaisir.

– C’est pour ça que vous avez des traces de cordes aux poignets ? »

Il s’immobilisa et regarda ses poignets. Puis il fit la moue et hocha la tête :

« Bon, d’habitude, il serre pas si fort…

– Ah, parce que c’est habituel ?

– Ne vous faites pas d’idée. C’est un jeu consenti entre adultes consentants.

– Ah ouais… fit-elle, sceptique.

– Tout à fait. Vous vous souvenez, tout à l’heure, je vous ai dit que j’étais ceinture noire à 16 ans ?

– Euh, ouais… ?

– Maintenant, je suis deuxième dan. »

*********

Arnaud regarda Martial sortir, suivi de Le Marec, sans perdre son sourire. Gandière reprit :

« Comment avez-vous connu Ernestine de la Gallée ?

– Une amie d’amis d’amis… »

Arnaud soupira et se redressa.

« Pour vous resituer le contexte, je suis divorcé depuis hm… Une petite vingtaine d’années. Depuis, j’ai des mœurs assez libres et il y a une dizaine d’années, un couple d’amis m’a demandé si ça m’intéressait d’organiser des parties fines. Je n’avais rien contre, ma maîtresse d’alors non plus, j’ai donc accepté, mais en y mettant des règles très strictes. Déjà, je ne voulais bien sûr que des personnes majeures, je bannissais totalement tout acte de torture, même consenti, et c’était préservatif pour tout le monde. Et surtout, si l’anonymat était la règle entre les participants, la règle avec moi, c’était que je connaissais les identités de tout le monde et suffisamment d’informations pour pouvoir me retourner en cas de souci, ne serait-ce qu’en cas de malaise. »

Gandière hocha la tête :

« Combien de temps ça a duré ?

– Jusqu’au samedi 25 mars 2006. Disons dans les quatre ans, mais je peux vous retrouver toutes les dates, si vous voulez. Grosso modo, ça avait lieu tous les mois, j’envoyais ma fille chez mes parents le vendredi soir, on faisait ça le samedi et je rangeais tout le dimanche avant son retour.

– Et que s’est-il passé ce samedi-là ? »

Arnaud soupira.

« Il s’est passé que si ça avait commencé en comité réduit de personnes de bonne intelligence, à force d’intégrer de nouveaux membres, des amis d’amis d’amis, c’est devenu un peu n’importe quoi. C’était la 4e participation des De la Gallée, et j’avais beaucoup de mal avec eux ou pour être exact, avec lui. Déjà, ça avait été la croix et la bannière pour obtenir les informations obligatoires à leur participation, ensuite, pour lui faire respecter les règles et de mémoire, je suis intervenu personnellement au moins deux fois lors que leur première participation pour le remettre au pas. J’ai senti venir le dérapage de loin et je ne voulais pas qu’ils reviennent, mais l’ami qui les avait introduits a fait des pieds et des mains et j’ai accepté de leur laisser une seconde chance. Il s’est tenu les deux fois suivantes, au moins en ma présence, mais je sais qu’au moins un autre l’avait repris le troisième soir.

– Que faisait-il qui posait problème ?

– Il avait des vues sur des personnes qu’il n’intéressait pas et était facilement insistant et vulgaire lorsqu’on le lui signifiait.

– Et son épouse ?

– Elle n’avait rien à faire là.

– C’est à dire ?

– Qu’à mon avis, c’était lui qui l’emmenait, mais elle n’était pas du tout intéressée par ce qui se passait. Elle regardait en disant que c’était ça qui lui plaisait, mais je suis persuadé qu’il n’en était rien et qu’elle venait juste parce que ça l’excitait lui de s’envoyer en l’air avec une autre, ou un autre, devant elle.

– Je vois. Et donc, ce fameux soir ?

– Ce fameux soir, Germain de la Gallée est arrivé avec son épouse et un inconnu un peu trop jeune à mon goût que j’ai donc pris entre quatre yeux, déjà pour m’assurer qu’il était majeur et ensuite pour être sûr qu’il savait où il mettait les pieds. Apparemment oui et il avait bien 18 ans, tout rond mais bon… J’ai laissé couler. J’ai eu tort. On a arrêté De la Gallée moins d’1/2h plus tard alors qu’il allait le violer. Le gamin avait crié assez fort pour nous alerter. Et ce cher Germain s’est mis à gueuler qu’il en avait assez de ne pas pouvoir s’amuser comme il voulait… Et le pire, c’est que trois autres étaient d’accord avec lui. J’étais furieux. Je leur ai expliqué que le viol était un crime et pas un jeu, et que puisque mes règles ne leur allaient pas, ils avaient cinq minutes pour dégager de sous mon toit et que je ne voulais plus jamais les voir ni entendre parler d’eux. Et en fait, presque tout le monde est parti, il restait moi, ma maîtresse, le garçon et un couple d’amis.

– Le garçon était resté ?

– Je n’allais certainement pas le laisser repartir avec un homme qui venait juste de l’agresser. C’est moi qui l’ai ramené chez lui, il n’habitait pas si loin.

– Quand ?

– Presque immédiatement. Le temps de m’assurer qu’il n’avait pas été blessé et de lui demander s’il souhaitait aller porter plainte. Il a refusé, je l’ai ramené chez lui et je lui ai laissé ma carte pour le cas où, le choc passé, il changerait d’avis. Ça n’a pas été le cas. » conclut Arnaud avec un soupir.

Le commissaire regarda Martial qui revenait avec un plateau et remarqua :

« Vous semblez le regretter. »

Martial déposa le plateau sur la table basse, entre les deux canapés, délicatement. Trois tasses y fumaient. Le Marec arriva, une grande tasse de thé dans les mains et se remit à explorer la pièce, comme précédemment. Martial se releva comme Arnaud répondait :

« J’avoue, l’idée m’a effleuré de le conduire à la gendarmerie tout de même.

– Et pourquoi ne l’avez vous pas fait ?

– Parce que je n’étais pas la victime et que je n’avais pas à décider pour elle. »

On sonna à la porte et Martial s’éclipsa.

« Comment s’appelait ce garçon ?

– Antoine Rivoire. C’était un élève de De la Gallée qui lui avait promis de le pistonner dans l’école qu’il désirait s’il les accompagnait ce soir-là.

– Vous savez ce qu’il est devenu ?

– Je l’ai tenu à l’œil le temps d’être sûr que De la Gallée n’allait rien tenter contre lui et j’ai disons, un peu appuyé sa candidature dans l’école en question quand j’ai su que ça bloquait. Il a été admis… répondit Arnaud avant d’ajouter avec un sourire : De la Gallée a des relations, mais moi aussi. »

Gandière hocha la tête :

« Avez-vous revu Ernestine de la Gallée ou son époux après ça ?

– Non. Ni eux, ni la plupart des participants, d’ailleurs, à l’exception de ceux qui étaient vraiment des amis proches.

– Vous nous avez dit tout à l’heure que vous aviez dit à madame de la Gallée qu’il fallait qu’elle parte, quelque chose comme ça ? »

Martial revint avec un petit colis, tout content :

« Arnaud, Arnaud ! Regardez ce qu’on a reçu d’Haïti ! »

Arnaud lui sourit. Martial posa la chose sur la table basse et s’éclipsa de nouveau.

« Un des soirs où cette dame était là, je ne sais plus trop lequel, mais ni le premier, ni le dernier, nous nous étions trouvés seuls à la cuisine un moment.

À la cuisine… ? » releva Poissenot d’un air un peu écœuré.

Arnaud eut un petit rire devant sa tête et répondit aimablement :

« Oui, elle préparait un en-cas, elle faisait chauffer les pizzas que j’avais préparées. Je sais bien que ce n’est pas la première chose à laquelle pensent les gens qui n’ont jamais participé à ce genre de soirée, mais croyez-moi, sur le coup des 2 ou 3 heures du matin, on est souvent très content de manger un bout. »

Les laissant réfléchir à ce qui n’était que du bon sens, il prit sa tasse :

« Toujours est-il que puisque nous étions seuls, je me suis permis de lui demander si elle était satisfaite de sa soirée. Elle était très fatiguée, je ne sais pas si c’est ça qui a délié sa langue, mais elle m’a dit qu’elle s’ennuyait un peu et qu’elle venait pour faire plaisir à son époux. Il insistait lourdement, d’après elle, pour ça et elle a eu l’air de sous-entendre pour d’autres choses aussi, mais elle n’a pas voulu en dire plus. À part qu’elle avait envie d’autre chose. C’est pour ça que je lui ai dit qu’il fallait qu’elle parte, que cette vie n’était pas pour elle. Après, nous avons été interrompus, et je n’ai pas eu d’autres occasions de lui parler.

– Comment a-t-elle réagi lorsque son mari s’en est pris à ce garçon ?

– Elle avait l’air très triste. Mais elle n’a rien dit. »

Il y eut un silence. Arnaud vida sa tasse et se leva :

« Je vais aller vous chercher ça… »

Il sortit par la porte qui se situait tout à gauche, derrière le canapé où il était assis. Martial réapparut comme par enchantement, pour remporter les tasses vides sans un mot, mais toujours souriant. Arnaud revint rapidement avec un dossier qu’il ouvrit, pensif.

« Ah, c’est bien ce qui me semblait… »

Il se rassit et posa devant eux un petit organigramme avec des noms :

« Là, vous avez tout le monde, mais surtout, qui a emmené qui. Ce qui me permet de vous dire que les De la Gallée ont été introduits par ce monsieur, Luc Madene, et les flèches en vert, là, indiquent qui d’autre les connaissait. Si ça peut vous aider ?

– Ma foi, reconnut le commissaire, c’est une piste. Avez-vous les coordonnées du garçon ?

– Il habitait chez ses parents à l’époque, ce seront donc les leurs, répondit Arnaud en leur tendant une autre feuille. J’imagine qu’ils sauront vous renseigner… Les personnes présentes le dernier soir sont notées là, ajouta-t-il en leur en donnant une troisième.

– Pouvez-vous nous dire, demanda le commissaire en regardant la liste, lesquels étaient de l’avis de Germain de la Gallée concernant vos règles ?

– Hmmm… »*

Arnaud reprit la liste en fronçant les sourcils. Il cocha deux noms au crayon de papier :

« Ceux-là sûr, j’avoue ne plus me souvenir du troisième.

– Pourquoi avez-vous gardé ce dossier ? intervint alors Le Marec.

– Et bien, pour être honnête, je l’ai mis dans un coin en me disant que je le jetterai une fois la prescription passée, si le garçon ne m’avait pas recontacté, et je m’aperçois aujourd’hui que je l’avais juste oublié là. J’espère que ça pourra vous aider, en tout cas. »

Les policiers se retirèrent un peu plus tard, et une fois dans la voiture, Gandière, à la place du mort, demanda à ses subordonnés :

« Votre avis ?

– Un fichu pervers, répondit Poissenot qui conduisait.

– Ouais, drôle de gars, opina Le Marec de l’arrière. Pervers, possible, en tout cas, rarement vu un homme qui assume à ce point ses mœurs.

– Tu as pu tirer quelque chose de son “intendant” ?

– Il pourrait être son fils… grogna encore Poissenot.

– Lui aussi s’assume très bien. Apparemment, c’est un ancien prostitué qu’il a pris à son service personnel, en quelque sorte. Martial s’est mis à se vendre de bonnes heures à cause de soucis de famille, sa grand-mère malade. Il n’avait qu’elle, on dirait.

– Un drôle de duo, reconnut Gandière. Mais t’as raison sur un point, ma chère, c’est qu’ils s’assument très honnêtement pour ce qu’ils sont. Ils n’ont même pas tenté de cacher la nature de leur relation, ni Tesseydre qu’il organisait des partouzes… C’est vraiment surprenant.

– Tesseydre a l’air d’être un homme attaché à pas mal de valeurs, malgré tout, dit Le Marec. Et surtout attaché à la loi… Rapports entre adultes consentants, capotes et il arrête au premier débordement. Et il nous confie tout quand il y a suspicion de crime.

