Une histoire de plumes [Nouvelle pour les dix ans du site]

Synopsis : Mark Leth, mercenaire apatride, est arrêté alors qu’il vient tranquillement passer un peu de vacances en France. Son interrogatoire mené par le commandant Ismael Evrard montre vite qu’il a été faussement accusé. Rapidement relâché, il est cependant recontacté par Ismael qui a un job pour lui. Le commandant enquête en effet sur d’étranges morts semblant liés à un rituel ésotérique et a besoin d’un homme fiable et dont, surtout, il puisse être sûr qu’il n’est pas mêlé à cette drôle d’affaire…

 

Une histoire de plumes

Nouvelle pour les dix ans du site

 

Le responsable de la sécurité se massa les tempes, se sentant très très très fatigué. Beaucoup trop pour un lundi matin.

L’homme qui lui faisait face, tout jeune trentenaire, bel homme brun mal rasé, aux très beaux et fins yeux bleu-vert, était pourtant aimable et souriant. Certes peu loquace, mais il s’était laissé arrêter sans résister, menotter et emmener sans plus protester, avait sagement attendu son tour dans le couloir, alors que vu l’arsenal qu’il avait dans son grand sac de sport, et les cinq couteaux et le revolver qu’on avait retrouvés sur lui, il ne faisait pas trop de doute qu’on avait affaire à quelqu’un de plutôt dangereux.

Mais cet homme avait aussi quatre passeports avec chacun un nom différent, de quatre nationalités, française, américaine, russe et britannique, ainsi que pas mal de liquide de plusieurs devises, les mêmes que les passeports, plus des riyals, de l’argent saoudien.

Le flegme avec lequel il semblait appréhender son arrestation, survenue à l’aéroport de Lyon-St-Exupéry suite à une dénonciation, n’était pas pour rassurer les agents qui le gardaient.

Cet homme qui les regardait avec un petit sourire tout gentil leur faisait irrémédiablement froid dans le dos.

Autant dire que lorsque des agents de la DGSI bien équipés et à l’air bien moins aimables arrivèrent pour l’emmener sans explication, tout le personnel de l’aéroport se sentit profondément soulagé.

L’inconnu se laissa embarquer avec le même calme, mais le coup d’œil qu’il jeta rapidement aux deux qui portaient ses sacs et sa valise pour être sûr que ses affaires le suivaient n’échappa pas au responsable de son transfert, un petit bonhomme grisonnant un peu trapu au regard aussi calme que vigilant.

Le prisonnier demeura silencieux durant tout le trajet, assis entre deux molosses qui devaient faire trois ou quatre fois son poids à eux deux, mais ses sourires fugaces lorsque ces derniers échangeaient des blagues avec leur chauffeur auraient dû, s’ils y avaient fait attention, les informer qu’il comprenait parfaitement le français.

Mais ça n’échappa pas au petit bonhomme qui était à l’avant, à la place du mort.

Emmené sans attendre dans une salle d’interrogatoire d’une dizaine de mètres carré, l’homme se vit menotter à la table. Les chaines étaient cependant assez longues pour qu’il puisse tranquillement porter sa main à sa bouche lorsqu’il bâilla et appuyer sa joue sur sa main, accoudé à la table de fer froide, l’air un peu fatigué.

Il sourit lorsque le petit bonhomme posa un grand mug de café devant lui.

« Sans sucre, je crois, monsieur Leth ? »

Le sourire s’élargit et il dit enfin, avec un léger accent indéfinissable :

« Vous avez l’air bien renseigné.

C’est que vous êtes un homme plutôt connu pour nous. » répondit le petit bonhomme en s’asseyant face à lui avec sa propre tasse et un dossier sous le bras.

Le prisonnier fit la moue, visiblement admiratif.

« De là à connaître mon vrai nom, reprit-il en prenant la tasse dans ses mains pour en respirer le fumet. C’est tout de même assez rare.

On est pas si nuls à la DGSI, vous savez.

Je vois ça. »

L’homme but une gorgée de café avec un plaisir visible, avant de soupirer de satisfaction. Puis, il posa la tasse, la gardant entre ses mains :

« Mais je n’ai rien fait de répréhensible sur votre territoire. Alors pourquoi m’arrêter ? Et d’ailleurs, à qui ai-je l’honneur ? »

Son vis-à-vis répondit poliment en ouvrant le dossier :

« Capitaine Bastien Gandier.

