Marco – Roman (en ligne – Complet)

J’ai la joie de vous présenter ici mon deuxième roman, écrit entre 1997 et 1998. Ça nous rajeunit pas, hein ? Je suis épargne le calcul, j’avais 16-17 ans. Encore des francs, donc, et encore pas mal de maladresses. J’implore donc votre indulgence à tous les niveaux, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Cette histoire a pour particularité d’être à deux voix. Les deux héros vont ainsi se succéder pour raconter un chapitre chacun leur tour. Pour cette raison, je posterai les chapitres deux par deux. N’hésitez pas à me faire part de vos impressions dans les commentaires 🙂 !

Synopsis : Stéphane, commissaire de police veuf et père de deux enfants, rencontre Marco, un jeune chanteur travesti…

 

MARCO

Chapitre 1 :

Je déchirai la feuille et je jetai les petits bouts dans le Rhône. Je les regardai disparaître dans l’eau sale.

Alors, tout était déjà fini? Il n’y avait pas de solution, pas d’issue? J’inspirai profondément. Je regardai mes mains. Je me dis que je ne résoudrais pas le problème ce soir-là. Je quittai le bord de l’eau pour gagner une cabine téléphonique. J’appellai Monia pour la prévenir que ce n’était pas la peine qu’elle s’occupe de Nicholas ce soir. J’allai le faire. J’allai m’occuper de mes enfants. J’avais le temps, très largement, de gagner l’école. J’y allai lentement. Il n’y avait guère que cela qui me semblait important: aller à la sortie de l’école, chercher Nicholas. Le serrer dans mes bras, le porter dans mes bras, le porter puisque je le pouvais encore, et combien de temps le pourrais- je?

Il y avait des dizaines de mères qui piaillaient devant l’école. Et moi, je me suis dit que mes enfants n’avaient pas de mère, qu’un jour peut-être prochain ils n’auraient plus de père, et que c’était bête, après tout je n’avais que trente-neuf ans. Mais il ne fallait pas que je me mette à regretter. Dieu sait comme l’erreur est humaine, même mon erreur.

Les enfants commençaient à sortir. Nicholas discutait passionnément avec son copain Marcel. Quand il me vit, Nicholas courut vers moi. Je le soulevai, je l’ embrassai. Mon petit Nicholas…

« Qu’est ce qui se passe, Papa? Pourquoi c’est toi ce soir?

-Je t’expliquerai. »

La mère de Marcel vint me saluer.

« Alors c’est vous le papa de Nicholas? »

Peut-être plus pour longtemps.

« C’est moi.

-Il nous parle beaucoup de vous, quand il vient à la maison. Il est très fier de son papa commissaire. »

Je crois qu’alors j’ai souri. Je serrai Nicholas un peu plus fort.

« J’fais mon boulot moi c’est tout… » dis-je.

Il n’y avait rien dont je me moquais plus à cet instant que mon satané travail. Et pourtant qu’avais-je du passer pour y être accepté…

Je saluai la mère de Marcel et je partis. Nicholas était tellement surpris que je le porte qu’il ne protestait même pas.

« Qu’est-ce qui t’arrive Papa?

-Je t’expliquerai… »

Je ne sais toujours pas si j’en avais envie. Je fis goûter Nicholas. Il dévorait férocement ses tartines de Nutella lorsque Jérémie rentra. Lui aussi fut surpris de me voir.

« Ben? Kétufélà? »

Je lui souris. Il posa son sac et s’approcha de moi, une lueur méfiante dans les yeux.

Jérémie avait seize ans, Nicholas venait d’en avoir neuf. Ils étaient mes deux enfants, mes deux amours, mes deux batteries. Deux anges perdus dans ma vie. Et à cause de moi, à cause de ma bêtise, ils risquaient de rester tout seuls…

J’avais très mal.

« Y aurait-il un problème, à tout hasard? » me demanda Jérémie.

Je le regardai sans savoir lui répondre. Jérémie était déjà un homme dans sa tête et son corps suivrait vite. Je le pris dans mes bras. Il n’était plus très habitué à mes marques d’affection mais, sentant que je n’avais pas le moral, il se laissa faire.

« J’ai envie qu’on sorte, ce soir… dis-je. J’ai envie qu’on aille user nos semelles à l’Arc-En-Ciel… Ca vous dit? »

Nicholas bondit de joie. Jérémie me regarda un moment avant de demander:

« Ca va si mal que ça?

-Ouais, c’est… pas le top…. T’as pas envie d’y aller?

-Ben j’avais un peu de boulot…. J’ai une interro demain….

-Interro de quoi?

-Maths.

-Oh, et tu voulais réviser?

-Ben, j’essaye de me maintenir à la moyenne…

-Oh, quand même…. C’est bien la peine de faire des études littéraires si c’est pour réviser des maths! T’as pas envie d’aller à l’Arc’?

-Si, bien sûr, mais…

-Même avec un joli billet d’absence pour demain?

-Officiel? Signé de ta griffe et tout?

-Vui vui.

-Dans ce cas évidemment… »

Il me sourit drôlement.

« Tu dois vraiment aller très mal.

-T’es pas loin de la vérité. »

 

Chapitre 2 :

Moi, quand j’ai rencontré Stéphane et ses deux gônes, j’avais vingt-trois ans, et c’était à L’Arc-En-Ciel. J’y chantais tous les soirs, et c’était très sympa. Beaucoup de gens disaient que c’était un bar gay, mais ce n’était pas vrai. En fait, on y rencontrait de tout, mais rien de pas légal, le patron, Bastien, était très très ferme là-dessus.

C’était un soir tranquille. J’avais chanté un moment, en remarquant à une table en face de moi un beau type qui me regardait mais pas comme les autres. Avec lui, il y avait un ado et un petit garçon. Le type avait l’air triste. Quand j’ai eu fini de chanter, je suis descendu dans la salle sans faire gaffe aux sifflets et aux applaudissements. Et c’est là qu’un vieil obsédé m’a attrapé le bras pour me dire:

« Et ma poule t’es libre ce soir? »

J’avais des vêtements sexys, c’est vrai, mais je ne supporte pas les vieux pervers. Je n’ai jamais su si je lui avais cassé quelque chose en lui écrasant le pied avec mon talon-aiguille. D’ailleurs je m’en fous complètement.

Je me suis assis près du beau type et de ses deux gônes sans leur demander leur avis. Ils rigolaient.

« Beau coup de talon. m’a dit l’ado.

-Ha oui, j’aime bien ça, les talons…. C’est bien pratique des fois. »

J’ai souri au papa.

« Tu m’offres un verre?

-Tu me dragues?

-Ouais. »

Il a encore ri.

« OK. Tu veux quoi?

-Un bon whisky sans eau ni glace.

-D’accord. Vous voulez quelque chose les enfants?

-J’ai faim. a dit le petit garçon. J’veux un gateau.

-Et comme après tu vas avoir soif, tu voudras quoi?

-Un diabolo-menthe.

-Jérémie?

-J’veux bien un petit gateau aussi…

-Et avec?

-Rien, j’ai pas fini mon verre. »

Le papa s’est levé pour aller commander au bar. C’est là que le petit m’a demandé:

« Dis, t’es une dame ou un monsieur-dame?

-Nicholas! » a crié son frère.

Moi, ça m’a fait rire. Le papa est revenu.

« Qu’est ce qui se passe? »

Il s’est rassis.

« Je lui ai demandé s’il était une dame ou…

-Nicholas! »

Le papa a souri et m’a regardé:

« Qu’est-ce que tu réponds quand on te demande ça? »

Je lui ai murmuré à l’oreille:

« A toi je dirais: invite-moi à boire un dernier verre chez toi et tu verras. »

Il m’a souri tristement:

« Très tentant. Sincèrement. Mais ce soir je ne suis pas d’humeur. »

Et merde.

« Ca c’est bête… ai -je répondu. Tu me laisses ton téléphone au moins?

-D’accord… »

Il l’a gribouillé sur un bout de nappe et me l’a déchiré. Je l’ai plié et j’ai tiré ma jupe pour le mettre dans mon bas. J’ai souri, parce qu’en voyant mes jambes, il avait tremblé.

« T’es nouveau ici. m’a-t-il dit.

-Je chante depuis trois semaines… Ca marche bien.

-Tu chantes bien. »

L’ado nous regardait avec des points d’interrogation dans les yeux. J’ai demandé au papa:

« Donne-moi ta main…

-Pourquoi faire?

-Pour la lire. »

Il me l’a tendue avec un sourire moqueur.

« Alors… Hmmm… Je vois… Une enfance heureuse… Des problèmes à l’adolescence… »

J’ai caressé sa paume.

« Un grand amour… Un grand deuil… »

Là, il a tremblé.

« Depuis, une vie sans amour… Juste des corps… »

Je me suis tu un instant. Il avait baissé les yeux.

« Toi, tu vas vivre vieux… Tu vas être malade, mais tu guériras… Je vois… Un autre grand amour…Qui t’accompagnera très longtemps… Ben, jusqu’à la fin en fait… Ta fin sera heureuse… »

J’ai laché sa main.

« Ca c’est une main intéressante. »

Il la regardait d’un air bizarre, sa main. Et puis il m’a regardé, pas convaincu.

« Je vais vivre vieux?

-Très. »

Il a ri mais son rire sonnait faux.

« C’est dommage que tu me crois pas, moi je me suis jamais trompé.

-Où as-tu appris ça? » m’a demandé l’ado.

Je lui ai souri.

« C’est ma maman qui m’a appris. C’était une sorcière.

-Et tu ne te trompes jamais?

-Je ne me suis jamais trompé. »

Le papa a soupiré.

« Je crois que tu viens de faire ta première erreur.

-Moi je crois que c’est toi qui fais une erreur. Tu seras très malade, on est d’accord. Mais tu guériras. »

 

Chapitre 3 :

J ‘étais un peu sonné en quittant le bar avec mes deux fils. Je portais Nicholas qui s’était endormi.
« Sympa, ce Marco. me dit Jérémie.
-Hm. » répondis-je.
Mon grand fils se rapprocha de moi et prit ma main.
« Tu peux peut-être me dire ce qui ne va pas, maintenant? »
J’installai Nicholas endormi à l’arrière de la voiture et m’installai au volant.
« Tu sais tout ce qui est passé dans mon lit depuis la mort de Margot…
-Ca fait même un certain temps que j’ai arrêté de compter, me répondit-il en bouclant sa ceinture.
-Je te comprends.
-Ecoute, Papa, c’est vrai, j’aimerais te voir avec quelqu’un pour de bon. Mais tu es libre, tu fais ce que tu veux.
-J’suis séropo, Jérémie. »
Il se tourna très lentement vers moi. Il me regarda avec un sourire plein de larmes.
« T’as été con à ce point ? »
Profitant d’un feu rouge, j’essuyai ses larmes.
« L’alcool. Les capotes mal mises… Celles qui craquent…
-T’as été voir un médecin?
-Pas encore. Je l’ai su cet après midi. Mais je vais faire vite et bien. T’en fais pas. »
Il explosa.
« Que je m’en fasse pas! Putain tu m’annonces que t’es séropo et y faut pas que je m’en fasse?!!! »
Je me garai sans répondre. Jérémie sanglotait. J’avais le coeur en miettes. Je portai Nicholas directement dans son lit. Jérémie, lui, vint se coucher dans mes bras. Il mit longtemps à se calmer. Puis il y eut un très long silence, dans la chambre.
« Papa?
-Oui?
-Je t’aime.
-Oui, mon grand… Moi aussi je t’aime.
-Tu vas vivre, hein?
-Oui, mon bébé… Calme toi. Je ne suis pas malade et je ne me laisserai pas le devenir. Je me battrai. Je ne veux pas vous laisser. »
Au matin, Jérémie appella le commissariat pour leur dire que j’étais souffrant, puis à mon tour j’appellai l’école et le lycée pour les avertir que Jérémie et Nicholas étaient malades.
Et nous sommes partis. Nous avons fait une longue promenade, tout autour de notre ville. Une belle journée d’école buissonnière. L’après midi, nous sommes allés au cinéma, et le soir, au restaurant. Puis je déposai les enfants chez nous.
Je voulais repasser à l’Arc-En-Ciel, j’avais le sentiment d’avoir été mufle avec Marco, je voulais m’excuser.
Lorsque j’arrivai au bar, il était sur la scène, en train de chanter. Je m’assis au comptoir. La voix de Marco était chaude et douce. Il chantait Que serais-je sans toi, et il me regardait. Comme la veille au soir, il portait une robe sombre et ses cheveux noirs étaient relevés en chignon. Son visage était pâle. Son maquillage faisait ressortir ses yeux, comme un rouge sanglant ses lèvres. Ses mains aussi étaient blanches. De superbes mains, fines et longues. Et ses ongles, taches de sang. On aurait très aisément pu le prendre pour une femme.
Les applaudissements couvrirent ses remerciements. Puis il disparut dans les coulisses. Je me levai pour aller le rejoindre dans sa loge. Lorsque j’arrivai, j’entendis qu’il se disputait avec un autre homme.
« Tu vas venir!
-Non! Vas te faire foutre, Ralph!
-Si, je veux que tu viennes!
-NON!!! Je n’irai pas me faire sauter par cette vieille fiotte! »
Je me précipitai dans la loge. Le dénommé Ralph s’appretait à frapper Marco. Je l’attrapai, le jetai dehors et claquai la porte. Marco me sourit.
Des coups retentirent derrière la porte. Je soupirai et allai ouvrir.
« Quoi? »
Il ne s’était visiblement pas aperçu que je le dépassais d’une tête.
« Heu… Rien rien… »
Je refermai la porte, et me tournai vers Marco. Il rigolait.
« Salut, toi.
-Bonsoir, Marco… »
Je me trouvais bête, tout à coup.
« Je heu… voulais m’excuser pour hier soir… Je n’ai pas été très sympa heu… »
Il s’assit devant sa table de maquillage.
« C’est pas grave. Merci de m’avoir débarassé de Ralph. Il est très chiant.
-Je t’en prie… C’est… C’est ton copain?
-Ca va, tes gônes?
-Ouais,… On s’est promené aujourd’hui… Ca fait du bien. »
On frappa à la porte. Le patron du bar, Bastien, entra.
« Tiens? Salut, Steph.
-Salut.
-Ca faisait un bail qu’on t’avait pas vu… Ca va?
-La routine. Et toi?
-Pareil. Y a un problème avec Ralph, Marco?
-La routine… répondit le jeune homme.
-Si tu veux que je le foute à la porte, tu me le dis, hein.
-Pourquoi, tu peux?
-Ben tiens! C’est toi que j’ai engagé, c’est toi qui payes le loyer et le reste. Lui, c’est un profiteur. Et j’en ai marre qu’il joue au caïd avec mon personnel.
-C’est toi le patron, Bastien. Vas dire à Ralph qu’il profite, il te répondra qu’il est mon agent, que je lui dois tout, et je t’en passe,… et des meilleures…
-Ca, c’est sur aucun papier et encore moins sur ton contrat. »
Démaquillé, Marco se leva pour se glisser derrière son paravent.
« C’est toi le patron. » répèta-t-il.
Bastien soupira, me salua et ressortit.
« Marco?
-Oui, Steph?
-Tu es libre… ce soir?
-Oui… Pourquoi?
-Je n’sais pas trop… J’ai pas envie de rester tout seul. »
Je l’entendis rire.
« Tu veux vérifier que je suis pas une fille?
-Pas spécialement… Tu es très attirant mais baiser pour baiser ça ne me dit plus rien… Je crois que j’ai envie d’une vraie histoire d’amour. »
Il revint, vêtu d’une robe mi-saison simple et belle. Il se rassit devant son miroir pour se remaquiller, mais beaucoup plus sobrement.
« Je connais une petite boite sympa, si tu veux. dit il.
-Pourquoi pas.
-Pas pour y passer la nuit… Mais pour quelques heures, c’est bien.
-Et après?
-On verra. »

Chapitre 4 :

C e soir-là, Stéphane a vraiment été très gentil. Il me regardait mais il n’y avait rien chez lui qui me rappellait les autres. Lui ne m’assommait pas de questions et il ne crevait pas d’envie de me jeter sur son lit, c’était clair. Au contraire, il me parlait de lui, de ses enfants, et même de la femme qu’il avait aimé comme un dingue, Margot. Il avait beau essayer de le cacher, je voyais bien qu’il était très triste quand il parlait d’elle. Et puis, il m’a raconté que, comme il était très malheureux, en veuf, il avait sauté à peu près tout et tous. Pour finir par m’avouer, comme si de rien n’était, qu’il était séropo. Là, il y a eu un petit silence. J’ai pris sa main.

« Tu vivras, Steph… Je te l’ai dit hier. Tu vas guérir. C’est écrit. »

Il m’a souri, tout triste.

« Et toi? Tu ne parle jamais de toi? »

Aïe.

« J’aime pas bien ça. Ca me gène et puis… Y a pas grand chose à dire. »

Il m’a encore souri et puis il a baillé.

« Je vais rentrer. Tu veux venir ou tu préfères que je te dépose au bar?

-T’as changé d’avis?

-Non… Mais j’ai pas envie de dormir tout seul. »

Moi, je ne mourrai pas d’envie de rentrer au bar. Ralph devait m’attendre.

« J’veux bien venir avec toi. »

Il a souri. On est sorti de la boite. Il tombait un petite pluie. Steph a pris ma main. On a marché un moment parce que la voiture était un peu loin. Moi, je me demandais si ce beau mec était vraiment aussi gentil qu’il en avait l’air ou si sa violence, il la cachait.

Dans la voiture, il m’a dit:

« Tu as vraiment des problèmes avec ce Ralph?

-Ben…

-Je peux le calmer, si tu veux, hein. »

Là, j’ai rigolé.

« Tu veux lui casser la gueule?

-Non, mais… Tu sais il y a plein de moyens tout à fait légaux.

-Bof…

-C’est toi qui vois, si je peux t’aider. »

C’était rudement calme chez lui. Il m’a fait signe de ne pas faire trop de bruit, ses gônes dormaient. On est allé dans sa chambre. J’ai enlevé ma robe et puis j’ai défait mon chignon pour me faire une tresse. Lui s’est couché, apparemment nu. Je me suis sérieusement demandé si j’avais bien fait de le suivre. Et puis je me suis dit qu’il ne pouvait pas être pire que Ralph. J’ai enlevé mes bas et mon porte-jaretelles. Je l’ai regardé. Il avait beau avoir les yeux à moitié fermés, il me matait. J’ai soupiré et je me suis couché près de lui. Il a éteint la lampe. J’étais intrigué. Au bout d’un moment, il s’est approché et m’a pris dans ses bras.

« Hé! Faudrait savoir! »

Il m’a serré et il a dit:

« Ben quoi? Ca t’est jamais arrivé de dormir contre quelqu’un? »

Alors là j’étais scié. Lui, il est resté comme ça et il a fini par s’endormir. Pèpère. Son corps était tout chaud et tout mou.

Moi, je n’en revenais pas. Dormir contre quelqu’un? J’avais déjà dormi comme ça moi? Peut être avec Ralph au tout tout début mais ça ne m’avait pas franchement marqué. Et Steph m’avait dit ça comme si rien n’était plus normal. Enfin, c’était agréable.

J’ai fini par m’endormir aussi.

Il m’a réveillé tout doucement à sept heures et quart.

« Marco?… Marco, réveille-toi… »

J’ai un peu ouvert les yeux.

« Tu n’es pas trop fatigué?

-Hmmmnon…

-Il faut que j’accompagne Nicholas à l’école avant d’aller au boulot… Tu veux en profiter? Le bar est sur la route…

-Ouais, pourquoi pas…

-Mais si tu veux encore dormir, tu peux, hein. Ca ne me gène pas.

-Non non, ça va… J’vais me lever…

-Tu veux un café?

-Ha ouais, j’veux bien, merci… »

Il m’a souri et a caressé mes cheveux.

« Tu as bien dormi? a-t-il demandé.

-Hmmmouais…

-Je n’ai pas trop bougé?

-Non, non…

-Ha bon…

-Et toi?

-Moi…? Ca va, aussi… Tu es… très doux… »

Là, j’ai du sourire. Il n’avait pas l’air de savoir quoi faire. Il s’est penché et il a embrassé mon front, tout doucement. Et puis il a quitté la chambre.

 

Chapitre 5 :

Je regardais des dossiers parfaitement dénués d’intérêt. En fait, je crois surtout que je faisais semblant de ne pas m’ennuyer. Et puis j’y renonçai. Je m’affalai sur mon siège et me mit à réfléchir à ma relation avec Marco. Je ne l’avais pas revu depuis quelques jours. Je pensai que je devais être en train de tomber amoureux. Je me dis qu’il allait falloir que je repasse au bar…
C’est alors que j’entendis des éclats de voix et que je me levai pour aller voir ce qui se passait. Je sortis donc de mon bureau et, m’approchant, je reconnu la voix de Marco.
« Laissez-nous ! Vous avez pas le droit ! »
Mes gars devaient encore faire du zèle. J’arrivai dans la grande salle où l’on accueillait nos visiteurs, et où se trouvaient quelques cellules pour notre clientèle habituelle. C’était bien Marco, avec un autre travesti de l’Arc En Ciel, que je connaissais sous le nom de Fatima. Marco portait des lunettes noires. Un de mes inspecteurs, Bertram, s’approcha de moi:
« Mein Chef ?
-Qu’est-ce qui se passe ?
-C’est Antony… Il a été très vexé que vous l’ayez mis à la circulation, alors il ramène tout ce qui lui semble suspect. »
Je m’approchai, avec Bertram, comme Antony ordonnait à deux subordonnés d’enfermer les deux travestis.
« Qu’est-ce qui se passe, Antony ?
-Ho rien, patron… Juste deux putes qui…
-Putain !!! explosa Marco. C’est pas croyable merde ! On peut plus se balader sans se faire embarquer ou quoi ?! »
Il me reconnut brutalement.
« Hé, qu’est-ce que tu fais là toi ? »
Antony voulut le frapper, en lui ordonnant de « respecter son patron ». Je le retins.
« Couché, toi, je les connais. Qu’est-ce qui se passe, Marco ?
-Il se passe que je me balade avec Fati pour aller nous acheter trois fringues et que ce connard nous embarque pour racolage ! »
J’échangeai avec Bertram un regard entendu.
« Allez, filez, vous deux… Je passerai ce soir. Tu chantes, Marco ?
-Ouais…
-Alors, à ce soir. »
Fatima me fit la bise en me remerciant, Marco me sourit timidement et ils partirent.
« Bon. Viens dans mon bureau, Antony, on a un petite mise au point à faire. Tu suis, Bertram ?
Okay. »
Une fois entre mes quatre murs, j’inspirai profondément pour ne pas m’énerver.
« Bon. Antony, je t’ai mis à la circulation parce que tu avais interrogé à coups de poing un gamin à peine majeur sans vérifier son alibi qui était vrai… Penses-tu réellement avoir une chance de remonter dans mon estime en embarquant n’importe qui ?
-Mais patron, ces deux-là… Je me suis dit…
-Deux coupables idéals. Deux travelos qui se baladent ne sont pas fondamentalement deux putes qui racolent… Je te conseille d’apprendre à faire la différence. Compris ? Bon, je te remets à ton poste, mais tu as tout intérêt à faire gaffe. Tiens toi le pour dit. Allez, casse-toi. »
Il sortit, tout penaud.
« Qu’en dis-tu, Bertram ?
-Je pense qu’il a compris.
-J’espère. Bon, tiens le à l’œil pour moi. Et veille à ce qu’il n’ait que des petites affaires quelques temps.
Okay.
-Autre chose ?
Ach… Vous le connaisssez bien, ce… Marco?
-Comme ça, pourquoi ?
-Son… Ach! Comment dit-on ? Un certain Ralph, je crois…
-Quoi ? Un maquereau ?
-Ouais… Mêlé à des petites magouilles… Drogues, raquettes, vols… On a jamais rien pu prouver mais bon…
-Je vois.
-Demandez à André, c’est lui qui s’en était chargé.
-Merci du tuyau.
-Je vous en prie. »
Il sortit à son tour. Je me mis à réfléchir. Si Ralph faisait des sales trucs, Bastien, tel que je le connaissais, avait sûrement remarqué quelque chose. Et Marco?
Mon petit Marco…
Encore un ange perdu.
Je n’allais pas me contenter de l’écouter chanter, à l’Arc En ciel, ce soir-là…

Chapitre 6 :

