Le Chant des Drows – Première Époque 3 – Disponible

Sortie à Japan Expo 2015 ! ^^

La version définitive sera en vente à la YaoiYuriCon 2015 les 3 et 4 octobre à Lyon, puis disponible en vente en ligne à partir du 5 octobre !! 🙂

Suite du tome 2 qui suivait le tome 1 (je pense que vous vous en doutiez aussi).

 

Synopsis :

Maxiane a finalement rejoint Bylonn et avec lui, ceux qui étaient il y a peu encore ses ennemis. Si le vampire reprend doucement pied, Isco, lui, ne peut accepter de l’avoir perdu et se jure d’anéantir celui qui le lui a « volé », quel qu’en soit le prix…

 

Salut à tous ! En ce beau jour de Nowel 2013, paix et amour aux zhommes zet femmes de bonne volonté (il doit en rester quelques-uns en cherchant bien), je vous offre en avant-première et pas du tout parce que je culpabilise un peu d’être aussi à la bourre, les premières pages du tome 3. J’espère que ça va vous plaire… ^^

ATTENTION : Il s’agit du premier jet mis au propre, il y aura pitêtre des modifications dans la version finale.

 

Le Chant des Drows

Première époque : Le Maître des Ombres

Tome 3

 

Chapitre 1 : Retrouvailles

Bylonn se réveilla tranquillement pour la première fois depuis bien longtemps. Il soupira d’aise, puis réalisa brutalement que la douleur dans sa poitrine avait disparu. Il ouvrit les yeux et s’assit, une main sur le cœur, stupéfait.

Lucia, qui le veillait, le regarda avec surprise et Giléas, qui sommeillait dans un coin, sursauta et se redressa brusquement.

Bylonn les regarda rapidement tous deux alors qu’un sourire incrédule se dessinait sur son visage. Il bondit de son lit et se précipita dehors, torse et pieds nus.

« Bylonn ?! » l’appela Lucia en se levant.

Elle le suivit sans attendre, inquiète. Giléas, pour sa part, était sidéré, mais la rattrapa immédiatement.

Bylonn filait rapidement, courant à moitié, sans encore oser croire qu’il était enfin venu. Il arriva derrière Adriel et s’arrêta, le regard fixé sur Maxiane. Il en aurait pleuré de joie. Il sourit et ravala ses larmes.

« Il paraît que mon calice est dans le coin. »

Bylonn contourna Adriel. Autour d’eux, les soldats, mis mal à l’aise par cette étrange déclaration, virent avec stupeur leur prince s’avancer, souriant, jusqu’au cheval. Maxiane le regarda sans perdre son propre sourire plus ironique :

« Tiens, quand on parle du loup… »

Lucia et Giléas arrivèrent à leur tour et la princesse s’arrêta près d’Adriel, le soldat restant en arrière. Les yeux de la princesse allaient de son frère au petit homme sur le cheval, ceux de Giléas fixaient ce dernier et celui qui se trouvait en croupe derrière lui avec gravité.

Il y eut un long silence. Tous regardaient Bylonn, enfin debout, visiblement tout à fait réveillé, qui lui contemplait Maxiane avec bonheur, soulagement, et finit par lui tendre la main :

« Bonsoir, Maxiane. »

Cela avait été dit avec une douceur qui ne fit qu’augmenter l’incompréhension et le malaise de certains, surtout ceux qui arrivaient encore. Quelques officiers s’approchèrent, prêts à sortir leurs armes, attendant un ordre d’Adriel qui leur intima d’un geste aussi clair que ferme de ne pas intervenir. Ils reculèrent, mais restèrent inquiets.

Maxiane finit par poser sa main sur celle de Bylonn, son sourire désormais plus fatigué qu’ironique. Il jeta un œil interrogatif à Kiera, dans son dos, qui hocha la tête, souriant également, et le vampire descendit à terre souplement.

Il se retrouva immédiatement pressé entre les bras de Bylonn, serré contre sa poitrine. Maxiane était si surpris qu’il se laissa faire quelques secondes avant de le repousser un peu, gêné. Bylonn le regardait toujours avec un bonheur quasi palpable et déclara :

« Tu dois être affamé…

– Si tu savais… » répondit Maxiane.

Bylonn le serra à nouveau, moins fort, mais plus doucement.

« Tu m’as atrocement manqué. » avoua le prince dans un murmure.

Il soupira et regarda Maxiane qui le regardait également avec de grands yeux dubitatifs et un étrange petit sourire.

« Que dirais-tu de venir dîner dans la tente ? l’invita le prince.

– Volontiers. » répondit Maxiane.

Les autres les virent alors partir tranquillement vers la tente du prince. Adriel retint d’une phrase Lucia qui allait les suivre :

« N’y allez pas, Madame. »

Elle le regarda avec inquiétude. Derrière eux, Kiera sauta lestement au sol à son tour. Salya le rejoignit :

« Content de te revoir aussi bonne forme, Petit Frère.

– Bonsoir, Grande Sœur. Merci pour cet après-midi, répondit-il en abaissant sa capuche.

De rien. Nous n’avons fait qu’accomplir la volonté de notre Mère. Tu as faim ?

– Un peu, oui…

– Viens, je vais te présenter à mon père et nous verrons ça… »

Il hocha la tête et la suivit. Plusieurs officiers s’étaient agglutinés autour d’Adriel et lui demandaient, alarmés, ce qui se passait. Le grand elfe faisait la moue, ne sachant trop que penser. Maxiane était-il venu rejoindre Bylonn… ou l’emmener ?

« Qui est ce garçon, seigneur Adriel ? demanda Lucia en croisant les bras, frissonnante.

– Maxiane est le vampire auquel est lié votre frère, Madame, répondit-il enfin.

– Que fait-il ici ? demanda vivement un officier.

– Va-t-il faire du mal à notre prince ? » s’enquit un autre.

Adriel secoua la tête.

« Il ne peut pas lui faire de mal… dit-il. N’ayez aucune inquiétude sur ce point.

– Mais que fait-il ici ? insista l’officier.

– Je n’en ai pas la moindre idée… »

Voyant Salya restée en dehors du cercle et le jeune homme près d’elle, Adriel vint vers eux. Salya eut un sourire :

« Je te présente le fils adoptif de Maxiane, Père. »

À la lueur de la torche qu’il tenait toujours, Adriel observa un instant le garçon, puis hocha lentement la tête :

« Quel est ton nom ?

– Kiera. Je suis honoré de vous rencontrer, seigneur Adriel. Mon père m’a beaucoup parlé de vous.

– Hm, merci… Peux-tu m’expliquer ce qui vous amène ?… » tenta le grand elfe.

Kiera réfléchit un instant avant de répondre prudemment :

« Mon père a décidé de rejoindre son calice, le prince, suite à divers événements que je tairai, car j’ignore ce qu’il voudra ou non vous raconter. Nous ne sommes pas là pour vous nuire, je vous prie de le croire. »

Adriel hocha à nouveau la tête, grave. Puis il regarda Salya :

« Puis-je te confier la garde de ce jeune homme pour cette nuit ?

– J’allais t’en prier, répondit-elle.

– Nous verrons le reste avec son père demain… »

Salya opina du chef à son tour, puis se tourna vers Kiera :

« On va manger ? »

*********

Dans le camp des sorciers, la tension était palpable. Kay avait rongé son frein pendant tout le trajet et était tout simplement au bord de l’explosion. Gara avait été sérieusement brûlée, mais endurait sans rien dire. Isco l’avait moins été, mais cette cuisante défaite le contrariait au plus haut point et la disparition de Maxiane l’inquiétait.

Yanez, Prothée et Sryfl avaient pu échapper de justesse à la cavalerie d’Adriel, mais le troisième avait été sévèrement blessé. Arawa également avait pris deux flèches. Syliana allait bien, mais l’ambiance générale la mettait très mal à l’aise.

Yanez et elle faisaient tout leur possible pour soigner leurs compagnons. Ne restait autour du feu que Gaenath assis au sol, Prothée harassé et presque couché par terre, et Kay qui marchait de long en large sans décolérer.

Isco les rejoignit dès que Syliana eût pansé ses plaies, entouré ses mains et ses bras de bandage après les avoir couverts d’un onguent fabriqué à la hâte. Son visage était quasi intact, parce qu’il l’avait protégé de ses bras.

« Maxiane n’est pas revenu ? » demanda-t-il avec empressement en arrivant.