Enchanté.

J’aimerai vous dire ‘’de même’’, mais pour répondre à votre première question, vous êtes soupçonné d’être venu en France pour aider des terroristes en vue de prochains attentats, donc ça ne m’enchante pas, vous le comprendrez. »

Leth resta bête un instant, cligna des yeux avant de froncer les sourcils :

« Dénonciation d’un quelconque agent des États-Unis ? »

Gandier fronça les sourcils à son tour :

« Comment vous… ? »

Mais il fut interrompu par le bruit de la porte et une voix énervée s’écria :

« Bordel, Gandier, je t’avais dit de m’attendre ! »

Le prisonnier regarda avec surprise un trentenaire en fauteuil roulant venir se garer près du capitaine qui semblait avoir perdu quelques centimètres. Courts cheveux noirs ébouriffés, teint mat et yeux en amande noirs, bref, bien typé d’un peu loin au Sud, l’homme toisa Leth alors que Gandier lui répondait, pas fier :

« Mes excuses, Commandant, mais on en était à se présenter…

Mouais.

Tout à fait, confirma aimablement leur voisin de table, toujours tranquille, en rappuyant sa joue dans sa main droite, intrigué par le nouveau venu, et tenant la tasse de l’autre, pas plus gêné ou nerveux que ça. Mark Leth, enchanté, commandant… ? »

Le brun le regarda avec sérieux avant de répondre enfin :

« Ismael Evrard. »

Les deux hommes se toisèrent un instant en silence, Mark Leth aussi tranquille qu’Ismael Evrard était grave.

« Je demandais à votre subordonné pour quels motifs j’étais retenu, puisque je n’ai jamais rien fait d’illégal sur le sol français et que je ne crois pas faire l’objet d’un mandat d’arrêt international ? On me soupçonne de connivence avec des terroristes, il parait ?

Vous le niez ?

Ben oui, moi qui venais juste souffler un peu dans un pays tranquille en attendant un nouveau boulot, je me retrouve chopé direct à la descente de l’avion sans explication…

Votre petit arsenal privé est un motif à lui seul.

Rôh tout de suite, si on peut plus se promener avec quelques couteaux, un Beretta, un Famas, un mini-Uzi et une Kalash…

Vous devriez savoir que nous sommes légalement en État d’Urgence.

Je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est et cet ‘’arsenal’’, comme vous dites, c’est juste tout ce que je possède…

Disons que suite aux attentats dont a été victime notre pays, nos mesures sécuritaires sont plus importantes, lui expliqua Gandier.

Ah, je vois.

Qu’est-ce que vous venez faire ici, sérieusement, Leth ? » demanda froidement Ismael Evrard.

Mark Leth lui répondit avec le même sourire calme :

« Je vous l’ai dit. Vacances. Vous pouvez vérifier mes réservations, j’ai une chambre d’hôtel ici à Lyon pour dix jours, je l’ai réservée tout à fait normalement en ligne. Non mais sérieux, les gars, vous pensez vraiment que si j’étais venu rejoindre un groupe terroriste, j’aurais pris un avion de ligne normal, surtout en arrivant d’Arabie Saoudite ?

Avec un faux passeport français, monsieur ‘’François Lebernard’’.

Oh ça va, ça on le fait tous… »

Mark Leth se renfrogna :

« J’aurais dû prendre le britannique, celui-là c’est un faux passeport diplomatique, j’aurais eu la paix… 

Gregor MacEvan, soupira Ismael Evrard. Ou le russe, monsieur Dimitri Svalogski…

Vous savez vraiment tout, sourit encore Mark Leth.

Et pourquoi vous n’avez pas utilisé votre vrai passeport, monsieur John Washington ?…

Le vrai-faux que la CIA m’a filé ? Ben justement parce qu’ils me l’ont fait sauter… J’en reviens donc à la question que je posais au capitaine quand vous êtes arrivés. Votre petit coup de fil pour me balancer, il vient de l’ambassade américaine.

Et si c’était le cas ?

C’EST le cas. C’est d’une mesquinerie, c’est tout eux, ça… »

Il y eut un nouveau silence avant qu’Ismael Evrard ne croise les bras :

« Pourquoi les Américains voudraient nuire à un mercenaire sans foi ni maître de votre genre ?

Parce que j’ai fait foirer un de leurs complots à la noix à Riyad et qu’ils ne l’ont pas digéré. Ils ont joué aux cons, ils ont perdu et ils sont pas bons perdants.