– Ouais… Intéressant personnage.

– En tout cas, son thé, c’était pas de la merde…

– Le café non plus. »

*********

Arnaud regardait les feuilles restantes du dossier, pensif. Il avait raccompagné les enquêteurs avant de retourner s’asseoir sur le canapé. Martial revint alors et s’approcha pour lui demander gentiment :

« Arnaud ? Ça va ? »

Arnaud le regarda et lui sourit :

« Ce peignoir te va merveilleusement bien. »

Martial rit doucement et vint s’asseoir à califourchon sur les cuisses d’Arnaud qui appuya son dos sur les coussins, derrière lui :

« Merci. Mais je n’aime pas vous voir cet air, un peu triste, un peu ailleurs. À quoi pensiez-vous ?

À des nuits où tu n’étais pas encore là.

– Oh. Voilà qui est fort dérangeant… » dit très doucement Martial.

Il dénoua la ceinture de la robe de chambre de soie blanche. Un sourire très doux flottait sur les lèvres d’Arnaud.

« … Je n’aime pas que vous pensiez à d’autres nuits que les nôtres… »

Le tissu glissa lentement, dévoilant un corps aussi magnifique que nu, portant encore quelques traces du harnais de la nuit précédente.

« … Je n’aime pas que vous rêviez à d’autres corps que le mien.

– Martial… »

Arnaud se redressa pour serrer le garçon dans ses bras et ils s’embrassèrent longuement.

« Tu as raison, murmura-t-il ensuite. Ne laissons aucun souvenir gâcher ce week-end… Ce n’est pas si souvent que je ne suis même pas d’astreinte. De quoi parlions-nous avant l’arrivée de ces braves gens ?

– De me faire crier de plaisir.

– Exact… »

Ils s’embrassèrent encore, totalement seuls au monde.

Les mains d’Arnaud descendirent lentement le long du dos nu alors que ses lèvres remontaient le long de la mâchoire pour murmurer à son oreille :

« Je crois que j’ai besoin que tu m’aides un peu.

– Je suis tout à votre service. »

Martial s’agenouilla devant lui. Arnaud écarta ses jambes et le regarda avec un sourire caresser son entrejambe, puis ouvrir sans plus attendre sa braguette pour sortir délicatement un sexe déjà un peu réveillé. Le sourire d’Arnaud s’élargit lorsqu’il vit le sourire gourmand et les yeux pétillants du garçon. Exactement les mêmes que la toute première fois qu’ils avaient couché ensemble, plus de trois ans plus tôt, dans la chambre blanche d’un hôtel de passe de luxe.

Martial se mit à le caresser doucement, le regardant grossir et grandir. Arnaud était fort bien pourvu par la nature et sa libido se portait encore remarquablement bien. Il gémit en se réappuyant sur le dossier du canapé, fermant les yeux, en sentant une langue taquine remonter le long de sa verge, puis une bouche l’engloutir avec avidité, alors que des mains s’amusaient avec ses bourses avec un doigté tout à fait admirable.

Les poings d’Arnaud se serrèrent. Il n’allait pas tenir très longtemps et Martial le mena jusqu’au bord de l’orgasme pour s’arrêter comme à chaque fois juste à temps. Arnaud soupira d’aise et rouvrit les yeux. Martial se releva et sourit. Arnaud lui tendit la main, qu’il prit sans attendre pour revenir s’asseoir sur ses cuisses. Ils s’enlacèrent et s’embrassèrent encore. Puis Martial s’empala sans plus attendre sur Arnaud en gémissant et se cambrant. Arnaud posa ses mains sur ses fesses pour l’accompagner alors qu’il commençait à bouger ses hanches. Martial se pencha pour passer ses bras autour de ses épaules et enfouir son visage dans son cou. Arnaud le serra dans ses bras, haletant. Martial se redressa et ils s’embrassèrent une nouvelle fois. Martial eut un sursaut, puis se mit à trembler. Arnaud saisit brusquement ses hanches et donna un grand coup de reins. Martial jouit dans un cri, en se resserrant sur lui, provoquant son propre orgasme.

Martial lui tomba dans les bras, à bout de souffle. Arnaud l’étreignit tendrement, pantelant aussi.

« Ça va, mon chéri ?

– …

– As-tu crié assez fort à ton goût ? »

Arnaud caressa le dos de son jeune amant qui se redressa le temps de se libérer, frémissant.

« Si on continuait ça après un bon petit déjeuner ?

– Volontiers. »

Ils prirent donc des forces en ouvrant le petit colis reçu un peu plus tôt. C’était des petites statuettes faites par les résidents de la maison de retraire médicalisée qu’ils avaient été aider à reconstruire trois semaines plus tôt à Haïti, dans le cadre d’une opération humanitaire.

Dans l’après-midi, après bien d’autres moments de plaisir, Martial se réveilla et s’étira langoureusement. Il se sentait bien. Il se tourna pour regarder Arnaud qui dormait paisiblement près de lui. Il allait bientôt se réveiller et il lui ferait l’amour encore et encore… Martial sourit. Il avait connu des hommes plus jeunes et plus énergiques, mais il préférait finalement de loin celui-là, plus âgé, mais tellement plus expérimenté… Arnaud ne bandait certes pas à volonté, mais il avait bien d’autres méthodes et jouets pour s’occuper de son amant entre deux de ses érections. Et ça, il le lui avait montré dès la première fois.

*********

Trois ans plus tôt, Martial ne s’était pas du tout imaginé tout ça lorsqu’il avait laissé un message sur le profil d’« Asclépios », sur le site de rencontres avec lequel il travaillait. Il venait de perdre un de ses principaux clients, un homme brutalement décédé d’une crise cardiaque à 63 ans. Son fils, ayant découvert que son défunt père faisait très régulièrement des chèques au jeune homme, avait rencontré celui-ci et, au courant de la nature de leur relation, lui avait signé un dernier très gros chèque pour s’assurer que sa sœur et sa tante n’entendraient jamais parler de lui.

Martial n’était pas un vautour, mais il n’avait aucun scrupule à accepter de l’argent de la part de gens qu’il savait très riches. Cette somme plus que rondelette lui permit de se payer une semaine de vacances à Prague, ville qu’un ami lui avait conseillée de longue date. Et, rentré en France, le jeune homme avait passé quelques jours auprès de sa grand-mère, avant de rentrer à Lyon et de se remettre au travail. Il se devait de se trouver un nouveau client régulier, il était donc allé consulter les profils des « Visiteurs » pour voir déjà, ceux qui étaient ouverts aux « Professionnels », et ceux qui, dans cette catégorie, pouvaient l’intéresser.

Martial ne se vendait pas à n’importe qui et de loin.

Le club Distinction était un site de rencontres très privé, réservé à des gens très riches et surtout désireux de relations sans vagues entre personnes de bonne compagnie. Si on pouvait tout simplement s’y inscrire pour se faire de nouveaux amis, ou chercher l’amour, une petite partie du site était réservé aux services proposés par les professionnels, hommes et femmes se louant là pour des sommes plus que coquettes. Martial y avait été admis sur la recommandation d’un de ses clients, et y travaillait depuis plus d’un an. Tout y était sécurisé, cadré, et ceux qui ne respectaient pas les règles n’y traînaient pas longtemps.

Martial y était connu sous le pseudonyme de Phédon, l’ancien prostitué devenu disciple de Socrate. Le profil d’Asclépios l’avait intéressé. L’homme se présentait comme un divorcé de 43 ans, vivant seul, désireux de prendre du bon temps et avait mis en entête : « Marionnettiste cherche Pantin pour s’amuser ». Intrigué, Martial avait laissé un message indiquant qu’il était tout disposé à s’amuser, si ses tarifs et prestations lui convenaient, mais sans violence. La réponse lui était parvenue le lendemain, Asclépios l’invitait à en discuter en privé sur un salon du site. Martial avait trouvé son interlocuteur très sympathique et aimable, pragmatique et curieux sans être indiscret, et surtout, ni vulgaire, ni méprisant. Asclépios lui avait assuré que s’il se plaisait à attacher ses partenaires pour s’amuser avec leur corps, c’était pour leur donner du plaisir et rien d’autre. Suspicieux tout de même, Martial avait proposé qu’ils aient leur premier rendez-vous à l’étage « réservé » d’un hôtel bien connu de certains à Lyon, lieu aussi confidentiel que sécurisé, où les clients pouvaient venir en tout anonymat et les prostitués être assurés de la présence d’un service d’ordre très efficace en cas de problème. Le fait que son interlocuteur connaisse le lieu et accepte cette proposition l’avait tout de même conforté dans l’idée qu’il avait affaire à un homme honnête.

Le jour dit, Martial avait deux rendez-vous. Il avait prévu un temps de battement raisonnable entre les deux, pour pouvoir se doucher avec soin, soucieux de se présenter convenablement à son nouveau client. Il était en train de se sécher lorsqu’il l’entendit arriver et sortit de la salle de bain pour l’accueillir.

Il avait découvert un quadragénaire blond vêtu d’un costume gris visiblement fait sur mesure, un très bel homme aux yeux clairs, qui lui avait souri :

« Serais-je en avance ?

– Un peu, lui avait répondu le garçon, aimable, et pas du tout gêné de se retrouver nu face à lui. Je suis à vous dans une minute. Prenez vos aises en attendant.

– Merci, mais permettriez-vous que je me rafraîchisse aussi un peu ? Je sors d’une horrible réunion et je crains d’y avoir beaucoup transpiré. »

Martial avait souri :

« Dans ce cas, voulez-vous que je vous lave ? »

Le blond avait eu l’air surpris, puis avait souri :

« Proposé si gentiment, comment refuser ? »

Il l’avait donc suivi dans la petite salle de bain de la chambre, s’était déshabillé et avait laissé le jeune homme se mettre à le savonner avec soin.

« Cela est-il à votre goût ? avait demandé ce dernier au bout d’un moment, en frottant son dos.

– Tout à fait. Vous êtes très doué.

– Merci.

– Vous avez beaucoup d’autres talents, comme ça ?

– Je fais des très bons cookies, je dessine plutôt bien, j’adore Tchaïkovski et je suis presque deuxième dan de kung-fu. Et vous ?

– Moi, ça serait plutôt les fondants aux chocolats, le piano, Mozart et Wagner et l’équitation. Et pour ce que je suis venu chercher ?

– Ça, c’est à vous de demander… Mais je pense que nous serions mieux sur le lit. Vous ne croyez pas ? s’enquit le jeune homme en le rinçant soigneusement.

– Si, si. Dites-moi, combien de temps avons-nous ?

– Je n’ai pas de clients avant demain.

– Parfait… »

Martial s’était retrouvé plaqué dos au mur, serré par un corps fort et chaud et parcouru de mains très caressantes. Une voix sensuelle murmura à son oreille :

« Magnifique, je peux prendre tout mon temps, alors ?

– À quoi pensez-vous ?

– À beaucoup de choses… Pour tout vous dire, j’avais quelques idées en tête en venant, mais vous découvrir encore plus magnifique que vos photos ne le montraient m’en a donné beaucoup d’autres. Puis-je vous demander un autre rendez-vous ?

– Nous verrons ça tout à l’heure, mon cher, répondit le garçon en penchant la tête pour le laisser embrasser sa gorge et son cou. Et ça dépendra de vos talents à vous.

– Hmmm, je vais m’appliquer alors… Je n’ai aucune envie de vous décevoir. »

Ils étaient retournés dans la chambre et Martial s’était allongé, souriant. Il avait regardé son client, nu et déjà bien dur, et s’était machinalement léché les lèvres. Le blond le regardait avec un air très gourmand qui semblait dire : par où je commence. Il s’était agenouillé près de lui sur le lit et avait continué de le caresser avec soin, découvrant son corps et notant les zones sensibles pour y revenir régulièrement avec de plus en plus d’insistance, arrachant des soupirs, puis des gémissements et parfois même de petits cris à Martial. Enfin, la main se glissa entre ses jambes pour caresser son phallus et là, Martial se mordit les lèvres. L’homme le masturba avec force, changeant de rythme plusieurs fois, jusqu’à le faire jouir dans un cri. Et il ne lui laissa pas le temps de souffler, car il reprit le même traitement avec sa bouche cette fois… Pour le conduire au même résultat, avec un préservatif cette fois.