Kay se tourna pour lui faire face et cracha un cinglant :

« Maxiane ne reviendra pas, Isco. »

Comme son vieil ami le regardait sans comprendre, Kay continua :

« “La suite ne te concerne pas, tu peux t’en aller.” C’est bien ce que tu lui as dit, non ?! »

Isco sursauta et balbutia :

« Qu’est-ce que ça à voir… ? »

Kay passa ses mains sur son visage, tremblant, tentant de contenir sa fureur. Il souffla un coup et demanda nerveusement en croisant les bras :

« C’est quoi cette histoire que tu aies ordonné à Gaenath de tuer Kiera ? »

Isco grimaça et jeta un œil noir à Gaenath avant de répondre :

« Nous n’avions pas le choix… Il fallait apaiser la colère de notre Déesse… Elle restait muette aux prières de Gara…

– Et il ne vous est pas venu à l’esprit qu’Elle n’avait rien à répondre parce qu’Elle ne nous en voulait pas ?…. Vous n’avez même pas songé que Maxiane puisse avoir raison, hein, dites-le !… Dis-le, Isco !… Moi, je vais te dire ce que j’ai vu, continua Kay, son ton allant crescendo. Maxiane avait laissé une de ses Ombres près de Kiera et par elle, il ne fait aucun doute qu’il a entendu quand cet imbécile a dit qu’il devait tuer son fils sur ton ordre !… Comment as-tu pu faire ça ! Pourquoi a-t-il fallu que tu l’attaques sur sa Foi, que tu lui demandes l’unique chose qu’il ne pouvait pas te donner ?… Tout ce qu’il a récolté, après dix ans de vie à tes côtés, c’est d’entendre que tu avais ordonné la mort de son fils ! Il est parti, Isco ! Et il ne reviendra pas ! »

Isco regarda un moment Kay sans répondre, impénétrable, puis il tourna les talons et gagna sa tente rapidement.

Resté seul, il s’assit sur son lit et prit sa tête entre ses mains. Il se sentait complètement sonné.

Il se redressa brusquement en sentant une aura d’une puissance irréelle apparaître non loin de lui. La reconnaissant, il eut un sursaut et tomba à genoux. Une espèce de petit nuage ténébreux apparut devant lui et un homme brun d’une beauté ineffable en sortit et lui sourit :

« Bonsoir, Isco.

– Seigneur Daraku ?… balbutia le Sorcier Noir. Il y avait bien longtemps…

– Effectivement, mon ami.

– Que voulez-vous ?… »

Le sourire de l’homme s’élargit, aimable :

« Juste faire un petit bilan avec toi, au soir de ce funeste jour… Relève-toi, voyons… »

Isco obéit lentement, mal à l’aise. L’homme s’avança devant lui :

« … Et asseyons-nous donc. Tu es bien nerveux… ajouta-t-il alors qu’Isco le regardait sans savoir quoi faire. C’est la perte de ton amant qui te met dans cet état ? »

Isco sursauta :

« Comment savez-vous… ? »

L’homme sourit et eut un geste vague :

« Tu as tort de te torturer l’esprit… Plutôt que de demander ce que tu as mal fait, demande-toi qui te l’a volé. »

Isco sursauta une nouvelle fois. Puis, son visage se durcit lentement et il serra les poings, alors que l’homme se penchait et murmurait à son oreille :

« Vas-tu le laisser cet usurpateur te spolier comme ses ancêtres l’ont fait ? »

Isco le regarda, tremblant de colère :

« Non.

– Je préfère ça. »

********

Maxiane cessa de boire et lécha la morsure. Il était allongé sur Bylonn, sur le lit du prince et sentit ce dernier frémir à ce dernier contact, avant de soupirer de bien-être.

Un peu étourdi de ce repas, Maxiane resta couché sur lui, posant sa tête sur sa poitrine, tentant de se concentrer sur les battements de son cœur. Bylonn sourit et passa ses bras autour de son vampire :

« Rassasié, Maxiane ? »

Maxiane ferma les yeux sans répondre. Il essayait de se noyer dans le bien-être de Bylonn pour oublier son propre mal-être. Un moment passa et le prince finit par demander, un peu hésitant :

« Maxiane ?

– Hmm, grogna l’intéressé.

– Euh,… Quand veux-tu que nous partions ? »

Maxiane mit quelques secondes à comprendre la question et fronça les sourcils. Il eut ensuite un soupir las.

« Ne t’inquiète pas pour ça. »

Au tour de Bylonn de rester interdit un instant. N’osant pas vraiment y croire, il bascula sur le flanc, entraînant Maxiane, pour le regarder en face.

« Maxiane… Tu n’es pas venu me chercher ?… » balbutia le prince, incertain.

Le sorcier grimaça, puis marmonna :

« Je n’ai pas envie de t’expliquer ça maintenant. »

Il regarda Bylonn qui le fixait avec des yeux ronds :

« Maxiane…

– Chhhhhhht… »

Maxiane posa son index sur les lèvres du prince.

« Pas maintenant, Bylonn. Maintenant, je ne veux pas y penser, alors je vais plutôt fermer les yeux et te laisser soulager l’érection que ma morsure a visiblement provoquée… J’imagine que tu n’as rien contre ? »

Bylonn cligna des yeux, puis sourit en le pressant dans ses bras et Maxiane resta une seconde submergé par l’explosion de bonheur qu’il ressentit chez son calice. Il eut ensuite un petit sourire alors que Bylonn le poussait doucement sur le dos, s’allongeait sur lui, mais il tourna la tête lorsque le prince voulut l’embrasser. Bylonn n’insista pas et baisa doucement sa joue. Maxiane ferma les yeux.

L’aube les trouva endormis, Bylonn sur le dos et Maxiane blotti contre son flanc, la tête sur sa poitrine. Bylonn fut le premier à se réveiller et décida qu’il était très bien comme ça. Il resta donc à sommeiller, se contentant de passer son bras autour des épaules de Maxiane qui ne broncha pas.

Il se sentait incroyablement bien. Maxiane l’avait rejoint et en plus, ce n’était pas pour l’emmener… Il ignorait ce qui s’était passé, mais ça lui suffisait. Isco avait dû le blesser une fois de trop… Bylonn entrouvrit les yeux et caressa avec tendresse la tête de Maxiane.

Il dormait à moitié, un peu plus tard, lorsque Bronco entra, hésitant. Le fidèle général rongeait son frein depuis un moment, faisant les cent pas, et, n’y tenant plus, craignant il ne savait trop quel maléfice ou pire, de retrouver son prince exsangue ou mort, il avait fini par pousser le pan de tissu et pénétrer dans la tente.

L’espace était sombre et silencieux. L’éclat de lumière causé par Bronco à son arrivée réveilla Bylonn et arracha un grognement à Maxiane. Le prince rouvrit les yeux vagues et sourit à son subordonné. Ce dernier resta un peu surpris du spectacle. Bylonn lui fit signe de ne pas parler fort et murmura avec un bâillement :

« Qu’y a-t-il, Bronco ?

– Euh, rien de particulier, Votre Altesse… Je… Nous nous demandions comment vous alliez et si vous comptiez nous rejoindre… » balbutia Bronco, gêné.

Bylonn hocha la tête. Maxiane s’était imperceptiblement resserré contre lui, ça ne lui avait pas échappé. Il sentait son amant un peu réveillé et désireux de prolonger ce moment. Bylonn sourit et répondit à Bronco :

« Si vous acceptez de me laisser encore le temps de finir ma nuit ? Je vous rejoindrai tout à l’heure.

– Euh, d’accord, Votre Altesse… »

Bronco s’inclina et sortit, sans que son malaise soit dissipé.

Bylonn, de son côté, murmura :

« Rendors-toi, Maxiane. Je ne bouge pas. »

Maxiane soupira et ne se fit pas prier, simplement content que Bylonn ait compris qu’il voulait que ce matin tranquille dure un peu.

Bylonn se rendormit également. Lorsqu’il se réveilla, un peu plus tard, ni Maxiane ni lui n’avaient bougé. Maxiane, cependant, ne dormait plus non plus. Bylonn sourit en l’enlaçant :

« Bonjour, Maxiane. »

Maxiane soupira et se redressa sur son coude :

« Salut, Altesse…

– Bien dormi ?

– Pas mal…

– Me permets-tu de me lever ?

– Depuis quand as-tu besoin de mon autorisation… Tu n’es plus mon prisonnier, il me semble. »

Bylonn sourit et répondit :

« Ça dépend comment on l’entend…

– Idiot. »

Maxiane hocha la tête, amusé :

« Lève-toi donc, je suppose que beaucoup de gens t’attendent.

– Effectivement…

– Moi, je vais me rendormir un peu… soupira encore Maxiane en s’étirant et il ajouta : Tu étais en forme, cette nuit… »

Bylonn rigola :

« Désolé, j’y suis allé un peu fort…

– Ça n’est pas un problème, c’était bon. Mais moi, je n’ai pas fait que dormir ces dernières semaines, tu comprendras donc que je me recouche un moment.

– Tout à fait. »

Le prince attrapa soudainement son vampire pour le serrer dans ses bras.

« Merci. »

Maxiane s’était laissé faire, surpris, et il passa ses bras autour des épaules de Bylonn qui continua :

« Tu n’as rien à craindre ici. Je vais ordonner qu’on te laisse en paix. Je sais que tu as laissé Isco, mais que tu ne le trahiras pas, je ne te demanderai rien. Repose-toi. »

Bylonn lâcha Maxiane qui se rallongea en le regardant, perplexe, et le prince ajouta en lui tendant son oreiller :

« Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sauras me trouver. »

Maxiane installa l’oreiller sans répondre et regarda Bylonn sortir du lit et s’étirer. Le prince gagna sa table de toilette et se lava rapidement de la tête au pied. Il alla ensuite fouiller dans ses malles, cherchant des vêtements propres, et c’est alors que Bronco revint et appela discrètement de l’entrée :

« Altesse ? »

Bylonn sourit et enfila son pantalon de toile noire en se relevant, avant de se tourner vers lui. Maxiane, qui se rendormait, avait sursauté et regardait le nouvel arrivant d’un œil aussi vague qu’indifférent. Il finit par se retourner avec un soupir, se découvrant presque entièrement dans son mouvement.