Ralph devait trainer avec ses copains. Il n’était pas là en tout cas. Fati et moi, on a rangé ce qu’on avait acheté. Elle me regardait, elle était inquiète.
« Enlève ces lunettes, Marco! Ça te fait un tête d’enterrement !
-Pour que tout le monde voit mon gnon ? Merci!
-Ça te mange la moitié du visage ! Montre voir ? On peut peut-être le cacher ? »
J’ai enlevé mes lunettes à contre cœur.
« Putain y t’a pas loupé!
-Ça… »
Elle a pris sa trousse à maquillages.
« J’essaie, tu veux bien?
-Vas-y. »
Elle s’est mise au boulot avec beaucoup d’application.
« T’as tort de le laisser te diriger, comme ça…
-Il a des arguments frappants.
-Ouais, ben ça d’accord mais quand même ! Marco ! On est tous avec toi ici ! Ferme les yeux… Bastien n’attend qu’un mot de toi pour le foutre dehors !
-S’il voit ça, il n’attendra plus rien.
-Tu m’étonnes… Non mais y en a marre ! Lui, des fois, il part trois jours sans qu’on ait de nouvelles, toi tu passes une nuit dehors et il te fout un coup en rentrant !
-S’il avait fait que ça… »
Elle a sursauté.
« Quoi ?! Il a fait autre chose que te taper ? »
J’ai rigolé tristement.
« Et oui… Tu m’as pas vu de toute la matinée, ça t’a pas mis la puce à l’oreille ? »
Elle a réfléchi une seconde.
« Ça t’arrive de rester enfermé dans ta chambre… J’ai pas fait gaffe, ce matin… Qu’est-ce qu’il a fait ?
-Ho, la routine. J’aurais très mal la prochaine fois que j’irai chier.
-Quoi ?! … Merde, Marco ! Il t’a… violé ?
-Penses-tu… J’étais tellement sonné qu’il n’a pas du voir que j’étais pas d’accord… »
J’ai senti qu’elle tremblait.
« Marco… »
Un silence.
« Pourquoi tu le laisses te faire ça ?
-J’peux rouvrir les yeux?
-Oui… »
Elle m’a tendu un miroir.
« Hmmm… De loin ça ira, mais de près faudra que je garde mes lunettes…
-Ho, tu crois ?
-Voui… »
J’ai remis mes lunettes.
« Si t’as besoin d’un protecteur, prends en un autre ! T’es pas sa chose merde !
-Va lui expliquer. »
Elle a soupiré.
« Y a plein d’hommes qui sauraient t’aimer.
-Cites en un pour voir ?
-Stéphane.
-Le poulet ? Merci !
-Ho, remballe tes préjugés ! Tu le connais enfin ! Il est raide dingue de toi !
-Cot cot cot…
-Arrête, Marco, t’es pas drôle. On voit bien que t’étais pas là avant qu’il soit commissaire ! Y avait des descentes de flics presque toutes les semaines ici ! Et ils nous embarquaient pour rien ! Avec Steph, ils l’ont fait une fois, ça. Il était là avec ses gônes. Ben, crois moi, il leur a passé un de ces savons, ils ont plus jamais recommencé. »
Elle m’a souri.
« Tu ferais bien de te mettre avec lui… Il est très gentil et puis tu serais vraiment à l’abri de Ralph et de ses copains… »
J’ai haussé les épaules.
« Essaye, au moins ! T’as rien à perdre…
-Bof…
-Il a dit qu’il passait, ce soir.
-J’ai pris assez de coups pour aujourd’hui.
-Ralph n’est pas là !
-Franck si. Et comme Franck est un copain de Ralph, il ira tout lui raconter.
-Tu crois?
-Et oui… Je suis surveillé, qu’est ce que tu crois.
-On peut arranger ça avec Bastien.
-Tu te prends le chou pour des broutilles, ma chérie.
-T’es pas des broutilles, Marco.
-Bah… »
Je me suis levé.
« Et ben ! Avec tout ça, on a juste le temps d’aller manger avant de se préparer… Tu viens, Fati ?
-Tu m’énerves, Marco.
-Ouais, ouais, je sais. »
On est redescendu au bar. Il était presque vide. On s’est assis au comptoir. Bastien s’est approché de nous.
« Y fait faim ?
-Oui, a répondu Fati. Qu’est-ce que tu as à nous proposer ?
-Ce soir : poisson en sauce et riz ou crêpes, jambon, jambon de dinde pour toi, Fati, fromage, œuf, chocolat, confiture, sucre…
-D’accord pour les crêpes… Pareil, Marco ?
-Ouais.
-Ça marche. »
Bastien est allé prévenir son cuisto, et puis il est revenu vers nous.
« Je vous offre un verre en attendant?
-C’est pas de refus.
-Marco ?
-Whisky, tu me connais.
-Fati ?
-Ho, une bière sans alcool.
-Ça roule… »
Fati a rigolé.
« Ça marche, ça roule… Ça volera tout à l’heure ?
-On verra. »
Il nous a servi et s’est servi un demi-citron.
« Ça te va pas ces lunettes, Marco.
-Je sais, Bastien.
-Je t’ai pas vu ce matin, tu dormais ?
-Non, Ralph l’a corrigé, soufla Fati.
-Fati !
-Désolée, Marco.
-Je sens qu’il va aller voir chez un des ses copains s’il y a un lit pour lui, le Ralph. Y commence à sérieusement me gonfler.
-Laisse, Bastien.
-Non, Marco, y en a marre ! Il fait comme s’il était chez lui, il te cogne, il ramène des types louches… Je suis chez moi, ici ! Et je tiens à ma réputation.
-C’est toi le chef, Bastien. Mais crois moi, si tu fous Ralph dehors, il reviendra me chercher avec vingt copains qui te casseront tout en partant.
-Et alors ? Tu vaux bien plus que quinze tables, trente chaises et cinquante verres.
-Moi ?!! Tu rigoles ? »

Chapitre 7 :

J ‘avais prévenu Monia et par elle Jérémie que j’avais une petite enquête à faire et qu’il ne fallait pas m’attendre.

J’arrivai au bar de bonne heure. Marco, Fatima et Bastien étaient en pleine discussion à un angle du comptoir. Je m’assis près d’eux.

« Salut, Steph.

-Salut, Bastien.

-Qu’est-ce que je t’offre ?

-Un monaco.

-Ça vole. »

Marco et Fatima éclatèrent de rire. Je renonçais à comprendre.

« Tu veux manger quelque chose? me demanda Bastien.

-Qu’est-ce qu’il y a ?

-Des crêpes, dirent-ils tous les trois ensemble.

-Ha oui, je veux bien. »

Bastien s’éloigna dans la cuisine.

« Désolé pour tout à l’heure. dis-je.

-C’est pas grave. » me répondit Fatima.

Marco s’est allumé un cigarette.

« Ça te va pas ces lunettes, Marco.

-Je sais. »

Il sourit mollement.

« Vraiment, vous avez rien d’autre à dire ?

-On y peut rien, ça te va pas. » lui répéta Fatima.

Bastien revint avec mon monaco.

« Enlève ces lunettes, Marco. »

Le garçon s’écroula, secoué d’un rire nerveux. Puis il se redressa, et enleva ses lunettes d’un geste mécanique.

« Vous faites chier.

-Houlà ! m’exclamai-je. Beau cocard.

-Répète ça et je les remets.

-Excuse-moi. »

Il y eut un silence. Marco fumait nerveusement. Bastien nous apporta les premières crêpes.

« Vous heu… Vous avez pu acheter ce que vous vouliez ? demandai-je.

-Oui, oui. » me répondit Fatima.

Marco écrasa son mégot dans un cendrier, remit ses lunettes et partit dans les coulisses.

« Steph?

-Oui, Bastien ?

-J’ai le droit de foutre Ralph dehors ?

-Il est locataire ?

-Non, il squatte la chambre de Marco.

-Son nom n’apparait sur aucun papier ?

-Aucun.

-Alors tu peux, sans problème.

-Et si ses copains viennent enlever Marco et tout casser ? demanda Fatima.

-Je saurais contre qui porter plainte. répondit Bastien.

-Et je saurais qui arrêter. enchainai-je.

-Steph, toi au moins t’es un frère !

-Attends, Bastien, on se connait depuis trente ans, je peux bien d’aider de temps en temps. Là, j’ai pas toutes les données du problème par contre… Ça a commencé comment cette histoire ?

-J’ai rencontré Marco chez Maurice. me dit Fatima. Il chantait un peu, m’enfin Ralph trouvait toujours des mecs qui avaient envie de le sauter, alors ils le payaient et Ralph les envoyaient rejoindre Marco.

-Je vois, et quand on a fermé chez Maurice le mois dernier à cause des histoires de cames, ils se sont retrouvés à la rue…

-Je l’ai engagé presque tout de suite. continua Bastien. Ils squattaient chez un mec pas clair du tout, un copain de Ralph… Marco est venu s’installer ici. Ralph était là dans les vingt-quatre heures.

-C’est Franck qui le prévient, dit Fatima.

-Je m’en doutais… soupira Bastien. Je vais voir ce que je peux faire… Fati m’avait prévenu du « commerce » de Ralph et je lui ai très clairement expliqué que mon bistro n’était pas un bordel.

-Et ?

-Ses clients ne viennent pas ici. Seulement, certains soirs il embarque Marco après son tour de chants.

-Je vois. »

Fatima soupira tristement.

« Faut qu’on fasse quelque chose… Je supporte plus de voir Marco comme ça.

-Si Ralph a le culot de revenir, il ne restera pas longtemps.

-Merci, Bastien.

-De rien, vraiment. Tiens, voilà Franck… »

Bastien l’appella. Le serveur s’approcha.

« Oui, Bastien ? »

Devant nos airs, il s’inquiéta.

« Quoi, y a un problème ?

-Ouais, Franck. »

Bastien lui sourit aimablement.

« Tu te souviens que ton CDD expire à la fin de mois ?

-Heu… Oui…

-Alors permets moi de te donner un bon conseil : si tu veux qu’il se change en CDI, tu as intérêt à arrêter de tenir Marco à l’œil comme Ralph te l’a demandé. Et puis, tant que tu y es, coupe carrément les ponts avec Ralph. C’est un conseil.

-OK… »

Franck s’éloigna pour aller se changer.

« Et voilà.

-Tu crois qu’il va marcher ?

-Une copine et un gosse à charge. Il a pas réellement le choix. »

Bastien but un gorgée de bière au citron.

« Fati et moi, reprit-il, on va tenir Franck à l’œil. Si ça s’aggrave, on te prévient.

-Vous pouvez compter sur moi. »

Fatima me remercia chaleureusement et nous laissa pour aller se changer.

« Steph ?

-Vui ?

-Comment toi, tu expliquerais que Ralph tienne Marco comme ça?

-C’est à dire ?

-Je ne comprends pas. Marco n’est pas un camé, et il a trop de caractère pour avoir simplement peur… Ou du chantage ?

-Tu veux que je fasses des recherches ? Pour savoir s’il a un casier ?

-Tu peux ?

-Oui, il me faut son nom.

-Ho, c’est Micheno… Je vais te le noter. »

 

Chapitre 8 :

J ‘avais chanté sans mes lunettes et apparemment les gens n’avaient rien remarqué. Mais je ne m’en étais pas approché et j’avais filé dans les coulisses très vite, sans attendre qu’ils aient fini de m’applaudir. J’étais allé dans ma loge.

Je me démaquillais quand Stéphane est entré.

« Tu chantes vraiment très bien, Marco.

-Hm…

-Comment te sens-tu ?

-Chuis crevé… »

Je me suis levé et j’ai essayé d’ouvrir la fermeture éclair de ma robe, mais elle était coincée. Stéphane s’est approché:

« Laisse-moi voir… »

Il l’a débloquée et il l’a ouverte. Et puis il a vaguement caressé mon dos avec sa main qui tremblait un peu. Je me suis vite planqué derrière mon paravent.

« Laisse-moi, Steph, je suis crevé, je vais aller dormir.

-D’accord, Marco… »

Il est sorti.

« Dors bien, petit ange… » a-t-il murmuré en refermant la porte.

J’ai enfilé mon peignoir. Je me sentais vraiment en miettes. Allez… Mon lit et dormir…

Ralph est entré sans frapper, comme toujours, au moment où je nouais le cordon de mon peignoir. Il était bien la dernière personne que j’avais envie de voir ce soir-là;

« Qu’est-ce que tu fais, Marco ?

-Cette question ! Je vais dormir. »

Je me suis avancé pour sortir, il s’est interposé :

« T’es pas fou ? Y a la bande à Julien qu’est là ! On « fait une fête » chez Mimi ! Je leur ai dit que tu venais !

-Je suis crevé, Ralph.

-Ho, fais un effort ! Ils t’attendent tous !

-Pour me passer sur le dos, je connais, merci. Non, Ralph, je suis crevé, j’en ai marre, j’ai pas envie d’aller me faire sauter dans tes partouzes, d’accord ! Laisse-moi sortir !

-Seulement si tu me suis.

-Putain tu fais chier…

-Allez Marco, fais un effort quoi! Ils tiennent beaucoup à ce que tu viennes…

-Pfff…

-Allez ! Ils vont m’en vouloir après… Tu sais de quoi ils sont capables…

-Ralph, ils vont me faire mal…

-Ho mais non… Allez viens… Je leur dirai d’être gentils… »

J’ai soupiré.

« Allez fais toi beau.

-Ralph…

-Oui?

-La prochaine fois, préviens-moi avant.

-Promis. »

J’ai enfilé la première robe qui m’est tombé sous la main, je me suis fait une tresse et je me suis maquillé rapidement. Ralph m’a aidé à enfiler mon manteau.

« Je t’adore, Marco.

-Ouais, ouais. »

Il a rigolé.

« Tu es superbe… Dommage pour le gnon, ça fait un peu tache.

-Fallait réfléchir avant.

-Oui, bon, je me suis un peu énervé… Mais qu’est-ce qui t’as pris d’aller me tromper avec un flic?

-Je t’ai déjà répété un bon millier de fois qu’on avait pas baisé et putain je savais pas qu’il était flic. »

Je lui ai fait un grand sourire.

« Et puis ça te gène pas tant que ça quand tu me fais coucher avec tes copains.

-C’est pas pareil.

-Même quand c’est des gros porcs qui me ligotent !

-Ho, n’exagère pas…

-Comme si tu ne le savais pas…

-Non, je te jure… Dis-moi qui c’est, tiens, je leur demanderai de plus recommencer.

-C’est ça…

-Marco ! »

Il a caressé ma joue.

« Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu ne me crois pas ? »

Je n’ai pas su quoi répondre.

« Allez viens, on va être en retard.

-Je suis vraiment obligé de venir ?

-Oui, ils te réclament. »

J’ai encore soupiré. Je les connaissais, leurs « fêtes ». Ralph m’avait fait mal ce matin. Et eux aussi ils allaient me faire mal. Enfin… Ce n’était, après tout, qu’un autre mauvais moment à passer. Je n’avais pas très envie que Ralph aille chercher ses copains pour qu’ils m’y emmènent de force. Alors je l’ai suivi. On est redescendu et on a traversé le bar. Les copains nous attendaient dehors.

Chapitre 09 :

Je jouais aux dés avec Bastien et Fatima lorsque Ralph et Marco, qui baillait à s’en décrocher la mâchoire, traversèrent le bar devant nous.
« Ho, ho… dit Bastien. Fati ? »
Elle regarda dehors.
« Merde ! C’est la bande à Julien !
-Houlà !
-Qui ? demandai je.
-Ils font des partouzes hard qui se noient dans l’alcool et la came… me répondit Bastien.
-Bon. Bastien, tu rentres Marco, décidai-je, de force s’il le faut, moi, je mate ces types.
-À vos ordres ! »
Ralph échangeait avec le dénommé Julien quelques obscénités concernant Marco, sous l’oeil las de ce dernier qui se laissait peloter par quelques-uns des « copains » présents.
Bastien se faufila et ceintura Marco pour le rentrer. Marco parvint à se libérer avant la porte et regarda Bastien.
« Quoi…?»
Bastien l’attrapa par le bras pour le tirer:
« Vas dormir, t’es crevé… »
Bien évidemment, les peloteurs auxquels s’ajoutaient Ralph et Julien s’approchèrent, et moi je m’interposai:
« Vous avez un problème, les gars? »
Dans mon dos, Bastien essayait de convaincre Marco de rentrer.
« Regarde-toi enfin… T’as eu une journée fatigante, t’es à bout là, il faut que tu te reposes… »
J’avais ma main pas loin de mon arme de service, au cas où.
« Qu’est ce que vous faites, là ? grogna un des gars.
-Ben, on pense que Marco n’avait pas très envie de vous suivre. Alors on l’aide à se décider.
-Qu’est-ce que c’est que cette histoire! cria Ralph. Marco a très envie de venir ! Il a le droit enfin !
-Le droit d’aller se faire violer par tes copains ? Je crois pas, non.
-Comment ! C’est quoi ces insinuations ! Marco ! Dis-lui que t’as envie de venir allez ! On va être en retard ! »
Un bâillement empêcha Marco de répondre.
« Allez viens Marco, dit tout doucement Bastien en passant son bras autour de ses épaules. Tu vas prendre froid… Tu dors debout.
-Tu crois..? Il faut…?
-Oui, allez viens.
-Mais Ralph…
-Ralph, je l’emmerde. Allez viens. »
L’un des gros bras voulut faire le méchant et s’approcha de moi avec les poings serrés. Je lui mis le canon de mon arme sous le nez:
« Toi t’as de beaux yeux… »
Fatima sortit pour aider Bastien. Vaincu, Marco la suivit. Bastien s’approcha de moi:
« C’est bon. » me murmura-t-il.
Je poussai intérieurement un immense soupir de soulagement.
Comprenant ce qui se passait, quelques clients du bar sortirent pour nous soutenir.
« M’enfin c’est pas croyable ça ! se remit à crier Ralph. J’ai même plus le droit d’emmener mon copain à une fête?!!
-J’admire ta suite dans les idées, dis je.
-Marco n’est pas ton copain, Ralph, dit Bastien qui visiblement retenait une très, très grosse colère.
-Comment ça, “pas mon copain” ?!
-Tu le traites comme une pute ! s’écria un de nos alliés.
-J’aurais pas dit ça comme ça, mais c’est à peu près de cette façon que je vois les choses, approuva Bastien.
-Moi aussi. » fis-je.
Le gros bras s’étant reculé, je baissai mon bras. Ralph nous sortit alors une longue liste d’arguments que Bastien interrompit d’un « Tu veux nous endormir, peut-être ? » dédaigneux qui déclencha l’hilarité dans notre camp.
« Vous pouvez partir, repris-je. On ne vous laissera pas emmener Marco. On est tous témoins qu’il est rentré dans le bar de son plein gré parce qu’il ne voulait pas vous suivre.
-On est tous témoins du contraire, hé ! connard ! cria un des “copains”.
-Tu sais ce que ça coûte, injure à un commissaire de police, toi ? »
On sentit alors une certaine hésitation dans le camp adverse.
« Ha c’est toi le flic qui drague Marco quand je suis pas là ?!
-Marco n’est pas à toi, Ralph. »
Ralph s’énerva.
« Qu’est-ce que t’en sais ! cria-t-il. Après ce que j’ai fait pour lui…
-Qu’est-ce que tu as fait pour lui ? À PART LE VENDRE À TES COPAINS!!! »
J’explosai.
« T’es rien, Ralph ! Rien d’autre qu’un petit maquereau minable ! Allez casse toi ! Et cassez-vous aussi tas de branleurs ! Et vous rapprochez pas de Marco ou je vous promets de très gros problèmes !
-Tiens-toi le pour dit, Ralph. » conclut Bastien.
Et nous sommes rentrés en claquant la porte.
Marco était assis sur le bord de la scène. Il pleurait en silence et tremblait comme une feuille. Fatima lui apporta un whisky et s’assit près de lui.
« Calme-toi, Marco. Tout va bien. »
Bastien et moi nous sommes approchés.
« Ça va, Marco? »
Il haussa les épaules.
Ralph entra pour faire une tentative qui devait être la dernière.
« Marco ! »
Le garçon se remit à trembler en le regardant.
« Allez viens ! Marco ! Allez mon chéri fais moi plaisir ! »
Deux clients l’attrapèrent pour le mettre dehors.
« Marco ! S’il te plait ! Ils vont m’en vouloir ! Marco ! »
Marco eut un mouvement pour se lever, mais Fatima le retint doucement. Les deux hommes jetèrent Ralph dehors. Il partit avec la bande de Julien.
Fatima passa ses bras autour de Marco:
« Il faut que tu ailles te reposer, mon grand…
-J’aurais dû y aller… Ils vont le frapper… »
Bastien s’assit près de Marco, de l’autre côté.
« Il le mérite Marco ! Faut pas culpabiliser, enfin ! Tu lui appartiens pas, merde ! Faut que tu sortes de ça Marco ! T’as le droit de faire ce que tu veux ! ET lui n’a aucun droit sur toi! Il abuse de toi, c’est tout ce qu’il fait !
-C’est pas vrai il m’aime… »
Bastien s’énerva.
« Non, Marco ! Il ne t’aime pas ! S’il t’aimait il ne te frapperait pas ! Il ne te violerait pas et il ne te vendrait pas !
-Il ne me vend pas…
-Ho si il te vend ! Et il s’en vante ! L’autre jour encore je l’entendais dire à un de ses copains que tu étais une bonne gagneuse ! »
Comme frappé par un fouet, Marco se leva d’un bond:
« T’as pas l’droit d’dire ça Bastien !
Bastien ne répondit pas. Il regardait Marco avec un air désolé et soupira. Fatima les regardait l’un après l’autre, effarée.
Marco éclata en sanglots.

Chapitre 10 :

J’avais très mal. J’étais au bout du rouleau, je n’en pouvais plus. Stéphane s’est approché et m’a tout doucement pris dans ses bras, il m’a serré et bercé comme un gros bébé. Je sanglotais. Je me suis calmé au bout d’un long moment. Les gens qui étaient encore là étaient venus vers nous. Ils disaient qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, qu’ils étaient avec moi, que Ralph ne me ferait plus jamais de mal. Stéphane a caressé mes cheveux.
« Il faut que tu ailles dormir, petit ange… a-t-il dit. Hein ? Va te reposer, Marco… On reparlera de tout ça demain matin, d’accord ? »
Qu’est-ce que j’étais bien serré contre lui ! Ça faisait un bail que je ne m’étais pas senti en sécurité comme ça. Stéphane m’a soulevé et il m’a porté jusqu’à mon lit, où il m’a posé tout doucement. Et puis il a voulu sortir.
« Stéphane…
-Oui ?
-Reste un peu, j’ai peur… »
Il s’est assis près de moi et il a remonté mes couvertures sur mes épaules.
« De quoi tu as peur, Marco ?
-Du noir… D’être tout seul… Reste, dors avec moi… »
Il a souri. Fati est arrivée.
« Ça va ?
-Je vous dormir avec lui, Fatima. Vous pouvez prévenir Jérémie ?
-D’accord. On s’en occupe tout de suite. »
Stéphane s’est déshabillé et il s’est tassé près de moi dans mon petit lit. Je me suis blotti contre lui.
« Tu trembles, Marco…
-J’ai froid… »
Il m’a serré contre lui. Il a caressé ma joue.
« Dors, Marco… Tu ne risques rien… Je suis là. »
Je me suis vite endormi. C’était bizarre, cette impression de sécurité. Mais pas désagréable.
J’ai dormi comme une pierre. Quand je me suis réveillé, Stéphane n’était plus là. Le soleil éclairait ma chambre. Je me suis levé. Je ne tenais pas très bien sur mes jambes. J’avais dormi tout habillé, ma robe était toute froissée. Je l’ai enlevée, j’en ai enfilé une autre et je suis descendu au bar. Bastien et Fati m’ont salué gentiment quand je me suis assis près d’eux au comptoir.
« Alors Marco ? Bien dormi ?
-Oui… Quelle heure il est ?
-Presque midi, m’a répondu Fati.
-Tu veux un café ?
-Ha, j’veux bien, oui… Merci, Bastien… Stéphane n’est pas là ?
-Il est à son travail. Il nous a dit qu’il viendrait déjeuner… Ce qui veut dire qu’il ne devrait pas tarder. Il voulait qu’on fasse le point tranquillement, et avec toi. »
J’ai souri. Bastien m’a donné mon café, je l’ai sucré et je me suis mis à le touiller sans y penser.
« Il est gentil…
-Très gentil, Marco, a corrigé Bastien.
-Et très amoureux de toi, a ajouté Fati. Tu devrais y réfléchir, mon grand.
-Arrête de jouer la mère maquerelle, Fati.
-Je suis sincère, Marco. »
J’ai bu mon café avec beaucoup de plaisir.
« Comment te sens-tu ? m’a demandé Bastien.
-Physiquement, bien.
-Et moralement ?
-T’as pas une arme que j’me flingue ?
-Je vois. C’est clair… Allez, du courage. Faut que tu surmontes ça.
-Facile à dire, beau brun.
-M’appelle pas “beau brun”, Marco…
-Pourquoi, Bastien ? C’est vrai que tu es beau.
-Très beau, a ajouté Fati. Pis t’as d’beaux yeux… T’es très bien pour ton âge.
-Qu’est-ce qu’il a mon âge?!
-Rien… Mais tu pourrais être beaucoup plus mal.
-Là t’as juste un ou deux kilos en trop.
-C’est pas grâve… Faut juste que tu te surveilles un peu.
-C’est vrai, faut pas que ça s’aggrave… »
Bastien nous regardait avec des yeux ronds.
« Si tu veux, on peut te surveiller. » a ajouté Fati.
Bastien s’est tiré en profitant qu’un client l’appelait. Fati m’a souri.
« Ça faisait combien de temps que tu vivais avec Ralph ?
-Cinq ans… Presque six.
-Ho… Ta seule histoire ?
-Ouais, plus ou moins… Je tiens pas à parler de ce qu’il y a eu avant.
-Je n’allais pas te le demander. Ça faisait longtemps que tu chantais chez Maurice?
-Un an, un peu plus… Avant on a squatté chez ses copains…
-Ils te… Heu…
-Ouais, ils me sautaient. Mais, tu crois vraiment qu’ils payaient Ralph par-derrière?
-Hélas, mon chéri, j’en suis sûre… Ralph ne bossait pas. Son pognon, il le tirait d’où, à ton avis ?
-Je sais pas moi… Tu sais, lui et ses magouilles…
-Ça te fait mal, hein ?
-Quoi ?
-Réaliser qu’il se servait de toi, qu’il ne t’aimait pas… C’était à cause de ça que tu lui passais tout, pas vrai ? Parce que tu croyais qu’il t’aimait… et qu’il était le seul à t’aimer… »

 

Chapitre 11 :

Marco buvait un café en pleurant doucement lorsque j’arrivai. En m’approchant, j’entendis Fatima, qui était assise près de lui, lui dire :
« J’ai connu ça aussi, tu sais… »
Je fis la bise à Marco qui me sourit en essuyant ses larmes.
« On va se mettre à une table ? proposai-je.
-D’accord, répondit Fatima. On sera mieux. »
Marco s’assit à côté de moi sur la banquette. Fatima s’installa en face de nous. Bastien s’approcha :
« Qu’est-ce que je nous sers ?
-Qu’est-ce que tu as ?
-Des frites avec ce qu’on veut : jambon, steak, moules, poisson… »
Tout le monde fut d’accord pour prendre des steaks, et, un peu plus tard, Bastien nous apporta quatre assiettes fumantes, avec les condiments appropriés. Puis il confia le service à Franck et s’assit près de Fatima.
« Alors, Marco, demandai-je, comment te sens-tu ?
-À pendre.
-Je vois. »
Je hochai la tête :
« J’ai pas de cordes, désolé… Des nouvelles de Ralph ?
-Aucune, me répondit Bastien. Je pense qu’il va faire le mort quelque temps… De toute façon, je sais comment l’accueillir. »
Il eut un sourire mauvais.
« J’ai une batte derrière mon comptoir…
-Bastien !!! cria Marco.
-… Mais j’espère ne pas avoir à m’en servir. » tenta de se rattraper Bastien.
Marco tremblait :
« Mais pourquoi vous lui en voulez comme ça ?! »
Je fis signe à Bastien de me laisser répondre.
« Marco, calme-toi. On ne lui en veut pas… Simplement, on ne veut pas qu’il revienne te faire du mal encore… On veut juste te protéger.
-Vous auriez quand même pu me demander mon avis, cracha-t-il.
-On a essayé, Marco… Tu sais bien qu’on a essayé. Mais tu ne pouvais pas être bon juge, ça te touchait trop profondément. »
Je passai mon bras autour de ses épaules pour le serrer contre moi. Il me regardait avec de grands yeux et un drôle de petit sourire.
« On tient à toi, petit ange… On va te surveiller pour que t’aies rien que des bonnes fréquentations.
-Toi, alors ? T’es une bonne fréquentation ?
-Ho, moyen… Mes supérieurs et mes gars ne me trouvent pas très fréquentable… Mais ils jugeraient aussi détestable Bastien, Fatima et toi… C’est une question de points de vue.
-Moi, j’ai bien envie de te fréquenter… Toi et pis tes deux gones… Y vont bien ?
-Ils allaient bien la dernière fois que je les ai vus. Tu ne manges pas?
-J’ai pas très faim. »
Fatima et Bastien échangèrent un regard entendu.
« Si vous voulez qu’on vous laisse, hein… lâcha Bastien.
-Non, non, ça va, merci, répondis-je.
-Question pratique, reprit Bastien. Tu as une idée d’où Ralph se trouve, Marco ? »
Le garçon réfléchit, en grignotant quelques frites.
« Je dirais, chez Mimi… S’il a partouzé toute la nuit, il doit encore y être. »
Bastien mâchait ses frites avec application.
« Je crois qu’il faudrait que tu fasses un sac avec ses affaires, et que j’aille lui porter. »
Marco trembla. Faire ça signifiait rompre définitivement.
« Je… Je vais voir, oui… »
Il se rapprocha de moi. Je lui tendis une frite qu’il mangea sans rien dire. Je caressai sa tresse ébouriffée.
« C’est dur de perdre ses illusions, hein, Marco ?
-Je les ai pas perdues, vous les avez mises en miettes.
-On t’aidera. »
Il me regarda et me sourit.
« Steph ?
-Vui ?
-Pourquoi tu m’appelles “petit ange” ? »
Je restai bête une seconde, avant de répondre :
« Il ne te manque que les ailes et l’auréole…
-Tu trouves?
-Oui… Moi rien que de te voir, je suis au paradis…
-Oh ça c’est gentil… »
Il passa ses bras fins autour de mon cou.
« Stéphane, t’es trop gentil…
-Ça, on ne l’est jamais trop. »
Bastien fit mine de jouer du violon. Au bout d’un moment, Marco lâcha mon cou pour aller finir ses frites.
« Ça va mieux, Marco ? demanda Fatima.
-Oui, beaucoup.
-J’avais envie d’aller me faire une toile, cet aprèm, reprit Fatima. Ça t’intéresse ?
-Qu’est-ce que tu voulais voir ?
-Un truc nul, histoire de me détendre… Ou gentil, pour pas me faire réfléchir sur notre piètre condition de pauvres petits êtres humains…
-Je suis partant. »
Je soupirai, heureux de voir sourire Marco. Il était beau avec sa tresse ébouriffée. Beau comme un ange.