Puis, le garçon avait haussé un sourcil surpris, lorsqu’en reprenant son souffle, il avait vu son client aller chercher quelque chose dans la mallette qu’il avait apportée. Il l’avait vu revenir en enfilant un gant chirurgical, un tube de lubrifiant dans l’autre main. Il l’avait regardé en verser généreusement sur la main gantée et avait demandé :

« À quoi jouez-vous ?

– Je comptais préparer mon entrée… Vous ne voulez pas ?

– Oh, si, volontiers… Mais… Un gant ?

– C’est la première fois que vous voyez quelqu’un s’en servir pour ça ?

– Oui… »

Martial avait écarté les cuisses et s’était laissé pénétrer d’un doigt avec un petit frisson de plaisir.

« Je trouve ça plus pratique que de recouvrir ses doigts d’un préservatif…

– Oui… C’est… Aaaah… Une bonne idée…

– Vous aimez ?

– Aaaah….

– Je prends ça pour un oui. »

Un peu plus tard, le garçon était prêt et regarda l’homme enlever le gant et se mettre un préservatif qu’il lubrifia aussi généreusement. Il s’allongea ensuite sur lui et le garçon passa ses jambes autour de sa taille et ses bras autour de ses épaules. L’homme souriait tendrement et embrassa sa joue en lui murmurant :

« Puis-je ?

– Je vous en prie. »

Martial avait crié son plaisir très longtemps, tant il avait affaire à un homme expérimenté et endurant, qui savait s’arrêter juste à temps pour mieux recommencer dans une autre position, passant du missionnaire à la levrette, de la levrette à la cuillère, pour finir en bambou et en beauté.

Un peu plus tard, le garçon s’étira en soupirant d’aise. Près de lui, sur le flanc, l’homme le regardait et demanda :

« Qu’en avez-vous pensé ?

– Très satisfaisant.

– J’ai vraiment très envie de vous en donner plus encore, si vous me le permettez.

– Vous pouvez remettre ça si vite ?

– Non, je n’ai plus votre âge, mais j’ai très largement de quoi vous occuper en attendant. Si vous acceptez d’être mon pantin un moment ? C’est comme vous voulez, je ne veux pas vous forcer la main. »

Martial l’avait regardé un instant et avait opiné :

« D’accord. »

Il avait donc laissé son client lier ses poignets au-dessus de sa tête, au ciel du lit, et lui bander les yeux. Et il n’avait pas été déçu du voyage. Armé de ses mains, ses lèvres, de quelques sextoys bien choisis et bien utilisés et de son propre sexe rapidement remotivé, l’homme avait tout simplement conduit Martial au bord de la folie… Et il avait vraiment aimé ça.

Pendant près d’un an, ils s’étaient donc fréquentés très régulièrement, d’abord dans cet hôtel, puis chez le garçon. Entre-temps, Asclépios était devenu Arnaud, Phédon Martial, mais les choses n’avaient pas vraiment bougé jusqu’au soir où, épuisé par une trop longue journée de travail, Arnaud avait préféré inviter le jeune homme à dîner. Ils avaient passé une excellente soirée à parler de tout et rien, dans un des meilleurs restaurants de la ville, et si Arnaud était un homme très cultivé, il n’en était pas moins très ouvert et curieux, et avait donc su s’intéresser très sincèrement au goût de Martial pour le cinéma d’animation, tout comme le garçon avait été intéressé par la littérature arabe et la philosophie antique lorsque le médecin lui en avait parlé.

Ils s’étaient donc tous deux fait l’agréable surprise, quelques semaines plus tard, de découvrir qu’ils avaient l’un regardé quelques films et l’autre lu quelques livres. Et ils avaient été très heureux, par la suite, de s’en prêter d’autres et d’en parler des heures durant.

Ce qui avait vraiment fait basculer leur relation, cependant, ça avait été le décès de la grand-mère de Martial.

Ils avaient rendez-vous, ce soir-là, chez le garçon, mais Arnaud avait trouvé porte close. Plus inquiet que contrarié, tant ça ne ressemblait pas à son jeune ami de lui poser un lapin, Arnaud l’avait immédiatement appelé. Et il avait sursauté en entendant à quel point la voix du garçon tremblait :

« Allô… ? Arnaud ?… Je suis désolé, je… J’ai complètement oublié notre rendez-vous…

– Ce n’est pas grave, Martial, euh… Qu’est-ce qui se passe ? Où êtes-vous ?

– Dans le train,… Je… Ma grand-mère vient de mourir alors je… J’ai fait mon sac en quatrième vitesse et… »

Un sanglot avait percé dans la voix du garçon :

« Je suis désolé… J’ai oublié de vous prévenir… »

Arnaud avait senti son cœur se serrer en l’entendant pleurer :

« Ce n’est pas grave, Martial, pas grave du tout, ne vous en faites pas. Ça ira ?…

– J’en sais rien… Je… Il y a quinze jours, j’étais près d’elle et elle allait bien, elle riait, elle était heureuse et là… D’un coup, elle s’est pas réveillée… J’arrive pas à y croire et… Merde… »

Il sanglota encore.

« … Mamie…

– Ça va aller, Martial, ça va aller… Tenez bon, d’accord ? Et n’hésitez pas à m’appeler et quand vous voudrez. D’accord ?

– Oui… Merci. »

Quelques jours plus tard, en rentrant chez lui dans son manoir perdu dans la campagne, Arnaud avait rappelé le garçon. Il pensait tomber sur le répondeur, mais il avait décroché.

« Bonsoir, Arnaud.

– Bonsoir, Martial… Je ne vous dérange pas ?

– Non, non, je lisais, enfin j’essayais… Ça va ?

– Oui, oui, moi ça va, mais vous ?… Vous n’êtes pas avec votre famille ?… »

Arnaud était resté bête lorsque le garçon avait répondu très simplement :

« Ma seule famille, je l’ai enterrée ce matin.

– …

– Arnaud ? Vous êtes encore là ?

– Oui… Oui, oui. Je… Je suis désolé, Martial, je ne savais pas…

– Il n’y a pas de mal, Arnaud. Je ne vois pas comment vous auriez pu le deviner. »

Arnaud avait encore senti son cœur se serrer.

« Vous rentrez quand ? avait-il demandé.

– Je ne sais pas encore trop, dans quelques jours, je pense. Il y a encore des choses à régler, ici… Elle n’avait pas grand-chose, mais il faut que je fasse le tri…

– Vous m’appelez à votre retour ?

– Je vous manque à ce point ?

– Non, enfin si oui mais pas pour ça je… »

Arnaud grimaça :

« Oui, vous me manquez, admit-il, et euh… Je n’aime pas du tout la voix épuisée et triste que j’entends là. »

Il y eut un long silence.

« Vous êtes gentil, Arnaud… Merci. Je vous appellerai à mon retour.

– Promis ?

– Promis. Mais vous aussi, vous avez l’air épuisé. Vous devriez vous reposer.

– Ne vous inquiétez pas pour moi et prenez soin de vous. »

Arnaud avait été réellement soulagé de recevoir un message du garçon, trois jours lui tard, lui annonçant son retour à Lyon. Il l’avait immédiatement rappelé pour l’inviter à dîner le soir même et avait donc sonné à sa porte à 20h tapantes pour l’emmener.

Il l’avait trouvé amaigri, très pâle, et surtout, les yeux mauves étaient teintés d’une tristesse qui lui avait brisé le cœur. Le garçon n’était pas prêt, Arnaud était donc entré le temps qu’il mette ses chaussures et Martial avait failli tomber en se prenant les pieds dans un carton qui traînait au sol. Arnaud l’avait rattrapé de justesse.

« EH ! »

Il l’avait redressé et regardé, alarmé :

« Martial, ça va ?

– Désolé… Je suis un peu fatigué… »

Ils s’étaient relevés, mais Arnaud avait gardé Martial dans ses bras. Il avait l’air d’hésiter, mais avait fini par secouer la tête et demander :

« Vous faites quoi, dans les semaines qui viennent, Martial ?

– Euh… Rien de particulier… Pourquoi ?

– J’ai un voyage à la Réunion pour mon travail, un séminaire de dix jours, je pars après-demain et je devais y aller avec ma fille qui a annulé, mais du coup j’ai payé pour deux alors euh… Je me disais… Que vous pourriez peut-être venir ? »

Martial était resté bête.

« …Hein ?…

– Je ne veux pas vous forcer mais sincèrement… Je vais être malade si je pars en vous laissant comme ça. »

Martial l’avait regardé avec stupéfaction quelques secondes avant de fondre en larmes. Totalement désarçonné, Arnaud n’avait pu que le serrer dans ses bras.

« Je ne veux pas vous laisser tout seul, je ne peux pas…

– Arnaud… »

Le médecin avait senti les bras du garçon l’enlacer avec force.

« … Merci, Arnaud… »

Ils étaient allés au restaurant et Arnaud s’était expliqué : il participait à un séminaire sur la prise en charge des personnes en fin de vie. Directeur d’une maison de retraite, et auteur de plusieurs travaux sur ces questions, il avait été invité très naturellement et, comme l’invitation était pour deux personnes, il avait convié sa fille aînée, Lucie, qui avait finalement annulé, trop en retard sur l’écriture de sa thèse. Du coup, la place était vacante.

« Je me doute bien que nos colloques ne seront pas de votre goût, mais c’est très joli, la Réunion, vous pourrez faire autre chose pendant. L’hôtel seul est bien équipé… »

Martial était gêné, mais avait accepté, devant l’insistance d’Arnaud. Son passeport était valide et tout avait pu se régler dans les temps.

Le séjour avait juste été paradisiaque pour le garçon. L’hôtel était luxueux, il avait passé le premier jour à bronzer et profiter de la piscine. Il n’y avait pas grand monde, en plus, à part eux. Les conjointes des autres séminaristes (il n’y avait que deux femmes sur les onze participants et elles étaient venues seules) paraissaient peu enclines à rester avec lui et il s’en moquait bien. Il savait très bien ce qu’il était à leurs yeux et l’assumait pleinement. Ce n’était que le soir, au dîner commun, qu’il avait sympathisé avec deux d’entre elles, et il avait passé avec elles le reste du séjour, entre visites touristiques, autres séances de bronzage et de piscine et cours de plongée. Bref, ses journées étaient remplies, ses soirées sympathiques et ses nuits, dans les bras d’Arnaud, délicieuses. Le séminaire en lui-même ne durant que six jours, ils avaient passé les quatre derniers ensemble, et c’était avec joie que le garçon avait offert à son amant une belle statuette traditionnelle très finement sculptée, la veille de leur départ. Arnaud avait été très touché.

De retour en France, ils avaient repris leurs rendez-vous réguliers, s’envoyant cependant des messages un peu plus fréquents entre deux. N’ayant plus besoin d’autant d’argent, Martial avait considérablement ralenti son rythme de travail, ne gardant que quelques clients, dont bien sûr Arnaud. Il attendait leurs rendez-vous avec impatience, que ce soit une simple soirée en ville ou une nuit de sexe. Martial était amoureux et le savait, mais il gardait ça pour lui, persuadé que ses sentiments n’étaient pas partagés et qu’un homme comme Arnaud ne s’abaisserait jamais à le prendre pour compagnon. On était dans la vraie vie, pas dans une mielleuse comédie sentimentale…

Sauf qu’Arnaud était bel et bien amoureux aussi, et attendait leurs rendez-vous avec la même impatience, ce qui l’agaçait d’ailleurs un peu quand il y pensait, car il avait l’impression de retomber dans des états d’adolescent et il jugeait qu’il avait passé l’âge. Il niait totalement ses sentiments, non pas vraiment par orgueil, mais plus parce qu’il se disait qu’un si magnifique jeune homme n’avait que faire d’un vieux comme lui et ne tarderait pas à trouver l’amour.