« J’arrive, Bronco, je finis de m’habiller…

– Euh,… Oui, oui… »

Bylonn cherchait une tunique.

« Quelle heure est-il ?

– Euh, pas loin de 10 h, Altesse, répondit précipitamment Bronco.

– Hm, je vais attendre le repas de midi, dans ce cas… »

Ayant enfin trouvé de quoi se couvrir le dos, Bylonn enfila un beau pourpoint couleur prune et noua à sa taille sa ceinture de cuir. Et puis, il prit ses bottes et alla s’asseoir sur le lit pour les enfiler.

« Vous tiendrez jusque-là, Altesse, vous en êtes sûr ? » s’enquit Bronco, inquiet.

Bylonn eut un sourire et le regarda avant d’enfiler sa seconde botte :

« Voyons, Bronco, Maxiane ne m’a pas non plus totalement vidé de mon sang, tu vois bien. »

Bronco grimaça sans répondre et Bylonn rit discrètement avant de se tourner. Il se pencha sur le lit et saisit la couverture pour la réétendre avec soin sur Maxiane qui grommela un vague :

« Merci. »

Bylonn sourit :

« Dors bien. »

Et se releva énergiquement pour rejoindre Bronco qui avait regardé ça avec un air pour le moins sceptique.

Ils sortirent tous deux et sitôt dehors, sous un radieux soleil printanier, le prince s’étira à nouveau avec un grand sourire, en prenant une grande inspiration.

Bronco et les deux gardes postés là le regardèrent avec stupeur.

« Ça fait du bien de revoir le soleil ! s’exclama joyeusement Bylonn. Alors, Bronco, dis-moi ? Où en sommes-nous depuis tout ce temps ? »

Se reprenant, Bronco commença à faire son rapport sur le chemin qui menait à l’attente de l’état-major. Il trouvait étrange l’humeur radieuse de Bylonn.

Autour d’eux, les soldats les regardaient avec eux une joie simple de revoir leur prince.

« BYLOOOOON !!! » cria Valine qui courait vers lui.

Il s’accroupit pour recevoir la petite tornade et la serra avec plaisir contre lui.

« Bonjour, Valine. »

Il se releva avec la fillette dans les bras.

« Ça y est, tu es guéri ? »

Lucia, que Valine accompagnait, approcha à son tour, suivie du fidèle Giléas. Si la princesse était un peu inquiète, le soldat, lui, sourit en voyant son prince enfin sur ses jambes.

« Ça y est, enfin ! répondit Bylonn, radieux.

– Je savais que Maître Maxiane se soignerait ! »

Bylonn rit de bon cœur et embrassa la joue de la fillette :

« Ta fraîcheur m’a manqué, toi… »

Puis il se tourna vers sa sœur qui était désormais à ses côtés :

« Bonjour, Lucia !… Comment vas-tu ?

– Euh,… Bien, et toi ? » répondit-elle prudemment.

Bylonn la regarda, un peu étonné de son air grave, puis regarda Bronco qui avait le même, et demanda :

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Il les observa à nouveau tous deux, puis déclara vivement :

« Bien !… Alors que les choses soient dites : je vais vraiment bien, je ne suis ni ensorcelé, ni drogué, ce n’est pas la peine de vous en faire. »

Lucia demanda timidement :

« Tu es sûr ?… C’est si soudain… »

Bylonn sourit et caressa la tête de sa petite sœur :

« Oui, Lucia, j’en suis sûr. Mon âme souffrait de la distance qui la séparait de Maxiane. Maintenant qu’il est là, je vais très bien. Donc, on arrête de s’inquiéter pour moi et on partage ma bonne humeur, d’accord ? »

Comme les visages de ses vis-à-vis ne se détendaient pas vraiment, Bylonn soupira et décida de continuer son chemin, Valine toujours dans les bras. Bronco, Lucia et Giléas lui emboîtèrent bien sûr vite le pas et ils l’entendirent dire à la petite fille :

« Tu les as vus, ces deux-là ? Aussi inquiets de me voir malade que de me voir sur pied.

– Moi, je savais que Maître Maxiane te guérirait tout de suite ! Il dort encore ?

– Oui, il se repose.

– Il va rester ici ?

– Oui.

– Je suis content qu’il soit venu !

– Oui, mais il est un peu triste, alors il faudrait être gentil avec lui.

– D’accord ! » opina vivement Valine.

Ils arrivèrent dans la tente de l’état-major où se trouvaient déjà Adriel et Borak. Ce dernier restait assis. Il avait beaucoup trop donné la veille et ce qui n’était qu’une estafilade à la poitrine avait failli s’ouvrir bien plus gravement. Il était épuisé, mais de bonne humeur. Adriel l’était également et il sourit aimablement à Bylonn lorsque ce dernier entra :

« Bon matin, Altesse !

– Bonjour, seigneur Adriel. Bonjour, Borak… Houlà ! sursauta le prince. Ça ne va pas ? »

Le blessé sourit à son tour :

« Rien de grave, Votre Altesse. Mes respects. »

Bylonn posa Valine au sol alors que Lucia, Bronco et Giléas entraient. Adriel s’approcha de la petite fille et se pencha gentiment :

« Valine, pourrais-tu aller aux cuisines et demander qu’on apporte du thé et quelque chose à manger pour notre prince et nous ?

– Oui, d’accord ! » répondit vivement l’enfant.

Elle fila avant que Bylonn ait le temps de protester. Le prince fit la moue :

« Je pouvais attendre le déjeuner, vous savez…

– Moi pas, je me suis levé et j’ai mangé beaucoup trop tôt, ce matin, répondit le grand elfe. Je voulais vérifier que tous les corps étaient incinérés… Ils finissaient…

– Les corps ont été brûlés si vite ? s’enquit Bylonn, surpris.

– C’est une des nombreuses choses que nous avons à vous raconter, soupira Bronco. Quelqu’un a des nouvelles du seigneur Minarik ?

– Aucune pour le moment, j’ai envoyé Sligo en chercher. » répondit Adriel.

Il soupira et Bylonn eut une mimique inquiète. Tout à son bonheur d’avoir retrouvé Maxiane, il n’avait pas du tout pensé à ce qui avait pu endurer ses amis. Cette réalité-là se rappelait brusquement à lui… Ils étaient en guerre.

« Votre Altesse, reprit le grand elfe, y a-t-il à votre avis une chance que Maxiane nous livre des informations ?

– Aucune, répondit sans hésitation le prince. Il m’a rejoint moi, il n’est pas venu se battre avec nous. Il ne trahira pas Isco. Cela dit, il ne fera sûrement rien contre nous non plus. »

Adriel hocha la tête, mais l’air contrit de Bronco et Borak n’échappa pas à Bylonn qui continua :

« Je vais d’ailleurs immédiatement donner l’ordre qu’on les laisse en paix, son fils et lui.

– Mon prince, tenta Borak. Je sais le lien qui vous unit à ce vampire, mais il semble qu’il en sache long, et ça pourrait nous être utile… »

Bylonn grimaça et répondit plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu :

« Maxiane est un être bien trop puissant pour que nous puissions prendre le risque de déclencher sa colère. Et je ne permettrai jamais que nous nous abaissions à nous en prendre à son fils.

– Notre prince a raison, renchérit avec lassitude Adriel. Maxiane peut réduire notre camp en cendres en un battement de cils… Il nous parlera si nous gagnons sa confiance, ou s’il décide de se battre à nos côtés. Essayer de lui forcer la main est aussi inutile que dangereux…

– Mais pourquoi est-il venu ? » demanda Lucia.

La princesse était restée silencieuse jusque-là, droite, ses mains croisées devant elle, et tous la regardèrent. Bylonn sourit en songeant qu’elle était à cet instant aussi belle et digne que leur mère.

« Je l’ignore, répondit-il. Je sais qu’il y avait de grosses tensions entre Isco et lui… Je ne sais pas le détail. Il a refusé de m’expliquer cette nuit… Ça aussi viendra en son temps, je pense.

– Il est si puissant que ça, ce sorcier ? grommela Bronco.

-Hm, pouffa Adriel. Vous voulez parler de ses pouvoirs d’élémentaliste, de nécromancien, de vampire ou de ces espèces de spectres verdâtres qu’il contrôle ?… »

Bronco grimaça alors que Bylonn pouffait aussi. Puis le prince reprit :

« Bien, si nous nous posions pour voir tout ça ?… Où est Sendak, au fait ?

– Il supervise le décompte des morts, répondit Adriel. Il a insisté pour s’en charger. »

Bylonn hocha la tête.