 

Chapitre 12 :

J ‘étais triste d’avoir perdu Ralph. Ce qui me consolait, c’était de me dire que j’avais d’autres amis, et que je pouvais compter sur eux pour tout. Pendant les semaines d’après, Stéphane venait souvent me voir On parlait longtemps, de tout et de rien. Ça me plaisait beaucoup, je n’avais jamais connu ça. Stéphane était différent. Comme disait Bastien, on s’apprivoisait doucement.
J’étais assez surpris que cette histoire (« Cette renaissance », disait Bastien.) corresponde à l’arrivée du printemps. Ca faisait cliché.
Stéphane avait organisé sa vie autour du bar parce qu’il voulait être le plus possible près de moi. Il venait manger tous les midis et ses enfants venaient tous les soirs après l’école. Leur nounou avait enfin trouvé un vrai boulot et Stéphane préférait savoir ses fils au bar que seuls chez lui.
Jérémie et Nicholas arrivaient, faisaient leurs devoirs et s’occupaient sagement ensuite, en attendant leur papa qui arrivait souvent tard, souvent crevé, et qui s’affalait comme une larve à côté d’eux. A cette heure là, le bar était bien plein et Fati et moi, on donnait souvent un coup de mains à Bastien et Franck. Stéphane me laissait faire cinq minutes et puis il me demandait de venir m’assoir près de lui. Et si je ne le faisais pas, il se mettait à bouder.
Nicholas, à ce moment, s’inquiétait et se levait pour venir me demander de m’assoir près de papa. Nicholas avait très peur que je m’engueule avec son père. Je crois que Jérémie aussi, mais lui, il avait compris le jeu et à mon avis ça l’amusait beaucoup.
Au bout d’un moment, j’allais quand même m’assoir à côté de Steph qui faisait toujours semblant de bouder. Alors là je passais mes bras autour de son cou et j’embrassai doucement sa joue. Sa bouderie s’arrêtait toujours là.
C’était un soir comme ça, un peu avant mon tour de chants. Je me préparais dans ma loge, Stéph était avec moi.
« Elle est très belle cette robe… Mais fendue comme elle est on voit que tu portes des bas et un porte-jarretelles. Ça fait un peu provocateur.
-Ho, tu trouves?
-Oui. Pas désagréable à mon goùt, mais ça pourrait donner de mauvaises idées aux autres…
-J’enlève mes bas?
-Si tu veux. Ou change de robe. Mets la rouge.
-Ha tu l’aimes celle-là hein?
-Tu es magnifique, dedans.
-D’accord, je change. »
J’ai pris la rouge et je me suis glissé derrière mon paravent.
« Tu fais quoi après ton spectacle, Marco?
-Rien de spécial…
-Tu veux venir manger à la maison?
-Pourquoi pas…
-On voulait aller au ciné, ce soir.
-Je vois… Petite sortie en famille… Je suis trop jeune pour faire la maman. »
Il a sursauté.
« Marco!… Enfin, mais… Ce n’est pas ça que j’attends de toi! … Je ne veux pas que tu sois ma femme… »
J’étais prèt alors je suis sorti de derrière le paravent.
« Qu’est-ce que tu veux alors?
-Que tu sois ce que tu veux…. C’est comme ça que tu me plais, que tu te sentes bien… En talon-aiguilles ou en baskets, c’est pas mon problème… »
Je me suis étiré. Il s’est approché de moi et il a posé ses mains sur mes hanches.
« Moi ce que je veux, c’est te voir sourire.
-C’est gentil, ça…
-Je suis gentil.
-C’est vrai. .. Qu’est ce que vous vouliez aller voir?
-Un joli dessin animé.
-Ho. »
Il a souri.
« Ben oui… Le reste, c’est nul ou ça va pas… Pour Nicholas…
-Ha d’accord. »
J’ai passé mes mains dans ses cheveux.
« C’est vendredi. Va y avoir du monde.
-Hmmmm… »
Il m’a serré dans ses bras.
« … Marco…
-Stéphane…
-J’crois que je suis très amoureux de toi…
-Ha bon?
-C’est grave?
-Mortel.
-Mince… »
Il a rigolé doucement.
« Marco…
-Stéphane… »
Je l’ai repoussé:
« Faut que j’y ailles, monsieur le commissaire.
-J’vais aller t’admirer.
-C’est bien.
-Béatement.
-Si tu veux mais bave pas sur la table. »

 

Chapitre 13 :

Quand j’entendais Marco chanter, je planais et devais culminer vers les trois ou quatre mètres. Jérémie me contemplait alors d’un œil profondément ironique. Nicholas, lui, était comme moi complètement envouté.
Ce soir-là, Marco chanta des airs suaves, des chansons d’amour, et fut acclamé par un public qu’on disait de plus en plus nombreux.
Puis il fila dans sa loge. Marco ne répondait jamais aux rappels, il avait pour principe de toujours laisser le public sur sa faim.
Il réapparut un quart d’heure plus tard, vêtu d’un bel ensemble body-jupe longue. Nous sommes partis tous les quatre. Nous sommes rentrés chez moi. Je me suis mis à la cuisine, les enfants ont disparu dans leurs chambres. Marco s’est assis sur un des sièges, près de moi.
« Je peux fumer ?
-Bien sûr… Je vais te sortir un cendrier. »
Je le posai sur la table, près de lui.
« Merci.
-De rien. »
Il sortit un paquet de cigarettes de son sac, trifouilla un moment dedans pour retrouver le briquet, et se mit à fumer tranquillement.
« Chvais faire une omelette… T’aimes bien les omelettes ?
-Oui, bien baveuses.
-D’accord. Jambon… Pâtes… Tomates ?
-Pourquoi pas les trois ?
-Bonne idée. »
Je mitonnai ça avec amour et une bonne poêle. Nous avons mangé. J’étais vraiment heureux que mes enfants s’entendent si bien avec Marco. Et puis nous sommes allés au cinéma.
Une fois rentrés, je couchai Nicholas qui s’était endormi dans la voiture, embrassai Jérémie, et m’enfermai dans ma chambre avec Marco. Je commençai à me déshabiller, enlevai chaussures, chaussettes, chemise, et jetai un œil dans mon dos.
Marco avait lui juste enlevé sa jupe. Il était assis au bord du lit. Gainées dans leurs bas noirs, ses jambes étaient magnifiques. Il me regardait.
« Stéphane…
-Oui, mon cœur ? »
Il se leva et marcha lentement jusqu’à moi.
« Stéphane… »
Il caressa mon torse et se serra contre moi. Autant le reconnaître, c’était pour le moins excitant. Il leva vers moi ses grands yeux dans lesquels je lus sans la moindre difficulté un point d’interrogation. Je le repoussai lentement.
« Qu’est ce qu’il y a, Marco ?
-Tu as envie de moi.
-Marco, mon chéri, un bloc de marbre aurait envie de toi…! Qu’est ce qu’il y a ?!
-J’comprends pas…
-Quoi ?!!
-Ben, pourquoi tu me prends pas… »
Je reste persuadé que je n’aurais pas été aussi surpris s’il m’avait annoncé qu’il était marié et père de douze enfants que je l’ai été à ce moment-là.
« Coco… Comment ça pourquoi je ne te prends pas ?!
-Ben, j’crois que j’peux pas être plus clair. »
Je le regardai, véritablement effaré.
« Mais… Pourquoi…? Marco… C’est pas vrai ! Tu demandes…?! Ho putain ! »
J’allai m’effondrer sur le lit.
« Tu m’as pas répondu. » dit-il en venant s’assoir près de moi.
Je respirai calmement un moment pour remettre mes idées en place. Marco défit sa tresse, me dévoilant une superbe crinière noire. Je m’assis.
« Pourquoi tu me demandes ça, Marco ?
-J’comprends pas.
-Pourquoi tu ne comprends pas ?
-J’ai pas l’habitude.
-L’habitude de quoi ?
-Ben, qu’un homme me prenne pas s’il en a envie. »
Je retombai sur le lit.
« Steph ! Ça va pas…?
-Excuse-moi, je viens de prendre un météorite sur la tête…
-Ho… »
Il rit.
« … Toi je sais bien que t’es pas pareil mais je comprends pas quand même… »
Je me redressai pour le regarder.
« Tu me dis en gros que lorsqu’un homme a envie de toi, il ne te demande pas ton avis, c’est ça ?
-Oui…
-Pauvre cœur… Ça ne te fait pas mal ?
-Ben non, j’ai l’habitude.
-Marco…
-Oui ?
-Moi je ne suis pas comme ça… Je ne veux pas… abuser de toi… Si un jour je te… prends, comme tu dis, c’est parce que toi aussi, tu en auras envie, …D’accord ?
-Si tu veux… Mais… Ça te gène pas ?
-Non, Marco ! Je ne peux pas… faire ça… autrement !
-Toi t’es vraiment bizarre. »
Je me sentis brutalement très fatigué. Je serrai Marco dans mes bras.
« Marco… Je t’aime… C’est tout. »

Chapitre 14 :

Je n’arrivais décidément pas à comprendre si c’était Stéphane qui était dingue ou si c’étaient tous les autres qui étaient des sadiques. L’autre solution, ça aurait été que Stéphane soit un sadique qui cachait son jeu. Mais je n’avais rien vu de bizarre chez lui et ses enfants n’avaient pas l’air malheureux.
J’y pensais en sirotant un whisky au bar. Fati est venue s’assoir près de moi.
« Qu’est-ce qui t’arrive, Marco ?
-J’réfléchis.
-Ho. Et à quoi ? »
Je me suis allumé une clope et je lui ai expliqué mon problème. Elle m’a souri.
« Je vois… Je vois très bien. Y a pas si longtemps que je me suis demandé ça, aussi.
-Ha ? Toi aussi ?
-Eh oui… Mon papa m’a jetée dehors le jour où il a appris que j’aimais bien porter des bas. J’ai été ramassée par un beau blond qui s’appelait Tony. Je crois que j’ai pas besoin de t’expliquer ce qu’il m’a fait, ce qu’il me faisait faire… Je lui ai tout passé parce que je n’avais rien d’autre que lui.
-Comment tu t’en es sortie ?
-J’ai rencontré Bastien. Et puis Stéphane… Stéphane voulait la peau de Tony pour plusieurs sales trucs… J’ai témoigné… Tony est en tôle. Et Bastien veille sur moi. »
J’ai souri.
« T’y tiens à ton Bastien, hein?
-C’est vrai… »
Bastien s’est approché de nous.
« Ca va, vous deux ? »
On a éclaté de rire. Il nous a regardé avec ses yeux ronds, et il s’est servi un demi.
« Je renonce à vous comprendre.
-On parlait de toi.
-Ha… »
Il a hoché la tête.
« Quelle heure il est ?
-Seize heures vingt.
-D’accord. Jérémie et Nicholas devraient pas tarder. »
Fati a encore souri.
« Super… Ça va nous occuper. »
Les deux garçons sont arrivés. On les a aidés à faire leurs devoirs. Stéphane est arrivé vers dix-huit heures. Il s’est affalé près de moi, il avait l’air fatigué.
« Bonsoir tout le monde… »
Jérémie s’est inquiété :
« Ça va pas ?
-Journée difficile… On a attrapé un dealer… Il est prêt à faire tomber son réseau… Mais ça risque de monter haut… Donc ça va être très dur… Ça me fatigue d’avance… »
Il s’est redressé mollement.
« Devine qui on avait sur la liste, Marco? »
Je n’osais pas y réfléchir.
« Qui ?
-Un certain Ralph Galmot… »
J’ai sursauté. Bastien nous a apporté un journal.
« Nouvelles vieilles de ce matin. »
Fati s’est mise à le feuilleter. Stéphane me regardait avec un petit sourire doux.
« Dans la série : nouvelles dont tout le monde se fout, “monsieur Jallord est décédé”…
-Qui c’était ? a demandé Jérémie.
-Aucune idée. » a répondu Fati.
Stéphane m’a tiré contre lui.
« Marco… C’est ton jour de relâche aujourd’hui…
-Oui…
-Ça te dirait une soirée romantique en amoureux ?
-Houlà ! Ça fait mal ?
-Non… Ça fait même beaucoup de bien… Tu connais le Rossignol ?
-Non, c’est quoi ?
-Un cabaret. Tu es tenté ?
-Ho oui… J’veux bien. »
Je lui ai souri.
« T’es sympa de me sortir comme ça.
-C’est plus simple que ça, Marco, m’a dit Jérémie. Il est raide amoureux de toi. »
Nicholas a rigolé. Et puis il m’a demandé très sérieusement :
« Dis Marco, quand est-ce que tu vas venir habiter à la maison ? »
Steph et moi, on a sursauté tous les deux ensemble.
« Tu leur demandes pas quand ils vont se marier ? a demandé Bastien.
-Ben non, je sais bien que deux messieurs ça peut pas se marier… »
Stéphane a soupiré. Je me suis levé.
« Je vais me changer, Steph. On y va après ?
-D’accord, mon ange. »

 

Chapitre 15 :

Bastien m’avait servi un monaco que je buvais avec délectation lorsque Marco revint, superbe. Décidé à me laisser finir mon verre, il s’assit près de moi et se mit à feuilleter le journal délaissé par Fatima. Jérémie faisait une bataille avec Nicholas.
Soudain, Marco sursauta en retenant un cri. Il jeta le journal au sol et se leva :
« On y va, Steph ? »
Je finis mon verre d’une traite.
« Oui, oui… »
Nous avons laissé les enfants à l’appartement et sommes partis. Marco avait visiblement reçu un choc, mais il se détendit peu à peu. Je me demandais bien ce qu’il avait pu lire, mais n’osais pas aborder le sujet.
Au cabaret, il resta un moment silencieux. Puis il me sourit. Je lui rendis son sourire :
« Ça va Marco ?
-Ouais ouais… C’est sympa ici… »
Il tremblait un peu. Il eut du mal à allumer sa cigarette.
« Tu as faim, mon ange ?
-Pas encore…
-Tu veux danser ?
-Ha oui, j’veux bien. »
À sentir ainsi Marco blotti contre moi, tanguant lentement au rythme de la musique, je retrouvais cette sensation douce et familière, assez indescriptible. Un sentiment d’amour, d’union, de symbiose de nos deux corps, cette impression que nous étions les deux moitiés de la même personne.
Marco était pour moi bien plus qu’un garçon-fille. Je l’aimais bien sûr, mais il y avait plus que cela, car en l’aimant et en étant aimé de lui j’allais atteindre un idéal après lequel je courais -en vain- depuis longtemps. Je n’étais jamais parvenu à me classer, je n’étais ni homo, ni hétéro. Or, Marco n’était ni homme ni femme, et par lui, je touchais à ce qui pour moi s’approchait de la perfection : pouvoir aimer entièrement un être sans que rien ne puisse me dégoûter de lui.
Je pensais à tout cela, ce soir-là, en serrant contre moi ce petit corps fin.
Puis nous sommes retournés nous assoir. Cette fois, Marco avait faim. Nous avons commandé, et, ne supportant plus son silence, j’ai décidé de lancer une conversation.
« Dis-moi, Marco…
-Mmmh ?
-Excuse-moi de te parler de ça, mais… Tu as eu des nouvelles de Ralph depuis… qu’il est parti ?
-Franck m’a dit qu’il passerait prendre ses affaires un de ces jours.
-Ho… Il faudra faire attention, qu’il ne te vole rien.
-Rien n’a assez de valeur pour ça chez moi, tu sais.
-Tu me rassures.
-Juste de la valeur sentimentale… Je suis un grand sentimental.
-Ça se voit quand tu chantes… Tu y mets tout ton coeur…
-C’est vrai.
-… C’est magnifique. »
Il me sourit.
« Stéphane…
-Oui ?
-C’est quoi l’amour pour toi ?
-C’est toi. »
Ces trois mots l’émurent.
« Juste moi ?
-Le bonheur que tu m’apportes.
-Tu causes bien, Steph…
-L’amour me rend éloquent. »
Il rit.
« Steph…
-Oui ?
-Tu m’aimes comment ?
-Plus que le monde, mon ange…
-Ho ?
-Je t’aime… Je t’aime comme si tu faisais partie de moi. »
Je pris ses mains.
« Comme si à nous deux on n’était qu’une seule personne. »
Il me regarda avec ses grands yeux qui me semblèrent bien humides. Il s’approcha de moi sur la banquette et se serra dans mes bras.
« Stéphane…
-Hm ?
-Pourquoi t’es gentil comme ça…
-Je t’aime… »
Il recula et essuya ses larmes.
« Les autres aussi ils m’aimaient… Mais y z’étaient pas gentils comme toi… »
Je le repris dans mes bras.
« Alors c’est qu’ils ne t’aimaient pas, Marco… Ils te le disaient… Et ils te mentaient. »

 

Chapitre 16 :

L ‘appart de Stéphane était calme quand on est arrivé. On est allé directement dans sa chambre. Il a commencé à se déshabiller sans rien dire, en sifflotant. Moi, je me suis assis sur son lit.

« Stéphane… »

Il s’est tourné, il m’a regardé. Il avait l’air de se demander ce que je lui voulais. J’ai tendu ma main vers lui :

« … Viens… »

Un extraterrestre serait apparu dans la chambre qu’il n’aurait pas eu l’air plus étonné. Il s’est approché.

« Quoi ?

-Viens… »

Il a dû finir par comprendre parce qu’il est tombé à genoux devant moi. J’ai écarté mes jambes, il m’a serré dans ses bras. J’ai caressé ses cheveux, et puis j’ai essayé de descendre la fermeture de ma robe, mais elle était coincée. Alors Stéphane s’est mis au boulot, et ça m’a changé les idées. Il a soulevé ma jupe et il a commencé à caresser mes cuisses. Putain qu’est ce que c’était bon ! Là je me suis laissé tomber sur le lit. Je gémissais, c’était bien la première fois.

Stéphane s’est allongé près de moi. Il est arrivé sans problème, lui, à descendre cette fermeture. Il m’a enlevé ma robe et il en a profité pour laisser ses lèvres courir sur ma peau. Ça, c’était bon aussi.

Ça a duré longtemps, très longtemps, cette nuit-là. Et moi je ne pensais à rien d’autre qu’à ce que Stéphane me faisait, qu’au plaisir que je sentais de partout.

Après, Stéphane est resté couché contre moi, tout doux et tout chaud. Il ne dormait pas, enfin je ne crois pas, parce qu’il me caressait encore de temps en temps.

Moi, je réfléchissais, et j’étais bizarrement lucide. Je me disais que je comprenais maintenant pourquoi on disait « faire l’amour ». Que je comprenais aussi que c’était comme ça qu’on pouvait savoir jusqu’où on était aimé, ou au moins jusqu’où on était respecté. Et j’étais triste parce que je comprenais aussi, maintenant, que non seulement personne ne m’avait jamais aimé, mais qu’en plus personne ne m’avait jamais respecté. Ils avaient tous abusé de moi. Ils n’avaient jamais pensé qu’à leur propre plaisir, qu’à ce que mon corps, et surtout mon cul, pouvait leur donner. Jamais à ce qu’ils pouvaient me donner.

Stéphane a rouvert les yeux.

« Tu es heureux, Marco ?

-Oui et non…

-Comment ça ?

-Je suis heureux parce que tu es là, parce qu’on a fait l’amour, parce qu’on s’aime… Et je suis triste parce qu’avant toi, personne ne m’a jamais aimé. »

Il s’est serré un peu plus contre moi.

« Marco, mon amour… Tu as vingt-trois ans… Tu as encore un temps immense pour être heureux… Quel que soit ton passé, tu ne peux pas le changer. Il restera tel qu’il est. Regarde devant toi. Tu as le bonheur devant toi… Plus rien d’autre que le bonheur.

-Stéphane…

-Oui ?

-Je t’aime. »

Il a souri.

« Moi aussi je t’aime, Marco. »

Il m’a embrassé et il s’est rallongé contre moi.

Et on s’est endormi. J’étais, pour la première fois depuis si longtemps que j’avais oublié quand, vraiment heureux. Et j’allais enfin l’être pour longtemps.

Enfin, ça c’est ce que je me disais en m’endormant.

Parce qu’il a débarqué dans mes rêves, lui. C’était peut-être parce que j’avais lu son nom dans le journal. Je ne le saurai jamais. Ce que je sais, c’est que je me suis réveillé en retenant un cri.

Stéphane a grogné et s’est serré plus fort. Et moi, je suis resté horrifié. Anéanti. Parce que j’avais compris.

Je ne pourrais jamais être heureux tant qu’il resterait ça. Je me suis mordu les lèvres pour ne pas me mettre à pleurer. Et puis je me suis calmé lentement. Je savais ce qui me restait à faire.