Tous deux se contentaient donc de leur relation telle qu’elle était, persuadés qu’elle ne pouvait aller plus loin, et il avait fallu l’aide d’un petit virus plutôt teigneux pour leur faire franchir le pas.

L’hiver suivant en effet, un peu après les fêtes, Arnaud avait sonné à la porte de son jeune ami avec un peu plus de fébrilité qu’à l’accoutumée. Embarqué quasi de force à Londres fin décembre par sa meilleure amie, il y avait fini l’année sans pouvoir voir Martial. Il lui avait ramené de quoi se faire pardonner et était très impatient de le revoir. Le garçon lui avait ouvert, totalement dans le cirage et les yeux bien trop brillants.

« Ah, c’est vous…

– Bonsoir, Martial, ça ne va pas ?… s’était alarmé le médecin.

– Je dormais… Je me sentais un peu patraque alors j’ai voulu me reposer avant que vous arriviez et j’ai pas vu l’heure… »

Le garçon s’écroula dans ses bras. Arnaud le rattrapa, tombant à genoux sous son poids, et le tint d’un bras le temps de poser son autre main sur son front. Le jeune homme était bouillant de fièvre et grelottait. Arnaud l’avait installé sur son lit le temps de l’ausculter, mais pas besoin de chercher très loin : c’était une bonne grippe. Aussi ennuyé qu’inquiet, Arnaud avait réfléchi un instant : impossible de laisser son ami seul, mais les hôpitaux étaient bondés, il le savait. Même lui ne pourrait pas lui trouver un lit décent… Il avait donc décidé de l’emmener chez lui. Il avait rapidement fait un sac avec quelques vêtements, le livre posé sur la table de nuit, son ordinateur portable, son téléphone et l’avait soutenu jusqu’à sa voiture, garée Dieu merci assez près.

Martial s’était laissé faire sans réagir, complètement assommé par la fièvre. Arnaud l’avait installé dans son propre lit pour pouvoir le garder à l’œil, lui avait donné des médicaments, avait veillé à ce qu’il mange un peu et surtout boive assez, et les deux jours suivants, s’était arrangé pour partir un peu plus tard à son travail, rentrer plus tôt et rentrer pendant sa pause de midi. Toute la maison de retraite jasait sur l’« ami » malade qu’il avait chez lui, et ça l’amusait plutôt. Ce n’était que le troisième jour au matin que la fièvre avait suffisamment baissé pour que Martial sorte un peu de son état vague et délirant… Pour se réveiller dans un lit inconnu, dans une chambre inconnue, à côté d’Arnaud qui ouvrit les yeux en le sentant bouger et se redresser et lui sourit :

« Ah, enfin…

– Arnaud ?…

– Comment vous sentez-vous ?

– Euh… Pas très bien… Mais… Où sommes-nous ?…

– Chez moi, répondit Arnaud en se redressant et en posant une main sur son front. Hm, vous êtes encore un peu chaud… »

Le garçon s’était rallongé en écoutant son ami lui expliquer ce qui s’était passé. Lorsqu’il avait tenté de dire qu’il était désolé du dérangement et qu’il allait rentrer, il s’était vu opposer un refus aussi autoritaire que catégorique.

« Pas question. Vous êtes encore très faible.

– Mais…

– Pas de mais. Je vous garde jusqu’à ce que vous soyez rétabli. Même à votre âge, une grippe, ça secoue. »

Martial n’avait pas l’énergie de batailler, et il avait passé les jours suivants à se reposer en se faisant dorloter par son amant. Arnaud semblait en fait très heureux de s’occuper de lui.

Dès qu’il avait pu, Martial avait fait le tour du manoir et l’avait trouvé extraordinaire. En fait, il s’y était perdu, un après-midi, et Arnaud l’avait retrouvé dans la bibliothèque en rentrant. Le jeune homme lui avait expliqué qu’il avait voulu faire le tour des lieux, mais avait été incapable de retrouver la chambre, alors qu’il s’était installé là. Amusé, Arnaud lui avait alors tout fait visiter, et le sourire d’enfant émerveillé lui avait fait sincèrement chaud au cœur, en même temps qu’il le rendait un peu triste à l’idée que Martial ne faisait que passer.

Sans doute, effectivement, cela se serait-il passé ainsi si Arnaud n’était pas tombé malade à son tour.

C’était le téléphone qui avait réveillé Martial, un matin, bien plus tard que d’habitude. Le garçon avait réalisé qu’Arnaud ne réagissait pas, se contentant de grogner et de s’enfouir sous la couette. Alarmé, le garçon avait tout de même décroché, en le secouant de son autre main.

« Allô ?…

– Allô euh… Je ne suis pas chez le docteur Tesseydre ? avait demandé une voix féminine interloquée.

– Si, si… Mais euh… Il n’a pas l’air de vouloir se réveiller… Arnaud ?… Arnaud ? Ça va ?… »

L’interpellé grogna encore.

« Arnaud ?… J’ai l’impression qu’il n’est pas bien… Il m’a l’air un peu chaud… Mince, j’espère qu’il a pas chopé ma grippe…

– Normalement, il était vacciné… C’est vous, l’ami malade qu’il a chez lui ?

– Euh, oui… À qui ai-je l’honneur ?

– Emma Crocla, je suis l’infirmière en chef de sa maison de retraite, on s’inquiétait de ne pas le voir arriver.

– Ah ben là, à mon avis, c’est pas pour aujourd’hui… »

Il l’entendit parler à d’autres personnes près d’elle. Puis, elle reprit :

« Bon, je vais venir le voir avec le docteur Méléard, d’accord ?

– Volontiers… Je ne sais pas trop quoi faire, là… bredouilla-t-il, un peu paniqué

– Contentez-vous de nous attendre, on sera vite là. » le rassura-t-elle.

Un peu plus tard, Martial ouvrit la porte à une trentenaire toute ronde et souriante et un quinquagénaire plus grave. Il les conduisit rapidement dans la chambre où Arnaud n’avait pas bougé grelottant sous la couette et la couverture que Martial avait rajoutée en le voyant trembler.

Arnaud avait effectivement la grippe, malgré le vaccin, et marmonnait des propos aussi dénués de sens que surréalistes, mélangeant visiblement le film de la veille avec la recette de la soupe de l’avant-veille et râlant après une madame Pièdmont qui n’avait rien à faire à Londres avec lui…

« Eh ben ! s’exclama Méléard, amusé, il n’est pas malade souvent, mais ça vaut le déplacement !

– J’allais le dire, rigola l’infirmière.

– Qui est-ce, madame Pièdmont ? demanda Martial.

– La plus insupportable de nos vieilles peaux à la maison de retraite, lui répondit-elle. La seule personne qu’il ait dû menacer de renvoyer chez ses enfants si elle n’arrêtait pas de se plaindre et d’insulter le personnel.

– Bon, je vais faire une ordonnance. Je peux vous charger d’aller chercher les médicaments et de lui expliquer, Emma ?

– Pas de souci. »

L’infirmière était passée au village rapidement pour revenir avec ce qu’il fallait et laisser des consignes précises à Martial un peu rassuré de leur venue.

« On repassera demain, vous appelez avant si besoin.

– D’accord. Merci. »

Et le garçon était donc resté à veiller sur son amant, tendrement, heureux d’être là pour prendre à son tour soin de lui. Sans se douter de ce que la fièvre allait faire avouer à Arnaud.

C’était l’après-midi suivant que le malade avait réveillé le convalescent de sa sieste en se blottissant contre lui et l’enlaçant avec force.

« Arnaud ?… avait murmuré Martial, un peu vague.

– Martial… »

Arnaud le serrait avec une force incroyable. Martial songea un instant qu’il ne l’aurait pas serré autrement s’il avait été une bouée en pleine tempête.

Houla, se dit-il, je dois encore avoir un peu de fièvre pour penser un truc pareil…

Mais la voix d’Arnaud l’avait ramené au présent :

« Martial… Martial…

– Oui, Arnaud, je suis là…

– Martial…

– Je suis là. Qu’est-ce qu’il y a ?

– Ne me laisse pas… »

Martial avait souri et avait caressé sa tête tendrement :

« Ne vous en faites pas, je suis là. Vous allez vite guérir…

– Reste avec moi…

– Je ne bouge pas, Arnaud…

– … J’en ai marre d’être tout seul… »

C’est à ce moment que Martial comprit qu’Arnaud ne lui demandait pas de rester le soigner, mais de rester tout court et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il l’enlaça aussi, les larmes aux yeux, en l’entendant qui continuait :

« … J’en ai marre… J’ai peur… Je veux pas finir tout seul… Je veux pas vieillir tout seul ici et crever sans personne… J’ai peur… »

Il resserra encore son étreinte, tremblant :

« … J’ai peur… Je veux pas… Reste… »

Martial le serra tendrement, caressant son dos pour l’apaiser.

« Ne vous en faites pas, Arnaud. Je reste.

– Martial…

– Je reste. Je vous le promets, je reste près de vous. Vous ne vieillirez pas seul. Je serai avec vous.

– … Promis ?…

– Juré. »

Martial avait senti Arnaud se détendre et s’endormir dans ses bras. En découvrant son amant tout grognon et beaucoup moins fiévreux le lendemain, Martial avait compris rapidement qu’il n’avait aucun souvenir de leur promesse. Il avait décidé de la garder pour lui, connaissant assez Arnaud pour savoir que ce dernier ne prendrait pas très bien de s’être montré si faible devant lui.

Arnaud avait tout d’un petit garçon boudeur quand il était malade et Martial trouvait ça très attendrissant. Il passait son temps à le câliner et Arnaud grommelait, mais se laissait faire sans résister. Les jours passèrent et, un soir qu’ils lisaient tous deux devant un bon feu de cheminée, assis l’un près de l’autre sur le canapé deux places, dans le petit salon, Martial décida de tenter sa chance.

« Arnaud ?

– Oui ?

– Je peux aller me faire une infusion ?

– Bien sûr… Tu n’as pas besoin de me demander la permission.

– Oh, je préfère… Je suis chez vous, tout de même… dit le garçon en se levant, avant d’ajouter en faisant mine de ne pas remarquer la petite grimace qu’avait fait Arnaud : Vous en voulez une ?

– Volontiers…

– Pomme-cannelle sans sucre ?

– Oui, merci. »

Le garçon revint rapidement avec un plateau où fumaient deux grandes tasses.

« Merci, Martial…

– De rien, Arnaud. Vraiment, c’est un bonheur de préparer quoi que ce soit dans votre cuisine… répondit gentiment le jeune homme en se rasseyant à ses côtés. Sincèrement, je peux vous faire un aveu ?

– Bien sûr ?

– Je trouve votre maison absolument fabuleuse… »

Martial était tout rose :

« J’adorerais habiter dans une maison comme ça…

– Ah, euh… Merci… Et euh… Tu peux rester un moment, si tu veux… Mais bon, c’est un peu perdu, ici, tu vas vite t’ennuyer…

– Je suis sûr que non… »

Il s’était blotti contre lui pour ajouter :

« Je me sens vraiment bien ici… Avec vous… »

Arnaud avait passé son bras autour de ses épaules.

« Moi aussi, je me sens bien avec toi. »

Martial s’était blotti un peu plus, un peu plus rose. Arnaud avait caressé sa tête.

Ils avaient été se coucher peu après. Martial vint d’autorité se coller à Arnaud qui le laissa faire. Ils se réveillèrent ainsi, le garçon serré contre la poitrine de son amant. Un petit moment passa ainsi en câlin, et puis, sans qu’aucun des deux ne sache trop comment, leurs lèvres se retrouvèrent collées et ni l’un ni l’autre ne rompit le contact.