Le soleil était à son zénith depuis un moment lorsqu’ils finirent de tout lui expliquer. Entre-temps, Sligo et Sendak les avaient rejoints. Lucia, par contre, les avait rapidement laissés, jugeant que tout ceci ne la concernait pas.

Sendak annonça des pertes importantes et surtout beaucoup de blessés. Les nouvelles de Sligo n’étaient guère plus réjouissantes.

Minarik avait, semble-t-il, repris conscience dans la matinée, pour jeter hors de sa tente tous ceux qui le veillaient. Depuis lors, il refusait de parler ou de voir qui que ce soit.

« D’après le prêtre que j’ai vu, acheva Sligo, il reste couché et il pleure…

– Je vois, grogna Bylonn. La perte de Lanios est sûrement la pire chose qui pouvait lui arriver… »

Le prince et son état-major étaient assis en cercle, sur des coussins, au sol, finissant le déjeuner disposé sur des tables basses installées entre eux.

« Le sacrifice de Lanios n’a pas été vain, dit Borak. Sa barrière nous a clairement sauvés et a donc permis à long terme de gagner cette bataille… Et puis, aussi horrible à dire que ce soit, sans sa mort, la Lumière de notre Déesse non plus ne serait pas venue à notre secours…

– Ce sont des choses que Minarik mettra longtemps à entendre et à admettre, soupira Adriel. Ce qu’il a en tête en ce moment, c’est qu’il a conduit son meilleur ami à la mort.

– Tout Grand Prêtre qu’il soit, aujourd’hui c’est un enfant dévoré par le remords. » dit calmement la voix de Salya.

Tous sursautèrent pour regarder la Drow qui venait d’entrer sans un bruit.

« Quelles nouvelles ? » finit par lui demander Adriel.

Elle était poussiéreuse et tomba plus qu’elle ne s’assit contre lui et Bronco :

« Aucune trace d’Isco et les siens aussi loin que je sois allée. À mon avis, ils se sont repliés à une distance respectable pour le moment…

– C’est toujours ça, soupira Bronco.

– Qu’as-tu fait du fils de Maxiane ? s’enquit encore Adriel.

– Il dormait quand je suis partie ce matin. Pour le reste, puisqu’il m’a donné sa parole ne pas quitter le camp, il peut bien faire ce qu’il veut.

– Vous n’avez pas peur que des soldats s’en prennent à lui ? s’inquiéta Bylonn.

– Vu la raclée que j’ai mise aux quatre qui ont essayé hier soir, ça m’étonnerait. » répondit-elle avec un grand sourire.

Bylonn la regarda un instant, puis sourit, amusé :

« La Loi du Sang est une chose absolument fabuleuse, chez les Drows… »

Salya se mit à manger, comme on l’y invitait. Bylonn, pour sa part, déclara en se levant :

« Je vais aller faire le tour du camp et voir les blessés. Adriel, Sendak, Bronco, voulez-vous vous joindre à moi ? »

Les trois nommés opinèrent du chef et se levèrent dans un bel ensemble, alors que Bylonn continuait aimablement :

« Vous, Borak, reposez-vous.

– Pas de problème, Votre Altesse, sourit le blessé.

– Salya, reposez-vous également, et veillez bien sur Kiera.

– Comptez sur moi, mon prince. Maxiane va bien ?

– Oui et non… Mais il est là, c’est l’essentiel en ce qui me concerne. Vous le croiserez sûrement un de ces moments… »

Salya hocha la tête avec un petit sourire. Ça, elle y comptait bien. La laissant se rassasier, Bylonn, Bronco, Adriel et Sendak sortirent. Une bourrasque les accueillit dehors. Un vent nerveux s’était levé en fin de matinée, fort et violent, mais surtout très saccadé.

Bylonn nota le phénomène et déclara :

« Eh bien ! J’espère que les tentes sont bien accrochées !…

-Curieux, un vent si brusque… » remarqua Adriel.

Les quatre hommes commencèrent malgré tout leur tour du camp. Les soldats, encore fatigués ou choqués de la bataille de la veille, étaient par contre réellement heureux de revoir enfin leur prince et de constater que ce dernier, contrairement à certaines rumeurs, était bien le même qu’avant, attentif et à l’écoute de tout ce qu’ils pouvaient lui dire.

Croisant un moment Lucia qui se promenait en compagnie de sa belle-mère renfrognée, de sa belle-sœur et de Valine, invariablement suivie de Giléas, Bylonn se fit un devoir de les saluer. La vieille Darna était de mauvaise humeur et elle regardait Bylonn avec une certaine suspicion. Kassia s’enquit de la santé de son époux, Borak, et se retira pour aller le rejoindre lorsqu’elle apprit qu’il était allé se reposer dans leur tente.

La vieille duchesse voulait parler à Bylonn, mais la présence des autres la retenait. Le prince pour sa part fit signe à Valine et s’accroupit lorsqu’elle fut devant lui :

« Valine, peux-tu me rendre un grand service ?

– Bien sûr, Bylonn ! répondit vivement la fillette, ravie.

– Je pense que Maxiane est réveillé, mais il ne connaît pas le camp, alors il doit être resté dans ma tente. Pourrais-tu le rejoindre et l’emmener jusqu’aux cantines ? Il doit avoir très faim.

– D’accord ! »

Valine partit immédiatement, toute joyeuse à l’idée de revoir Maxiane. Avancée près de Bylonn, la vieille Darna remarqua sévèrement :

« Je trouve cette petite roturière bien familière avec vous.

– Valine est une amie, Madame, très chère à mon cœur. Je ne le lui reprocherai jamais d’être aussi purement elle-même avec moi… »

Valine arriva rapidement à la tente de Bylonn. Maxiane était toujours couché, bien au chaud sous la couverture, en train de se demander s’il n’y avait pas un moyen quelconque pour lui de ne plus jamais sortir de cette tente…

Valine y entra en courant, regarda un instant dans la pénombre avant de deviner sa silhouette dans le lit. Elle sourit alors et y bondit avec énergie :

« Maître Maxiane !… Réveillez-vous, il est très tard ! »

Maxiane grogna, puis soupira et se tourna avant qu’elle ne le secoue, il la connaissait.

« Bonjour, Valine… »

Elle lui sauta au cou et il resta stupéfait.

« Maître Maxiane !… Je suis si contente que vous soyez venu ! »

Il sourit malgré lui et la serra dans ses bras.

« Moi aussi, ça me fait plaisir de te revoir… »

Il se redressa sans la lâcher :

« Tu as l’air en forme…

– Oui !… Tout le monde est gentil avec moi ici !… opina vivement la petite fille. Bylonn disait que vous deviez avoir faim ?

– Effectivement… »

Elle attrapa son bras pour le tirer avec vigueur :

« Venez, je vais vous montrer les cantines !… »

Il sourit. La dernière chose qu’il voulait, c’était sortir de cette tente et Bylonn l’avait bien compris… En lui envoyant la seule personne à laquelle il ne pouvait pas dire non.

« Bon, si tu veux, dit-il. Mais il faut me laisser m’habiller. »

La fillette sursauta, et recula, en réalisant que Maxiane était nu. Elle rosit avant de secouer vivement la tête. Maxiane sourit encore et caressa sa tête avec affection :

« Va m’attendre dehors, je me prépare et je te rejoins.

– Oui ! » balbutia Valine.

Elle fila sans demander son reste, toujours toute rose, et lui la regarda faire sans perdre son sourire. Puis il soupira et se leva. Puisqu’il ne pouvait pas y couper, autant après tout affronter la réalité au plus vite. Si ça se passait mal, il aurait au moins une raison de ne plus quitter cette tente.

Il se leva et s’habilla rapidement de ses habits de la veille puisqu’il n’en avait pas d’autres. Il glissa son sabre à sa ceinture. Il n’avait pas l’intention de s’en servir, mais il y tenait. Il se demanda un moment également s’il devait emmener la Sphère. Se promener avec ne serait pas une très bonne publicité, mais prendre le risque que quelqu’un la touche lui paraissait idiot. Il y avait ici des gens suffisamment puissants pour déclencher la fureur des Ombres… Il décida finalement de la transporter dans sa besace. Tout élimée qu’elle était, cette dernière était largement suffisante pour cacher la Sphère aux yeux des autres.

Il vida donc ladite besace sur le lit, laissa son journal, ses petits sachets de médecine, pour n’y remettre que la statuette de sa déesse, qui ne l’avait pas quitté depuis le château, et la Sphère. Puis il prit une inspiration, se mit sur ses jambes et rejoignit sans grande énergie Valine dehors.

Les deux soldats qui gardaient l’entrée de l’attente le regardèrent avec un drôle d’air. Lui les salua poliment, ajusta la lanière de son sac et sourit à Valine. La petite fille s’était assise à l’ombre, à côté des soldats, et avait bondi sur ses jambes en le voyant sortir. Elle saisit son poignet à deux mains pour le tirer en déclarant joyeusement :

« Venez, venez, c’est par là !

– Du calme… » dit-il doucement.