 

Chapitre 17 :

Marco et moi avons vécu un amour sans nuages pendant quelque temps. Ralph était repassé au bar chercher ses affaires, Bastien m’avait raconté qu’il était resté un moment seul avec Marco. Il ignorait ce qui s’était passé, mais n’avait pas entendu de cri.
Je pensais que Ralph avait compris. J’étais satisfait.
Un soir, Bastien et Fatima invitèrent Marco à sortir. J’avais pour ma part eu une journée épuisante. Je me couchai tôt. Je dormais lorsque Marco rentra, mais il me réveilla en entrant dans la chambre. J’allumai machinalement la lampe. Marco se tourna vers moi et je restai sans voix, me disant même que je devais encore rêver.
Marco portait une robe d’un épais velours noir, une robe qui trainait presque au sol, qui mettait à nu ses épaules. De longs gants de même couleur couvraient ses bras. Son visage était pâle, finement maquillé, et sa crinière tombait en cascade sur ses épaules.
Il était plus beau qu’un dieu.
Je déglutis durement. Il avait l’air très las. Il eut un vague sourire :
« Qu’est-ce t’en penses ? C’est Bastien et Fati qui me l’ont offerte…
-Elle est… magnifique… Et toi… Ho Marco…!»
Je ne trouvais pas les mots. Il bâilla, s’approcha de moi.
« Tu me défais la fermeture ? »
J’obtempérai sans discuter. Je regardai l’heure pendant qu’il se déshabillait. Les aiguilles indiquaient minuit dix. Il vint s’allonger dans mes bras.
« Pas longue, votre soirée…
-Bastien était déjà saoul. Fati a préféré le rentrer. Ils m’ont déposé ici en passant. »
Il m’embrassa.
« Tu as l’air en miettes, mon grand…
-C’est que je le suis. »
Il rit, se serra un peu plus dans mes bras.
« Tu m’aimes, Steph ? »
Question qu’il me posait très régulièrement.
« Je t’adore, Marco. »
J’éteignis la lampe et me rendormis aussitôt.
Ses caresses me réveillèrent dans la matinée. Réveil agréable…
« Stéphane….
-Mmmh ?
-Stéphane…!»
J’ouvris les yeux :
« Mh ?
-J’ai envie de toi. »
Ceci nous occupa le reste de la matinée. Nous nous en remettions lorsque Jérémie frappa et entra :
« Papa, y a un certain Dresden au téléphone qui veut parler au “chef”.
-Allons bon… »
Si Bertram m’appelait un samedi matin (mais ce n’était plus vraiment le matin), ça devait être grave. Je sortis à regret des bras de Marco, enfilai un pantalon et allai prendre le combiné :
« C’est toi sale boche ? »
Il rigola.
« Hallo, mein Chef… Comment allez-vous ?
-On fait aller. Qu’est-ce qui se passe ?
-Un joli cadavre…
-Hein ?!
-Un égorgé.
-Waou… Où ça ?
-Une jolie maison bourgeoise, vu le quartier…
-Sympa.
-N’est-ce pas ? »
Il me dit qu’il allait y aller avec Antony. Je pris l’adresse, j’allais les y rejoindre.
Je raccrochai et m’étirai. Appuyé sur l’encadrement de la porte, Marco me regardait avec de grands yeux interrogateurs. Il avait enfilé son peignoir de fausse soie.
« Le devoir m’appelle, mon chéri.
-Ho ! Un samedi ?
-Eh oui… »
Je l’embrassai doucement.
« Qu’est-ce qui se passe, Steph ?
-Un meurtre, apparemment. »
Il sursauta.
« Un meurtre ?
-Vui… Il faut que j’y aille, mon coeur. »
Je finis de m’habiller et allai me faire un sandwich à la cuisine. Marco vint se faire un café. Jérémie arriva :
« Où tu vas, papa ?
-‘Meurtre.
-Ho. T’en as pour longtemps ?
-Aucune idée… Mangez sans moi, je me débrouillerais en rentrant.
-Bon. »
Il me regarda un instant.
« Papa.
-Oui ?
-Tes comprimés.
-Ha oui… Alors heu… Voilà. Merci, mon grand.
-J’apprécierais que tu y penses tout seul.
-J’vais essayer.
-C’est ça. Allez, file. Tu vas être en retard. »

Chapitre 18 :

Après mon café, je suis retourné dans la chambre pour m’habiller. J’étais en train d’enfiler un bas quand Jérémie a frappé :
« J’peux entrer, Marco ?
-Oui, oui. »
Il a eu l’air très gêné de me trouver comme ça. Il n’a pas osé s’approcher.
« Heu… Ça va?
-Oui, très bien… Et toi ?
-Comme d’hab’… »
J’ai enfilé mon autre bas.
« Qu’est-ce que tu voulais ?
-Savoir si papa t’avait prévenu…
-De quoi ?
-… Ben… Du fait qu’il est séropo, heu…
-Ha, ça… »
Je lui ai souri :
« Oui, rassure-toi… Il me l’a dit très vite.
-Et toi ?
-Quoi, moi ?
-Tu as passé le test ?
-Non…
-Tu es sûr de toi ?
-Pas vraiment… Mais on se protège, hein, t’en fais pas… »
J’ai enfilé ma nouvelle robe.
« Va falloir que je repasse au bar chercher une robe plus simple…
-Elle est très belle, celle-là. Elle te va bien.
-Merci, Jérémie.
-Dis-moi… C’est sérieux, toi et papa ?
-J’espère… Je n’espère rien autant, je crois… Tu t’inquiètes pour ton ‘tit frère ?
-Oui, entre autres… Un peu de stabilité nous ferait du bien… À toi aussi, non ?
-C’est vrai. M’occuper de vous aussi, ça me fait du bien.
-Ho, tu… Tu voulais… veux des enfants ?
-Oui… »
Là, mon coeur était salement serré.
« Je voulais… Oui… »
J’ai secoué la tête.
« Ça fait longtemps… »
« Je vais nous faire à manger. »
J’avais un besoin urgent de me changer les idées. La cuisine… J’ai noué un tablier autour de moi et je me suis mis au travail. J’ai mitonné un poulet-basquaise. Et les enfants se sont régalés. J’étais content.
« Dis Marco… m’a dit Nicholas.
-Oui ?
-Tu sais encore lire dans les mains?
-Bien sûr.
-Tu peux lire la mienne ?
-J’veux bien mais t’es un peu jeune… »
Il m’a tendu sa petite main.
« Hmmmm… Voyons voir… Je vois… Je vois une enfance heureuse… Une vie longue… Heu… Un grand amour… Très long… Un début dur, et puis la réussite… Tu vas devoir être patient… Mais tu seras heureux. »
Jérémie me regardait avec un petit sourire :
« Et tu ne t’es jamais trompé.
-Jamais.
-T’as appris ça où ?
-C’est ma maman qui m’a appris. C’était une sorcière ma maman.
-Ha ?
-Voui…
-Et elle t’a légué tous ses pouvoirs ?
-Je sais pas… Ça remonte à loin… Mais j’ai deux, trois trucs, oui…
-C’est secret ?
-Ben oui. J’avais un vieux livre qui était à elle… Mais un collectionneur me l’a volé. »
Un collectionneur. Tu leur racontes des salades, Marco… Enfin. Ça aussi c’est vieux.
« Faudra que j’essaye de le récupérer. À propos, tiens, vous avez pas trouvé un vieux rasoir à main ?
-Non…
-Non… Pourquoi ?
-J’en avais un vieux, à la poignée en bois… De l’ébène… J’arrive plus à mettre la main dessus… Si vous le trouvez, rendez-le-moi vite… Il était à mon père, j’y tiens beaucoup.
-D’accord… Promis. »
Je me suis levé et j’ai ramassé les assiettes.
« Ça arrive souvent que votre père soit appelé pour un meurtre ?
-De temps en temps… a répondu Jérémie. Le coin est assez calme à ce niveau. Le plus souvent, c’est des vols… Des bagarres…
-‘Toute façon, papa y retrouve toujours les coupables !
-Ha, toujours ?
-Oui… Il n’a pas pitié… Ou vraiment rarement. Une fois, je crois… Une femme battue qui avait tué son mari parce qu’il voulait tuer leur gamin…
-Sympa.
-Oui, hein ? Elle avait été libérée.
-Notre justice doit pas aller si mal que ça, alors.
-C’est ce qu’il faut se dire. »

 

Chapitre 19 :

J’arrivai rapidement à l’adresse que m’avait donnée Bertram. Ce dernier était avec Antony dans le petit jardin devant la maison. C’était une immense bâtisse, de gens qui se plaisaient à étaler leur richesse. Tout ce que je détestais. Je me garai et les rejoignis.
« Salut les gars.
-Guten Tag, mein Chef.
-Bonjour, patron.
-Alors, qu’est-ce qu’il y a ?
-Un égorgé. Attaché sur son lit…. Nu… L’équipe du légiste nous a mis dehors pour faire son boulot.
-On a quoi pour le moment ?
-L’état civil du mort, Thomas de Vertès, et sa fiancée. Une vraie fontaine.
-C’est elle qui l’a trouvé ?
-Oui.
-Où est-elle ?
-Dans la cuisine. Le légiste a été obligé de lui donner un calmant.
-Il rigolait. C’était la première fois qu’il avait un patient vivant.
-Je vois… »
Bertram sourit.
« Elle doit être calmée… On y va ?
-Bonne idée. »
Nous sommes rentrés à l’intérieur. J’envoyai Antony voir où les hommes du labo en étaient et je gagnai la cuisine avec Bertram.
C’était une femme déjà mûre, aux cheveux blonds décolorés, qui se remaquillait soigneusement.
« Ça va mieux, mademoiselle? s’enquit Bertram. Je vous présente le commissaire Mordillat. Mein Chef, mademoiselle de Nacias.
-Enchanté, mademoiselle.
-Moi aussi, commissaire. »
Je m’assis près d’elle. Elle ignorait superbement Bertram.
« Vous sentez-vous en état de répondre à mes questions ?
-Le devoir me l’ordonne.
-Tu notes, Bertram?
-Okay, mein Chef.
-Allons-y. C’est vous qui avez découvert le corps, donc?
-Oui.
-Dans quelles circonstances ?
-Thomas devait déjeuner avec moi, aujourd’hui… Il était en retard, ce qui n’était pas dans ses habitudes. J’ai appelé ici, puis son portable, puis le téléphone de sa voiture et aucun ne répondait… Alors je suis venue… Et… »
Elle se remit à pleurer.
« Je vois. »
Antony arriva :
« Ils ont fini, patron. Si vous voulez aller voir avant qu’ils n’embarquent le corps… »
J’allai voir. Le légiste me salua, amical :
« Bonjour, commissaire.
-T’es bien solennel… Tes conclusions ?
-Je dirais qu’il est mort égorgé. »
J’applaudissais.
« Bravo.
-Dis donc ! Il aurait pu être empoisonné et égorgé pour brouiller les pistes !
-Toi et tes élucubrations, c’est gai. Donc, égorgé simplement ?
-A priori… Bien ligoté, par contre… Poignets et chevilles… Ça pourrait vouloir dire qu’il connaissait le coupable et s’est laissé faire en toute confiance…
-Brrr…
-… Ou alors qu’ils étaient deux : un qui le tenait en respect pendant que l’autre le ligotait. Pour ligoter comme ça, il faut ses deux mains.
-Des trouvailles intéressantes ?
-Quelques empreintes sur un verre, au salon. Des cheveux… Des cendres de cigarettes, au salon aussi. C’est entre ces deux pièces que tout s’est joué, à mon avis.
-Trouvés où les cheveux ?
-Dans le salon, et sur le lit, près du cadavre. Même taille et même couleur dans les deux cas. Pas ceux de la victime, c’est sûr.
-Attaché nu sur son lit… En toute confiance… Rapport sado-maso ?
-Elémentaire, mon cher Stéphane.
-Quelle arme, à ton avis ?
-Je vais examiner la plaie plus en détail dans mon labo, mais à priori je pencherai pour un rasoir.
-Un classique ?
-Superbement aiguisé en tout cas.
-C’est sympa comme tout, tout ça…
-N’est-ce pas ?
-Quelle heure ?
-Je dirais entre onze heures et quatre heures. Je te dirai plus précisément lundi.
-D’accord. Bon week-end.
-Hé hé. Toi aussi.
-La bise à ta femme.
-Idem pour tes gamins… Tiens, à propos… Il parait que tu es recasé ?
-Les nouvelles vont vite.
-Homme ou femme ?
-Travelo.
-Tu lui feras la bise aussi.
-OK. A plus.
-À plus. »
Je retournai à la cuisine. Antony et Bertram avaient dû continuer à interroger la fiancée. Bertram avait l’air exaspéré.
« Alors, quoi de neuf ?
-Rien de bien particulier… me répondit Antony. Adresse, tout ça…
-D’accord. Où étiez-vous cette nuit entre onze heures et quatre heures, mademoiselle ?
-Chez moi, je dormais… Mais…! Vous m’accuseriez, commissaire ?!
-La routine, mademoiselle. Ça peut vous paraitre trivial, mais c’est mon devoir. Avez-vous un témoin ?
-Heu… Non… Enfin… J’ai appelé Thomas vers minuit… Il était très énervé, il était avec quelqu’un qui criait des choses que je n’ai pas comprises d’ailleurs…
-Et vous ne nous l’auriez pas dit ?! » sursauta Bertram.
Elle l’ignora.
« L’inspecteur Dresden a raison, mademoiselle. Vous nous livrez là un indice de taille. Ce quelqu’un, homme ou femme ?
-Homme.
-Vous le connaissiez ?
-Non… Cette voix m’était totalement inconnue.
-À quelle heure, précisément ? » demanda Bertram.
Elle ne lui répondit pas. Il la fusilla du regard.
« Grosse Hure !!! cracha-t-il entre ses dents.
-Répondez à l’inspecteur Dresden, Mademoiselle, il ne va pas vous manger. »
Elle me jeta un regard hautain.
« Ce serait faire offense à la mémoire de mon père. Il a été un grand résistant et…
-Arschloch !!! explosa Bertram. Quatorze membres de ma famille sont morts à Buchenwald, mademoiselle ! Et c’était à une époque où votre pays faisait les yeux doux à Hitler pour éviter la guerre ! Bien avant votre papa et ses copains !
-Calme-toi, Bertram.
-Excusez-moi, mein Chef, je vais prendre l’air.
-Bien sûr, vas-y. »
Il sortit en grommelant des termes sûrement très insultants, je ne connais pas assez l’allemand pour le confirmer. Il y eut un petit silence. Je n’avais jamais vu Bertram dans un état pareil. Je repris néanmoins l’interrogatoire :
« Bon. À quelle heure, votre coup de fil ?! »
Elle dut être impressionnée par la sécheresse de mon ton, autant que par les paroles de Bertram. Elle répondit d’une voix un peu hésitante :
« C’était après les Dossiers de L’Histoire, il devait être environ minuit et demi.
-Vous êtes sure d’avoir eu De Vertès ?
-Ha oui ! C’était mon Thomas j’en suis sûre ! »
Bertram revint alors avec une jeune femme.
« Mein chef ? Isa de Vertès, la fille de la victime. »
Je la saluai et la priai de s’assoir. Elle me rendit mon salut et s’assit sur le bord de l’évier.
« Alors comme ça mon père a été assassiné ?
-C’est exact, approuva Antony.
-Ça n’a pas l’air de vous toucher beaucoup, relevai-je.
-Je m’y attendais, on va dire. »
Nous sommes restés consternés quelques secondes.
« D’ailleurs, je l’avais prévenu, reprit la jeune femme. À force de fréquenter des gens pareils…
-Comment osez-vous ! cria mademoiselle de Nacias. Avec vos fréquentations, dire cela de Thomas !
-Il faut croire, ma chère Monique, que même si ça peut paraitre paradoxal, passer ses nuits à jouer au vampire est moins mortel que de fréquenter des dealers. »
Bertram s’était repris :
« Pourriez-vous être plus claire mademoiselle ?
-J’y suis ! Berlinois !
-WAS ?!?
-Berlinois de l’est… C’est ça ?
-Moi ?… Je suis Berlinois, oui… De l’Est, effectivement… »
Je me repris à mon tour.
« Nous nous égarons, mademoiselle.
-Excusez-moi, commissaire. Que disions-nous ?
-Vous parliez de vampires et de dealers.
-Vous perdez votre temps, commissaire, c’est une folle, me dit la fausse blonde.
-Vous êtes fâchée de ne pas pouvoir hériter ? » lui sussura Isa.
Mademoiselle de Nacias se leva d’un bond en disant que c’en était trop et que je savais où la joindre au revoir. Bertram eut un petit sourire satisfait.
« Expliquez-vous, vous. » ordonnai-je à Isa.
Elle me sourit.
« Nous nous haïssions cordialement. Sans mon père ça ne va plus être cordial du tout. Ils devaient se marier la semaine prochaine. Mon père avait pour projet de lui faire une bonne demi-douzaine de gones. À soixante et un ans, je ne trouvais pas ça très raisonnable.
-Quel âge avez-vous vous même ?
-Je vais sur mes vingt et un ans.
-Que faisiez-vous la nuit dernière entre onze heures et quatre heures ?
-N’espérez rien de mon côté, commissaire. J’étais à une partie de Vampires au Temple du Jeu, cinquante personnes peuvent vous le confirmer.
-Bien. Vous disiez que votre père fréquentait des trafiquants de drogue ?
-Je pense, sans pouvoir le prouver, qu’il ne se contentait pas de les fréquenter. Il voulait à tout prix rénover le château familial. Ce qui allait lui couter très cher. »
Je réfléchis un instant.
« Vous accusez votre père d’avoir été un trafiquant de drogue ?
-Je le pense, mais n’ai rien pour le prouver.
-Nous aurons l’occasion d’en reparler, je pense. Je dois aborder un thème plus délicat… Saviez-vous si votre père avait des gouts sexuels particuliers ?
-Je savais qu’il n’aimait les femmes que pour le paraître. Il appréciait beaucoup les garçons… Jeunes et en bas résilles de préférence.
-D’accord… Et les chaines, les fouets…?
-À l’occasion. Il y en a plein dans un coffre, au grenier.
-Je vois.
-Un sexagénaire tout ce qu’il y a de plus recommandable, quoi. » conclut Antony.

 

Chapitre 20 :

Je regardais un doc sur les oryx quand Steph est rentré. Il est tombé près de moi sur le canapé avec un gros soupir.
« Chêne ou sapin, Steph ?
-Incinération.
-OK. En attendant je vais te chercher une Tourtel. »
Je me suis levé et lui ai ramené sa bière.
« Alors, ton crime ?
-Un sexagénaire maso égorgé alors qu’il était à poil sur son lit. »
J’ai rigolé :
« Sympa…
-Amateur de garçons dans ton genre et peut-être trafiquant de drogue. »
Là j’ai arrêté de rire.
« Hein ? »
Il m’a regardé, étonné.
« Quoi, tu le connaissais ? »
J’ai essayé de me reprendre :
« Ho non… »
J’ai essayé de sourire :
« C’est pas possible… »
Il a lâché :
« De Vertès. Thomas. »
Et moi j’ai lâché la bière.
J’ai failli tomber. Steph a bondi pour me rattraper. Je me suis serré dans ses bras.
« Stéphane, dis-moi que je rêve…
-Non, Marco… Qu’est-ce que tu as, mon ange ? Tu le connaissais, ce type? »
Il m’a assis sur le canapé et il s’est assis près de moi. Je me suis blotti contre lui.
« Marco… Calme-toi, mon chéri… Dis-moi… Qu’est ce qu’il y a ? »
Je tremblais. Il m’a serré plus fort contre lui.
« Marco… »
J’ai reniflé.
« Tu… Tu as vu Isa ? Elle va bien ?
-Oui, elle est très courageuse… »
Évidemment.
« Marco, explique-toi ! »
Je l’ai regardé et j’ai souri :
« Tu le découvriras de toute façon, hein ? C’est pas un secret… »
Il a caressé mes cheveux sans répondre. Pourquoi aurait-il répondu ? Il ne pouvait pas savoir.
« Quand… Quand je me suis retrouvé tout seul, c’est Thomas qui m’a pris… Il s’est occupé de moi jusqu’à ce que j’ai dix-huit ans… »
Il m’a souri tristement.
« Pauvre coeur… »
Et il m’a embrassé. Et il m’a murmuré :
« T’en fais pas. J’vais vite retrouver celui qui a fait ça…
-Tu crois ?
-J’en suis sûr. »
Il m’a encore embrassé.
« Je t’aime, Marco.
-Quand est-ce qu’il va être enterré ?
-En fin de semaine prochaine, je pense… Le temps que le légiste fasse bien son boulot… Tu voudras aller à son enterrement ?
-Oui, je voudrais bien.
-Y a pas de raisons… Ça va ?
-Mieux, oui. Beaucoup mieux. »
Il fallait que je tourne la page de ça aussi, maintenant. J’ai fourré ma tête dans son cou.
« Steph…
-Vui ?
-Serre-moi plus fort… »
Il a obéi en pouffant.
« Tu as faim, mon grand ? lui ai-je demandé.
-Ça, c’est un euphémisme, mon chéri.
-Un quoi ? »
Il a rigolé.
« Un euphémisme.
-C’est quoi ?
-C’est quand on dit quelque chose qui est moins fort que ce qu’on pense. Tu as dit que j’avais faim, moi j’ai très faim. Alors tu as dit un euphémisme.
-Ha… C’est un truc d’intellos ça encore.
-De lettrés pour être exacts.
-Si tu veux. Je vais te faire à manger, viens. »
Il m’a suivi pour se ré-affaler sur une chaise.
« Marco, cette robe est superbe. Dedans tu es divin.
-Merci.
-Tu es sûr que ça va ?
-Oui, oui. »
Je me suis mis à cuisiner avec application. Un cri venant du salon nous a fait sursauter.
« Putain qui laisse une flaque de bière au salon ?!! »
Stéphane a rigolé et il s’est levé.
« Je m’en occupe, Marco.
-Merci. »
Il m’a laissé. En touillant mon plat, j’ai pensé que tout avait l’air d’être joué… Ça avait duré trop longtemps tout ça. Beaucoup trop longtemps.

 

Chapitre 21 :

Je ne savais pas si Marco l’avait fait exprès, mais après la nuit qu’il m’avait faite passer, j’étais en miettes le lundi matin, moi.
J’essayais de me réveiller devant un gobelet de café lorsque Bertram entra :
« Guten Tag, mein Chef.
-Salut, Bertam.
-Wie geht’s Ihnen?
-On fait aller. Et toi ?
-Ça va, danke. Je vous amenais les conclusions du légiste.
-Ha ! Alors ?
-Rasoir à main… Entre une heure et demie et deux heures.
-OK. Ça confirme ce que disait la fiancée, il était encore vivant à minuit et demi.
-Eh oui.
-Dis-moi, Bertram, De Vertès, on avait pas déjà entendu ça quelque part ?
-Je crois oui… Ça me dit quelque chose, mais je ne sais plus où…
-Faudrait vérifier s’il a un casier.
-Ja… Oder… Attendez, je crois que j’ai retrouvé… Vous vous souvenez le petit dealer qui voulait faire tomber son réseau ? Y avait pas un De Vertès sur sa liste ?
-Ho ho… Où on l’a foutue cette liste ? »
Bertram rigola.
« Ne retournez pas tout votre bureau, je sais où moi je l’ai rangée dans le mien. »
Il alla la chercher.
« Ha, ces Allemands et leur sens de l’ordre… »
Il m’entendit.
« On a peut-être le sens de l’ordre, mais vous êtes beaucoup plus bordéliques et donc créatifs que nous.
-Permets-moi d’en douter. Enfin, on verra ça plus tard… »
Il me tendit la liste.
« Alors, voyons… »
Bertram s’appuya sur ma table.
« Tu te souviens si on avait tout vérifié ?
-Je ne crois pas. On avait eu les faux-monnayeurs, on n’avait pas fini.
-Ha, le voilà… Thomas de Vertès. Il était donc bien mêlé à un trafic de drogue… Hmm… On devrait peut-être fouiner un peu par là…
-Natürlich.
-So… Kannst du… es… machen?
-Vous progressez. D’accord, je m’en occupe. Ça va être facile avec l’ordinateur… Autre chose ?
-Envoie-moi Antony.
-Okay. Auf Wiedersehen. »
Quelques minutes plus tard, Antony arriva dans mon bureau.
« Vous vouliez me voir, patron ?
-Oui… Bonjour.
-Ha oui, bonjour.
-Est-ce que tu peux me convoquer la fiancée, la fille et Mickaël, tu te souviens, le petit dealer qui voulait balancer son réseau ?
-Je peux.
-Parfait. Alors fais-le. Commence par Mickaël.
-OK.
-Merci. »
Dans la demi-heure, Mickaël débarquait dans mon bureau, suivi par Antony qui s’assit sur une commode à côté de moi.
« Salut, Mickaël.
-Bonjour, commissaire.
-Assis-toi. Comment vas-tu ?
-Ça va… Et vous ?
-On fait aller.
-Pourquoi vous vouliez me voir ?
-Thomas de Vertès, ça te dit quelque chose ?
-Ha ouais ! J’vous l’avais mis sur ma liste ! c’est une des têtes de la bande !
-C’était.
-Ho, il est mort ?
-Vendredi soir. Égorgé.
-P’tain ! »
Il avait l’air ahuri.
« Tu as une idée de qui a pu faire ça ?
-Chais pas trop… J’crois qu’il avait des problèmes avec Ralph, il voulait plus d’argent, toujours plus d’argent…
-Ralph n’appréciait pas ?
-Pas vraiment…
-Il le menaçait ?
-Heu, ouais, mais pas de le tuer, juste d’aller raconter des trucs à son entourage…
-Quel genre de trucs ? Qu’il trafiquait de la drogue ?
-Ben non en fait, heu… J’sais pas trop, moi heu… Une histoire de garçons… J’sais pas trop…
-De Vertès aimait les garçons ?
-Ha ouais !
-Tu hm ! Tu l’avais vu à l’œuvre ?
-Ha non ! Moi j’préfère les filles ! Mais Ralph m’avait dit une fois qu’il l’avait connu dans une partouze…
-Ho… Je vois. »
Bertram tapota ma porte ouverte.
« Mein chef, la fille de la victime est là avec son ex-future belle-mère.
-OK. Bon, je te laisse filer, Mickaël. Reste bien dans le coin, on te resonnera sûrement.
-D’accord, commissaire. »

 

Chapitre 22 :