Expliquez-vous. »

Mark soupira et finit sa tasse avant de reprendre de bonne grâce :

« J’étais sous contrat à Riyad comme garde du corps pour le petit frère du prince Ahmed Ibn Nasser, plutôt un gars cool et moderne… Enfin disons moyenne haute pour le pays. Et j’ai été contacté par l’ambassade américaine qui m’a demandé d’éliminer sa femme, la femme du prince, avec tous un tas d’arguments et de documents comme quoi elle était de mèche avec un groupe d’extrémistes pour faire assassiner son mari et mettre leur oncle, un sacré vieux con, lui, pour le coup, aux manettes, que ça allait faire plein de terroristes parce qu’il allait les payer et les envoyer partout, tout ça. Ça m’a paru bizarre, mais comme je vous disais, je l’aimais bien, le prince Ahmed, alors j’ai fureté de mon côté et j’ai fini par découvrir que, déjà, cette dame était enceinte. J’ai donc prévenu l’ambassade que je ne tuais pas les enfants, et que ça serait sans moi ou alors après l’accouchement.

Parce que tuer des femmes, ça vous gêne pas ?… fit Ismael.

Y a que des machos débiles pour croire que les femmes, c’est jamais dangereux.

Hmmm… Un point pour vous.

Mais bref, ils ont insisté, ils me disaient que l’attentat aurait lieu trop tôt… Ça a fini par m’énerver, alors j’ai creusé un peu plus et j’ai fini par comprendre le vrai but, et surtout, que ma vraie cible, c’était justement ce bébé, parce que la vérité, c’était que l’autre frère d’Ahmed lorgnait le pouvoir et voyait d’un très très mauvais œil que son aîné ait un héritier alors que jusqu’ici, c’était lui, son héritier, et qu’il espérait bien le rester, quitte à forcer un peu le destin… Et surtout soudoyer les Américains à coups de promesses de plein de pétrole, de pognon et autres quand il serait aux manettes. Du coup, j’ai été tout balancer au petit frère, celui que je servais, un brave petit gars sans aucune prétention au trône, lui, qui m’a permis de rencontrer son grand frère en personne pour tout lui dire aussi. Alors, le complot a été démantelé, le frère comploteur exilé à l’autre bout de leur désert, et les négociations avec les Américains pour que ça reste secret ont dû être saignantes, puisque l’ambassadeur a changé en moins de deux semaines… J’en ai pas su beaucoup plus, moi, mais on m’a plus ou moins fait comprendre que je n’étais plus considéré comme fiable par les Etats-Unis et que je ne pourrais plus bosser pour eux. Honnêtement, j’ai gardé le passeport juste en souvenir… »

Mark eut un sourire amusé :

« Comme si j’avais besoin d’eux pour trouver du boulot… »

Les deux agents français restaient sceptiques.

« Pourquoi vous n’êtes pas resté à Riyad, si vous étiez en si bon terme avec le prince Ibn Nasser ? demanda Ismael, toujours grave.

Disons que son petit frère exigeait de moi des services un peu trop intimes et que ça commençait à se savoir… Rien d’inhabituel, mais bon, tant que ça restait discret, Ibn Nasser fermait les yeux. Là ça l’embêtait un peu, il nous a convoqués pour nous dire qu’il n’avait pas envie que ça dégénère, donc qu’il me payait un billet d’avion pour où je voulais avec une belle prime et il a demandé à son frère d’éviter que ça sorte de sa chambre, à l’avenir, parce qu’il n’avait aucune envie d’un scandale de ce genre. Du coup, je me suis dit que ça faisait longtemps que je n’étais pas venu me reposer ici et j’avais quitté le pays avant la nuit. »

Bastien fit la moue et Ismael soupira en décroisant enfin les bras :

« Bien. Si vous permettez, nous allons vérifier tout ça… Si nos agents sur place confirment vos dires, nous devrions pouvoir vous relâcher rapidement. Mais vous comprendrez que dans ce contexte, on ne peut pas se fier à votre parole sans chercher plus loin.

Je ferais pareil à votre place, y a pas de souci, bâilla Mark. Si vous pouviez juste me laisser prendre une douche et manger un bout ? J’ai presque six heures d’avion dans les pattes plus tout votre bordel, là, quand même… »

Ismael eut un sourire :

« On va voir ça. »

Mark se laissa emmener sans plus faire de problème et Ismael veilla à ce qu’il puisse effectivement se laver et se restaurer. Puis, il retourna à son bureau et lança l’ordre de contacter l’ambassade de France à Riyad pour qu’ils mènent leur enquête rapidement.