C’est donc un froid matin d’hiver que, au chaud sous une couette, deux hommes seuls au monde avaient choisi d’être seuls ensemble.

Le monde s’était rappelé à eux le jour même lorsque, dans l’après-midi, on avait sonné à la porte. Arnaud était au téléphone, réglant quelques soucis avec Emma, et Martial avait donc été ouvrir, pour découvrir là deux femmes, deux fausses blondes, habillées avec luxe à défaut de goût (enfin, en tout cas, ce n’était pas le sien). L’une avait environ son âge, estima-t-il, et l’autre, une vingtaine d’années de plus, mais elle faisait apparemment tout pour ne pas les paraître.

« Bonjour… ? les salua-t-il, intrigué.

– Qui êtes-vous ? demanda la plus âgée, presque agressive.

– Euh…

– Où est Arnaud ?

– Euh… Au téléphone… »

Elle le bouscula presque pour rentrer. La plus jeune la suivit, regardant le garçon avec suspicion. Il referma la porte, très mal à l’aise.

« Si euh… tenta-t-il. Si vous voulez bien attendre une minute, je vais le chercher…

– Quoi, me faire attendre ! Non mais vous vous prenez pour qui ! Je suis quand même chez moi ici et…

– Pardon ?! sursauta le garçon.

– … Je n’ai certainement pas à attendre pour voir mon mari… »

Martial resta abasourdi.

« Et je ne sais pas qui vous êtes et ce que vous faites là, mais…

– Il est ici chez lui et il fait ce qu’il veut. » cracha la voix glaciale d’Arnaud depuis la porte du salon.

Elles sursautèrent et aussitôt, la plus âgée se précipita vers lui, son ton soudain inquiet :

« Oh Arnaud, comment vas-tu ? J’étais folle d’inquiétude… »

Il la repoussa froidement lorsqu’elle voulut l’embrasser :

« Qu’est-ce que tu fous là, Solange ?

– On a su que tu étais malade… intervint la plus jeune.

– Une occasion de revenir chougner en espérant que je changerai d’avis ? »

Martial avait du mal à reconnaître l’homme si aimable et tendre qu’il aimait, tant l’Arnaud qu’il avait face à lui était un bloc de glace.

« Mais Papa ! couina la plus jeune. Romain est désolé…

– Pas autant que moi. Je l’avais prévenu.

– Pourquoi tu es si dur ! reprit la femme. Il sait qu’il a fait une erreur, tu ne peux pas lui pardonner ? »

Arnaud eut un sourire horrible et lui répondit :

« C’est toi qui me parles de pardon ? T’es pourtant bien placée pour savoir ce qu’il en est quand on me trahit. »

Elle se raidit sous l’attaque et la plus jeune se remit à gémir :

« Mais Papa…

– Mais quoi ?! explosa Arnaud. Déjà, si Romain veut qu’on s’explique, il est assez grand pour venir tout seul, au lieu d’envoyer sa mère et sa sœur couiner à sa place ! Je l’avais prévenu, je lui avais dit que cette école, c’était la dernière chance qu’il avait et que s’il la plantait, je lui coupais les vivres !

– Mais il a bossé dur…

– À d’autres ! Tu crois quoi, que je n’ai pas vérifié ? Il a séché les 3/4 des cours, et parce qu’il passait ses soirées à sortir en boite, encore ! Non mais vous croyiez quoi, à la fin, tous les trois ? Que vous alliez vivre à mes crochets ad vitam sans avoir à rien faire ? Je t’avais prévenue, Solange, que la pension, c’était pour élever les enfants et que ça ne durerait pas plus ! Que si, adultes, tu en avais fait de pauvres assistés incapables d’être indépendants comme toi, ça serait tant pis pour toi et pour eux ! L’argent, ça ne pousse pas sur les arbres et j’en ai raz le cul de payer pour un petit con qui attend la bouche ouverte que tout lui tombe dedans ! Ça vaut pour toi aussi, Carine ! T’as voulu ton école de styliste, tu l’as eue ! Si tu la plantes, tu te démerderas comme ton frère ! »

Il y eut un silence.

Martial se sentait très mal à l’aise. Il n’avait rien à faire là… Ça ne le regardait pas. Mais il n’osait pas bouger.

« C’est dégueulasse ! T’en as que pour Lucie ! » gémit Carine.

Arnaud soupira :

« Ah je l’attendais, celle-là…

– Non mais c’est vrai ! s’écria-t-elle encore. Tu lui as payé une voiture, tu l’as invitée en voyage !

– Je lui ai avancé le prêt de sa voiture, et le voyage, elle ne l’a pas fait, mais même si, je n’ai certainement pas à me justifier. Lucie est autonome depuis quatre ans, elle. Elle n’est jamais venue se plaindre et pleurer pour avoir plus plus plus parce qu’elle avait tout dépensé avant le 15 du mois.

– Ce n’est pas arrivé si souvent… tenta Solange.

– Tout dépensé en fringues, en plus… Et en fringues moches.

– Ce n’est pas mieux que de se payer des gigolos ! s’énerva-t-elle en désignant Martial qui sursauta.

– Dans la bouche de la femme qui m’a lâché pour se casser avec un minet, ça sonne bizarre, répliqua Arnaud, cinglant.

– Arnaud… Je t’en prie… Je sais que j’ai fait une énorme erreur…

– Oui, la coupa-t-il. Et non, je ne te pardonnerai pas, pas plus aujourd’hui que depuis vingt ans. Maintenant, si c’est tout ce que vous me vouliez, vous savez où est la porte. Et une dernière chose… »

Son regard aurait atomisé un mur :

« La prochaine fois que tu diras que je suis ton mari et que tu es ici chez toi, je te jure que tu le regretteras. »

Elles partirent, et le regard noir que Solange lança à Martial lui fit une drôle d’impression.

« Je suis désolé, Martial. » dit Arnaud dès qu’ils furent seuls.

Le garçon vint vers lui et lui sourit :

« Ce n’est pas grave, Arnaud… C’est plutôt pour vous… Ça va ?

– Ça ira… J’ai l’habitude. »

Le lendemain, Arnaud laissa Martial quelques heures. Il devait repasser à la maison de retraite un petit moment régler quelques bricoles. Le garçon s’installa tranquillement pour lire au salon. Il se disait qu’il avait un petit creux lorsqu’on sonna à la porte. Il alla voir en espérant que ça n’était pas les deux de la veille. Et non, c’était une autre jeune femme, dans les 25 ans, aux cheveux châtain-roux et dont les yeux bleus lui rappelèrent immédiatement Arnaud, tout comme son sourire lorsqu’elle le salua :

« Bonjour… Mon père est là ?

– Euh, non…

– Il retravaille déjà ? s’étonna-t-elle.

– Non, il devait juste aller signer des papiers…

– Ah mince… Vous permettez que je l’attende au chaud ?

– Oh, bien sûr… Entrez. »

Il s’écarta le temps de la laisser passer. Elle lui tendit la main quand il se retourna vers elle après avoir fermé la porte :

« Lucie Tesseydre !

– Martial Nowak, répondit-il en la serrant.

– C’est vous alors, l’affreuse petite sangsue qui a tourné la tête à mon père et qui lui a déjà sûrement soutiré des sommes folles… ?

– Pardon ?! sursauta-t-il

– C’est comme ça que ma mère vous présente, en tout cas. »

Le garçon eut un petit rire :

« Charmant…

– N’est-ce pas.

– Vous y croyez ?

– Non. »

Elle ajouta avec un sourire :

« Mon père est tout sauf un idiot qui se ferait dévaliser par le premier venu, même un très beau petit brun très doué au lit. Et puis, en concours de sangsue, elle n’a de leçon à donner à personne. De vous à moi, continua-t-elle en enlevant son manteau, elle est surtout furieuse parce qu’elle sait très bien ce que signifie votre venue ici.

– Ah ?… Et quoi donc ? s’enquit-il.

– Que sa place est officiellement prise… Bon, pour être honnête, il n’y a bien qu’elle et Carine pour espérer encore que Papa veuille bien qu’elle revienne, mais bon… »

Il la regarda sans trop comprendre :

« Il y a longtemps qu’ils sont divorcés ?

– Dans les 15-20 ans…

– Et elle espère encore ?…

– Faut croire… En tout cas, elle vient chougner dans ses pattes à la moindre occasion. »

Elle sourit :

« Dites, c’est vous qui avez mis mon père aux mangas ? »

Il eut un sourire :

« Ah… Là, je suis repéré. »

Un peu plus tard, devant un thé et des cookies faits maison, les deux jeunes gens faisaient connaissance amicalement. Ils se tutoyèrent rapidement.

« Alors, c’est toi que je dois remercier, au fait ? dit-il au bout d’un moment.

– De quoi donc ?

– De ne pas avoir pu accompagner Arnaud à la Réunion, ça a juste été merveilleux.

– C’est toi qui y es allé avec lui ?

– Oui, opina-t-il. Il t’en avait parlé ?

– Il m’avait dit qu’il avait invité un ami qui n’allait pas très bien… Mais comment tu as réussi à le mettre aux mangas ?

– Ben, à force de parler de films d’animation, on est passé aux séries, et puis il y en avait une qui lui avait beaucoup plu, mais il y avait que le début de l’histoire en série, alors je lui ai prêté le manga papier pour qu’il puisse lire la fin et puis voilà,… Il a bien réussi à me mettre à la philo antique et à l’histoire, lui…

– Ah ?

– Oui… J’ai arrêté l’école assez tôt, tu sais… »

Arnaud les avait trouvés comme ça en rentrant, un peu plus tard. Un peu inquiété tout d’abord, il avait été vite rassuré que sa fille aînée et son amant s’entendent bien. Il avait profité que Martial allait refaire du thé pour demander à Lucie :

« Tu as reçu un coup de fil maternel hier soir, j’imagine ?

– Et gratiné. Vite vite Lucie, il faut que tu ailles voir ton père c’est horrible, il y a un garçon chez lui, c’est sûrement un sale petit profiteur qui n’en veut qu’à son argent, d’ailleurs il lui en a sûrement déjà escroqué plein, vite c’est affreux, toi il t’écoutera…

– Et ton verdict ?

– Il est mignon comme tout ! »

Le soir venu, dans le lit, Arnaud avait raconté à son amant de vieilles histoires.

Il avait connu Solange à 21 ans et était réellement tombé fou amoureux d’elle, au point de sacrifier beaucoup de choses, trop sans doute. Il avait quitté cette campagne qu’il aimait tant pour venir vivre à Lyon, renoncé à reprendre la maison de retraite de son oncle et prévoyait d’ouvrir un cabinet médical en ville à la fin de ses études. Il la couvrait de cadeaux, leur mariage avait coûté une fortune. Il l’aimait. Il l’aimait de tout son cœur. Ils avaient eu trois beaux enfants, deux filles puis un garçon, et malgré tous ses sacrifices, il était heureux. Sa vie était tracée et c’était avec elle.

Jusqu’au jour où elle était partie avec un jeune bellâtre, vivre « la grande passion », loin de la « routine de leur couple ». Lui s’était vu recalé dans le rôle du mari insipide et ennuyeux, celui qu’on quitte parce qu’il n’excite plus et qu’on veut vivre à fond une vraie histoire d’amour…

Malgré la souffrance et l’humiliation, il avait tenu bon. Parce qu’il avait trois enfants et qu’il les aimait. Il avait entièrement remis sa vie à plat, était reparti avec eux à la campagne, dans le manoir où ses parents vivaient encore, et eux l’avaient soutenu. Il était devenu le bras droit de son oncle vieillissant dans sa maison de retraite. Solange était revenue assez vite, voulant retrouver son confort. Il l’aurait peut-être tuée ce jour-là, si ses parents n’avaient pas été là. Elle avait eu beau le supplier, il n’avait rien lâché. Le divorce pour faute avait été acté, la pension qu’il lui versait était misérable, et il avait fallu des mois de procès pour qu’elle obtienne la garde de ses enfants et une pension plus confortable. Arnaud ne lui avait jamais pardonné. Il avait vu avec tristesse ses enfants s’éloigner de lui, retourner vivre en ville, pourris gâtés par une mère qui leur apprenait à venir pleurer pour avoir plus de sa part à lui. Enfin, deux de ses enfants…

Lucie était la fille préférée d’Arnaud, la seule qui avait très tôt réclamé à revenir vivre avec lui. La seule à avoir compris à quel point, au-delà de la colère, son père avait souffert de la trahison de celle qu’il avait aimée au point de se renier lui-même.