Il sourit, la laissant prendre sa main dans les deux siennes et ils partirent rapidement. Une rafale de vent aussi brève que violente les agressa qu’au détour d’une tente. Maxiane n’y fit que moyennement attention, et plusieurs autres se firent sentir avant qu’ils n’atteignent les cantines et Maxiane finit par noter le phénomène, sceptique, avant d’entrer dans la grande tente qui servait de réfectoire.

L’espace était grand, de longues rangées de tables vides à cette heure, des bancs, des braseros çà et là. Quelques paniers, sur les bords, servaient à recueillir la vaisselle sale. Au fond, des rideaux séparaient tout cela des cuisines à proprement parler, que l’on devinait à l’oreille et l’odeur.

Les derniers soldats qui prenaient leur déjeuner se turent tous immédiatement en le croyant entrer et le gratifièrent de regards peu accueillants. Lui fit mine de ne rien remarquer.

« Asseyez-vous, lui dit joyeusement Valine, je vais leur demander de vous apporter à manger ! »

Il opina et la laissa filer, avant de se trouver une place bien à l’écart des soldats. Ces derniers se mirent à chuchoter, en lui jetant des coups d’oeil furtifs et toujours aussi peu aimables.

Il percevait un mélange de colère, de peur, un peu de haine et, chez certains, un soupçon de curiosité.

Valine revint rapidement avec ce qui ressemblait fort à un cuisinier, un grand gaillard fort comme un ours. Il regarda Maxiane sagement assis à sa table avec perplexité, fit la moue en posant ses poings sur ses hanches.

« Bonjour, commença posément Maxiane. Y a-t-il un souci ? »

Le cuisinier grimaça et répondit, grommelant :

« ‘Jour. En fait euh,… On sait pas quoi vous donner… »

Maxiane avisa du coin de l’œil que quelques têtes pas très rassurées apparaissaient furtivement dans les interstices des tentures qui séparaient les tables des cuisines. Cet homme devait être le seul à avoir eu le courage de l’approcher. Valine riait et grimpa sur le banc, près de Maxiane, qui répondit aimablement et avec un petit sourire :

« Ce que vous aurez me conviendra tout à fait, ne vous dérangez pas pour moi.

– Ah, ben alors il doit rester du gruau et un peu de poulet… grogna encore le cuisinier.

– Ça sera parfait, je vous remercie. »

L’imposant cuisinier hocha la tête et repartit, un peu penaud. Maxiane le suivit des yeux en croisant les bras.

« Ils ne voulaient pas me croire, quand je leur ai dit que vous mangiez autre chose que du sang ! » lui dit Valine.

Maxiane sourit et hocha la tête :

« Je ne suis pas un vampire très conventionnel, je le sais bien… »

Un peu plus tard, un jeune cuisinier blafard se fit pousser hors des cuisines, alors que la voix du grand costaud criait de derrière les tentures :

« Il ne va pas te manger et j’ai des bœufs à désosser, moi ! »

Maxiane regarda le garçon blême et tremblant approcher de lui en se demandant s’il allait arriver à ne pas renverser son plateau. Il y parvint, sans doute par miracle, et Maxiane retint son rire lorsqu’il entendit qu’il murmurait nerveusement une prière à Ykara. Le vampire sourit en prenant soin de ne pas montrer ses canines :

« Merci. »

Le garçon sursauta violemment et posa le plateau en le jetant presque avant de s’enfuir en courant.

« Eh ben, c’est pas gagné… » soupira Maxiane.

Après s’être restauré et avoir renoncé à ramener son plateau aux cuisines lui-même, Maxiane quitta discrètement la tente. Il avait taché sa tunique et voulait trouver au plus vite de l’eau pour la nettoyer.

Valine le guida, toujours aussi joyeuse, vers la rivière qui serpentait au bord du camp. Tout était paisible cet après-midi-là, à part ce vent toujours aussi violent et irrégulier.

Maxiane s’accroupit au bord de l’eau, enleva sa tunique qu’une rafale manqua de lui arracher des mains et se mit à la laver. Il demanda :

« Dis-moi, Valine… Est-ce que tu sais s’il y a un élémentaliste d’air, ici ?

– Un quoi ? demanda la fillette de grands yeux curieux.

– Hmm… Quelqu’un qui contrôle le vent par magie, tu sais, comme moi le feu ? »

Valine leva le nez un instant, un index sur les lèvres.

« Euh, je ne sais pas, je n’en ai pas entendu parler… Pourquoi dites-vous ça ?

– Je trouve ce vent bizarre… répondit Maxiane en replongeant son vêtement dans l’eau. Je me demandais s’il n’était pas magique… »

Valine cligna des yeux, dubitative. Maxiane frotta la tâche qui partit sans beaucoup résister, puis retira la tunique de l’eau et la secoua. À nouveau, un violent coup de vent manqua de la lui arracher. Il fronça les sourcils. C’était agaçant, ce vent…

Il essora le linge en se relevant, puis regarda un moment le ciel. Les nuages ne bougeaient quasi pas… Puisqu’il était au bord du camp, il regarda, au loin, un petit bosquet qui était lui aussi parfaitement immobile. Il fronça à nouveau les sourcils.

« Bonjour, Père ! » lui cria Kiera qui agitait la main.

Le jeune Drow portait son arc et son carquois.

« Bonjour, Kiera ! répondit Valine en levant les bras.

– Bonjour, mon petit, dit Maxiane quand il fut près d’eux. Comment vas-tu ?

– Bien, bien… Je voulais m’entraîner un peu à l’arc, mais impossible avec ce vent… En plus, j’ai mal à la tête…

– Trop de monde ?… Ton empathie n’est pas habituée à supporter autant de gens.

– Ça doit être ça. Bah, ça ira mieux dans quelques jours, tant que mes barrières mentales s’adaptent…

– C’est tout le mal que je te souhaite. Veux-tu que je te prépare une potion en attendant ?

– Volontiers. »

Maxiane hocha la tête :

« J’ai ce qu’il faut dans la tente de Bylonn, il me semble. Tu peux nous y conduire, Valine ? »

Ils suivirent la petite fille qui connaissait désormais le camp comme sa poche.

« Salya s’est bien occupée de toi ?

– Oui, oui, elle s’est installé une paillasse et m’a laissé son lit… J’ai bien dit que je pouvais dormir par terre, mais elle n’a rien voulu savoir… Elle n’était plus là quand je me suis réveillé ce matin. J’espère qu’elle réussit à dormir un peu… »

Maxiane sourit en notant la mine coupable de son fils :

« Ne t’inquiète pas pour elle. Elle peut dormir sur de la pierre… »

Maxiane rit doucement en ajoutant :

« Elle en a même l’habitude… Tu sais, officiellement, c’est la fille adoptive d’Adriel et sa garde du corps… Officieusement, c’est aussi une espionne de grand talent et une assassin non moins douée…

– Elle s’est battue seule hier soir, contre quatre soldats qui ont voulu m’agresser… Elle les a mis à terre sans la moindre peine… »

Au détour d’une autre tente, ils furent à nouveau assaillis par une violente rafale de vent.

« Ce vent commence à me fatiguer… » grommela Maxiane.

********

Accroupi au sol près d’un blessé qui avait fort peu de chances de survivre jusqu’au soir, Bylonn était aimable et réconfortant, écoutant avec attention et capable de trouver les mots qu’il fallait. Debout près de lui, Sendak murmurait régulièrement des prières d’accompagnement des mourants, des vœux de guérison, tentant comme il pouvait de dissimuler son malaise. Bronco n’en menait guère plus large milieu de ces dizaines de paillasses alignées, le plus souvent à même le sol, de ces corps gémissants, criants ou pleurants à perte de vue.

Adriel se signait souvent, plus calme. Aucun d’eux n’avait pensé que le tour de camp de leur prince s’attarderait si longtemps dans ces tentes. Sans doute Bylonn tentait-il de rattraper comme il pouvait sa longue absence.

Bylonn sursauta soudain et regarda sur sa droite, l’air réellement surpris. Puis, il fronça les sourcils, grimaça, soupira et retourna son attention vers le blessé.

Pour tous, autour de lui, il avait regardé dans le vide.

« Pardonnez-moi, dit-il au soldat. Reposez-vous… Tout ira bien, je vous le promets, comme homme et comme prince. »

Bylonn se redressa après avoir serré fort la main de cet homme dans les siennes. Il aurait donné cher pour être sûr qu’il pourrait respecter cette promesse. Il soupira intérieurement. La bataille de la veille avait fait des dégâts… Dire qu’ils manquaient de soigneurs était un doux euphémisme et en plus, la plupart des prêtres médecins d’Ykara refusaient obstinément l’aide et les conseils de leurs collègues elfes, pourtant proportionnellement moins occupés qu’eux, et ce n’était pas dû qu’au fait que les elfes guérissaient naturellement plus vite que les humains.

Bylonn demeurait aimable, aussi souriant que possible dans ces tentes morbides. Alors qu’il s’apprêtait visiblement à dire quelque chose, il se tourna. Les regards de ses généraux suivirent le sien pour voir, à une entrée éloignée d’eux, plutôt du côté des elfes, se faufiler Valine que suivait Maxiane.