Dans la salle d’attente de l’hôpital, les gens me regardaient avec des drôles d’air. Je me suis mis à me remaquiller et là certains ont eu l’air carrément choqués. J’étais assez nerveux. Enfin, le docteur est venu m’appeler. Il m’a souri en me serrant la main.
« Ça me fait très plaisir de te revoir, Marco.
-Oui, moi aussi.
-Allez, entre.
-Merci. »
On s’est installé dans son cabinet.
« Alors Marco, ça va ?
-Ben ouais.
-Qu’est-ce qui t’amène ?
-Ben… J’voulais faire un petit bilan et pis heu… passer le test… pour le sida…
-D’accord. »
Il s’est mis à me poser des questions :
« Tu as peur d’avoir été contaminé ?
-Ben ouais.
-Tu as eu des rapports non protégés ?
-Sans capotes ? Ouais…
-Beaucoup ?
-Ouais…
-Avec beaucoup de partenaires différents ?
-Plutôt, oui.
-Je vois. Tu t’es prostitué ?
-Ben… J’ai eu un mec… qui m’envoyait ses copains… qui m’emmenait dans des partouzes… J’ai appris qu’il se faisait payer après…
-Je vois.
-C’est bizarre quand même… On est resté ensemble pendant presque cinq ans et je me suis rendu compte de rien…
-À mon avis, tu ne voulais pas t’en rendre compte.
-Pardon ?
-Tu n’as rien vu parce que tu ne voulais rien voir.
-Ça existe, ça ?
-Oui, plus souvent qu’on ne croit. Bon. Je vais t’examiner, et puis après je te ferais une prise de sang… Ça date de quand, tes derniers rapports non protégés ?
-Heu… Trois mois, par là.
-Bon. Viens par là et déshabille-toi. »
J’ai obéi. Il a commencé à m’examiner.
« Tu as été malade, récemment ?
-J’ai eu une petite angine l’hiver dernier.
-C’est tout ?
-Oui…
-Tu n’as pas rattrapé une petite MST quelconque ?
-Non.
-Tu as eu de la chance.
-C’est clair.
-Tire la langue.
-…
-Voui…. Tousse…
-Koff, koff…
-D’accord… Alors… Tension… Douze-sept… Impeccable… Coeur… Ça va… Tu fumes toujours ?
-Un peu.
-Ça a l’air d’aller… Tu fumes quoi ?
-Boston Two Super Light.
-Ho. Et combien ?
-Heu… Trois, quatre par jour.
-Paquets ? »
J’ai rigolé :
« Non, non, clopes.
-Bon, alors ça va. Continue tant que tu veux, tu risques rien du tout.
-D’accord. »
Je me suis rhabillé pendant qu’il préparait une seringue. Il m’a dit, en me prenant mon sang.
« Tiens, j’ai appris que de Vertès était mort. Et pas de la syphilis.
-Ouais, je sais. C’est mon mec qui s’occupe de l’enquête.
-Ha ? Tu es stabilisé ?
-Ben, c’est un peu neuf encore… Mais c’est bien parti… Il est commissaire.
-Quelqu’un de bien alors ?
-Ouais. Honnête, sage et tout. Et papa.
-Tiens, tiens. Tu as trouvé le moyen d’étancher ta fibre paternelle ? C’est très bien, Marco.
-J’les aime comme si c’étaient les miens.
-C’est très, très bien. Je suis bien content pour toi.
-C’est gentil.
-Voilà… Pourrais-tu me laisser un téléphone, ou une adresse où te joindre, pour les résultats ?
-Bien sûr… »
Je sortis la carte du bar de mon sac.
« Tenez… J’y suis au moins tous les soirs.
-D’accord. Je demande Marco ? Tu es connu là-bas ?
-Ho oui ! Passez un soir, si vous voulez. Il parait que je chante très bien.
-Tu chantes ?
-Eh oui. Je gagne ma vie honnêtement, maintenant. »

 

Chapitre 23 :

Mademoiselle de Nacias entra dans mon bureau. Elle s’assit.
« Bonjour, mademoiselle.
-Que voulez-vous, commissaire ? fit-elle, hautaine. J’ai beaucoup à faire aujourd’hui.
-Moi aussi, rassurez-vous. J’ai juste quelques questions à vous poser.
-Soit, allez-y.
-Que saviez-vous de la sexualité de votre fiancé ? »
Elle fut choquée.
« Comme vous y allez, commissaire ! … Permettez-moi de ne pas répondre.
-Permettez-moi d’insister, mademoiselle. Saviez-vous que votre fiancé aimait les travestis ?
-QUOI ?!?! Comment osez-vous ! Mon Thomas ! Vous êtes fou ! Vous devriez avoir hon…
-D’accord. Vous n’étiez pas au courant. »
Mon téléphone sonna.
« Excusez-moi… »
Je décrochai.
« Allo ?
-Steph ? C’est moi…
-Ha ! Bonjour, mon coeur…
-Je suis allé à l’hôpital…
-Ça s’est bien passé ?
-Ouais…
-Dis-moi, pendant que je te tiens… Tu savais que De Vertès connaissait Ralph ?
-Bien sûr, c’est moi qui les ai présentés.
-Hein ?!
-Ben oui, ça t’étonne ?
-Non… C’est juste que… On m’a dit qu’ils s’étaient connus dans une partouze… »
Entendant ça, la fausse blonde faillit s’évanouir.
« Ben ouais.
-Faudra que tu m’expliques, là.
-Mais c’est pas compliqué ! J’étais allé à une partouze avec Ralph et Thomas y était aussi, c’est tout.
-Ha ! D’accord… Tu savais qu’ils étaient restés en contact ?
-Ralph m’en parlait de temps en temps. Je suis au bar. Tu viens pour déjeuner ?
-Bien sûr.
-Oui ? Bon, je te laisse. Bastien m’appelle.
-OK. Bisou.
-Bisou. »
Je raccrochai.
« Reprenons.
-Ce que vous dites de Thomas est ignoble.
-C’est la vérité, mademoiselle. J’ai également la preuve que votre fiancé était un trafiquant de drogue.
-Quelle preuve ?!
-Un des membres du réseau qui a parlé.
-Il ment ! Il ment !
-Bon, nous vous contacterons quand nous aurons un suspect, pour voir si vous reconnaissez la voix que vous avez entendue au téléphone. Vous pouvez partir, mademoiselle.
-Je ne vous salue pas, monsieur.
-Libre à vous, mademoiselle. »
Elle partit. Je soupirai. J’avais juste le temps d’interroger Isa de Vertès avant d’aller retrouver Marco. Retrouver Marco… Bon. Dépêchons-nous.
Bertram m’amena la jeune femme.
« Bonjour, commissaire.
-Bonjour, mademoiselle. Asseyez-vous.
-Vous vouliez me voir ?
-Oui. Dites-moi… Depuis combien de temps vous doutiez-vous que votre père trafiquait de la drogue ?
-Vous en avez eu confirmation ?
-Oui. Répondez.
-Disons heu….Il a commencé à recevoir des gens bizarres il y a… oh… deux ans et demi, trois ans, par là.
-Qu’appelez-vous des gens bizarres ?
-Des gens sans costard-cravates et souliers vernis. Habituellement il n’y avait que mes amis qui répondaient à ce signalement, chez nous.
-Beaucoup ?
-Plusieurs, oui. Mais un surtout.
-Vous sauriez le reconnaitre ?
-Oui.
-Bien. Et heu… comment saviez-vous que votre père aimait les travestis ? »
Son visage se ferma. Elle marmonna quelque chose que je ne compris pas puis dit :
« Il… Il lui arrivait de ramener à la maison… Des prostitués… Travestis.
-D’accord.
-Vous vouliez savoir autre chose, commissaire ?
-Non…
-C’est que j’ai un rendez-vous dans un quart d’heure. Je peux y aller ?
-Bien sûr, pas de problème, je vous recontacterai si j’ai besoin de vous. Ha, pendant que j’y pense, Marco m’a chargé de vous transmettre ses salutations. »
Elle me regarda avec des yeux ronds.
« Marco Micheno ? Vous le connaissez ?
-Heu, oui… Nous sommes comment dire…
-Amants ?
-Ben… Oui…
-Ça alors ! Je suis bien contente pour vous et pour lui. J’avais peur qu’il finisse mal, je suis rassurée… À propos… Enfin ça n’a rien à voir mais… Quand pourrons-nous enterrer mon père ?
-Quand vous voudrez. Nous en avons fini avec lui.
-D’accord. Je vais faire le nécessaire. Merci. Au revoir. Embrassez Marco pour moi.
-Au revoir… »

 

Chapitre 24 :

J’avais mis ma robe noire, celle que Bastien et Fati m’avaient offerte, et mes lunettes noires, et j’étais parti pour aller juste au cimetière. Les messes, je n’aimais pas ça. Je suis arrivé en retard, ils étaient déjà là. Isa avait l’air de s’ennuyer. Les autres, je ne les connaissais pas tous. Il y avait les frères et soeurs de Thomas et leur mère, une fausse blonde, la fiancée sans doute, et des amis. Je m’étais appuyé sur une grande croix et je regardais tout ça de loin. Et puis Isa m’a vu, elle m’a souri et elle m’a fait un petit signe de la main. J’ai fait pareil pour lui répondre. Elle m’a rejoint au moment où les autres commençaient à partir. On s’est fait la bise.
« Salut, mon grand.
-Salut, Isa.
-Ça va ?
-Ouais, et toi ?
-Ho, on fait aller. Bon allez faut pas rester là. Viens, je t’offre un café. »
On est sorti du cimetière, la famille était encore là.
« Tu viens, Isa ? a fait un oncle.
-Non, allez-y. Je vous rejoins tout à l’heure.
-Pourrais-tu nous présenter la jeune femme qui t’accompagne ? a dit un tante. C’est une de tes amies ?
-C’est étrange, j’ai l’impression que je la connais… dit un autre oncle en s’approchant de moi. Nous nous sommes déjà vus ?
-Oui, Henry. Il y a environ six ans, la dernière fois, je pense.
-Vous connaissez mon nom…
-Oui.
-Vous connaissiez Thomas ?
-Plutôt, oui.
-Nous nous sommes connus chez lui ?
-Henry ! a crié sa mère. Tu as fini de jouer aux devinettes ! Il va pleuvoir.
-Oui, Mère, j’arrive.
-Vous avez bon sur toute la ligne, lui ai-je dit.
-C’est très étrange… Je suis sûr de vous connaitre… Et pourtant… »
Je lui ai souri.
« Je portais encore des pantalons à cette époque. »
Ses yeux se sont arrondis. Ils se sont même beaucoup trop arrondis.
« Ça alors !!! Marco ?!?!
-Eh oui, c’est moi.
-Ça !… Si je m’attendais ! Et heu… Qu’est-ce que tu deviens…?»
C’était clair, il me prenait pour une pute. Mais je ne me suis pas laissé impressionner.
« Je chante à L’Arc En Ciel. C’est un bar, à la Croix Rousse. Passez me voir, si vous voulez. Bon… Tu viens, Isa ?
-OK. À plus tard. »
On s’est éloigné. Isa rigolait.
« Je crois que ça va les occuper un moment.
-Ils vont parler de moi ?
-Oui. Ils vont essayer de comprendre pourquoi tu portes des jupes… Et ce qu’ils pourraient éventuellement faire pour que tu reportes des pantalons…
-C’est marrant. Enfin, si ça les occupe. »
On s’est installé à la terrasse d’un bar, on a commandé deux cafés.
« Alors, Marco… Quoi de neuf ?
-Plein plein de choses… Et toi ?
-Ho, bof… Je continue mes études.
-Ben c’est bien ! D’histoire, c’est ça ?
-C’est ça. »
Le serveur nous a amené nos cafés.
« Et toi ? Alors, comme ça, tu t’es mis avec un commissaire de police ?
-Ben ouais… Comment tu le trouves ?
-Mignon, assez futé. Tu l’aimes ?
-Oui.
-Et lui, il t’aime ?
-Oui,oui.
-Ça roucoule, quoi.
-Le bonheur. Il a deux gones.
-Ha ouais ?
-Ouais… Deux garçons.
-Bref tu nages dans un océan de bonheur.
-C’est pas une métaphore, ça ?
-Si. Tu t’y connais ?
-L’ainé est en première L. On attrape deux, trois trucs au passage.
-C’est excellent ça ! Ha, pendant que j’y pense… T’as un moment ? Je voudrais te rendre le livre de ta mère.
-Ce serait sympa.
-Si tu te sens capable de supporter la fratrie maintenant que tu es ciblé. Ils sont tous à la maison en train de boire et de se lamenter sur notre piètre condition humaine.
-Ho, rassure-toi. C’est pas dix bourgeois en costards qui vont m’impressionner. J’en ai vu d’autres. »
On est allé jusqu’à la maison de Thomas. Ils étaient tous là, plus ou moins affalés, au salon. Isa s’est dirigée droit sur la bibliothèque. Moi, je suis resté à l’entrée de la pièce. Ils me regardaient drôlement. J’ai enlevé les lunettes noires.
« C’est gentil de vous être déplacé pour l’enterrement de Thomas, Marco, m’a dit sa mère.
-C’était normal. » lui ai-je répondu.
Isa a trouvé le livre. C’était un grand livre relié cuir. Le vieux livre de magie de ma mère, que Thomas m’avait pris en me disant que je n’en ferais rien et qu’il était trop précieux pour que je l’abime. Isa me l’apporta.
« Tiens.
-Merci.
-Qu’est-ce que tu lui donnes, Isa ? a demandé un des oncles.
-Quelque chose qui est à lui. »
Je l’ai encore remerciée, je lui ai fait la bise, laissé la carte du bar, et je suis parti.
J’avais autre chose à faire, cet après-midi-là.

 

Chapitre 25 :

Tous mes indices me ramenaient à Ralph. Je ne pouvais plus continuer mon enquête sans l’interroger. La veille, Marco était allé à l’enterrement de De Vertès. Il avait mis sa belle robe noire. Le soir, il était triste et fatigué. Irrité aussi. Je pensais que la famille n’avait peut-être pas été très aimable avec lui. Ralph n’était pas un enfant de choeur et il n’allait certainement pas se laisser convoquer. Le juge me fit un mandat d’arrêt pour trafic de drogues ; dans l’heure Ralph était dans mon bureau, menottes aux poignets.
« Salut, Ralph. »
Il répondit par un grognement indistinct, avant de s’écrier :
« J’y peux rien ! Il était consentant ! C’est vrai quoi ! Sinon y serait pas venu chez moi avec cette robe de salope!…»
Je l’arrêtai :
« Attends. De quoi tu parles ? »
Il eut l’air très surpris.
« Ben quoi ? C’est pas pour ce qui c’est passé hier que vous m’arrêtez ?
-Qu’est-ce qui s’est passé, hier ?
-Ben… Avec Marco… Quoi, y vous a pas raconté ?
-Raconté quoi ?! »
Je commençai à m’énerver.
« Ce qui s’est passé hier… »
Je me suis levé.
« Marco ne m’a rien raconté, nom de dieu explique-toi ! »
Il eut l’air impressionné.
« Ben voilà heu… Hier après-midi, Marco est passé me voir… Pour me ramener trois bricoles que j’avais oubliées chez lui… »
Il s’arrêta.
« Et ? le relançai-je en tapotant sur mon bureau.
-C’est pas ma faute ! J’vous jure ! Il a tout fait pour me provoquer !…
-Alors tu l’as violé.
-Ha non j’vous jure ! Il avait sa robe, vous savez ? La rouge, la fendue et il avait des bas et…
-Tu l’as violé.
-Non…!
-Arrête ça. De toute façon c’est pas pour ça qu’on t’a arrêté.
-Sans blague ? Y vous a rien dit ? Pourquoi vous m’avez arrêté alors ? »
À cet instant, Ralph, devant moi, était franchement minable. Il avait très peur. Il était minable et veule.
« Pour trafic de drogue.
-Hein ?
-Un de tes dealers a avoué. En ce moment, mes gars sont en train de perquisitionner chez toi. On va sans doute faire des trouvailles intéressantes.
-Vous avez pas le droit ! Vous avez pas de mandat de perquisition !
-Tu regardes trop de séries américaines, Ralph. On a pas besoin de ça chez nous. »
Je n’avais même plus envie de m’énerver. J’étais parfaitement calme. Je me suis rassis.
« Je voulais aussi te poser deux ou trois questions sur une autre affaire.
-Heu… Ha ?
-Ouais. Thomas de Vertès ça te dit quelque chose ?
-Heu… Non… Qui c’est ? »
Je soupirai.
« Ralph…. Me fatigue pas…
-Bon, bon… C’est un mec que je fréquente, ouais, et alors ?
-Que tu fréquentais.
-Ah là non ! J’le fréquente encore !
-Quand l’as-tu vu pour la dernière fois ?
-Ho chais plus…
-Il trafiquait avec toi.
-Ouais… (soupir) Puisque vous savez tout… Pourquoi vous parlez de lui au passé ?
-Il est mort.
-Ho ? Sans déc’ ?
-Parole. Entre une heure et demie et deux heures, dans la nuit de vendredi à samedi dernier… Qu’est-ce que tu faisais à ce moment-là ?
-Chais plus.
-Ouais, ben tâche de t’en souvenir vite. »
Je fis prendre son portrait et ses empreintes, et il alla dans sa cellule. Son histoire d’« hier » me paraissait invraisemblable. Si Ralph avait violé Marco… Sauf si ce dernier était consentant ? Mais Marco, aller draguer Ralph ? Tirer un coup avec lui ? Un détail me gênait, dans cette histoire. Je réfléchis un moment. Et il me sauta aux yeux. La veille Marco portait sa robe noire, pour l’enterrement de De Vertès ! Et il ne portait pas de bas… Il avait mis des collants ! Je décidai de tirer ça au clair.

 

Chapitre 26 :

Je jouais aux cartes avec Fati quand Bastien m’a appelé, Steph voulait me parler au téléphone.
« Allo ?
-Marco ? C’est moi.
-Salut, Steph. Qu’est-ce qui se passe ?
-Dis-moi, qu’est ce que tu as fait hier après l’enterrement ?
-??… Ben, d’abord j’ai été prendre un café avec Isa, après, je l’ai raccompagnée…
-Et après ?
-Après ? Je suis allé au cinéma… Ils repassaient Vivement Dimanche…
-Où ça ?
-CNP Terreaux. Après je suis rentré au bar… J’y étais vers cinq heures, cinq heures et quart, je crois… Pourquoi ?
-On a arrêté Ralph tout à l’heure.
-Ha ouais ?
-Ouais.
-Et alors ?
-Il m’a raconté que tu étais venu le voir hier après midi, dans ta robe rouge fendue, pour lui rapporter des affaires qu’il avait oubliées chez toi et que hm ! Vous aviez…
-Tiré un coup ?
-Ouais.
-Putain il est temps qu’il arrête de fumer ses herbes lui ! C’est quoi ce délire ?
-C’est bien ce que je pensais.
-Tu le crois pas, hein ?
-Non, bien sûr que non… Il est bien, ce film ?
-Ha, super… Je l’avais déjà vu, mais il est toujours aussi bien.
-Ce que je me demande, c’est pourquoi Ralph m’a raconté ça…
-Tu crois qu’il y a un rapport… avec Thomas ?
-Ça m’étonnerait pas plus que ça. Bon, je te laisse, mon chéri. À ce soir.
-Je t’embrasse, Steph. Salut. »
Je suis retourné m’assoir près de Fati.
« Qu’est-ce qu’il voulait ?
-Ralph lui a raconté qu’on avait baisé hier…
-Ho ?
-Je te jure ! Il plane grave, le Ralph ! Hier en plus ! Avec l’après-midi que j’ai passé !
-Ouais, c’est clair. »
On s’est remis à jouer, mais un peu plus tard, Bastien m’a encore appelé, Steph voulait encore me parler.
« Allo, Marco ?
-Qu’est-ce qui t’arrive, mon chéri ?
-Tu es occupé ?
-Ben je joue aux cartes avec Fati, pourquoi ?
-Tu pourrais passer au poste ? Je voudrais te montrer quelque chose.
-Là maintenant ?
-Oui.
-Bon heu… Si tu veux… C’est important ?
-Oui, très.
-Bon, d’accord. J’arrive. À tout de suite.
-Oui, à tout de suite. »
Il avait l’air énervé. J’espérais qu’il n’avait pas cru Ralph. Je suis allé expliquer à Bastien et Fati que je devais partir.
« Qu’est-ce qui se passe ?
-Chais pas, il veut me montrer quelque chose…
-Pour l’enquête ?
-Ben ouais, j’pense… Oh mais rassurez-vous, c’est pas moi le coupable… »
Ils ont rigolé.
« Ca, rassure-toi, on est au courant.
-Tant mieux. Bon, j’y vais. Il avait l’air énervé.
-Reviens à temps pour chanter.
-T’inquiète. À plus ».
J’ai enfilé ma veste et je suis parti. Il faisait frais, je me souviens, c’était la fin du printemps. Il s’est mis à pleuvoir, il s’est mis à tonner. Il allait y avoir un gros orage. Je me suis dépêché.
À ce moment, j’ai eu peur. Ma maman m’avait toujours dit de faire attention aux signes. Cet orage en était peut-être un. Mauvais signe ? Mais pour qui ? Pour moi, pour Ralph ? Pour Stéphane ? Oui, c’est vrai, à ce moment j’ai eu peur. Je m’étais peut-être lancé dans quelque chose de trop dur pour moi.
J’ai respiré plusieurs fois profondément. Et j’ai chassé ses sales idées de ma tête. Steph était sur la bonne voie. Il ferait tout pour me protéger. La partie serait vite jouée. Je ne devais surtout pas faiblir maintenant.

 

Chapitre 27 :

J’attendais Marco avec une impatience quasi enfantine. Avec ce que l’on avait trouvé chez Ralph, j’étais presque sûr de tenir le coupable.
Mon petit ange arriva rapidement, un peu mouillé par la pluie. Il avait l’air tout intimidé, tout fragile. Il vint dans mes bras comme s’il voulait être protégé. Je le serrai et l’embrassai doucement. Il me regarda avec ses grands yeux interrogatifs.
« Viens là, Marco… »
Je lui montrai l’objet, qui était sous plastique, posé sur mon bureau. Il retint un cri.
« Ça alors ! Mais c’est le rasoir de mon père !… Qu’est-ce que…?! Où tu l’as trouvé ?
-Chez Ralph.
Hein ?!
-On l’a arrêté, tout à l’heure…
-Oui…
-Pendant que je l’interrogeais, mes gars ont fouillé chez lui. On a trouvé de la drogue, en quantité assez importante, mais bon ça, on s’y attendait. Seulement on a trouvé ça aussi… Il y a des traces de sang sur la lame et des empreintes sur le manche. Ça pourrait être l’arme du crime. »
Marco semblait vraiment effaré.
« Quoi ? On aurait tué Thomas avec mon rasoir ?!
-Tu es sûr que c’est le tien ?
-Oui,… il y a les initiales de mon père dessus, regarde… “M. M.”, Manuele Micheno.
-Hm, hm.
-Ça alors j’en reviens pas… »
Je réfléchis un moment.
« À mon avis, lui dis-je, il a volé ton rasoir pour t’accuser.
-M’accuser moi ?!
-Ça me semble possible. Mais dans ce cas il a mal calculé son coup.
-Quand je pense que ça fait des semaines que je le cherche partout… Je pourrais le récupérer ?
-Après l’enquête. Si c’est bien l’arme du crime, c’est une preuve majeure contre Ralph.
-Tu crois que c’est lui…?
-A priori, oui. »
Il revint se serrer dans mes bras. Je le berçai doucement.
« Qu’est ce qu’il y a, Marco ?
-Tu l’as pas cru, hein ?
-Quoi ?
-Ce qu’il t’a dit, pour hier… »
Il avait les larmes aux yeux.
« C’est pas vrai, Steph ! Il t’a menti ! J’suis pas une salope ! C’est toi que j’aime ! »
Je le pressai contre moi.
« Calme-toi, Marco…
-Steph… »
Il fouilla dans son sac en reniflant, pour en sortir un petit ticket de cinéma.
« Regarde… C’est mon ticket d’hier…
-Calme-toi, Marco… Je n’en ai pas cru un mot, de ses salades… Je sais bien que tu n’as rien fait. »
Je le serrai encore dans mes bras.
« Je t’aime, Marco… »
Une timide quinte de toux nous fit sursauter. À l’entrée du bureau, Bertram semblait extrêmement gêné.
« Vous voulez que je repasse tout à l’heure, mein Chef ?
-Non, je t’en prie… Qu’est ce que tu voulais ?
-Ralph Galmot a vu passer votre ami. Il veut absolument lui parler. Il est hm ! Très véhément… Surtout depuis qu’Antony lui a parlé du rasoir.
-Je vois… Tu te sens près pour une confrontation, Marco ?
-C’est obligé ?
-Je crois que tu devras y passer.
-Bon alors d’accord. Autant que ce soit tout de suite.
-OK. Va le chercher, Bertram. Menotte-le bien.
-Kein Problem. »
Bertram sortit.
« Il est allemand celui-là ?
-D’origine berlinoise… De l’est.
-De Berlin ? Il parle bien français.
-Il est français depuis longtemps. »
Bertram amena Ralph qui foudroya Marco du regard.
« Sale pute ! » cria-t-il.
Bertram le retint et l’assit d’autorité sur un siège.
« Du calme, toi. »
Ralph était excédé.
« Me calmer ! Cette salope essaye de me faire porter le chapeau pour son meurtre et je dois me calmer ! »
Marco vint se réfugier dans mes bras.
« Ha c’est pas la peine de faire ta mijorée ! Vous croyez que j’ai pas compris votre petit jeu à tous les deux !
-Quel petit jeu ?! m’écriai-je.
-Faites pas les innocents ! C’est facile, hein, Marco ? Tu le tiens par les couilles ton poulet ! Alors il te couvre, et c’est moi qui prends ! »
Je lâchai Marco et m’approchai de Ralph.
« Attends. Tu es en train d’accuser Marco du meurtre et de m’accuser moi de complicité ?
-Fais pas l’innocent sale flic ! J’vais pas me laisser faire ! T’entends Marco ? Tu veux que je leur raconte toutes les raisons que t’avais de tuer De Vertès ?! »
Marco était pétrifié. Je renvoyai Ralph, toujours criant, dans sa cellule.
« Ça va mon coeur ?… Marco ? »
Il secoua la tête comme au sortir d’un mauvais rêve.
-Ça ira… Je… Je vais y aller…
-D’accord. À tout à l’heure, mon chéri.
-Embrasse-moi, Stéphane. »

 

Chapitre 28 :

Ça avait été moins dur que j’avais imaginé. Je suis retourné au bar. Il pleuvait un peu. J’étais mouillé quand je suis arrivé. Bastien et Fati se sont approchés, inquiétés par mon air peut-être.
« Ça va pas, Marco ? »
Je leur ai raconté ce qui s’était passé.
« Ralph, le meurtrier ? s’est exclamé Bastien. Je savais qu’il ne volait pas très haut mais dis donc il s’est carrément écrasé, là !
-Vouais, a fait Fati. Ce genre de mec, tu sais… Ça m’étonne pas, moi. Il est bien capable de ça. Ce qui m’étonne, par contre, c’est qu’il ait le culot de t’accuser toi, et d’accuser Stéphane.
-À mon avis, il débloque. » ai-je marmonné.
Bastien m’a servi un bon whisky.
« Allez bois ça, ça te remettra.
-Merci, Bastien.
-Je t’en prie. Tu devrais aller te changer, tu es trempé. »
J’ai bu une gorgée de whisky, et puis j’ai couiné :
« Chuis fatigué. Chme sens tout paf. »
Fati m’a secoué doucement.
« C’est pas le moment ! Il faut qu’on aille chercher Nicholas ! C’est aujourd’hui qu’il rentre de sa classe verte, tu sais ? À cinq heures.
-Ha ouais, c’est vrai… »
J’ai bâillé.
« Tu devrais aller prendre une bonne douche, a repris Fati. Ça te remettrait les idées en place, et puis ça te réchaufferait. Si tu restes comme ça, tu vas prendre froid. »
J’ai rigolé.
« Ça, ce serait la totale. »
J’ai fini mon whisky et je suis allé me laver. J’étais prêt juste à temps pour aller chercher Nicholas.
J’y suis allé avec Fati. Le rendez-vous était fixé place Antonin Poncet à cinq heures, sous le clocher. Il y avait déjà des parents quand on est arrivé. Le bus était en retard. Il était presque cinq heures et demie quand il est arrivé et la pluie menaçait de nouveau. Une cinquantaine de gones braillards en sont descendus. Ils ont couru vers leurs parents. Nicholas nous a cherchés un moment du regard avant de courir vers nous.
« Marco ! Fatima ! »
Je me suis accroupi pour l’embrasser.
« Salut, Nico.
-Salut.
-Alors, ce voyage, ça s’est bien passé ?
-Oh oui ! On a vu plein de choses ! Au parc zoologique, le maître s’est fait courser par une autruche !
-Ah ouais ?
-Ouais ! »
Le maitre en question s’est approché de nous.
« Heu, excusez-moi… »
Je me suis relevé.
« Bonsoir.
-Bonsoir mesdemoiselles. C’est vous qui venez chercher Nicholas ?
-Oui, son père nous l’a demandé, il est très occupé en ce moment, il rentre tard.
-Son frère ainé ne pouvait pas, non plus ?
-Non plus… Il terminait à six heures aujourd’hui. »
Il me regardait bizarrement.
« Qu’esse vous avez à m’zyeuter comme ça ?
-Excusez-moi mais heu… Nicholas m’avait dit que son père vivait avec un garçon heu…
-Qui vous a dit que j’étais une fille ? »
Ça, ça l’a cloué. J’ai pris sa main dans les miennes pour la secouer :
« Je suis enchanté, monsieur. Je m’appelle Marco, Marco Micheno.
-Ha heu, ravi… »
Fati rigolait doucement. J’ai salué l’instit et on est parti. On a marché vite et heureusement, parce qu’on est arrivé au bar juste avant la pluie.
Stéphane est arrivé vers dix-neuf heures. Il avait l’air très fatigué.