Bastien le rejoignit un peu plus tard, lui apportant une grande tasse de thé et quelques documents.

« Ah, merci…

De rien, vous avez du nouveau ?

Pas encore, et de ton côté ?

Non, il est toujours aussi calme. Il fait la sieste, apparemment.

Pas vraiment le comportement d’un mec aux abois.

Pas vraiment, non… »

Bastien s’assit et soupira alors qu’Ismael prenait les feuilles et les survolait rapidement :

« On avait bien besoin que les Américains nous fassent un coup pareil en ce moment…

Je te le fais pas dire… Rien de nouveau sur notre affaire non plus ?

Rien… Mais ça pue. »

Les deux hommes avaient en effet une affaire bien plus importante à régler, deux meurtres étranges dont l’enquête leur avait été confiée, car ils touchaient un haut-fonctionnaire du ministère de la culture et une attachée française à l’ambassade d’Autriche.

Ces deux morts avaient en commun d’avoir eu lieu la même nuit, le premier lors d’une espèce de rituel bizarre, le second suivant un appel à la police le dénonçant. Si lui était mort dans une espèce de cave, allongé sur un étrange autel, l’endroit entier couvert de dessins ésotériques, il ne faisait guère de toute qu’on avait voulu, elle, la faire taire, puisqu’elle avait été retrouvée dans une ruelle voisine, tuée très simplement d’une balle dans la tête. Mais l’enregistrement de la police était pour le moins curieux. On y entendait la voix paniquée de la victime tenant des propos assez peu cohérents sur un groupe de fous qui voulaient la tuer car elle avait découvert qu’ils voulaient faire on ne savait quoi, car elle avait crié avant que la conversation ne se coupe.

Ismael referma le dossier. Rien de nouveau… Il se massa les tempes.

« C’est pas possible. Il y a forcément des gens qui bloquent des infos…

Je suis d’accord, Commandant, mais je vois pas trop ce qu’on peut faire… »

Ismael grimaça. Lui avait une idée, mais il savait que son supérieur ne le lui permettrait pas.

Restait qu’elle était sûrement la seule personne qui pourrait les éclairer sur le côté ésotérique du premier meurtre…

L’ambassade de Riyad ne traîna pas, puisque Mark Leth n’avait pas fini sa sieste lorsqu’Ismael reçut un appel d’un contact d’Arabie Saoudite lui confirmant sans équivoque les faits que leur avait rapportés le mercenaire. Même si l’affaire était restée confidentielle, le changement d’ambassadeur américain et l’exil du frère du prince n’étaient pas passés inaperçus pour le milieu diplomatique et les mœurs du benjamin de la fratrie n’étaient pas vraiment un secret non plus… Il changeait un peu plus fréquemment de garde du corps que la moyenne… Et ces derniers étaient souvent des Occidentaux fort bien faits de leur personne… Tout à fait dans le genre de Mark Leth.

Parallèlement, la réservation de l’hôtel avait été faite de façon tout à fait transparente, si on exceptait qu’il avait utilisé son faux passeport français, et l’historique de ses conversations téléphoniques, textos et mails, sur son téléphone, n’indiquait rien de suspect.

Ismael décida de ne pas se prendre plus la tête avec Leth et ordonna sa remise en liberté immédiate. Par acquis de conscience, il ordonna également qu’il reste sous surveillance, mais il était à peu près sûr que le mercenaire ne leur avait pas menti et n’était en rien mêlé à un quelconque groupe terroriste. Restait qu’il serait vite connu que Mark Leth était en France et qu’il n’était pas impossible que certaines personnes ne le contactent pour l’embaucher. Ce genre de mec, il fallait quand même mieux garder un œil dessus. Mais tant qu’il était en vacances, il n’y avait aucune raison de s’en faire.

Il sourit en voyant le vidéo de surveillance de libération de Leth. Il dormait vraiment très profondément dans sa cellule et le garde qui était venu le chercher avait même dû aller le secouer pour le réveiller et le faire sortir.

Ouais, vraiment pas stressé, ce gars…

Dès qu’il eut récupéré ses bagages, Mark sortit en saluant poliment les gardes et appela un taxi pour aller sans attendre à son hôtel.