Le sorcier avait remis sa tunique et s’arrêta un instant, regardant tout autour de lui avec gêne. Valine mit fin à cette dernière en saisissant sa main pour lui désigner quelque chose ou quelqu’un que ni Bylonn ni ceux qui l’accompagnaient ne pouvaient voir, car la tente faisait un angle à cet endroit.

Bylonn sourit plus sincèrement, comme Maxiane faisait de même plus discrètement et le prince regarda son vampire lui jeter un œil rapide avant de disparaître de sa vue.

Sendak et Bronco n’avaient rien perdu de cet échange silencieux et tous deux en étaient un peu contrariés. Adriel, pour sa part, se demandait plus simplement ce que Maxiane faisait ici.

Le vampire regarda Valine courir vers Yneth et s’approcha de lui plus lentement. Le vieil elfe avait fini la deuxième tournée quotidienne de ses patients et s’apprêtait à aller se reposer un petit moment, boire un thé, en laissant aux autres médecins le soin des convalescents.

Il se lavait donc les mains lorsque la voix joyeuse de Valine le fit sursauter :

« Bonjour, Maître Yneth ! »

Le vieil elfe sourit à la fillette et se pencha :

« Bonjour, Valine. Que viens-tu faire ici ? Je croyais que la princesse Lucia t’avait prise à son service ?

– Maître Maxiane a quelque chose à vous demander ! »

Yneth se redressa, remarquant seulement à cet instant son ancien élève qui le regardait, un peu intimidé, à quelques pas de là, il lui sourit poliment :

« Mes respects, Maître Yneth.

– Tiens, Maxiane ! En voilà une surprise ! »

Le ton du vieil elfe était plus amusé qu’autre chose et le sourire de Maxiane se détendit un peu :

« Je vous prie de me pardonner de vous déranger… »

Yneth évacua ses excuses d’un geste vif :

« Je t’en prie, que puis-je pour toi ?

– Mon fils a mal à la tête… Pourriez-vous me donner de la saulia ?… Je pourrais vous la rendre rapidement, j’en avais dans mon sac… C’est juste que les soldats qui gardent la tente de Bylonn n’ont pas voulu m’y laisser entrer… »

Yneth hocha la tête. Voilà qui n’avait rien d’étonnant.

« Pourquoi son fils a-t-il mal à la tête ?

– Il est empathe, et pas habitué à supporter tant de monde. »

Yneth hocha encore la tête et réfléchit un instant. Il regarda ensuite Maxiane et déclara très sérieusement :

« Je préférais parler un peu avec lui, si tu le permets. »

Maxiane resta interdit, clignant des yeux. Le voyant, Yneth rit doucement et vint vers lui :

« Allez, suis-moi. Je partais boire un thé et me reposer un peu, nous verrons cela. »

Maxiane sourit vraiment cette fois et opina du chef. Il suivit le vieil elfe dehors, Valine leur emboîtant le pas. La fillette fut la première auprès de Kiera qui était resté à bonne distance de cette tente, incapable de supporter la souffrance qui en émanait.

Un peu plus tard, ils étaient tous les quatre installés autour d’un petit feu, juste devant la tente d’Yneth. Pendant que Maxiane et Valine préparaient du thé, le vieux médecin auscultait et interrogeait tranquillement Kiera.

Autour d’eux, les soldats elfes vaquaient en les regardant avec amabilité, indifférence ou curiosité, mais Maxiane et Kiera ne ressentaient pas vraiment ici l’animosité qu’ils avaient connue côté humain. Maxiane se surprit à reconnaître quelques visages. Les elfes étaient de fait plus curieux que fâchés de son retour.

Une fois ses questions finies, Yneth se retira un instant dans sa tente, pour en ressortir avec un bol et trois pots d’argile fermés. Il pria Maxiane lui mettre un peu d’eau chaude dans ce bol et y versa avec soin un peu des trois poudres, expliquant à ses auditeurs très intéressés qu’il lui semblait opportun de mêler la saulia à du radis noir pour drainer le foie et à du millepertuis pour la détente.

« Vous avez manqué de légumes. Visiblement, le foie de ce garçon est fatigué… Ça peut entraîner des migraines également.

– C’est fort possible, reconnut Maxiane en servant le thé qu’il avait laissé infuser pendant ce temps. Les légumes et les fruits sont rares dans les Montagnes Noires…

– On avait un pommier au château ! » intervint vivement Valine.

Maxiane sourit :

« Les plus petites pommes qu’il m’ait été donné de voir ! »

Un peu plus tard, Maxiane et Yneth parlaient médecine et Kiera et Valine les écoutaient, les yeux pétillants.

« Le prince Bylonn m’avait dit un mot sur tes compétences de médecin… Je t’avoue que ça m’avait un peu surpris… Valine me l’a confirmé, cela dit… Tu ne semblais pourtant pas très focalisé sur la médecine lorsque tu es parti… »

Maxiane sourit.

« Je vous l’accorde, ce n’était pas ma priorité. Cela dit, ça n’a jamais cessé de travailler et de m’intriguer… Vos leçons avaient planté quelques graines qui ont poussé tranquillement. Il se trouve qu’à la Cité des Ombres, j’ai eu accès à un des ouvrages d’Almiriad.

– Il en existe encore ?… sursauta le vieil elfe.

– Isco en a cinq autres, confirma Maxiane avec un sourire en sortant sa pipe. Je les ai lus avec soin, c’est passionnant… »

Yneth soupira rêveusement :

« Entre nous, j’adorerais en feuilleter un…

– Almiriad était un fou. Ses méthodes étaient condamnables, mais ses résultats sont indéniables… Enfin, tout n’est pas bon à prendre, mais globalement, ses idées sont intéressantes. Moins ses théories que les résultats de ses expériences pratiques.

– Qui c’était, Almiriad ? » demanda Valine.

Comme Maxiane tirait sur sa pipe, ce fut Yneth qui répondit :

« C’est un homme qui a vécu il y a presque deux siècles… Il était médecin, mais il a été brûlé comme sorcier avec ses livres… Enfin, pas tous, visiblement.

– Ses disciples en avaient fait des copies… souffla Maxiane avec sa fumée.

– C’était un sorcier ? » demanda encore la fillette.

Elle avait posé son menton sur ses mains et regardait tour à tour Maxiane et Yneth. Le premier haussa les épaules et le second répondit :

« Disons que ces expériences n’ont pas été du goût des juges d’Ykara…

– Qu’est-ce qu’il faisait ?

– Il voulait comprendre comment fonctionnait le corps humain… Pour mieux le soigner… expliqua Maxiane. Mais ces méthodes étaient particulières… Il semble qu’il enlevait des gens pour faire des expériences dessus. Grosso modo, il les blessait pour comprendre comment réagissait le corps et comment le soigner… Il serait allé jusqu’à en laisser mourir pour pouvoir les autopsier… C’était loin d’être moral, mais les résultats sont là… Autant le condamner était compréhensible, autant brûler ses livres avec lui était juste stupide.

– Donc digne de stupides humains, non ? sourit Kiera.

– De certains en tout cas… répondit Yneth.

– En voilà d’autres… » dit Maxiane en regardant à droite.

Bylonn et ses généraux venaient d’arriver dans cette partie du camp. Kiera rigola :

« Ma parole, ils te suivent ou quoi, Père ?

– Je vais finir par me le demander, répondit Maxiane avec un sourire en coin.

– Notre prince t’est très attaché, n’est-ce pas ? renchérit Yneth, amusé.

– Oh, qu’insinuez-vous là… »

Maxiane rit doucement. La situation était fort cocasse à son goût… Surtout la mine contrite des deux autres humains qui accompagnaient Bylonn. Il avait reconnu celui qui était venu au matin et parfaitement vu que ce dernier le jetait régulièrement des regards forts peu aimables. Et cet homme avait l’air particulièrement de mauvaise humeur lorsque, un peu plus tard, Bylonn se fit un devoir de venir saluer Yneth et ceux qui étaient avec lui. Maxiane et Yneth étaient partis dans un long débat sur la manière la plus efficace de soigner un membre cassé.

« … Ah, tu fais tes emplâtres comme ça ?

– Oui… Ils sont moins solides, mais donc, c’est plus facile de les retirer pour appliquer des onguents…

– Ah, ça peut avoir son intérêt.

– Après, tout dépend du type de la blessure… dit le vampire et il ajouta en levant le nez vers Bylonn qui s’était approché sans les interrompre : Rebonjour, Bylonn. Tu voulais du thé ? Il nous en reste. »

Le sourire de Bylonn s’élargit, amusé, alors que derrière lui, Bronco et Sendak sursautaient, outrés de ce ton désinvolte, et qu’Adriel se retenait de pouffer.

« Oh non. Merci, Maxiane. Je passais simplement saluer Maître Yneth… Bonjour aussi, Kiera. Comment vas-tu ?

– Euh, bien, merci… répondit prudemment le garçon.

– Je te prie d’accepter mes excuses pour hier soir… »

Devant le regard dubitatif du jeune Drow, il précisa :

« À propos des soldats qui ont voulu s’en prendre à toi.

– Ah… Euh, ce n’est pas grave…

– Quoi qu’il en soit, ça ne se reproduira pas.