 

Chapitre 29 :

Me devinant épuisé, sans doute, Marco est immédiatement venu s’assoir près de moi.
« Ça va, mon grand ?
-Ouais, bof… Je viens de parler deux heures avec le juge et Bertram…
-Ha bon ?
-Oui, on est allé le voir tous les deux après ce qui s’est passé tout à l’heure.
-Pourquoi ?
-Je lui ai demandé de me retirer l’enquête.
-HEIN ?! »
Il avait l’air sidéré.
« Il a refusé. » repris-je.
Marco se reprit.
« Mais pourquoi ? Pourquoi tu lui as demandé ça ? »
J’ai caressé sa joue.
« Ralph m’a accusé, Marco.
-Et alors ?! Qu’est-ce que les conneries de Ralph ont à voir…?!
-Marco, calme-toi, mon coeur. Laisse-moi t’expliquer. Je connais des tas de gens qui seraient ravis de me voir radié de la police. Ralph m’a accusé de complicité pour un meurtre sur lequel j’enquête. C’est des conneries, on est d’accord. Parce que nous deux on le sait. Mais les autres autour ne sont pas obligés de nous croire, et j’en connais qui seraient enchantés de ne pas nous croire, rien que pour me foutre à la porte. En refusant de continuer, je me dédouanais. Enfin… Le juge a refusé. »
Je soupirai. Je commandai un grand café à Bastien.
« Tu comprends, Marco, je suis très emm… bêté. Je suis là pour faire la justice et je ne peux pas être impartial. Je ne peux pas !… D’un côté il y a toi que j’aime, de l’autre Ralph que je déteste, précisément à cause de tout ce qu’il t’a fait. Je ne suis qu’un homme. »
Je soupirai de nouveau. Et je couinai :
« Je suis très faible quand j’aime… »
Marco vint dans mes bras.
« Steph…
-Hm ?
-Ça va?
-Vui vui…
-Alors, qu’est ce qu’il t’a dit, le juge ?
-Ben… Il m’a dit qu’il comprenait, mais qu’il me faisait totalement confiance… Que ma démarche lui prouvait bien que j’étais innocent… Que de toute façon il n’y avait personne d’autre pour reprendre l’enquête… Et puis…
-Et puis ?
-Il a chargé Bertram de me surveiller.
-Oh ?
-Vui… Il est chargé de me dire si je suis trop partial, si j’écarte des choses, tout ça…. »
Marco passa sa main dans mes cheveux.
« Mon chéri… Tu as l’air épuisé.
-Je suis à bout de nerfs.
-Tu ne veux pas rentrer te reposer ?
-Non, j’ai envie de t’entendre chanter.
-Oh, ça c’est gentil… »
Bastien vint lui demander d’aller se préparer. Marco m’embrassa et partit. Un peu plus tard, il entra sur la petite scène du bar, dans un tonnerre d’applaudissements. Son public était si nombreux maintenant que beaucoup de personnes étaient debout.
Marco leur sourit :
« C’est gentil, mais s’il vous plait attendez la fin pour applaudir. »
Quelques rires fusèrent dans la salle.
« Non, mais c’est vrai, des fois que ça vous plairait pas… »
Il y eut encore des rires et quelques applaudissements. Puis Marco se mit à chanter. Le silence fut immédiat dans la salle. On n’entendait que sa voix.

Et nos saisons ne sont plus les mêmes
Tu es printemps, je suis hiver
Et la saison de nos je t’aime
pourrait nous mener en enfer…

J’aimais beaucoup cette chanson. J’aimais beaucoup Barbara et quand Marco chantait ses chansons, je planais un peu plus haut que d’habitude. De toute façon, je n’étais pas un public difficile pour Marco. Nicholas non plus. Ce soir-là, après le tour de chant, il voulut monter avec moi dans la loge de Marco.
Notre chanteur était assis devant sa table de maquillage et se contemplait d’un oeil las. Il nous regarda et nous sourit.
« Comment vous avez trouvé ?
-Très bien.
-Ah ouais c’était super ! » s’exclama Nicholas.
Marco soupira, et se remit à observer son reflet.
« J’suis crevé, dit-il.
-Moi aussi, lui répondis-je. Demain c’est samedi. Il va faire très beau, parait-il. Ça te dirait qu’on aille faire un tour à la mer ? Ce n’est pas trop loin et Nicholas en avait très envie. Ça ferait aussi du bien à Jérémie. Qu’en penses-tu ?
-Ce serait sympa.
-Alors c’est décidé.
-Tu ne travailles pas demain, Steph ?
-Non. J’attends des résultats d’analyses qu’on doit me rendre lundi.
-Quelles analyses ?
-On essaye de savoir si les cheveux trouvés sur le lieu du crime sont bien ceux de Ralph et si le sang sur le couteau est bien celui de De Vertès. On avait analysé les cendres de cigarettes, Boston Two Super Light, c’est ce que fume Ralph, on en a trouvé quatre paquets chez lui. On doit me rendre le reste lundi. En attendant, je ne peux rien faire. Alors autant me détendre. »
Marco souriait drôlement, il avait un air extrêmement bizarre. Il se mit à se démaquiller.
« On rentre, Steph ? »
De fait, il avait l’air hautain.
« On n’attend que toi, mon chéri. »
Il sourit cette fois avec douceur.
« Je sais pas si j’ai encore un maillot de bain, dit-il.
-Jérémie en a plusieurs.
-…Grand bien lui fasse…
-Tu préfères te baigner tout nu ?
-Pourquoi pas ? »

 

Chapitre 30 :

On avait roulé longtemps. La mer était belle et bleue. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu la mer. J’ai tout de suite reconnu le lieu où on était, mais je n’ai rien dit. La plage était presque vide. On s’est baigné un moment. Nicholas et Jérémie, increvables, sont restés dans l’eau. Stéphane est allé s’allonger sur sa serviette et s’y est endormi. Moi, je suis resté un moment sur la mienne. Et puis je me suis rhabillé, et j’ai quitté la plage. J’ai grimpé sur le sommet de la falaise, à côté. Je m’y suis assis. Il était déjà tard. Le soleil était bas sur l’horizon, ce n’était pas grave. On avait décidé de revenir de nuit.
Au bout d’un moment, Steph m’a rejoint.
« Qu’est-ce que tu fais, mon coeur ? » m’a-t-il demandé.
Je regardais la mer. Il s’est assis près de moi.
« T’as l’air tout triste, Marco…
-C’est ici que mon père est mort, Stéphane. »
Je l’ai regardé.
« T’as pas fait des recherches sur moi quand tu m’as connu ?
-Non… J’y ai pensé un moment, mais je n’ai rien fait… »
Il m’a pris dans ses bras.
« Je suis désolé, Marco… Je suis vraiment désolé… Tu aurais dû me le dire, on serait allé ailleurs… »
J’ai caressé sa joue.
« C’est pas grave, Steph… Au contraire, je te remercie. Sans ça je n’aurais jamais eu le courage de revenir… Et il le fallait. »
Je me suis remis à regarder l’eau.
« Il le fallait. »
Je me suis tu un moment.
« Mon père est mort ici. Il s’était évadé de Saint Paul. Il m’avait enlevé du foyer d’accueil où j’étais depuis que ma mère était morte… On avait roulé longtemps… Il était monté ici, avec la voiture… Les flics arrivaient… Il m’a fait sortir de la voiture… Il m’a serré dans ses bras… Il m’a dit qu’il m’aimait… Il m’a donné son rasoir, et sa médaille de baptême… Et puis il est remonté dans la voiture… Il a démarré… Et il s’est jeté dans le vide. »
Stéphane m’a serré plus fort.
« Oh Marco… Marco… Mon pauvre coeur… Mon pauvre amour… »
J’ai soupiré.
« J’avais neuf ans. Après je me suis retrouvé tout seul… Tout seul. »
On est rentré. Cette nuit-là, Steph a dormi contre moi. Il voulait sans doute me faire comprendre que je n’étais plus tout seul. J’ai trouvé ça gentil. Le lendemain, il a absolument tenu à ce qu’on passe la journée ensemble. J’ai trouvé ça gentil aussi. On a passé une très bonne journée, à trainer dans les vieux quartiers de Lyon.
Le lundi, j’étais au bar dès le matin. Franck était en congé et Bastien comptait sur moi et sur Fati pour l’aider à faire tourner le bar. J’étais en train de frotter une table lorsque Bastien m’a appelé.
« Téléphone. »
Je suis allé prendre le combiné.
« Allo ?
-Monsieur Micheno ? »
C’était l’Allemand.
« Oui, c’est moi…
-Inspecteur Dresden. Vous vous souvenez de moi ?
-Oui, oui.
-Le commissaire m’a chargé de prendre votre déposition concernant… La journée du 26… L’enterrement de la victime et ce qui a suivi… J’aurais aussi quelques questions à vous poser sur cette affaire.
-C’est vous qui faites l’enquête, maintenant ?
-Par intérim… Le commissaire m’a chargé de la reprendre. Il a décidé d’en faire le moins possible. Il a très peur de se tromper.
-Quand voulez-vous me voir ?
-Tout de suite, si vous pouvez.
-D’accord, j’arrive. À tout de suite.
-Okay. »
J’ai raccroché et soupiré.
« Qu’est-ce qu’il y a ? m’a demandé Bastien.
-Faut que j’aille faire une déposition.
-Ha bon ? Rapport au meurtre ?
-Ben ouais. »
J’y suis vite allé. Dresden m’a emmené dans son bureau.
« Asseyez-vous, je vous en prie.
-Merci… Je n’ai pas vu Ralph en passant…
-Il est en préventive.
-Ah…
-Bon. Alors… Je vais commencer par le début. Que faisiez-vous le soir du meurtre ?
-Pourquoi vous me demandez ça ?!
-Vous avez été accusé l’autre jour.
-Ha oui c’est vrai… »
J’ai réfléchi une seconde.
« Je suis sorti avec des amis. Je suis rentré à minuit.
-Le nom de vos amis ?
-Bastien Darasse et Fatima Jaoui. Vous pouvez les rencontrer au bar L’Arc-En-Ciel. C’est à la Croix-Rousse.
-D’accord… »
Il prenait ses notes en s’appliquant beaucoup.
« Vous êtes rentré à minuit… Vous avez un témoin ?
-Ben, mes amis m’ont laissé devant la porte, et puis j’ai réveillé Stéphane en rentrant.
-Stéphane Mordillat ?
-Oui. J’ai passé le reste de la nuit avec lui.
-D’accord… Alors maintenant… Pourriez-vous me détailler ce que vous avez fait l’après-midi du 26 ?
-Oui, je crois. J’ai été à l’enterrement de Thomas… De Vertès… au cimetière, à quatorze heures… Après j’ai été prendre un café avec sa fille…
-Isa de Vertès ?
-Ouais… Je l’ai raccompagnée chez elle… Après je suis allé au cinéma… J’ai été voir Vivement dimanche au CNP Terreaux, ça commençait à quinze heures quinze. Après je suis rentré à L’Arc-En-Ciel. Je devais y être vers dix-sept heures vingt…
-Très bon film.
-Vous connaissez ?
-J’ai dû le voir une dizaine de fois. Comment étiez-vous habillé ?
-Je portais une longue robe noire.
-Fendue ?
-Non.
-Portiez-vous des bas ?
-Non, des collants.
-Comment étiez-vous coiffé ?
-Je crois que j’avais les cheveux lâchés. Demandez à Isa.
-Vous confirmez que vous n’êtes pas allé voir Ralph Galmot ?
-Oui.
-Vous ne l’avez ni vu ni même croisé cet après-midi-là ? À aucun moment ?
-Jamais. »
Il nota en hochant la tête.
« Excusez-moi, inspecteur… Vous pouvez me dire ce que Ralph a déclaré ?
-Oui… »
Il a pris une autre feuille.
« Monsieur Galmot a déclaré que vous étiez venu chez lui vers quinze heures, vêtu d’une robe rouge fendue, de bas, vos cheveux en chignon, pour lui rapporter quelques affaires qu’il avait oubliées chez vous. Il a dit que vous aviez parlé un moment… Que vous aviez tout fait pour l’exciter… Que vous aviez heu… “baisé”, selon ses propres termes, sur son lit, et qu’ensuite vous étiez reparti, sans qu’il puisse préciser l’heure exacte, mais non sans lui jeter un regard méprisant.
-J’comprends pas… Pourquoi y raconte ça ? C’est… C’est con !
-À un petit détail près : il a dit qu’il avait trouvé l’arme du crime dans le sac que vous lui aviez amené ce jour-là. »
J’ai sursauté :
« QUOI ?!
-Je crois que vous m’avez très bien entendu.
-Alors ça ! Putain c’est le pompon ! C’est pas vrai et je peux le prouver ! Mon rasoir, je le cherchais depuis des semaines ! Demandez autour de moi ! Ça fait des semaines que je le demande à tout le monde ! »
Il me sourit.
« Calmez-vous.
-‘Xcusez-moi.
-Votre réaction me fait bien penser que vous dites la vérité. »
Je lui ai sorti mon ticket de cinéma. Il y avait la date et l’heure de la séance écrites dessus.
« Ah, très bien… Merci. »
J’ai reniflé. Il m’a tendu un mouchoir en papier.
« Depuis combien de temps connaissez-vous monsieur Galmot ?
-Six ans.
-Quels rapports entretenez-vous avec lui ?
-Maintenant, aucun. Avant… Avant c’était mon mec, quoi.
-Votre mac, plutôt, non ?
-…Ouais.
-Saviez-vous qu’il était un trafiquant de drogues ?
-Je savais qu’il faisait des trucs pas clairs.
-Rien de plus ?
-Rien de plus.
-D’accord. »
Il m’a souri de nouveau.
« Je ne vois rien d’autre à vous demander. Si quelque chose vous revenait en mémoire, n’hésitez pas à me le dire.
-Je peux partir alors ?
-Oui.
-Bon, j’y vais. Au revoir, inspecteur.
-Au revoir. »

 

Chapitre 31 :

J’avais quitté le commissariat très tard. Bertram et moi avions tout recoupé. Les résultats des analyses nous étaient parvenus : c’était bien les cheveux de Ralph que l’on avait trouvé chez la victime, dans le salon et sur le lit. C’étaient également les empreintes de Ralph qui se trouvaient sur le verre trouvé au salon. Et c’était bien le sang de De Vertès qui se trouvait sur le rasoir. Jusqu’à présent, Ralph avait toujours nié avoir mis les pieds chez la victime. J’étais fatigué. J’avais décidé que l’on réglerait ça le lendemain.
Marco m’attendait. Il me sauta au cou à mon arrivée. Je le serrai doucement.
« Salut, toi.
-Stéphane…
-Ca va, toi ?
-Oui… Et toi ? T’as l’air tout pétafiné…
-Je n’en peux plus. Si seulement le juge m’avait retiré l’enquête…
-Oh dis pas ça ! Moi, j’ai confiance en toi. Je sais que tu réussiras.
-Tu crois ?
-J’en suis sûr. Viens t’assoir. »
Marco s’appliqua à me détendre toute la soirée. Et une bonne partie de la nuit. J’eus du mal à me lever le lendemain. J’aurais aimé rester couché près de lui.
J’arrivai au commissariat un peu en avance. Je pris un café et m’installai dans mon bureau. Bertram arriva un peu en retard. Il s’excusa platement : sa femme ne voulait pas le laisser partir ce matin-là. Ça me fit rire.
« Ha, les femmes…
-Qu’est-ce qu’on a au programme aujourd’hui, mein Chef ?
-Il faudrait que tu prennes ma déposition.
Okay.
-Et puis il faut qu’on interroge Ralph, maintenant qu’on a la preuve qu’il est bien allé chez De Vertès.
-Je crois…
-Oui ?
-Je crois qu’il faudrait demander, il me semble qu’il avait une ménagère ?
-Tu veux dire une femme de ménage ?
Ach, ja, ja… Il faudrait lui demander quand elle a fait le ménage la dernière fois. Ralph est peut-être venu quelques jours avant le meurtre.
-Ah oui. Ah ça c’est pas bête du tout, Bertram. C’est même très bien vu.
Danke.
-Je vais appeler la fille… Elle devrait pouvoir nous procurer le numéro de sa bonne. Pendant ce temps, convoque Ralph. Faut qu’il s’explique sur les rapports qu’il entretenait avec De Vertès… Et plus s’il y a plus.
Okay. »
J’appelai Isa de Vertès. Elle me donna sans discuter le numéro que je lui demandais. Je contactai aussitôt la femme de ménage. Nous avons convenu qu’elle passerait dans la matinée. Je raccrochai à peine quand Bertram revint ;
« Ils ne pourront nous l’amener que cet après-midi. Manque de véhicule…
-Impeccable.
-Qu’est-ce que la femme de ménage vous a dit ?
-Elle passera tout à l’heure.
-Vous ne pouviez pas lui demander par téléphone ?
-Je ne meurs pas d’envie d’être accusé de faux témoignages. Je préfère que tu sois là.
-Je vois.
-En attendant, prends donc ma déposition. »
Il s’installa devant son ordinateur.
« Alors… Qu’avez-vous fait le soir du meurtre ?
-J’étais très fatigué. J’avais eu une dure semaine… J’étais chez moi, mes deux fils confirmeront. Je me suis couché tôt.
-À quelle heure monsieur Micheno est-il rentré ?
-Vers minuit… Il m’a réveillé, j’ai regardé l’heure, il était minuit dix. Marco… Monsieur Micheno a passé le reste de la nuit dans mes bras. C’est vous dire si j’ai la certitude qu’il n’a pas bougé.
-Comment l’avez-vous trouvé le lendemain matin ?
-Très calin… Si je puis dire…
Ich verstehe. Pas spécialement stressé, irrité ?
-Non. Parfaitement égal à lui-même.
-D’accord. Saviez-vous qu’il connaissait la victime ?
-Non. Il me l’a dit quand je lui ai dit qui elle était.
-A-t-il été surpris d’apprendre sa mort ?
-Oui.
-Vraiment surpris ?
-Il a failli tomber.
-Au sens propre ?
-Oui.
-Je vois… Pensez-vous que votre ami… Marco Micheno… soit capable de tuer ?
-Non. Marco ne ferait pas de mal à une mouche. Et puis, il avait l’air de bien aimer la victime. Entre parenthèses, c’est à Isa de Vertès qu’il faudrait le demander, ça. Elle devrait pouvoir nous décrire quels rapports entretenaient Marco et la victime lorsqu’ils vivaient ensemble.
-Oui. En effet… Ce serait intéressant. Bon. Je ne vois rien d’autre. Vous connaissez la rengaine : si quelque chose vous revient… Je peux trouver vos fils où ?
-Heu… On est lundi aujourd’hui…? Au bar, après dix-sept heures.
-L’Arc-En-Ciel ?
-Oui.
Sehr gut. Je passerai au bar ce soir, alors. J’ai plusieurs choses à vérifier, là-bas.
-Fais ce que tu juges bon. C’est toi qui mènes la danse…
-Vous m’aidez bien.
-Tu t’occuperas d’interroger Ralph. Il ne voudra sûrement pas m’adresser la parole.
Okay. »
On vint nous dire que la femme de ménage était là.

 

Chapitre 32 :

Je balayais le bar en chantant. Bastien nettoyait ses verres. Il n’y avait presque personne. Entre dix heures et onze heures et demie, c’était l’heure calme. Je me sentais bien. J’étais sûr que Stéphane et l’Allemand allaient réussir. J’étais bizarrement confiant. Les quatre personnes qui étaient là ont applaudi quand j’ai fini ma chanson, et puis ils m’en ont réclamé une autre.
« Revenez ce soir. » leur a dit Bastien.
J’ai rigolé.
« Venez tôt alors… Sinon vous allez être debout. »
Fatima est arrivé de sa chambre au moment où le téléphone sonnait. Bastien a décroché, et puis il m’a appelé. J’ai été prendre.
« Oui ?
-Monsieur Micheno ?
-Oui…
-Ici le lycée Duguesclin.
-Oui ?
-Jérémie Mordillat est souffrant, il souhaiterait quitter le lycée.
-C’est pas avec son père que vous devriez voir ça ?
-Si mais… Jérémie ne veut pas le déranger… Attendez, je vous le passe. »
Il y a eu un petit blanc.
« Marco ?
-Alors Jérémie, qu’est-ce qui t’arrive ?
-J’ai vomi mon petit déj’, j’suis claqué… Me sens pas le courage de rester… Tu peux venir me chercher ?
-Je pense. Je vais demander à Bastien. »
J’ai appelé mon patron. Il a accepté de m’accompagner, parce que je ne savais pas conduire.
« C’est bon Jérémie, on arrive.
-D’accord. Merci. »
Il faisait mauvais ce jour-là. Jérémie nous attendait devant le lycée avec un pion. Il était pâle comme un oeuf. Il a eu un vague petit sourire en nous voyant arriver. On l’a vite ramené au bar. Il s’est installé sur une banquette. Fati est allée s’assoir près de lui.
« Ben, kétufélà, toi ?
-Suis malade.
-Oh ? Tu veux pas aller te coucher en haut ?
-Non… Suis bien, là… »
Il commençait à y avoir un peu de monde. J’ai amené une infusion à Jérémie.
« Tu veux manger quelque chose, mon grand ?
-Suis barbouillé.
-Faudrait essayer quand même ! T’es tout pâle… Tu vas pas tomber dans les vapes au moins ?
-Chais pas trop…
-Survis jusqu’à l’arrivée de ton père.
-Vais essayer. »
J’étais inquiet. Il n’avait vraiment pas l’air bien. Bastien a demandé au cuistot de lui faire quelque chose de bien digeste, à la place du cassoulet du jour.
Stéphane est arrivé un peu en avance. Il avait l’air content. Il m’a embrassé et m’a serré contre lui.
« Bonjour mon petit coeur…
-Ça va, Steph ?
-Oh oui.
-Viens t’assoir à côté de Jérémie…
-Jérémie ? Qu’est ce qu’il fait là ?
-Il est malade, on l’a ramené tout à l’heure.
-Oh ? Il est malade mon grand ?
-Ho, rien de mortel. Tu veux du cassoulet ?
-Ah oui.
-Va t’assoir, je te l’apporte. »
Quand je suis revenu, Steph et son gone se câlinaient très pudiquement. J’ai posé l’assiette de Steph, la mienne et je me suis assis en face de lui.
« Merci, Marco.
-De rien. »
Bastien m’a appelé. Il a vu que j’étais assis, alors il a amené l’assiette de Jérémie.
Jérémie m’a demandé d’échanger nos places, il avait l’air de tenir à ce que je sois à côté de son père. Alors j’ai accepté. Pendant le repas, il nous a regardés sans dire grand-chose. Stéphane était content.
« On a la preuve que Ralph est venu chez De Vertès le soir de meurtre ! nous a-t-il expliqué. La femme de ménage était venue l’après-midi d’avant et avait fait le ménage à fond dans toute la maison. Elle avait même nettoyé les murs.
-Ça veut pas dire que c’est lui le meurtrier, a fait Jérémie.
-Non, je te l’accorde. Mais il nous avait déjà juré qu’il n’avait jamais mis les pieds chez De Vertès. Et puis, on a quand même trouvé ses cheveux à côté du cadavre. »
Jérémie a regardé Stéphane, puis moi, puis Stéphane à nouveau, et il a souri.
« Ralph l’a dans l’os.
-Plutôt, oui. »
Steph a précisé qu’il devait justement interroger Ralph l’après-midi avec, bien sûr, son Allemand.
Bientôt, Steph est reparti. Je me suis levé et j’ai commencé à débarrasser les assiettes, quand tout à coup Jérémie m’a attrapé le bras :
« Marco, jure-moi que tu aimes mon père. »
Je ne lui avais jamais vu un regard aussi sérieux.
« Jure-moi que tu aimes mon père.
-Mais… Bien sûr… Bien sûr que j’aime Stéphane…
-Jure-le-moi.
-Je te le jure… »

 

Chapitre 33 :