La seule qui avait accueilli à bras ouverts le garçon qui, enfin, avait rendu à son père ce sourire heureux qui n’était pour elle qu’un trop lointain souvenir, le sourire d’un homme amoureux.

*********

Martial pensait à tout cela en regardant Arnaud dormir, serein, près de lui dans leur lit. Il avait déménagé ses affaires au bout de quelques mois, quand Arnaud l’avait engagé comme intendant. Ce n’était pas une couverture, comme certains l’avaient pensé. Déjà parce que les deux hommes ne faisaient pas mystère de la nature de leur relation, tout le village savait que Martial était l’amant du docteur, et c’était bien passé. Après tout, Arnaud avait toujours fait sa vie comme il l’entendait, et puis, le voir si heureux après des décennies de solitude, surtout depuis la mort de ses parents, avait fait plaisir à beaucoup, car c’était un homme très apprécié. À la maison de retraite non plus, ça n’avait pas posé de problème.

Non, en fait, si Arnaud avait embauché Martial, c’était pour deux raisons. La première était que le garçon, tombé amoureux du manoir, s’était vraiment mis à l’entretenir avec tout son cœur, faisant le ménage, entretenant et réparant ce qui en avait besoin, jardinant, bref, il faisait vraiment le travail pour lequel il le payait. Et surtout, il s’agissait de lui ouvrir une couverture sociale et de le protéger, le contrat contenant en effet des clauses lui assurant des sommes conséquentes, visant à lui permettre de recommencer sa vie confortablement en cas de rupture ou de décès.

Cette dernière clause avait bouleversé le jeune homme. Et Arnaud l’avait embrassé doucement :

« Mieux vaut prévenir que guérir, mon chéri. Je veux juste te protéger. »

Au lit, leurs jeux s’étaient faits de plus en plus complexes et subtils, et ils avaient appris ensemble à repousser toujours plus loin les limites de leur plaisir. Martial n’était plus le jouet que d’Arnaud, le pantin avec lequel il pouvait jouer des heures ou des jours, le rendant fou de désir et de plaisir.

Arnaud avait été un peu surpris, à son anniversaire, quand son jeune amant lui avait offert un livre sur le bondage avec une petite mallette de cordes diverses pour commencer. Surpris, mais très vite très intéressé, car Martial lui avait avoué l’avoir pratiqué avec un expert et en garder des souvenirs plutôt jouissifs. Pour un homme qui se plaisait déjà à lier ses partenaires, mais qui assimilait le bondage au véritable sadomasochisme, pratique qu’il réprouvait, découvrir qu’on pouvait faire à ce point mieux sans faire souffrir avait été très excitant… Le cadeau avait servi le soir même et le livre n’était jamais très loin du lit depuis.

Arnaud se réveilla et s’étira. Il sourit à son jeune amant et tendit la main pour caresser sa joue :

« Coucou, toi.

– Bien dormi, Arnaud ?

– Merveilleusement. Viens là. »

Martial se blottit aussitôt contre lui. Il sentit immédiatement ses mains se mettre à se promener sur sa peau.

« J’ai très envie de t’attacher… Mais j’hésite sur la position… Tu as une idée ?

– Hmmm… réfléchit le garçon. J’aime bien quand je ne peux vraiment pas bouger… Ah je sais ! Il y a longtemps que vous n’avez pas attaché mes poignets à mes chevilles.

– Ah, exact… Tu as envie ?

– Tout ce que vous voudrez. »

Un peu plus tard, Martial laissait Arnaud le bâillonner, après qu’il ait soigneusement lié comme convenu ses poignets à ses chevilles avec des bracelets de cuir. Le garçon était donc sur le ventre, ses jambes repliées sous lui. Pour l’immobiliser encore plus, Arnaud avait aussi lié ses mollets à ses cuisses et ses bras à son buste.

Le garçon bandait déjà, excité d’être ainsi exposé à son maître qui contemplait ses fesses offertes avec des yeux brillants.

« Ça va, Martial ? »

Le garçon hocha la tête.

« Parfait… »

Martial tremblait. Il gémit à travers le bâillon en sentant un tout petit objet se mettre à vibrer contre son périnée. Son sexe durcit encore et il ferma les yeux, très rapidement haletant. Lorsqu’Arnaud lui faisait l’amour ainsi des heures, son corps devenait de plus en plus sensible et ses zones érogènes réagissaient de plus en plus vite, de plus en plus fort. Le petit œuf vibrant se promena ainsi un moment entre son scrotum et son anus, lui arrachant de petits gémissements.

Puis il sentit qu’on le glissait en lui, délicatement, pour l’enfoncer juste assez pour le faire trembler un peu plus fort, jusqu’à ce que les vibrations augmentent lentement, le faisant trembler et crier de plus en plus fort. Puis, sans enlever l’œuf qui vibrait maintenant à sa puissance maximum, Arnaud retourna son amant sur le dos. Martial rentrouvrit des yeux vagues. Alors là… Il allait encore en avoir plus qu’il l’avait espéré… Il sourit en voyant le masturbateur qu’Arnaud tenait en main et qu’il installa sur son sexe raide. Martial ferma les yeux. Arnaud le laissa mijoter un petit moment avant de l’allumer. Aussitôt, Martial cria encore. Il entendit Arnaud rire doucement. Ce dernier regardait son amant qui tremblait, incapable de bouger et pourtant secoué de spasmes de plaisir, criant à travers le bâillon, entre le petit œuf qui vibrait en lui et de l’autre côté, le masturbateur qui ne vibrait pas moins, massant son sexe de plus en plus fort, sur toute sa longueur, mais avec une pression particulière sur son gland.

Sa respiration se fit saccadée, son corps se raidit alors qu’il jouissait.

Arnaud retira le masturbateur dégoulinant de sperme alors que Martial tremblait toujours, car s’il avait joui là, l’œuf n’allait pas tarder à le faire jouir à l’intérieur…

Arnaud ne lui en laissa pas le temps, le retirant juste à temps. Martial gémit. Il regarda Arnaud. Il le voulait maintenant, en lui, et Arnaud le savait très bien. Il se plaça au-dessus de lui, agrippa ses fesses et le pénétra d’un coup, pour se mettre en mouvement en lui sans attendre et avec force, presque brutalement. Martial se remit à crier, devenu presque douloureusement sensible aux coups de reins de son amant. C’était si puissant qu’il sentait les larmes lui monter aux yeux, si bon qu’il se sentait mourir, il aurait voulu que ça dure à jamais et en même temps que ça cesse vite, il sentait tout son corps qui n’en pouvait plus, et il jouit encore en sentant Arnaud exploser en lui, le remplir entièrement, se déchargeant complètement tout au fond de lui.

Il n’avait pas encore repris son souffle quand Arnaud finit de le détacher et ôta son bâillon. Ses yeux étaient vagues, perdus très loin. Il sentit Arnaud se blottir dans son dos et bécoter sa nuque.

« J’aime quand tu cries si fort… » l’entendit-il lui murmurer.

Les mains se firent à nouveau caressantes.

« Je t’aime, Martial… »

Martial sourit et se tourna pour passer ses bras autour de son cou et se serrer contre lui de toutes ses forces. Il était si rare qu’il lui dise ces mots…

« Arnaud !…

– Toi aussi, dis-moi que tu m’aimes ?

– Oui ! Oui, je vous aime ! Je suis à vous, tout à vous, corps et âme… »

Arnaud le serra dans ses bras.

« Aujourd’hui et pour toujours… Vous pouvez faire de moi tout de que vous voudrez…

– Parfait… »

Arnaud embrassa Martial avec force.

« … Si je continuais à te faire crier, alors… »

*********

Le mardi soir, Martial alla au village en vélo pour son kung-fu. Il était plutôt en forme et d’excellente humeur. Arnaud était un homme raisonnable, ils avaient arrêté de s’amuser en début d’après-midi le dimanche pour avoir le temps de se remettre, ce n’était pas comme si Arnaud devait être à 8h à la maison de retraite le lundi matin.

Martial prenait des cours quasi particuliers avec l’autre deuxième dan du village, un grand gaillard répondant au nom de Ludo, qui l’avait vu arriver avec scepticisme, puis enthousiasme quand il avait jaugé son niveau. Le mardi soir, ils n’étaient que quelques-uns, les plus anciens du club, à s’entraîner. C’était le mercredi que Martial et Ludo donnaient des cours à des enfants ou des adultes débutants ou de niveau intermédiaire.

L’entraînement se passa bien et en rentrant au vestiaire, Martial avait vu qu’il avait un appel en absence d’Arnaud. Sûrement des heures sup’… pensa le garçon en appelant son répondeur.

« Martial, c’est moi. Je t’appelle pour te dire de ne pas m’attendre ce soir, ces messieurs-dames de la police veulent me garder un peu. Ne t’en fais pas, ça ne durera pas, puisque je n’ai rien fait. Je serai au commissariat de Saint-Beaumont. Tu serais un amour si tu m’apportais des vêtements propres pour demain. Je t’embrasse, mon chéri. Tout ira bien, ne t’inquiète pas. »

Martial s’était mis à trembler comme une feuille et regarda son téléphone, blafard. Le voyant, Ludo sursauta :

« Eh, Martial, ça va pas ?

– Arnaud… Ils l’ont arrêté… bredouilla le garçon, choqué.

– Hein ?! sursauta Ludo. Mais qui ? Pourquoi ?

– Je sais pas… Il me dit juste qu’il est à Saint-Beaumont… Merde, j’ai pas le nouveau numéro de sa fille sur mon portable…

– Alors rentre vite et appelle-la. Et si tu peux pas venir demain, c’est pas grave, OK ? Tu t’en fais pas…

– Il a rien fait, c’est quoi cette histoire… bredouilla encore le jeune homme.

– C’est une erreur, ça arrive. C’est pas grave, ils vont vite le lâcher. File. »

Martial fila sans même prendre le temps de se doucher et se changer. Lorsqu’il arriva au manoir, il eut la surprise de découvrir Lucie qui l’attendait.

« Ah, te voilà !

– Désolé, je viens juste d’avoir son message… haleta-t-il. Qu’est-ce qui se passe ? Tu en sais plus ?

– Oui, j’ai eu son avocat… »

Ils entrèrent. Martial laissa tomber son sac de sport au sol et appuya ses mains sur ses cuisses, à bout de souffle.

« Houlà, ça va ? » s’alarma Lucie.

Il hocha la tête et elle continua :

« Alors, apparemment, ils ont retrouvé le corps d’une femme qu’il a connue il y a quelques années, et ils sont coincés parce qu’il y a du passif du côté de son mari, mais le mari accuse Arnaud en disant qu’il était l’amant de la morte… Du coup, les flics gardent les deux en attendant d’y voir plus clair. Là, c’est une parole contre une autre, du coup ils cherchent des preuves et des témoins.

– Arnaud n’a rien fait…

– Je sais. C’est pour ça que l’avocat dit de ne pas s’en faire, ils ne le garderont pas longtemps. »

Martial se redressa :

« Ils étaient venus samedi, ils avaient parlé de vieux trucs, je n’avais pas suivi, j’étais resté à l’écart… Mais il leur a dit tout ce qu’il savait, ça j’en suis sûr…

– Il n’est pas du genre à mentir à la police, surtout quand il y a un mort. Bon, prends le temps de te doucher un coup, je vais préparer quelques affaires et on va lui apporter, d’accord ?