– Ah ? Euh… Merci.

– Je t’en prie. Assurer ta sécurité est bien le moins que je puisse faire.

– D’autant qu’il serait dommage que Salya ou moi envoyions d’autres de tes soldats à l’infirmerie… ajouta Maxiane en se levant.

– Effectivement, sourit Bylonn. Nos médecins sont assez débordés comme ça… »

Maxiane sourit aussi et hocha la tête :

« J’ai vu ça… Bonjour, seigneur Adriel.

– Bonjour, Maxiane. Tu as l’air plus en forme qu’hier soir.

– Rien de tel qu’un bon repas et une bonne nuit pour vous requinquer ! répondit le vampire avant de se pencher pour regarder Sendak et Bronco qui restaient pour le moins contrits : Puis-je savoir qui sont tes joyeux compagnons ? » continua-t-il pour le prince.

Bylonn se racla la gorge pour étouffer son rire, ce que ne firent ni Kiera, ni Valine. Adriel songea que Maxiane n’avait pas changé, Yneth pour sa part regardait la scène avec intérêt. Maxiane était en train de signifier, certes pas des plus finement, à ces puissants officiers qu’il n’avait aucune crainte d’eux et aucune raison d’en avoir. C’était totalement vrai, mais le vieil elfe se doutait qu’il allait falloir à Sendak et Bronco bien plus que des mots pour qu’ils l’admettent.

Bylonn se tourna pour faire les présentations :

« Bronco de Kortas, mon second et Sendak de Surguel, qui commande les fantassins et est aussi mon beau-frère. »

Maxiane hocha la tête :

« Le frère de ta femme ?

– Non, le mari de ma sœur.

– Ah, pardon !

– Messieurs, continua Bylonn pour les deux susnommés, je vous présente Maxiane, un homme cher à mes yeux et que je vous prierai de traiter comme tel. »

Maxiane fit un grand sourire aux deux hommes.

« Ravi de faire votre connaissance, messieurs.

– Euh, de même. » grogna à contrecœur Bronco.

Le regard insistant de Bylonn sur lui finit par faire céder Sendak qui marmonna de très mauvaise grâce :

« Également. »

Kiera regardait les deux hommes. Il avait un peu froncé les sourcils. Leur colère était quasi palpable pour lui. Il espérait que la protection de Bylonn suffirait à leur éviter trop de problèmes.

Maxiane, pour sa part, regardait Bronco, un rien dubitatif. Il croisa les bras et finit par demander :

« Pardonnez-moi, mais vous ne seriez pas le fils d’Algère de Kortas ? »

Bronco sursauta et Kiera sentit sa colère disparaître au profit d’une légitime surprise :

« Son petit-fils… Mais pourquoi ?…

– Petit-fils… ? »

Maxiane fronça les sourcils, visiblement en pleine réflexion. Les autres le regardèrent sans comprendre, puis le visage du vampire s’éclaira.

« Ah, quoique, oui, c’est logique… dit-il avant de soupirer : Comme le temps passe… Et d’ajouter avec un sourire pour Bronco : Vous êtes vraiment son portrait craché. »

Au tour de Bronco de froncer les sourcils :

« Vous avez connu mon grand-père ?

– J’étais à ses noces. »

Une vague de stupeur passa sur le groupe. Maxiane se gratta la tête et eut un petit rire pour camoufler sa gêne :

« Si, je m’en souviens bien… Je n’étais pas très haut, mais j’y étais allé avec ma mère… Mon grand-père nous y avait envoyés à sa place, il se faisait vieux.

– Votre mère ? balbutia Bronco.

– Yssia de Valgor. »

Sendak grimaça à ce nom et Maxiane le vit, mais n’ajouta rien. Bylonn toussota pour ramener l’attention sur lui et déclara posément :

« Messieurs, je propose que nous retournions à l’état-major… »

Une rafale de vent d’une rare violence l’interrompit, mais elle fut aussi brève que brutale.

« Ce vent commence à me saouler… » déclara une voix qui fit sursauter tout le monde et se pétrifier Maxiane.

Il se retourna lentement pour regarder d’un œil très inquiet Salya en se demandant par quelle magie elle avait pu se planter derrière lui sans qu’il la remarque, et son sourire très mauvais ne le rassura pas.

Elle ne lui laissa pas le temps de réagir et l’envoya voler un magnifique coup de poing en pleine mâchoire. Adriel attrapa vivement le bras de son prince lorsque ce dernier vacilla :

« Votre Altesse ?! » s’écria le grand elfe, alarmé.

Bylonn secoua la tête et se frotta le menton. Maxiane était de fait plus abasourdi qu’assommé et restait allongé sur le sol, désireux de se faire oublier. Kiera était stupéfait, Valine également, Yneth, clairement amusé. Bronco et Sendak échangèrent un regard effaré.

« Rien contre vous, Altesse, dit Salya en s’approchant de sa proie, mais celle-là, ça fait très longtemps que je la retiens… »

Bylonn se redressa, finalement plus amusé qu’autre chose :

« Je n’aurais jamais cru que vous aviez une telle droite !…

– Ça va, mon prince ? demanda Bronco en s’approchant de lui.

– Oui, oui… Surpris, mais ça ira… »

Salya contempla Maxiane de haut, les poings sur les hanches et déclara sévèrement :

« Ça, c’était pour avoir oublié qui tu étais. La prochaine fois que tu nous fais un coup pareil, je pars te chercher, et je te ramènerai par la peau des fesses s’il le faut. C’est clair ?

– Oui, Grande Sœur. » répondit nerveusement Maxiane qui avait craintivement fermé les yeux.

Elle eut un sourire et lui tendit la main. Il rouvrit un œil, puis les deux, puis leva le bras pour la saisir. Elle le tira pour le remettre sur ses jambes :

« Bienvenue chez toi, Maxiane, dit-elle avec cette fois un vrai sourire.

– Euh… Merci… » répondit-il dès qu’il fut debout.

Une nouvelle rafale de vent secoua le groupe. Salya grogna, sourcils froncés :

« Non, mais sérieusement, c’est quoi, ce vent ? !

– Seigneur Adriel, se permit Maxiane, il n’y aurait pas un élémentaliste d’air dans le coin ? »

Le grand elfe resta interdit, fronçant un sourcil, puis eut une moue sceptique :

« … Pas à ma connaissance… Mais… Ça expliquerait… Mais pour que ce soit si désordonné et violent… Il faudrait que ce soit quelqu’un qui ne contrôle absolument pas son pouvoir… »

Il y eut un silence, que Kiera interrompit d’un pensif :

« Ça serait possible s’il venait juste de s’éveiller. »

Maxiane hocha la tête en essayant de tirer sur sa pipe. S’apercevant qu’elle était éteinte, il fit machinalement naître une flammèche sur son doigt pour la rallumer. Le sursaut de Bronco et le mouvement de recul de Sendak ne lui échappèrent pas. Il souffla une bouffée.

« C’est étrange…

– Vous n’avez aucun moyen de le détecter ? » demanda Bylonn.

Maxiane attendit la fin de la nouvelle rafale pour répondre :

« Oh si, sûrement… Pas là de tête, mais ça doit se trouver… »

Il regarda Adriel qui hocha la tête alors que Sendak s’écriait, outré :

« Votre Altesse ! Vous n’allez pas les laisser pratiquer de la magie noire ici !… »

Ce qui lui valut un regard dubitatif de Maxiane, Adriel, Kiera, Yneth et Bylonn. Bronco était aussi très inquiet. Maxiane fit la moue et répondit platement :

« Ce n’est pas de la magie noire… »

Il regardait le beau-frère de son amant avec un profond scepticisme. Adriel avait le même air lorsqu’il ajouta :

« C’est juste de la détection d’aura… Ça n’a rien à voir avec de la magie noire ! »

Bronco ne semblait pas convaincu et Sendak reprit avec une violence accrue :

« Comme si les adeptes de Yami pouvaient… »

Mais il fut coupé par Kiera qui se leva d’un bond pour crier, exaspéré :

« Ah non, ça ne va pas recommencer ! »

Il continua, furieux :

« Ça fait dix ans que ces idiots nous accusaient d’être des fidèles d’Ykara et ici on nous accuse d’être des fidèles de Yami ? ! »

Maxiane pouffa malgré lui :

« Ben, ça ne nous changera pas trop… »

Salya soupira et dit à Sendak, avec un sourire froid :

« N’insultez pas notre sang, duc Sendak. »

Le regard colérique de l’époux de Lucia ne fit qu’élargir le sourire froid. Bylonn trouvait ce dernier inquiétant et Adriel savait qu’il l’était. Maxiane pour sa part regardait tour à tour Salya et Sendak, goguenard. Salya reprit avant que le duc ne puisse rien répliquer :

« Notre foi nous est propre et aucune force au monde ne nous fera jamais adhérer aux Ténèbres… Vous seriez ridicule de croire le contraire… Et tout aussi ridicule de déclencher notre colère. »

Voyant son beau-frère fulminer, Bylonn reprit aimablement :

« Bien… Si nous retournions enfin au quartier général ?