Bertram fut encore en retard. Décidément, sa femme ne voulait pas le lâcher ce jour-là.
On nous amena Ralph. J’étais présent, mais nous avions convenu que je ne ferais que de la figuration. Cela se passa dans le bureau de Bertram, j’étais assis sur une commode, derrière lui.
« Bonjour, monsieur Galmot.
-‘Jour.
-Votre avocat ne vous accompagne pas ?
-Il arrive.
-Bien. Nous allons l’attendre. »
L’avocat s’installa à côté de son client.
« Bien. Allons-y. J’ai de mauvaises nouvelles pour vous, monsieur Galmot. Nous avons la preuve incontestable que vous êtes bien allé chez la victime le soir du meurtre. Nous avons trouvé vos cheveux près du cadavre, et ce sont bien vos empreintes qui se trouvaient sur le rasoir qui est bien l’arme du crime… Vous pouvez, sans doute, nous expliquer tout cela ?
-Vous n’êtes pas obligé de répondre. » dit l’avocat.
Ralph réfléchit une seconde. Son regard fit le tour de la pièce. Il soupira :
« J’ai mis mes empreintes sur le rasoir quand je l’ai sorti du sac que m’a amené Marco.
-Hm, hm.
-Pis bon, c’est vrai, j’ai été voir De Vertès le soir où il a été tué.
-Ah.
-Mais j’l’ai pas tué ! J’l’ai pas tué ! Il était vivant quand je suis parti !
-À quelle heure ?
-Aucune idée…
-Vous n’avez aucun témoin, bien sûr.
-Aucun.
-Comment expliquez-vous que l’on ait trouvé vos cheveux près du cadavre ?
-… »
Ce point-là avait l’air de poser problème à notre suspect.
« Vous ne répondez pas ?
-J’comprends pas.
-J’ai une question plus délicate, monsieur Galmot. Étiez-vous l’amant de la victime ?
-Non.
-Non ?
-Enfin, rien de sérieux.
-C’est à dire ?
-On a bien dû tirer un coup une fois ou l’autre, mais rien d’autre.
-D’accord… »
Bertram se tut un instant, relisant ses notes.
« Comment aviez-vous connu Thomas de Vertès ?
-C’est Marco qui nous avait présentés.
-Dans quelles circonstances ?
-Heu… Dans une partouze.
-Ach ! Il y a longtemps ?
-À peu près trois ans.
-Vous étiez complices dans votre trafic de drogue.
-Oui.
-Quel était son rôle ?
-Blanchiment.
-Le vôtre ?
-Organisation.
-Des revendeurs ?
-Quatre, mais c’est pas moi qui les balancerai.
-Libre à vous. Vous persistez à nier le meurtre ?
-Je n’ai pas tué De Vertès.
-Alors, selon vous, qui l’a tué,
-Marco.
-Pourquoi ?
-Il le détestait… De Vertès le battait quand il était chez lui.
-Ha ?
-Ha ouais ! Ça, c’est Marco qui me l’a raconté.
-Okay. Vous avez vécu longtemps avec monsieur Micheno?
-Presque six ans.
-Vous le prostituiez.
-…
-Ne répondez pas si ça vous chante, monsieur Galmot. Nous savons pertinemment que vous le prostituiez et que vous le maltraitiez.
-Ouais, bon, j’lui envoyais des mecs, c’est vrai.
-Des gens qui vous payaient.
-Oui.
-Dans le dos de Marco.
-Ouais. »
Et il avouait ça comme si c’était un détail. J’avais beaucoup de mal à me retenir de le frapper.
« Donc, vous reconnaissez vous être rendu coupable de proxénétisme. »
Ralph ne répondit pas.
« Si vous vous faisiez payer par des gens pour qu’ils aient des rapports sexuels avec monsieur Micheno, vous étiez son proxénète, monsieur Galmot.
-Si vous voulez. »
Bertram rigola, mais n’ajouta rien. Il relut tout ce qu’il avait tapé. Puis il déclara qu’il ne voyait rien d’autre, demanda à Ralph s’il voulait ajouter quelque chose. Ralph répèta qu’il était innocent, Bertram le tapa, puis imprima la déposition qu’il fit signer à Ralph, puis il dit que l’interrogatoire était terminé. On emmena Ralph, l’avocat le suivit. Bertram se tourna vers moi.
« C’est étrange, dit-il. Il a l’air sincère.
-C’est vrai. Il a l’air.
-Vous ne croyez pas à son innocence, n’est-ce pas ?
-Il est un trafiquant de drogue, et je l’ai vu à l’œuvre comme maquereau. Il me parait trop faible pour un assassin.
-Ja. C’est aussi mon avis.
-Cela dit, il est capable d’être très fort quand il pense dominer, je le sais.
-Et… pensez-vous… que votre ami…?
-Marco n’est pas capable de tuer… Et surtout pas comme ça, ça demandait une préparation et un sang-froid dont je ne le crois sincèrement pas capable.
-Je vais passer au bar, tout à l’heure. J’ai quelques vérifications à faire. »

 

Chapitre 34 :

Je buvais un whisky en jouant aux dés avec Fati et Jérémie. On s’était installé à une table. Jérémie allait mieux. Il avait mangé un peu à quatre heures. Bastien était parti chercher Nicholas en voiture, parce qu’il s’était mis à pleuvoir. Nicholas est venu s’assoir à côté de son grand frère. Jérémie le regardait avec beaucoup de douceur.
L’Allemand est arrivé vers cinq heures et demie. Il nous a salués, très poli, s’est présenté, a montré sa carte de police, et puis il a pris une chaise et s’est assis près de nous. Je lui ai présenté tout le monde.
« Papa nous a souvent parlé de vous, a dit Jérémie.
-Ha bon ?
-Oui. Il dit que vous êtes un excellent fl… policier, et que vous irez loin.
-Tiens, tiens. Enfin, nous ne sommes pas là pour parler de moi. »
Il a sorti son carnet et son stylo.
« J’aimerais bien vous parler à tous, mais un par un…
-On n’a qu’à se mettre au bar. » a proposé Fati.
Il a trouvé que c’était une bonne idée. Alors on a fait comme ça. Fati est passée en première, puis Jérémie.
Pendant que Jérémie passait, Bastien m’a appelé au bar, il fallait que je l’aide à servir, il commençait à y avoir du monde. Je suis allé chercher le plateau qu’il m’avait préparé quand j’ai entendu Jérémie.
« Minuit dix.
-C’est l’heure à laquelle monsieur Micheno est rentré,
-Oui. Il a été très bruyant.
-Oh ?
-Un hippopotame sur talons aiguilles.
-À ce point ?
-Parole. »
J’ai rigolé:
« Qui est un hippopotame ?
-Toi, Marco. T’as fait un de ces boucans en rentrant le soir du meurtre ! Je me demande encore comment Nicholas ne s’est pas réveillé !
-Je t’avais dérangé ?
-Ben tiens. Heureusement que tu n’es pas rentré trop tard. Minuit, c’est encore raisonnable. »
J’étais étonné. Mais j’ai hoché la tête, j’ai pris mon plateau et je suis allé servir les clients. Après Jérémie, l’Allemand a interrogé Nicholas. Là, ça a été assez vite. Puis, ça a été le tour de Bastien. C’est à ce moment qu’Isa est arrivée. Elle a salué l’Allemand et est venue me faire la bise.
« Salut, mon grand.
-Salut, Isa. Ça va ?
-Ouais… Et toi ?
-Ben ouais. Viens t’assoir… Tu veux boire quelque chose ?
-Un bête café.
-Je te l’amène. »
Je l’ai installée avec Fati et les deux garçons, et je suis parti lui faire son café. Je ne sais pas ce que Bastien racontait à l’Allemand, mais ce dernier l’écoutait de toutes ses oreilles.
J’ai ramené son café à Isa et je me suis assis près de Fati, en face d’Isa. Pour nous faire de la place, Jérémie a pris Nicholas sur ses genoux. Je l’ai présentée aux autres.
« Alors, qu’est-ce que tu deviens, Isa ?
-J’ai un Vampire ce soir. Je me suis dit que j’allais venir t’écouter chanter avant.
-Un Vampire…?
-Oui, c’est un jeu de rôles grandeur nature, on fait ça au Temple du Jeu, c’est au Cours Gambetta.
-Ça consiste en quoi ?
-Ben, on se déguise en pâlichons et on joue jusque cinq ou six heures du mat’.
-Vous jouez à quoi ?
-Bof, on dirige la ville, on s’enlève, on se massacre, on complote… On s’occupe, quoi.
-Ça a l’air sympa.
-Ça l’est.
-Vous êtes beaucoup ? a demandé Jérémie.
-Une bonne cinquantaine de majeurs vaccinés et responsables. Interdit aux mineurs… On ne veut pas de problèmes avec les parents. »
L’Allemand avait fini avec Bastien. Il s’est approché de nous.
« Je voudrais vous dire quelques mots, mademoiselle.
-Et bien, asseyez-vous, inspecteur.
-Heu… Je préfèrerai… »
Je lui ai sans faire exprès coupé la parole, en sautant de mon siège pour aller sauter au cou de Stéphane qui venait d’arriver. On s’est embrassé, mais j’ai tout de suite senti qu’il n’en avait pas très envie.
« Bonsoir, a-t-il dit froidement.
-Bonsoir mon flic… Ça va pas ?
-Faut que je parle à Bertram. »

 

Chapitre 35 :

J’étais blessé et inquiet. Un ami de Ralph avait appelé pour me dire qu’il avait vu Marco sortir de chez Ralph le 26, avec sur le dos une robe rouge fendue et des bas, les cheveux relevés en chignon. J’avais convoqué ce témoin le lendemain matin à la première heure. J’avais terriblement mal. Je n’eus pas le courage de parler de ça à Marco. J’expliquai rapidement la situation à Bertram. Il jeta un œil surpris à Marco, qui parlait joyeusement avec Isa de Vertès.
« Mein Gott !! S’il dit la vérité…
-Je sais.
-Vous allez le lui dire ?
-Non.
-Bon, venez, interrogeons toujours la fille.
-D’accord. »
Fatima faisait le service. Il y avait déjà du monde. Nous nous sommes assis près de Marco et d’Isa. Nous n’avions aucun moyen de la prendre à part.
« Bonsoir, commissaire.
-Bonsoir.
-Vous désiriez savoir quelque chose ?
-Oui. Pourriez-vous nous dire quels rapports entretenaient Marco et votre père, lorsque Marco vivait avec vous ?
-Ils s’adoraient. »
Elle avait répondu sans la moindre hésitation. Marco la regarda, il avait l’air surpris. Elle haussa les épaules :
« ‘Fin, j’exagère un peu. Mon père adorait Marco. Vraiment, il l’adorait. Marco était un peu plus réservé… Après ce qu’il avait vécu, c’était normal, d’ailleurs…
-Votre père ne battait pas Marco ?
-Bien sûr que non ! Qui vous a dit ça ?
-Notre suspect numéro un.
-Ralph, dit Marco.
-Ralph, oui. Il nous a dit que tu lui avais raconté ça…
-F’rait n’importe quoi pour sauver sa tête celui-là. » grogna Marco.
Bertram sortit une photo de Ralph de sa sacoche. Il la tendit à Isa.
« C’est le type louche qui venait souvent à la maison. » dit elle.
Elle lui rendit la photo :
« C’est lui votre suspect ?
-Oui.
-Ça allait plutôt mal ces derniers temps entre lui et papa.
-Ah ?
-Oui. On les entendait crier dans toute la maison.
-Saviez-vous la raison de ces disputes ?
-L’argent. Papa en voulait plus, quand ce n’était pas pour les réparations du château, c’était pour payer son mariage grandiose.
-Et Ralph n’appréciait pas ?
-Pas réellement on va dire…
-Il le menaçait.
-À l’occasion. Une fois, ils en sont presque venus aux mains.
-Selon vous, Ralph aurait pu en arriver à tuer votre père ?
-Je pense qu’avec ce genre d’homme, tout est possible. Mon père menaçait de dénoncer le réseau, il pensait que lui, il ne risquerait rien… Pensez, un De Vertès…
-Il pensait que son nom le protègerait ?
-Il avait des amis magistrats. »
Bertram eut un rire cynique.
« J’aurais été ravi de lui prouver le contraire, dit-il.
-Oui, moi aussi. » approuvai-je.
Bertram rangea son carnet et son stylo, salua tout le monde et partit. Marco vint s’assoir près de moi.
« Pourquoi tu fais la tête, Steph ?
-J’fais pas la tête…
-Si, tu fais la tête ! T’es là depuis presque une demi-heure et tu m’as pas regardé une fois !
-Ha ? couinai-je.
-Ben tiens ! »
Je soupirai, lui jetai un œil. Mon Marco… pensai-je. Comment as-tu pu me faire ça ? Comment as-tu pu aller baiser avec Ralph ? Et pourquoi tu me regardes sans comprendre ?
Il avait l’air si innocent. J’avais le cœur brisé.
« Je vais rentrer, dis-je.
-Tu veux rentrer ? Tu ne veux pas rester pour mon tour de chants ? »
Je soupirai.
« Qu’est ce qu’y a, Steph ?
-Rien, rien…
-Mais si y a quelque chose ! Réponds, merde ! Qu’est-ce que je t’ai fait ?!
-Mais rien, chuis fatigué, c’est tout…
-T’espères me faire avaler ça ?
-Je rentre. »
C’est alors que je remarquai Nicholas et Jérémie. Nicholas avait simplement l’air intrigué et inquiet, mais Jérémie me contemplait avec un regard si méprisant et si froid que je déguerpis sans demander mon reste.
Je me couchai sans manger, ou plutôt, j’allai m’écrouler sur mon lit, et tentai, mais en vain, de m’endormir pour tout oublier.

 

Chapitre 36 :

J’étais en état de choc, je n’en revenais pas. Qu’est-ce que j’avais bien pu faire, ou dire, pour que Stéphane me traite comme ça ?
Jérémie s’est assis en face de moi, à côté d’Isa. Fati a compris qu’on avait besoin de parler tous les trois, alors elle a pris Nicholas et est allée jouer aux cartes avec lui au comptoir. Jérémie s’est allumé une cigarette avec un calme incroyable. Il a soufflé sa première bouffée en marmonnant :
« Ce vieux crétin.
-Tu parles de ton père ? a demandé Isa.
-Ouais.
-Qu’est ce qu’il a ? ai-je demandé.
-Un élément de l’enquête qui lui reste en travers de la gorge. Et j’ai bien l’impression que ça te concerne. »
Il y a eu un petit silence.
« Ils ont des preuves contre ce Ralph ? a demandé Isa.
-Ouais… ai-je fait. On a trouvé l’arme du crime chez lui avec ses empreintes dessus, et puis y m’semble qu’y z’ont trouvé ses cheveux près du cadavre…
-Ha ouais ?
-Ouais… pauvre Ralph… Il perdait ses cheveux partout… Ça l’a trahi.
-Pauvre Ralph ! s’est écrié Jérémie. Comme s’il était à plaindre ! Moi j’regrette, quand on veut tuer quelqu’un, on s’organise un minimum. On met des gants et on laisse pas ses cheveux partout ! Et puis on se débarrase de l’arme du crime ! Enfin quand même !
-Le mieux, a continué Isa en rigolant à moitié, c’est quand même d’arriver à faire porter le chapeau à un autre.
-Ben, il avait bien dans la tête de m’accuser, à priori…
-Quelle idée ! a rigolé Jérémie. T’accuser ! Alors que t’as un poulet comme copain et que tu ferais pas de mal à une mouche ! »
Jérémie me regardait avec un petit sourire en coin. Mais j’étais triste.
« Qu’est-ce qu’il a, mon Stéphane ? Y m’aime plus ?
-Tinquiète pas, Marco, a dit doucement Jérémie. À mon avis, il était surtout fatigué. Dès qu’il ira mieux, il viendra te voir avec un air désolé et un gros bouquet de fleurs.
-Tu crois ?
-J’en suis sûr.
-J’ai peur… Il a peut-être découvert quelque chose sur moi…
Et qu’est-ce que tu veux qu’il ait découvert ! est intervenue Isa. Tu ne risques rien, Marco !
-On est avec toi, a ajouté Jérémie.
-Je sais bien mais… »
Je me suis mis à pleurer. J’étais crevé aussi.
« …Stéphane… mon Stéphane… C’est… C’est à cause de lui… C’est pour lui…. Qu’est-ce que je vais devenir, moi, s’il me lâche ?
-Il ne te lâchera pas, Marco. »
Jérémie avait dit ça très fermement. Il m’a souri, et il a pris ma main :
« Il ne te lâchera pas.
-J’ai peur…
-Il ne faut pas.
-Il a raison, Marco.
-Bien sûr que j’ai raison, a repris Jérémie. Tu as presque gagné. Dans une semaine, peut-être moins, l’enquête est bouclée. Ne flanche pas maintenant. Putain, Marco, nous fais pas ce coup là ! Tiens le coup ! D’accord ?!
-… D’accord…
-Allez courage. » m’a dit Isa.
Elle a tapoté mon épaule.
« De toute façon, personne ne peut plus rien contre toi, a-t-elle dit.
-Chuis pas tranquille…
-Marco, si mon père avait quoi que ce soit contre toi, il t’en aurait parlé.
-Tu crois ?
-Ben oui. Il aurait voulu le vérifier… »

 

Chapitre 37 :

Je ne dormais pas lorsque Marco et les enfants rentrèrent. Mais je fis comme si. Quand Marco entra dans la chambre, je fermai les yeux. J’étais installé sur le dos, il se coucha à sa place, à ma droite. Il vint, au bout d’un moment, se blottir contre moi. Avant même d’y penser, je le repoussai. Sans contrôler ma force, il faillit tomber du lit. Alors il me regarda avec des yeux immenses et effrayés. Je lui tournai le dos. Je l’entendis se mettre à pleurer, et gémir :
« Mais qu’est ce que j’ai fait ?! Qu’est ce que j’ai fait ?! »
Il pleura un moment, puis ce fut le silence. Je passai presque une nuit blanche.
J’arrivai au commissariat avec une bonne demi-heure d’avance. Je restai assis à mon bureau. Bertram arriva un peu avant huit heures et m’amena aimablement un café. Notre témoin arriva à huit heures cinq avec sa petite amie. Il commença, après les modalités d’usage, à nous confirmer que le 26 en milieu d’après-midi, il ne pouvait pas préciser l’heure exacte, « peut-être vers seize heures », il avait vu Marco sortir de chez Ralph, habillé exactement comme Ralph nous l’avait décrit. Puis il voulut s’en aller, il était pressé. Bertram lui demanda de rester le temps qu’il tape la déposition, pour qu’il puisse la signer. Le garçon accepta de fort mauvaise grâce. Puis, je lui demandai s’il pourrait venir témoigner au procès. C’est à ce moment que sa copine intervint :
« Il pourra pas.
-Ah ? »
Le garçon soupira :
« Attends, ‘faut qu’j’y aille !
-Non, j’veux pas. »
Ils s’affrontèrent du regard un instant.
« ‘Tain, tu fais chier Aïcha !
-Oh c’est toi qui fais chier ! Et puis y fait chier ton copain ! ‘Pouvait pas d’mander à quelqu’un d’autre ! »
Là, ça n’allait plus. J’hésitai entre les laisser continuer et intervenir. J’intervins.
« Est-ce que vous pourriez vous expliquer, vous deux ? »
La fille était bien plus maligne que son copain.
« Tant pis, j’lui dis.
-Ah non ! cria le garçon.
-Si. Ça m’emmerde. Tu vas avoir des problèmes, après, et ça moi j’veux pas. »
Elle me regarda.
« Y vous a menti, commissaire. Le 26 aprèm, on était chez mon frère, à Villeurbanne, tous les deux. C’est Ralph qui l’a appelé l’autre jour pour qu’y vienne vous raconter ça. Mais c’est pas vrai. C’est pas vrai.
-P’tain ! Tu fais chier ! cria le garçon.
-Vous devriez la remercier, dit Bertram. Faux témoignage dans une affaire criminelle, ça aurait pu vous envoyer à l’ombre un moment. »
Notre faux témoin grogna sans répondre.
« D’toute façon, ‘l’a qu’à s’démmerder, Ralph ! À force de magouiller, c’était obligé qu’un jour y s’fasse prendre ! ‘Faut pas qu’il essaye d’entrainer les autres dans sa merde quoi !
-Vous avez parfaitement raison, dit doucement Bertram. Si vous ne voulez pas déposer ce que vous venez de dire, vous pouvez vous en aller.
-Vous voulez qu’on confirme sur un papier que c’est à cause de Ralph qu’il est venu vous mentir ?
-Si vous voulez.
-J’veux bien… Mais j’irai pas au procès.
-Je crois que cela ne sera pas nécessaire. »
Bertram tapa rapidement la feuille, qu’elle relut puis signa. Ensuite, elle partit en tirant son copain qui grommelait toujours.
Bertram me sourit.
« Rassuré, mein Chef ?
-Hm ?
-Votre ami ne vous a pas trompé. Ralph a monté cette histoire de toutes pièces… Voyant qu’on ne le croyait pas, il a demandé à un de ses amis de venir la confirmer. Heureusement, la copine était plus futée que lui.
-Je m’en veux, Bertram.
-Warum ?
-J’ai été odieux avec Marco, hier soir. »
Il me tapota l’épaule.
« Invitez-le au restaurant.
-Tu crois ?
-Quelque chose comme ça, ça marche à tous les coups, ça. »
Il sortit en sifflotant. Je réfléchissais un moment. J’étais à nouveau triste et dégouté. Mais cette fois, c’était de moi-même.

 

Chapitre 38 :

J’étais assis sur le rebord de la scène, au bar, quand Stéphane est arrivé, avec un air de chien très battu et un gros bouquet de roses rouge sang, mes préférées. Il s’est approché de moi, tout ennuyé, et m’a tendu le bouquet. Je l’ai pris :

« Bonjour, Stéphane.

-Salut heu… Ça va ?

-Je suis fatigué. J’ai très mal dormi.

-Oui,… moi aussi. »

Il n’osait pas me regarder.

« Marco, je… Je suis désolé…

-Tu peux. »

C’est à ce moment qu’il m’a raconté ce qui s’était passé. Ralph pouvait donc encore me surprendre. Me faire un coup pareil ! Mais je suis resté calme.

« Et tu l’as cru, ai-je dit à Stéphane.

-…

-Je t’avais dit que ce n’était pas vrai. Et tu l’as cru. »

Il m’a jeté un oeil timide.

« Tu ne me fais pas confiance, Steph ?

-Marco ! »

Ce coup-ci il me regardait.

« Bien sûr que je te fais confiance !

-Alors pourquoi tu l’as cru ?!

-…

-Pourquoi ?

-… Je sais pas. »

J’ai caressé ses cheveux. Il m’a pressé contre lui.

« Je t’aime, Marco, je t’aime…

-Je sais, Stéphane. Moi aussi je t’aime. »

Il m’a regardé, et il a couiné :

« Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour me faire pardonner? »

J’ai souri et je lui ai soufflé :

« Disons… Peut-être que si tu me fais jouir quelques heures, j’y réfléchirai… »

Il a souri.

« Ça devrait être dans mes cordes. Mais on fera ça ce soir, tu veux ? On aura encore plus de temps… Tu ne faisais rien de spécial, là maintenant ?

-Y avait une histoire, comme quoi y fallait que je mange…

-Tu as faim ?

-Ben ouais.

-Alors je t’emmène.

-Ah ?

-Oui.

-Tu m’enlèves ?

-Oui.

-Sans sommation ?

-Exactement.

-D’accord, j’arrive. »

Stéphane était venu avec un air désolé et un gros bouquet de fleurs. Jérémie connaissait très bien son père.

Il m’a emmené dans un bon petit restaurant chinois. J’étais heureux. Et surtout j’étais soulagé. Stéphane était là. Stéphane m’aimait. Tout allait bien maintenant. Tout irait bien. J’en étais sûr. Tout irait très bien.

L’enquête fut bouclée dans la semaine. Ralph continuait de clamer son innocence. Steph était soulagé. Le reste ne dépendait pas de lui. Il pouvait dormir tranquille, et avec moi.

On a appris la date du procès par lettre, j’y étais convoqué par le procureur pour témoigner. C’était la fin de l’hiver. Mais il faisait encore très froid. Un froid de mort. Steph m’a accompagné. J’étais un peu inquiet. Steph l’avait compris, il me tenait la main.

« T’en fais pas mon chéri. Ça va aller, hein ?

-Ben ouais… Y a pas de raison… »

Le président m’a appelé. J’y suis allé.

« Nous avons demandé Marco Micheno.

-Ben oui… C’est moi.

-Ah heu… Bien. »

J’ai pensé que j’aurais peut-être dû mettre un pantalon. Il m’a demandé de lui dire qui j’étais (je me suis demandé pourquoi, c’est vrai, il le savait, puisqu’il m’avait appelé), et puis ma date de naissance et mes qualités.

« Pourquoi vous voulez savoir mes qualités ?

-Votre profession.

-Ah!…»

J’aurais au moins appris que les juges parlent encore moins français que les intellos.

« … Je chante, dans un bar.

-D’accord. La parole est à l’accusation. »

Le procureur a pris la parole.

« Monsieur Micheno…

-Oui ?

-… est-il vrai que l’accusé vous prostituait ?

-Ah oui. Enfin, c’est ce que tout le monde m’a dit. J’aurais dû m’en douter, en fait… il avait beau me dire que les types qu’il m’envoyait étaient ces copains, ça faisait beaucoup, quand même…

-L’accusé vous maltraitait-il ?

-Ben oui.

-Pour quelles raisons ?

-Ben heu… la plupart du temps, c’était quand je voulais pas aller avec ses types… Ou à ses partouzes…

-Est-il arrivé qu’il vous force à… heu… ces choses ?

-Bien sûr.

-Les partenaires qu’il vous amenait utilisaient-ils des préservatifs ?

-Non, mais je vois pas le rapport…

-Moi non plus, a dit le président.

-C’est simple, monsieur le président. J’essaye de démontrer que l’accusé n’a aucun respect des autres. En effet, non content de vendre le témoin et de le maltraiter, il l’exposait sans scrupules au sida et à toutes les MST imaginables. »

L’avocat de Ralph s’est rebiffé :

« Monsieur le président, le témoin pouvait quand même demander à ces hommes de se protèger ! »

Là, j’ai carrément éclaté de rire.