– Oui, je me dépêche… »

*********

Arnaud bâilla. Face à lui, le commissaire Gandière soupira. Le policier était ennuyé, il se doutait bien de qui était coupable dans cette affaire, mais le juge avait exigé qu’il mène des investigations aussi poussées que possible sur les deux suspects et il se devait de le faire. En son for intérieur, il savait que le juge avait aussi des a priori bien plus marqués envers Arnaud qui assumait totalement ses mœurs qu’envers Germain de la Gallée qui se la jouait mari trahi et veuf éploré victime d’un pervers.

« J’ai un coup de barre… souffla Arnaud. Où en étions-nous ?

– Je vous demandais ce que vous aviez à répondre à l’affirmation de Germain de la Gallée de n’être allé à une de vos soirées que parce qu’il ignorait ce qui s’y passait.

– Oh, il est venu quatre fois par erreur, c’est malheureux. Il passait par là et voyait de la lumière, sans doute.

– Je ne suis pas sûr que l’ironie vous serve beaucoup, Docteur…

– Désolé, je fatigue. Je réponds donc qu’il est venu quatre fois et qu’il savait très bien où il mettait les pieds puisque, même en admettant qu’il ne le savait pas en arrivant, ce qui est déjà impossible, je leur ai expliqué les règles très clairement à leur arrivée, à lui et son épouse.

– Et concernant les coups de fil incessants qu’elle vous passait ?

– Épluchez tous mes relevés téléphoniques si ça vous amuse, vous ne trouverez rien.

– C’est en cours… Comme l’autopsie, comme beaucoup de choses…

– Vous l’avez retrouvée samedi après-midi, c’est ça ?

– Oui.

– La malheureuse… »

Arnaud avait été un peu surpris qu’on vienne l’arrêter, mais s’était laissé faire sans résister. Il savait qu’il n’avait rien fait, donc qu’il n’avait rien à craindre, et comprenait tout à fait que, face aux accusations de De la Gallée, la police se doive de faire la lumière convenablement. Son calme était donc acquis et il répondait sereinement. En fait, il était surtout inquiet pour Martial. Son petit pantin chéri devait être effondré.

Les policiers avaient retrouvé le cadavre d’Ernestine de la Gallée le samedi en fin d’après-midi, dans un sale état, et surtout attaché avec soin. Les premières analyses avaient montré qu’elle avait succombé à des coups portés à la tête, mais le reste de son corps n’était pas exempt de blessures. Il y avait aussi traces de rapports sexuels violents. Les médecins légistes étaient en train de voir tout ça et surtout d’essayer de dater la mort qui remontait visiblement à quelques semaines.

Le sang froid avec lequel Arnaud s’était défendu lorsqu’on lui avait fait remarquer qu’attacher les gens était une de ses habitudes, en lui montrant les photos du corps, avait juste sidéré les policiers.

« Alors, déjà, je n’attache des personnes consentantes, je n’ai jamais eu besoin de forcer qui que ce soit pour ça, et ensuite, vous m’excuserez du peu, je le fais beaucoup plus proprement que ça et avec des cordes prévues pour. Ce que vous me montrez là, ça n’est pas du jeu, c’est de la cruauté. »

Le Marec arriva dans le bureau :

« Chef, Martial Nowak et Lucie Tesseydre sont là. Et l’avocat vous fait dire qu’il a joint l’autre femme, euh, Ninon Vallois, qui arrive aussi.

– Bien, merci. Et vous avez des nouvelles du côté d’Antoine Rivoire ?

– Oui, sa mère nous a dit qu’il avait laissé un message sur son Facebook indiquant qu’il était bien redescendu de sa montagne et qu’il serait sur Lyon demain après-midi. On lui a laissé un message, on le récupérera direct à la gare.

– Il a choisi sa semaine pour aller faire de l’alpinisme… » soupira le commissaire.

Arnaud sourit.

« Nowak et votre fille vous ont apporté des vêtements propres, Docteur.

– Merveilleux, sourit Arnaud. Pouvez-vous les remercier et leur assurer que je vais bien ?

– Pas de souci.

– Je vais vous remettre en cellule et interroger votre ami, Docteur, reprit le commissaire. Je te laisse la fille, Le Marec ?

– D’accord. »

Un peu plus tard, un Martial inquiet faisait face au policier.

« Merci d’être venu, monsieur Nowak. Vous allez nous faire gagner un temps précieux.

– Arnaud va bien ?

– Oui, ne vous en faites pas.

– Il n’a rien fait…

– Il nous faut le prouver. Et je vous demanderais donc de répondre le plus sincèrement possible à mes questions.

– Vous n’avez pas besoin de le demander.

– Vous connaissez le docteur Tesseydre depuis trois ans, c’est ça ?

– Oui.

– Vous êtes un ancien prostitué et vous l’avez connu par ce biais, arrêtez-moi si je me trompe.

– Non, non, c’est ça.

– Quelle est la nature exacte de vos rapports actuels ?

– Je suis son compagnon.

– Et son intendant…

– Oui, aussi. Je m’occupe de sa maison.

– Pardonnez-moi d’être insistant, mais vous avez plutôt l’air d’un gigolo qui s’est trouvé un protecteur riche pour l’entretenir.

– Je sais.

– Et qu’y répondez-vous ?

– Que j’aime Arnaud, que je suis très heureux de vivre auprès de lui et que je me bats les couilles de ce qu’on peut ragoter sur notre dos. »

Gandière sourit :

« Voilà qui a le mérite d’être clair.

– J’avais de très bons revenus, une vie plutôt agréable, dans une ville très belle que j’aime beaucoup. Vous croyez que j’aurais plaqué tout ça juste pour me faire entretenir ? J’avais encore de longues années avant d’être périmé et jeté du marché, vous savez.

– Vous couchez beaucoup avec le docteur ?

– On ne s’ennuie pas, mais je ne compte pas.

– Il aime vous attacher, apparemment.

– Tout à fait.

– Vous êtes d’accord ?

– Tout à fait.

– Vous a-t-il un jour forcé à une pratique que vous ne souhaitiez pas avoir ?

– Non, jamais.

– Aucune pression d’aucune sorte ?

– Aucune à laquelle je n’ai consentie, en tout cas.

– Quand est-ce que vous vous êtes mis à avoir ce genre de pratiques ?

– Pour ce qui est de simplement m’attacher les mains, la première fois que nous nous sommes vus. Le bondage au sens plus travaillé, un peu après que je me sois installé chez lui.

– Il vous a demandé ça une fois chez lui ?

– Non, c’est moi qui lui ai demandé. »

Le commissaire parut surpris :

« C’est vous qui lui avez demandé ? »

Martial sourit :

« Est-ce que vous êtes en couple, commissaire ?

– Euh, oui… Marié même…

– Vous aimez votre femme ?

– Bien sûr.

– Vous lui faites confiance ?

– Oui.

– Alors demandez-vous jusqu’où vous accepteriez d’aller pour son plaisir, et si le fait de vous abandonner totalement à elle, de n’être plus qu’un jouet dans ses mains, de la laisser vous attacher jusqu’à ne plus pouvoir faire le moindre geste, ne serait pas la plus belle preuve de confiance et d’amour que vous pourriez lui faire. »

Dans un autre bureau, Le Marec et Lucie devisaient aussi calmement.

« Donc, si je vous suis, vous saviez que votre père avait une vie disons, libertine, mais vous n’avez jamais été témoin de rien lorsque vous viviez avec lui ?

– Non, il a toujours veillé très scrupuleusement à nous tenir éloignés de ça. À part Martial, la seule personne que je connaisse, c’est une très bonne amie à lui qui est une de ses anciennes maîtresses, Ninon Vallois.

– C’est aussi une personne que nous allons interroger, elle participait aux soirées en question, apparemment.

– Sinon, je savais bien que mon père ne s’ennuyait pas, mais il était très discret.

– Que pensez-vous de sa relation avec Martial Nowak ?

– Que c’est sûrement la meilleure chose qui lui soit arrivée.

– Vous pensez vraiment que leur amour est sincère ?

– Oui. Je sais que ça peut paraître bizarre, mais oui. Déjà, Martial est un garçon très gentil et clairement très amoureux, et surtout, le fait que mon père l’invite à vivre avec lui a été un signe sans équivoque pour moi.

– C’est à dire ?

– Eh bien… Pour être honnête, je pense que mon père a énormément souffert du départ de ma mère et il a eu beaucoup d’histoires sans s’engager parce qu’il ne le voulait pas. Et là, qu’il ait accepté de se remettre vraiment en couple, tout à fait officiellement, avec ce garçon, et le voir si heureux, ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Franchement, ça me faisait suer de le voir tout seul au manoir, c’était évident qu’il en crevait. En fait, à mon avis, Martial et lui, c’est surtout deux solitudes qui se sont trouvées… »

Ninon Vallois était une femme de 43 ans aussi belle qu’habillée avec classe et bon goût. Son tailleur devait valoir plusieurs mois de salaire du planton qui l’accueillit, mais elle était si aimable et souriante qu’il ne pensa même pas à lui en vouloir.

Elle accepta sans souci d’être interrogée malgré l’heure (près de 21h), dès qu’elle eut salué Lucie et Martial, qu’elle pria tous deux de l’attendre.

Elle confirma donc la présence des De la Gallée aux soirées et le manque de savoir-vivre et la grossièreté du mari de la défunte, ainsi que l’agression du jeune Antoine Rivoire. Elle confirma également qu’à sa connaissance, Arnaud n’avait jamais revu la morte. Interrogée ensuite sur Arnaud et ses pratiques sexuelles, elle répondit :

« Arnaud est un véritable homme du monde avec lequel coucher est un véritable bonheur. Il est extrêmement attentif au bien-être de ses partenaires et à leur plaisir. Il n’a jamais eu besoin de forcer personne et ne le fera jamais. Il est beaucoup trop orgueilleux pour ça. Pour lui, être obligé de soumettre par la force quelqu’un qu’il peut dominer par le plaisir serait un aveu d’échec et de faiblesse insupportable.

– Et que pensez-vous de Martial Nowak ?

– Qu’un garçon sortant de rien comme lui ait réussi à se faire aimer d’un homme aussi exigeant qu’Arnaud, c’est incroyable.

– À ce point ?

– Martial a su conquérir Arnaud avec son corps, mais pour le garder, il a obligatoirement dû se servir de sa tête, parce qu’Arnaud ne saurait se satisfaire d’une jolie paire de fesses sans cervelle, ni culture. »

Ninon rentra au manoir avec Martial et Lucie. Veuve et libre de son temps, elle était bien décidée à ne pas bouger de là tant qu’Arnaud ne serait pas libéré. Ils passèrent tous trois une agréable soirée. Martial tint bon sans rien laisser paraître jusqu’au bout. Ce n’est qu’une fois seul, dans un lit désespérément vide, qu’il se mit à pleurer en serrant l’oreiller d’Arnaud dans ses bras, cherchant un peu de son odeur, bien maigre palliatif à son absence.

*********

Arnaud se demandait combien de temps ça allait durer. Lorsque le commissaire interrompit sa sieste en début d’après-midi, il espéra qu’il y avait du nouveau. Il commençait à sérieusement s’ennuyer, il avait pas mal du boulot ces jours-ci et surtout, Martial lui manquait.

Il soupira en s’asseyant face au policier :

« Désolé, on m’a dit que vous dormiez…

– Pas grand-chose d’autre à faire, bâilla Arnaud. Que puis-je encore pour vous ?

– Je voulais savoir combien de téléphones vous aviez ?

– Euh, un portable, un fixe chez moi et un autre dans mon bureau à la maison de retraite.

– Nous avons trouvé trace de l’achat d’un autre téléphone portable il y a trois mois.