– Je crois qu’il est temps. » approuva Adriel.

Kiera se rassit en grommelant et Maxiane regarda Bylonn :

« Une dernière chose si tu le permets, petit prince ? »

Le surnom fit sourire ledit « petit prince » qui dépassait presque le vampire d’une tête.

« Oui, joli vampire ? répliqua-t-il, amusé.

– Pourrais-tu, au choix, me laisser une tente ou sinon dire aux deux poireaux qui gardent la tienne que j’y habite aussi ?

– Ah, se souvint Bylonn. C’est pour ça que tu étais contrarié tout à l’heure ? Ils n’ont pas voulu t’y laisser entrer ? »

Maxiane opina du chef.

« Je vais leur dire que tu y habites aussi. »

Salya sourit en se disant que les degrés de rougeur de Bronco et Sendak valaient vraiment le coup d’œil.

Maxiane opina encore du chef avec un petit sourire en coin :

« D’accord. »

 

That’s all Folks ! En espérant que ça vous ait plu… Joyeux Nowel !!!

 

15 réponses à Le Chant des Drows – Première Époque 3 – Disponible

  1. Kaïma dit :

    Alors là!
    Quand j’ai acheté les deux premier tomes à la JE, je ne m’attendais pas tout à fait à ça. Les premières lignes m’ayant rappelées certaines de mes vieilles lectures d’adolescente, je m’étais plus ou moins fait une opinion: cette histoire sera bien mais pas exceptionnelle. ça a vite été réduite en lambeaux quand j’ai lu la suite…
    Je me suis retrouvée embarquer dans l’histoire sans m’en rendre compte (mes parents pourront témoigner de mes débordements dans la voiture à chaque fois que je m’exclamais avec des « yes! », « mais quel abrutis, c’lui-là! »[je parlais d’Isco] ou encore « vas-y! Fais-toi le! ».). J’ai été… Transportée!
    Franchement, c’est une histoire géniale, de bout en bout (même si elle n’est pas finie), avec une façon d’écrire simple et efficace, humoristique par moment et emplie d’une certaine tendresse. Sérieusement, je suis bluffée et raide dingue du chant des Drowns. Même si j’ai deviné la fin (niark!).
    Au fait, si je croise Isco, je lui fais la peau. Ne m’en veux pas, mais vu comment il s’est comporté avec Maxiane, il mérite le châtiment suprême.
    Du coup, te voilà avec une fan de plus!
    J’attends la suite avec impatience… 🙂

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kaïma : Et bien et bien que répondre à tout ça…
      Merci beaucoup, déjà,et contente de t’avoir si agréablement surprise. 🙂 Mes amitiés à tes parents hi hi hi !
      Merci aussi de me dire que mon écriture est simple et efficace, puisque c’est ce que vraiment ce à quoi je travaille depuis fort fort longtemps. Je serai curieuse de savoir quelle fin tu as deviné, mais si tu veux bien me le dire, fais-le pas mail (ninoucyrico@gmail.com) pour ne pas risquer de spoiler d’autres visiteurs. Pour ce qui est d’Isco, t’en fais pas, il a recevoir la monnaie de sa pièce. 😉
      La suite arrive dès que possible, en attendant, il y a de quoi lire ici si tu veux :).
      A très bientôt !

  2. sof dit :

    salut

    ca va ?
    j’adore, ca ma mis l’eau a la bouche, j’ attend le tome 3 avec impatience

  3. Skyland dit :

    Merci beaucoup Baba pour ce joli cadeau ! J’aime toujours autant ton histoire et j’ai hâte de découvrir la suite du tome 3 ! Bon courage pour la suite. Bisous

    • Ninou Cyrico dit :

      @Skyland : De rien, j’avais envie de montrer que sérieusement, j’ai bossé ^^’ !! Merci et contente que ça t’ait plu 🙂 !

  4. Kokiette dit :

    Kikou,
    Dsl de ne répondre que maintenant ^^
    trop heureuse d’avoir une réponse juste ! (aurais-je des dons de prédilections ? ah ! faut que j’ai les mêmes à mes partiels :p)
    Alors je pari sur le couple Kiera/Salya ^^ (même si Yashen et Lucia me tentent pas mal … RAAAAH je veux savoir !!! T_T)
    en tout cas je vais de ce pas lire tes autres textes et découvrir ton univers :p
    Merci pour ton travail :3

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kokiette : Y a pas de souci, t’es pas obligée d’être vissée devant ton ordi… ^^
      Eh eh eh je ne dirai rien, tu verras ^^ !
      Fais-toi plaisir 🙂 ! N’hésite pas à laisser des commentaires 🙂 !
      Bonne lecture 🙂 !

  5. Kokiette dit :

    P.P.S: j’ai oublié de parler de Yashen ^^ » finalement, je l’ai mit avec Lucia :3 ils sont choupinets tous les deux :p
    ou au pire des cas, Yashen et Kiera vont bien ensemble mais ça fait oncle/neveu >< Maxiane serait perturbé xDDD
    Bref et le mari de Lucia ben … je le fais soit changer en gentil homme (s'il est sage uniquement !) soit ben il meurt (mon côté sadique).

    Bref on remarque que j'ai des idées un peu bizarre mais bon, faut pas prendre peur non plus :p

    Encore merci :3

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kokiette : De rien, je réponds toujours aux comm’, je peux vu leur petit nombre. Quand je serai riche et célèbre et que j’en aurais des centaines par jour, on verra (oui, je sais, c’est beau de rêver !)
      Eh eh eh, pas mal pas mal tes prédictions…
      Et oui, je sais que pas mal de gens se sont imaginé des choses sur ces deux prêtres, mais non…!
      Sinon, ben, allez je vais être sympa, t’as une réponse juste sur le tas ! Ce qui te réserve donc pas mal de surprise ^^ !
      Et oui, je sévis aussi chez YxY… Enfin un peu moins en ce moment avec le roman, mais en temps plus calme plus ! ^^
      Merci de tes messages et à très bientôt pour le tome 3, j’espère !! ^^ En attendant, fais-toi plaisir avec mes autres textes si tu veux, il y a de quoi lire ici…!

  6. Kokiette dit :

    Merci d’avoir répondu à mon message ! ^^
    Et ben je serais TRÈS patiente et EXTRÊMEMENT prête le jour de sa sortie :p
    Hihi, en bonne yaoiste que je suis, je vois des couples partout (et oui chaque homme a en lui une part homosexuelle plus ou moins refoulée :p )
    Bref mon premier couple est tombé à l’eau à la fin du tome 2 TT_TT (de peur de spoilé je ne dirais qu’un indice: ils croient fort en Ykara ^^ )
    Le deuxième couple (hétéro par contre :p ) , j’étais partie sur Salya avec Yashen (la drow trop classe avec le drow naïf et gentil) mais bon après il y a eu LA rencontre ^^ celle de Kiera et Salya et là ben (c’est pas le drame xD) je les vois ensemble et vu comment ça tourne, je ne serait pas surprise d’avoir vu juste (ou alors je me fais trop de films dans ma caboche T_T ).
    Voilà, c’était les petits couples que j’imaginais ^^
    Le seul hic c’est Kay ! le pauvre, je le vois avec personne ! ou peut être Adriel ou Bronco (non là il est tard, je divague ><) bref pauvre Kay … (hors de question de le mettre avec Isco, celui-ci ne le mérite pas ^^ )

    Berf au plaisir de lire la suite (bonne chance pour l'écrire! ) en tout cas tu as trouvé une nouvelle fan en moi (dsl pour le retard d'ailleurs :s)

    P.S: j'ai vu que tu faisais partie de la fansub Yaoi-x-Yuri, ça me fait plaisir, j'aimais déjà beaucoup ce site <3 en tout cas bonne chance à toi.

    (dsl pour le loooooooong message ^^" )

  7. Kokiette dit :

    J’ai acheté le tome 1 et 2 car j’en avais entendu parlé, j’en suis tombée SUPRA fan !!!!!!!!!!!!!

    Trop hâte de lire la suite, tu sais quand elle sera publiée ? j’ai hâte de savoir comment ça va se passer avec Maxiane :p et j’ai déjà imaginé deux couples et je voudrais trop savoir si je pense bien ou pas … BREF !!! Je veux lire la suite !!!!! T_T

    • Ninou Cyrico dit :

      @Kokiette : Merci beaucoup de ton message.
      Comme je l’expliquais dans une news, récemment (il y a deux ou trois semaines, je sais plus), je suis à l’heure actuelle incapable de donner une date de sortie pour le tome 3. Des soucis divers cet été m’ont obligé à mettre le roman en pause et je n’ai pu m’y remettre qu’il y a très peu de temps. Et comme je ne veux pas le bâcler, par respect pour vous qui l’attendez autant que pour moi, ben, je sais pas du tout combien de temps ça va prendre… Je vais faire aussi vite que je pourrais, sois-en ure. 🙂
      Je serai curieuse de savoir quels couples tu as imaginés hi hi ^^ !
      Merci encore et à très bientôt !

  8. Tsubaki dit :

    J’en salive d’avance!!! *_____*

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