« Vous êtes marrant, vous ! lui ai-je dit. Si vous croyez que c’était facile ! Ils arrivaient, me jetaient sur le lit, soulevaient ma jupe et hop ! C’était fait ! J’avais même pas le temps de leur demander de pas me faire mal ! »

Là, j’exagérais quand même un peu. Le procureur a toussé.

« Est-il vrai que c’est vous qui avez présenté l’accusé à la victime ?

-Ben ouais.

-Dans quelles circonstances ?

-Ben, dans une partouze.

-Où l’accusé vous avait emmené, sans vous demander votre avis.

-C’est ça. Thomas avait été surpris de me voir.

-Thomas de Vertès ?

-Ouais, ouais.

-Saviez-vous quelque chose de leur trafic ?

-Ben, j’savais que Ralph faisait des trucs pas clairs, mais c’était tout.

-L’accusé se droguait-il ?

-À l’occasion, mais rien de régulier.

-Pensez-vous que l’accusé soit coupable ?

-Ah ça, je sais pas. C’est pas à moi de décider.

-Mais vous avez bien une intime conviction ?

-Ben, y a des trucs troublants… Les cheveux près du cadavre, tout ça… Mais je sais pas… Sur un coup de tête, peut-être… Et encore… Non, sincèrement, je sais pas.

-Plus de questions, monsieur le président.

-La parole est à la défense. »

L’avocat de Ralph m’a regardé un moment avant de parler.

« Monsieur Micheno, pour mettre un terme aux insinuations douteuses de l’accusation, êtes-vous séropositif ?

-Ah non.

-Bien. Et est-il vrai que l’arme du crime est à vous ?

-Oui, je le tiens de mon papa. C’est tout ce qu’il m’a laissé avant de se tuer…

-Oui, bon. Comment expliquez-vous que la victime ait été tuée avec votre rasoir, monsieur Micheno ?

-Ben, c’est l’assassin qui me l’a piqué. Je l’ai cherché partout pendant trois mois, c’est vrai quoi ! J’y tiens, moi ! C’est mon seul héritage !… C’est vrai que je pourrais le récupérer après le procès ?

-Oui, mais ce n’est pas notre propos. Est-il vrai que vous êtes l’amant du policier qui a enquêté sur cette affaire ?

-Oui…

-N’avez-vous pas cherché à l’influencer au cours de l’enquête ?

-Bien sûr que non ! Pourquoi vous dites ça ?!

-Vous auriez pu chercher à vous venger de l’accusé.

-Me venger…?»

Culotté, l’avocat.

« Il a pas eu besoin de moi pour se mettre dans la merde, Ralph ! La seule chose que j’ai dite à Stéphane, c’est que je voulais que l’assassin de Thomas paye !

Si l’assassin devait payer, c’est toi qui serais assis à ma place, SALOPE !!! » a crié Ralph.

Il s’était retenu plus longtemps que je n’avais pensé.

« Je signale, a dit le procureur, que le commissaire Stéphane Mordillat avait demandé que l’enquête lui soit retirée, précisément à cause de sa relation avec le témoin.

-Plus de questions. » a soupiré l’avocat.

Je suis retourné m’assoir près de Stéphane. Il a tout de suite pris ma main. Il m’a murmuré :

« Ça va ?

-Ben oui. »

C’est le lendemain que le verdict a été rendu. Les jurés ont délibéré assez vite. Le président a lu sa feuille avec beaucoup de sérieux :

« A la question, l’accusé Ralph Galmot s’est-il rendu coupable de trafic de drogues et de proxénétisme, la réponse est : oui. À la question, l’accusé Ralph Galmot s’est-il rendu coupable d’homicide volontaire sur la personne de Thomas de Vertès, la réponse est : oui. Au vu de cela, le tribunal le condamne à la réclusion à perpétuité. L’audience est levée. »

Les gendarmes ont emmené Ralph qui ne protestait même plus. Il devait être blasé. Moi, j’ai souri.

J’avais gagné.

 

Chapitre 39 :

Nous sommes sortis de tribunal. Il faisait très froid. Marco et moi avons vu les gendarmes emmener Ralph qui ne protestait plus. Marco se serra contre moi.
« On y va ? J’ai froid ;
-Bien sûr… »
Je l’embrassai doucement.
« Comment te sens-tu, mon petit ange ?
-Soulagé. »
Nous sommes rentrés au bar où les autres nous attendaient, ils étaient tous là, mes fils, Bastien, Fatima, et même Bertram.
« Alors, alors ? demanda Nicholas ;
-Coupable, répondis-je. Il a pris perpet. »
Marco et moi nous sommes assis. Une fois encore, Marco vint dans mes bras. Bertram hocha la tête.
« Justice est faite. » dit-il ;
Jérémie avait un sourire très étrange sur les lèvres.
« Oui, justice est faite, dit-il. Les coupables ont payé et les innocents n’ont plus qu’à boire à leur santé…
-Pourquoi tu dis les coupables ? remarqua Fatima. A priori y en avait qu’un, non ? »
Jérémie ne répondit pas. Simplement, il nous regarda, Marco et moi, et il sourit :
« Les innocents n’ont plus qu’à être heureux… » dit-il.
Et c’est ce qui arriva. Durant les mois qui suivirent, Marco et moi avons vécu un amour qu’aucune ombre n’entachait. J’allais tous les soirs l’écouter chanter, et je savais qu’il chantait pour moi. Le printemps passa, l’été arriva. Le ciel de Lyon, pour nous, n’avait pas le moindre nuage.
Et pourtant ce fut là, au milieu de tout ce bonheur, que tout faillit se briser. L’épreuve la plus pénible de ma vie m’attendait.
À début, bien sûr, je ne comprenais pas. Pourquoi Marco était-il soudain si mal ? Quels étaient ces démons qui, non contents de hanter ses nuits, hantaient aussi ses jours ? Je ne comprenais pas pourquoi il pleurait, vomissait sans raison apparente, pourquoi il me refusait. Pourquoi me regardait-il, visiblement désespéré, avant de se mettre à sangloter ? Je ne savais pas quoi faire. Il ne cessait de me répéter qu’il m’aimait, que j’étais tout pour lui. Et quand je l’interrogeai, il refusait de me répondre.
Un jour à midi, je trouvai le bar désert en arrivant. Il y avait juste Jérémie, qui faisait une patience, et Bastien, qui frottait ses verres sans grande conviction. Un sombre pressentiment m’étreignit.
« Jérémie, Marco n’est pas là ?
-Ton don d’observation m’étonnera toujours.
-Où est-il ?!
-À l’heure qu’il est… Sur sa falaise.
-Quelle falaise ?
-Celle où son père est mort.
-Hein ?!
-Il a pris le train tout à l’heure à Perrache. Maintenant, il doit être sur sa falaise… Il t’y attend. Il a une longue histoire à te raconter.
-Quoi…?
-une très longue histoire…. »
Jérémie me regarda et me sourit.
« Mon petit papa… tu vas devoir être fort, tu sais… Mais je ne crains rien. Je n’ai plus qu’une chose à te dire : tout est entre tes mains. Tu seras le seul à devoir choisir. Ne te trompe pas. »
Je le regardai un moment, je ne comprenais pas. Comment aurais-je pu comprendre ?
« File. Il t’attend. »
J’obéis sans réfléchir. Mais une fois seul dans la voiture, une angoisse terrible me sauta à la gorge. Marco m’attendait sur la falaise… la falaise où son père s’était tué…. Il n’allait pas se suicider avant que j’arrive, au moins ?! La chance voulut qu’aucun problème n’entrave ma route, cet après-midi-là.
Mais cette route était longue. L’angoisse augmentait avec les kilomètres. Marco, mon amour… Attends-moi, j’arrive !
Le soit tombait et j’étais au bord des larmes, lorsqu’enfin j’arrivai à cette maudite falaise. Je garai la voiture en bas et l’escaladai à toute vitesse.
Le soulagement fut tel, quand j’aperçus sa petite silhouette fine au sommet, que mes nerfs lâchèrent, je me mis à pleurer.
Je me précipitai et le pressai dans les bras.
Il portait sa longue robe d’épais velours noir, ses longs gants. Son visage était finement maquillé et sa crinière déliée voletait dans la brise. Au bout d’un petit moment, il sortit de mes bras et alla s’assoir un peu plus loin, face à la mer et au soleil qui se couchait. J’essuyai machinalement mes larmes et allai m’assoir près de lui.
Dans sa main, Marco serrait son rasoir.

 

Chapitre 40 :

Stéphane est venu s’assoir près de moi. Il a reniflé. Je regardais la mer. J’étais malade de mes mensonges. Je ne regrettais rien, mais je ne voulais plus mentir à mon Stéphane.
« Je me suis longtemps demandé pourquoi mon père ne n’avait pas tué avec lui. Je le sais maintenant. C’est parce qu’il savait qu’un jour je te rencontrerais et que je serais heureux… Et après toutes ces années, et malgré tout ce qui s’est passé, je sais qu’il a eu raison.
“Mon Stéphane… Je t’aime, j’ai du mal à concevoir moi-même à quel point je t’aime… Je vais te laisser le choix, mon amour…
‘J’avais neuf ans quand mon père est mort. J’ai été placé chez Thomas de Vertès… un monsieur très bien… très riche, de grande lignée, de bonne éducation… Veuf… Avec une petite fille… Il m’a mis dans de bonnes écoles, ça aurait vraiment pu très bien se passer. S’il n’était pas tombé éperdument amoureux de moi.
‘Je sais que c’était de l’amour, au moins au début. Il m’adorait, vraiment, il était fou de moi. Mais il avait quarante-six ans et il ne pouvait pas imaginer qu’il n’y ait pas de sexe dans sa passion.
‘J’avais neuf ans, Stéphane ! Et je venais de perdre mes parents ! Et j’étais tout seul dans un monde que je ne pouvais plus comprendre ! J’avais grandi dans une caravane, je me retrouvais dans des draps de soie ! Et seul, face à un homme de quarante-six ans ! Qu’est-ce que je pouvais faire, face à sa volonté de ‘m’initier’ ?! Il n’avait que ça dans la tête ! ‘M’initier’ ! Et c’est sous ce prétexte qu’il m’a violé, de tant de façons que tu ne peux pas le concevoir, pendant neuf ans ! et puis… Et puis il s’est dégouté de moi. Il n’avait plus rien à découvrir avec moi. La dernière année, il me violait moins souvent. Et puis je suis tombé malade.
‘Il m’avait refilé la syphilis. Lui s’était fait soigner, sans aucun problème, sans penser à moi. Il a fallu que je m’évanouisse en pleine rue pour qu’enfin on m’amène à l’hôpital. J’avais l’habitude de me travestir depuis quelque temps déjà. Ça excitait beaucoup Thomas… je ne sais toujours pas pourquoi, mais à ce moment je ne voulais pas le perdre.
‘Enfin… On m’a conduit à l’hôpital et là on m’a soigné. Mais j’étais devenu stérile et c’était pour toujours.
‘Stérile… Je ne pourrais jamais avoir d’enfants… Dès lors, je n’avais plus aucune raison de chercher à être un homme. C’est décidé à devenir un vrai travelo que je suis sorti de l’hôpital. Pour découvrir que Thomas ne voulait plus de moi. J’avais eu mes dix-huit ans pendant mon séjour à l’hosto. J’étais majeur. Thomas m’a jeté dehors. J’ai juste eu le temps de prendre mon rasoir.
‘J’ai dormi dehors quelques nuits. Et puis Ralph m’a ramassé. Mais cette histoire-là, tu la connais. Et puis il y a eu toi. Toi… Tu m’as sorti de la cage de Ralph, tu m’as appris l’amour… Et j’ai cru, un moment, que je pourrais oublier Thomas, que je pourrais oublier Ralph… et puis tu m’as appris à jouir… J’étais si heureux, contre toi…
‘Pourquoi a-t-il fallu que je lise ce journal, ce jour-là !
‘Juste quelques lignes. Un entrefilet qui m’a anéanti. Thomas allait se marier. Thomas voulait faire dix enfants à sa femme.
‘Je n’ai pas pu supporter ça. C’était trop dur, Steph ! Il m’avait privé de ça, il m’en avait privé pour toujours et lui, lui se le permettait ! Mon nom va mourir avec moi. L’idée que le sien puisse lui survivre m’était insupportable. Je sais ce que tu penses, il y a Isa… Bien sûr, il y a Isa. Mais c’est une femme. Elle perdra son nom en se mariant. Mais s’il avait eu un fils…!
‘J’y ai réfléchi très longtemps. Et puis, un soir, Bastien et Fati m’ont emmené faire la fête…
-NON !
-… Ils m’ont déposé devant ta porte à minuit… Je suis entré, j’ai appelé l’ascenseur…. Et puis l’idée m’a traversé le crâne brutalement… Ce sera ce soir ou jamais.
-Non, non !
-Je suis ressorti. J’ai marché jusqu’à la maison de Thomas. Je suis arrivé juste au moment où il jetait Ralph dehors. C’est à ce moment-là que j’ai pensé à faire porter le chapeau à Ralph… C’était simple. Il ne portait jamais de gants et perdait ses cheveux partout… C’était tellement simple.
‘J’ai attendu que Ralph soit très loin et j’ai été frappé à la porte de Thomas. Je l’ai baratiné. Je lui ai dit que je voulais faire l’amour avec lui une dernière fois avant qu’il se marie… Il était très excité… C’est lui qui m’a demandé de l’attacher…
-Tais-toi, Marco ! Tais-toi, je t’en supplie !’
Stéphane s’est écroulé sur le sol en sanglotant. J’ai caressé ses cheveux.
‘Il s’est déshabillé… Je l’ai attaché sur son lit… Et puis j’ai sorti mon rasoir de mon bas… Et je l’ai tué.
-C’est pas vrai ! Tu es rentré à minuit ! J’ai vu le réveil !…
-Je suis rentré à deux heures quarante-cinq. Juste après avoir mis quelques cheveux de Ralph, que j’avais trouvés sans problème au salon, près du cadavre. Je suis rentré… une première fois, en silence, dans la chambre… et j’ai changé l’heure du réveil…. Et puis une deuxième fois… En faisant du bruit… Pour que tu te réveilles…
-Oh non c’est pas vrai….
-J’ai bien été voir Ralph le jour de l’enterrement… Après m’être acheté un ticket de ciné et être entré dans la salle, et en être sorti vite, pendant qu’il n’y avait personne… Je suis vite passé me changer chez toi. J’ai été voir Ralph…. Habillé et maquillé comme la dernière des putes…. Il fallait que personne n’y croie…. Je lui ai laissé le rasoir. Et lui…. Lui il m’a jeté sur son lit et il m’a pris. Il m’a fait terriblement mal, tu sais… J’en étais malade… Je l’ai supporté juste parce que je savais qu’il ne le referait plus jamais. Je me suis vengé, Stéphane. Et je leur ai pardonné. »

 

Chapitre 41 :

Je me rassis mollement et essuyai mes larmes. Marco me souriait doucement. Il était en paix, puisque maintenant je savais tout.
J’essayai de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Dénoncer Marco ? J’étais trop lâche, trop faible pour ça… Et tout ce que cela impliquait me donnait le vertige d’avance. Mon fils, mon propre fils s’était parjuré pour moi ! Je ne pouvais pas le condamner…
Thomas avait mérité sa fin. Et Ralph méritait sa condamnation. Et Marco… Il avait passé sa vie à souffrir… Comment aurais-je pu le rejeter maintenant ?
« Stéphane…
-Hm…?
-Il faut que tu me dises…
-Quoi ?
-Si tu m’aimes ou pas… Si tu veux me dénoncer… »
Il se leva et déplia son rasoir.
« Si tu ne veux plus de moi, ça ira vite, tu sais… Je ne perdrais pas de temps à souffrir… Mes parents m’attendent, là-haut… »
Je me levai d’un bond et le tirai dans mes bras:
« Ça va pas, la tête ?! »

 

Chapitre 42 :

Je ne saurais jamais décrire la joie qui m’a envahi à ce moment. Stéphane voulait encore de moi. Stéphane m’aimait toujours.
« Je ne veux plus qu’on parle de cette histoire, c’est vu ? Viens, nos enfants vont s’inquiéter…. Il faut qu’on oublie tout ça. C’est FINI ! Tu comprends ?
-Fini ? »
J’ai replié mon rasoir, et je l’ai jeté très loin, dans la mer.
« T’as raison, c’est passé.
-Allez viens, il fait froid ici. »
Dans la voiture, Stéphane me jetait souvent un regard tendre. Moi, je caressais sa cuisse. On s’est arrêté sur un chemin de forêt pour faire l’amour.
On a joui longtemps.
Et je savais que ce plaisir-là était à moi pour toujours.

Fin

98 réponses à Marco – Roman (en ligne – Complet)

  1. Pouika dit :

    Deux mignons petits chapitres pour clore cette belle histoire !!! Merci !

  2. Amakay dit :

    Un ptit calin dans la foret et rentrant c’est mimi

  3. Amakay dit :

    Rohhhhhhh le vilain Marco !!!! Pauv’Stéphane snif!

  4. Pouika dit :

    Désolé , mais c’est quoi que ce chapitre 40!!!!! Je ne sait pas si j’en suis dérouté ou choqué ou … je sais plus queoi pensé, tortionnaire ! SADIQUE, je n’ai pas d’autre mot !

    • Ninou Cyrico dit :

      @Pouika : (Oups j’espère qu’elle parle pas de moi) Respire respire ça va aller !!! T’avais vraiment rien vu venir ?

      • Pouika dit :

        Je m’attendais à un truc, du style de vertès à abuser, mais pas Marco comme un psychopathe vengeur et complètement dangereux !!!!

        • Ninou Cyrico dit :

          @Pouika : Rôh mais non il est dangereux que pour ceux qui lui ont pourri la vie ^^ !

          • Pouika dit :

            oki, sinon j’espère que tu as la suite !

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : Il reste les deux derniers chapitres.

          • Pouika dit :

            Après c’est fini !!!!!!! Nonooooooooo

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : Ben si tout a une fin…

          • Pouika dit :

            snif snif, tu as d’autres projets ?

            et désolé de redemander, mais ta fanfic No6 ?

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : Des projets en cours, plein, notamment un certain tome 3 et une certaine fanfic, 😉 … Des projets finis, ben, il doit m’en rester un ou deux mais que je n’avais jamais mis au propre, ‘faudrait donc déjà que je retrouve les cahiers… Mais là j’avoue que je commence à bien bien racler mes fonds de tiroirs…

          • Pouika dit :

            euh j’ai pas tous compris,mais t’envoie plein d’ondes positives !!!

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : le tome 3 du Chant des Drows est à l’heure actuelle ma priorité absolue, la fanfic de N°6 (entre autre) en souffre mais n’est pas abandonnée, et sinon, je n’ai plus beaucoup de projets finis à mette en ligne, faut que je farfouille un peu mes archives pour voir… De toute façon, je m’en expliquerai dans une news prochaine, ne t’en fais pas. 🙂

          • Pouika dit :

            Oki merci pour l’info.
            Euh désolé on a un peu laissé beaucoup de post …

          • Ninou Cyrico dit :

            @Pouika : De rien et t’en fais pas c’est fait pour ça 🙂 !

  5. Pouika dit :

    Merci pour le dénouement du chapitre 37 et 38 ! A la semaine prochaine !

  6. Amakay dit :

    Vl’a qui clope le moufflet….. pas bien !!!!

  7. Pouika dit :

    Wouah, merci pour ces 2 (enfin 4 pour moi) chapitres. Désolé j’ai pas pu passer depuis deux semaines.

    Je te souhaites u bon rétablissement Ninou-chan !!!!

    • Pouika dit :

      Alors là je suis un peu perdue dans ton chapitre 36 : Jérémie, c’est le fils de Stéphane, non ? Il fume DEVANT Marco et lui ne lui dit rien !!!! Et il était pas u peu malade !!!!!

      • Ninou Cyrico dit :

        @Pouika : Oui, oui, Jérémie est bien le fils aîné de Stéphane et il se grille bien une pitite clope dans ce chapitre. Ah ls années 90, une autre époque… ^^

        • Pouika dit :

          oki merci pour l’éclaircissement, pressé d’être à la semaine prochaine, au fait tu sais à peu près combien de chapitres tu vas faire (comme tu l’avais écrite il y a longtemps, je sais pas si tu l’allonge ou la corrige) ?

    • Ninou Cyrico dit :

      @Pouika : Pas de souci, tu as le droit d’avoir une vie 🙂 ! Merci ! Bonne semaine à toi !

  8. Amakay dit :

    Alors bibiche, ça va mieux ??

  9. Pouika dit :

    Et le petit Jérémie trop chou qui s’inquiète pour son papa d’amour (c’est vrai que Steph a perdue sa femme et qu’il est malade).
    Arrivons-nous à le fin de l’enquête ta ta dadam !

  10. Amakay dit :

    Pauv’ti bouchon, c’est dur la barbouille…

  11. Amakay dit :

    Une bombe brune avec une robe rouge… c’était pas moi déjà…

  12. Pouika dit :

    Merci pour ce chapitre 29 et 30, mais je sais pas si c’est qu’une impression, mais Marco cache quelque chose, non?

  13. Amakay dit :

    Super Lycos a retrouvé le rasoir rappelez Jacques Pradel plus besoin de Perdu de Vue… bonne semaine pupuce!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @Amakay : Hi hi hi !!! Même pas besoin de Jacques Pradel, dommage pour lui il doit s’ennuyer depuis le temps qu’on le voit plus… Bonne semaine aussi !

  14. Pouika dit :

    Merci pour ces chapitres 27 et 28, l’instit trop

  15. Pouika dit :

    Merci pour ce chapitre 25 et 26 !

    Soyons uni

  16. Pouika dit :

    Trop comique le jeu de devinette hihi!
    A la semaine prochaine

  17. Amakay dit :

    Toujours pas de traces du rasoir… Mais que fais la police ???

  18. Pouika dit :

    Merci pour ces chapitres 21 et 22 !!!!!

  19. Pouika dit :

    Merci beaucoup pour ces deux nouveaux chapitres 19 et 20 !
    Surprise de noël tu dis ! C’est quoi ? Nani ?

  20. Pouika dit :

    Trop sympa cette suite (et enfin on revoit la maladie (je commencait à avoir des doutes)

    Au fait, sorcières ? Tu mets un peu de fantastique ou juste des dons de medium ?

    Sinon à la semaine prochaine pour la suite !

  21. Amakay dit :

    Je parie que les chapitres suivants ce sera l’enquête pour retrouver le rasoir….. avoues coquine va !

    Bonne semaine

  22. Amakay dit :

    Suspensss!!

  23. Pouika dit :

    Merci encore pour cette suite , mais petite question en passant, je ne sait plus mais Steph, Il était pas malade ?

  24. Amakay dit :

    Tout mimi…

  25. Pouika dit :

    J’adore ta petite touche d’humour , elle est rafraichissante et très agréable, à la semaine prochaine (si j’ai bien compris)

  26. Amakay dit :

    J’adore… ils ont de l’humour en plus. Trop mimi ce petit couple…

  27. Pouika dit :

    Très beau chapitre 9 et 10, je suis pressé de lire le commencement de la véritable histoire d’amour de Marco !!!!
    A très vite !

  28. Pouika dit :

    J’ai littéralement adoré ces 4 chapitres, on sent quelques maladresses au début, des problèmes de liens, mais qui n’empêche pas la compréhension de l’histoire.

    J’adore et je trouve « l’énergie » (je vois pas comment le dire autrement) très intéressante et hâte de découvrir la suite !

    • Pouika dit :

      Je viens de lire le 5 et 6 (je sais pas pourquoi, j’avais du oublié d’actualiser ma page)

      Ca commence à devenir intéressant, une histoire prenante, je suis pressé de lire la suite tout comme pour ta fanfic No6.
      J’adore ton écriture !

      • Ninou Cyrico dit :

        @Pouika : Ca nous est tous arrivé, t’en fais pas hi hi hi !

        Merci beaucoup, la suite de Marco ce WE et de N°6 euh, work in progress ^^’ !!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @Pouika : Merci bicoup. Oui ça reste maladroit mais bon, vu l’âge que ça a, c’est pas si mal… Et pour l’énergie, tant qu’elle est positive ça me va ^^ !

  29. amakay dit :

    C’est vraiment bien. Et puis, ce point de vue à 2 voix, ça fait avancer l’histoire rapidement sans négliger les détails.

    Bonne semaine

    • Ninou Cyrico dit :

      @Amakay : Merci ^^ ! Oui, l’idée du double point de vue j’aimais déjà bien à l’époque. je pense que je maitriserais ça mieux maintenant, mais bon… ^^’ ca permet des trucs très intéressant sur la narration :p ! Bonne semaine aussi 🙂 !

  30. amakay dit :

    Mais c’est pas mal du tout Ma Ptite Ninou,
    Vite vite vite une petite suite.
    Non sincèrement ça m’attire bien… Je viens de m’apercevoir que dans tes romans, à part le Chant des Drows, mes préférés sont toujours ceux avec un travesti… Curieux la vie.

    A 16-17 ans, tu avais déjà pas mal d’inspiration, moi j’étais une pauv’nunuche qui rêvait au prince charmant…

    Bonne semaine, biz

    • Ninou Cyrico dit :

      @Amakay : Merci ^^ ! Ça va venir, ça va venir. Ouais un beau petit mec en bas, moi je dis miam des fois hein…
      Oui j’avoue j’étais précose…
      Merci bonne semaine aussi !

  31. AI dit :

    Ho!!
    Mais c’est pas mauvais!! Dieu sait que j’ai lu pas mal d’horreurs mal-écrites XD
    Mais celle-là s’annonce plutôt bien!
    Par contre, même si c’est deux chapitres, ça ne me donne pas l’impression de faire plus que son prédécesseur, hum…
    M’enfin, c’est déjà bien que nous ayons autre chose à nous mettre sous les yeux.
    Bonne continuation!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @AI : Merci. Ouf… Et sinon, contente que ça te plaise et pourvu que ça dure !
      Sinon ouais bon j’admets, c’est aussi parce que les chapitres sont courts que je vous les mets deux par deux… Patapééééé…
      A tout bientôt !

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