– Oui, un cadeau pour ma fille, elle vous le confirmera… Pourquoi vous me demandez ça ?

– Aucune trace d’appels entre vous et la défunte, sur aucune des trois lignes que vous venez de me citer, donc, l’avocat de monsieur de la Gallée a demandé à confirmer que vous n’en aviez pas d’autre.

– Non, ça va, j’en ai assez… J’avais bien pensé à en prendre un par correspondant, mais la mallette était un peu lourde à trimbaler.

– Encore ironique ?

– J’admets. Je fatigue. »

Poissenot entra :

« Chef, premiers résultats de l’autopsie.

– Ah, merci. »

Le commissaire prit les feuilles et les lut rapidement.

« Ah, enfin, on progresse… soupira-t-il.

– Ô joie, grogna Arnaud.

– Ils se sont déchirés, au labo… On a une fourchette de trois jours pour le décès. Entre le 14 et le 16 du mois dernier. »

Arnaud rigola en entendant ça et demanda avec un grand sourire :

« Magnifique. Je peux partir, maintenant ?

– Et pourquoi ça ? lui demanda Poissenot.

– Parce qu’entre le 14 et le 16 du mois dernier, j’étais à Haïti, avec Martial, dans le cadre d’une opération humanitaire mise en place par un ami à moi, de MSF. Nous avons quitté la France le 7, nous sommes rentrés le 29, et beaucoup de gens peuvent en témoigner, à commencer par mon infirmière en chef, Emma Crocla, qui était avec nous. »

Poissenot resta bête alors que le commissaire souriait :

« Parfait. Poissenot, appelle Nowak pour qu’il vienne confirmer au plus vite, si possible avec leurs passeports, j’appelle tout de suite Emma Crocla pour voir ça. »

L’infirmière témoigna par téléphone et Martial fut là dans la 1/2h avec le passeport d’Arnaud et ses billets d’avion.

Arnaud fut officiellement libéré avant 15h.

Martial se jeta dans ses bras et ils échangèrent un baiser plus que profond en se serrant à se broyer. Puis Arnaud embrassa et étreignit avec plaisir sa fille et sa meilleure amie.

Juste au moment où Antoine Rivoire arrivait. Arnaud et Ninon le saluèrent cordialement, et lui-même fut très heureux de les revoir.

« Te voilà devenu un bien grand jeune homme, lui dit amicalement Ninon.

– Et vous deux, vous n’avez pas pris une ride… Ça va, Arnaud ? J’ai su que vous étiez en garde à vue ?

– Je viens d’être libéré. Dommage pour De la Gallée, il va devoir trouver quelqu’un d’autre, nous étions un peu à l’autre bout du monde au moment du meurtre.

– Ah, ouf, j’étais vraiment inquiet… Ça m’aurait vraiment peiné que vous ayez des problèmes. Quel gâchis… J’aurais mieux fait de porter plainte à l’époque, vous aviez raison.

– Tu ne pouvais pas savoir…

– Monsieur Rivoire, le commissaire vous attend, l’appela Poissenot.

– Passe nous voir à l’occasion, dit Arnaud au jeune homme.

– Avec plaisir ! »

Arnaud, Martial, Lucie et Ninon rentrèrent tous quatre au manoir et y passèrent un après-midi des plus agréable, à manger des cookies cuisinés avec amour par Martial, en buvant du thé. Arnaud avait appelé la maison de retraite pour dire que tout était arrangé, remercier Emma et prévenir qu’il serait là le lendemain. Les heures passèrent et au bout d’un moment, voyant les œillades d’Arnaud et de Martial, Ninon et Lucie échangèrent un regard entendu et Ninon déclara :

« Vous savez quoi ? J’ai envie de vous préparer un bon dîner pour fêter ça, alors je vais aller faire quelques courses.

– Bonne idée, je viens avec toi ! » dit vivement Lucie.

Elles refusèrent catégoriquement qu’ils les accompagnent et partirent. Une fois seules dans la cour, elles montèrent toutes deux dans la voiture de Lucie qui déclara avec amusement :

« Prenons tout notre temps…

– Oui, opina Ninon. Laissons-les profiter de leurs retrouvailles… Ça me fait si plaisir de voir Arnaud si amoureux.

– Oh ça oui… Il est vraiment fou de lui, dit encore Lucie en démarrant.

– Ils sont vraiment fous l’un de l’autre, tu veux dire ! Ah, j’ai bien rigolé quand les policiers m’ont demandé si ton père était possessif…

– Au moins autant que Martial. Tout le monde pense que mon père domine complètement ce garçon, mais à mon avis, Martial le domine tout autant.

– Oui… Je ne sais pas du tout, finalement, lequel est le plus le jouet de l’autre. »

*********

Arnaud gémit et tira machinalement sur les liens qui entravaient ses poignets. Il était couché sur le dos, torse nu, sur son lit, les bras en croix liés au ciel du lit. Martial, nu sur lui, embrassait son torse, le caressant à pleines mains, mordillant ses tétons dressés avec autant d’insistance que de gourmandise. La langue descendit, coquine, jusqu’à l’entrejambe du médecin, déformé par une bosse plus que significative. Martial se mit à embrasser, lécher, mordiller consciencieusement la bosse en question à travers le tissu et Arnaud se mordit les lèvres.

Martial se redressa et se lécha les lèvres, haletant. Il s’assit sur Arnaud et initia un lent mouvement, frottant ses fesses à la bosse qui grossit encore, et dit d’une voix sourde :

« Mon maître veut-il que nous nous fassions du bien l’un à l’autre ?…

– Tout ce qu’il te plaira, Martial. Je te l’ai dit, aujourd’hui je suis tout à toi. »

Martial sourit et se pencha pour l’embrasser, se frottant plus fort. Puis, il se tourna pour présenter ses fesses à Arnaud, alors que lui même allait libérer le phallus et se mettait à le caresser avec soin.

La langue d’Arnaud alla chatouiller le scrotum de son amant et il sourit en le sentant frémir, il happa alors ses bourses pour se mettre à les sucer avec appétit, alors que Martial se mettait à lécher son phallus de son côté. Arnaud lâcha les boules de chair pour continuer à lécher derrière elle, le périnée, jusqu’à l’orifice de son amant qu’il ne put pas plus taquiner, car Martial venait de l’engloutir entièrement et lorsque Martial faisait ça, Arnaud ne pouvait plus rien faire d’autre que de crier de plaisir. La sensation du fond de cette bouche qui ondulait et se resserrait pour masser son gland était juste absolument fabuleuse.

Arnaud criait et serra les poings, et eut un sursaut en sentant Martial serrer la base de son sexe pour l’empêcher de jouir. Martial continua donc longtemps, très longtemps, jusqu’à ce qu’Arnaud, totalement fou, ne le supplie dans un cri d’arrêter. Martial obéit en riant doucement, sans relâcher la pression, pour ne pas perdre une si belle érection. Arnaud reprit son souffle et son calme, et sourit :

« Petit sadique… Tu me paieras ça…

– Avec plaisir, mon maître, avec plaisir… »

Martial se retourna et reprit sa position, à cheval sur les hanches de son amant. Il se remit à se frotter, cette fois à son sexe. Arnaud sourit. Rien que ça, c’était bon. Martial se mit à gémir, et se mit à se caresser. Arnaud le laissa faire, profitant du spectacle. Martial faisait tout pour l’exciter encore plus. Il se frottait de plus en plus fort, se caressant sans retenir ses cris, une main sur son sexe et l’autre sur son torse, et il jouit rapidement.

Arnaud lécha avec gourmandise la goutte de sperme qui avait giclé jusque sa joue. Martial s’étira, se pencha pour l’embrasser rapidement, avant de l’enfourcher et de se mettre à le chevaucher doucement. Arnaud ferma les yeux, Martial aussi. Il accéléra le mouvement, puis le ralentit, et joua comme ça longuement à changer le rythme pour faire durer leur plaisir, tout comme il jouait avec ses muscles, les contractant plus ou moins. Arnaud se mit à bouger ses hanches pour accompagner le mouvement. Ils jouirent ensemble.

Martial se libéra, à bout de souffle, et n’eut que le temps de détacher Arnaud avant de s’écrouler sur lui.

Arnaud l’enlaça.

« Merci, Martial, murmura-t-il tendrement.

– De rien… Elles ne vont pas tarder, non ?

– Sûrement.

– J’ai sommeil…

– Dors un peu, si tu veux… On a tout notre temps. »

Martial sourit et ferma les yeux. Arnaud remonta la couverture sur eux, souriant, et ils restèrent ainsi, bien au chaud, seuls au monde, mais seuls ensemble.

Fin

Ninou Cyrico, le 23/12/2012.

Petit cadeau de Noël à vous tous ! Gros bizoux !!!

14 réponses à Liens – Nouvelle

  1. Kokiette dit :

    j’avais essayer de regarder l’anime mais j’ai pas accroché, j’ai abandonné au bout de six épisodes … >< j'en suis pas fière. Quand à Gundam, mon prof nous en a parlé, je pense que je vais regarder un peu histoire de me mettre dans le contexte (et qui sait peut être que j'aimerai x3 )

  2. Kokiette dit :

    J’ai pas encore lu « 50 nuances de Grey », je peux pas comparé donc :p en fait ce que je comprend pas c’est le plaisir dans la souffrance (je suis douillette xDDD) enfin chacun ses goûts et je serais vraiment la dernière à juger un couple BDSM :p (tant qu’il y a consentement !)
    Bref à bientôt, je vais peut être lire De fer ou de sang (mais j’ai pas regardé Tsubasa Chronicle et Gundam TT_TT) j’ai un peu peur d’être paumée ><

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kokiette : Pas lu « 50 nuances etc. » non plus en vrai, mais ce que j’en ai lu m’a suffit…
      Attention, De Fer et de Sang est inachevée !e te conseille vivement Gundam 00, mais si tu peux, lis plutôt les Tsubasa, l’anime est très loin de la qualité du manga. ^^

  3. Kokiette dit :

    J’adoooooooooooooooore !!!!
    C’est tellement chou ! en fait je suis trèèèèès sceptique sur le SM/Bondage (c’est pour ça que j’en lis plein, histoire de comprendre cette pratique) et franchement ben cette nouvelle est bluffante ! on y trouve que de l’amour <3 je trouve ça magnifique et je l'ai dévorée :3

    merki pour cette nouvelle <3

    de Kokiette Sunshine

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kokiette : Ca, c’est le genre de message qui fait plaisir au réveil à 4h et 1/4 !! ^^
      Merci donc !
      Perso le BDSM, à mon sens c’est comme tout, sauf pathologies mentales, tant qu’on est entre adultes consentants, je ne vois pas en quoi ça serait pervers, et c’est un peut l’idée de cette nouvelle. Les clichés à deux balles à la « 50 nuances de Grey » perso ça me fait doucement rigoler…
      Sur ce, j’ai un train à prendre. A très bientôt j’espère !

  4. sof dit :

    cool j’ai adoré c’est magnifique

  5. sorginia dit :

    je l’ai enfin lu baba ^^ très bonne nouvelle

  6. Amakay dit :

    Hooooo ! mais il y a de quoi finir de faire fondre la calotte glaciaire avec tous ces calins. Merci Ninou Noël !!

  7. Alissa dit :

    Oh oui, ça c’est du cadeau de noël ! J’ai adoré le mélange de l’émotion et des lemons *__* C’est vraiment une super nouvelle, j’espère que tu en écrieras d’autres =3

    • Ninou Cyrico dit :

      @Alissa : Ton message a été pour moi un très joli cadeau de Nowel cette nuit 🙂 !
      Merci beaucoup et oui t’inquiètes pas, d’autres sont prévues 🙂 !

  8. Général Link dit :

    Ah mon colonel… Que vous dire… Vous l’avez comblé avec cette nouvelle ! J’ai atteint des sommet de… satisfaction ! Merci pour ce merveilleux cadeau de Noël. Je vous adore !!!

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