Ismael se remit donc à son autre enquête et étudiait l’emploi du temps du haut-fonctionnaire tué lorsque son supérieur, le colonel Landry, grand homme au crâne rasé pour cacher sa calvitie et qui se faisait un point d’honneur à garder la ligne et la forme malgré ses 62 ans, entra sans frapper dans son bureau.

Les deux hommes ne s’appréciaient guère, aussi Ismael, son sursaut passé, soupira :

« Que puis-je, Colonel ?

J’ai vu que vous aviez relâché Mark Leth, jeta froidement Landry.

Aucune raison de le garder. Mais il reste sous surveillance, répondit Ismael, placide.

Vous êtes sûr de vous ? Notre informateur était pourtant clair.

Notre informateur nous a baratinés parce que Leth les a plantés à Riyad et qu’ils veulent l’emmerder. J’ai autre chose à faire qu’entrer dans ce genre de guéguerre à la con. Il reste sous surveillance parce qu’on ne peut pas lâcher un type de son genre dans la nature sans garder un œil dessus.

Mouais. Vous assumerez la responsabilité de tout ce qui pourra arriver…

J’assume toujours mes responsabilités, Colonel. »

Les deux hommes se toisèrent un moment.

« Concernant notre autre affaire, reprit Ismael, je suis de plus en plus persuadé que certaines personnes bloquent des informations. L’emploi du temps qu’on nous a fourni n’est pas crédible pour un sou. Celui de l’attachée ne l’est pas plus, il faudrait qu’on puisse pousser nos investigations plus loin.

Je venais vous voir à ce sujet, nous avons les résultats des autopsies, répondit Landry en venant lui tendre des feuilles.

Ah. Et ? le relança Ismael en les prenant.

Pour elle, sans surprise, c’est la balle qu’elle s’est pris dans la tête. Lui, c’est plus délicat, sa mort est ‘’naturelle’’, enfin, les légistes n’ont rien trouvé de spécial à part qu’il a été drogué, mais rien de mortel, juste de quoi l’endormir… Ils ne comprennent pas trop.

Ça pue quand même le rituel ésotérique chelou.

Ouais. »

Ismael regarda son supérieur, attendant un ordre qui ne vint bien sûr pas. Il retint un soupir exaspéré. L’obstination de Landry à ne pas vouloir faire appel à la seule personne qui pouvait les aider là-dessus lui tapait sur les nerfs.

*********

Mark Leth arriva à son hôtel, un des plus luxueux, mais des plus discrets, de Lyon, se fit enregistrer en s’excusant de son retard, mais le personnel de ce genre d’endroit ne posait pas de question. Il se retrouva rapidement dans une grande chambre avec tout le confort possible et se dit qu’il allait commencer par se prendre un bon bain, parce que le lit sommaire de sa cellule n’avait pas été d’excellente qualité et qu’il avait un peu mal au dos, surtout après le vol et les heures assis à attendre ses interrogatoires.

Il laissa donc ses affaires dans la chambre, à l’exception d’un boxer propre, et fila directement à la salle de bain pour se faire couler un bon bain bien chaud où il se plongea dans attendre.

Vu l’heure, il allait rester là à se reposer pour le reste de la journée. S’il s’en sentait l’énergie, il descendrait manger au restaurant, mais plus probablement, il se ferait monter son dîner pour ne pas avoir à se rhabiller. Flemme flemme.

Il soupira d’aise.

Le salaire de son job à Riyad additionnée à la prime finale du prince le mettait à l’abri du besoin un moment, il comptait bien en profiter pour souffler un bon coup. Il aimait bien la France, il aimait bien Lyon, il avait le temps. Il se doutait bien qu’il était sous surveillance, mais à part si les Américains poussaient jusqu’à tenter de l’agresser, il n’y avait aucune raison qu’il doive commettre quoi que ce soit d’illégal durant son séjour ici.

Il allait falloir qu’il regarde un peu quoi faire et visiter, il devait y avoir du nouveau dans la ville et ses alentours, depuis le temps qu’il n’y était pas venu.

Lorsqu’il sortit de son bain, Mark ne fit qu’enfiler un peignoir blanc moelleux à souhait par-dessus son boxer. Il alla se poser sur le sofa qui faisait face à la très grande télé et alluma cette dernière pour avoir un peu de compagnie. Après avoir un moment zappé d’inepties en inepties, il finit par s’arrêter sur un dessin animé et se releva en bâillant pour aller chercher sa tablette dans sa valise. Il se dit en la sortant qu’il n’avait pas beaucoup de vêtements et qu’il allait aussi devoir régler ça. Puis, il retourna sur le sofa et chercha tranquillement, sur le site de l’office du tourisme de la ville, quoi faire.

Mark était mercenaire pour ainsi dire de naissance. Mais il était aussi un homme curieux et toujours désireux de découvrir et d’apprendre. Ses voyages l’avaient beaucoup servi là-dessus, le rendant très ouvert, et ce sur tout, les personnes, leurs cultures, leurs coutumes, leurs cuisines et leurs mœurs.

S’il en jugeait certaines plus sympathiques que d’autres, tant que ça ne le menaçait pas personnellement, il avait tendance à laisser couler, quoi qu’il en pense. Il déplorait par exemple que l’Arabie Saoudite condamne encore à mort les homosexuels, lui-même ayant des mœurs très libres et n’ayant jamais compris en quoi ça pouvait poser problème, tant que c’était entre grandes personnes consentantes, et n’avait à ce titre répondu aux avances de son protégé qu’après que ce dernier lui ait juré que son aîné tolérait sa conduite, tant qu’elle restait discrète, et qu’il ne finirait pas au bout d’une corde pour ça.

Le temps passant, il œuvrait d’ailleurs de plus en plus comme garde du corps que comme pur combattant, missions souvent plus calmes, généralement moins dangereuses et surtout fréquemment bien mieux payées.

Il commençait à se faire une petite liste mentale de choses à visiter lorsque son estomac l’informa qu’il était temps de le remplir. Il posa la tablette, alla prendre le menu posé sur le meuble de l’entrée et un peu plus tard, on lui apporta un copieux dîner qu’il mangea tranquillement devant un bon film.

Puis, il se coucha sans trop tarder, fatigué par cette drôle de journée.

Il repensa au commandant qui l’avait interrogé, Ismael Evrard. Bien son type… Un beau métis avec du caractère. Il se demandait s’il était aussi froid dans le privé. Assez étrange qu’un handicapé occupe un poste de ce genre à la DGSI… Il trouvait ça plutôt bien, cela dit, mais il ne s’y serait pas attendu.

Il s’endormit rapidement, sans plus se poser de question.

*********

Ce matin-là, Ismael était de sale humeur.

De très sale humeur.

Cette affaire lui pesait sur les nerfs, ses nerfs pesaient sur ses douleurs dorsales et il avait donc très peu et mal dormi malgré les cachets.

Ensuite, son bus avait été pris dans un bouchon à cause de deux crétins qui avaient bloqué un croisement en avançant au milieu du passage au feu vert sans en avoir la place, bloquant tout le carrefour pendant 1/2h.

Et cerise sur le pompon, lorsqu’il était enfin arrivé au boulot, ça avait été pour que Gandier lui annonce qu’un nouveau crime avait eu lieu dans la nuit, similaire à l’espèce de sacrifice du haut-fonctionnaire, mais qu’il y avait eu, apparemment, une tentative de « nettoyage de la salle » avant qu’un des vigiles n’appelle la police.

Sauf que si, la première fois, le mort avait été retrouvé dans un espèce de vieux garage abandonné, là, on était dans le sous-sol d’un lycée. Et pas n’importe lequel : le lycée international de Lyon, où enfants de la haute société lyonnaise côtoyaient enfants de la population diplomatique locale.

La victime était un homme d’une vingtaine d’années, ils cherchaient son identité. Comme pour le haut-fonctionnaire, pas de traces de blessure visible, juste un corps mort, couché sur un autel, dans une salle recouverte de signes ésotériques cette fois en partie effacés.

Le vigile qui avait donné l’alerte était en vie, mais profondément choqué. Il était prostré. Impossible donc de l’interroger pour savoir ce qu’il avait vu.

Ismael vida une grande tasse de thé en réfléchissant et son air sombre n’était pas pour rassurer Bastien, ni les deux autres hommes qui attendaient ses ordres, debout devant son bureau.

Ismael n’en avait plus rien à péter des aprioris de merde de Landry, il allait prendre sur lui d’aller la voir.

Cette fois, c’était sûr : cette affaire touchait du beau monde et ils avaient des complices très haut et bien placés. Des gens capables d’avoir accès à cet endroit, de préparer une cérémonie pareille…

Des gens qui définitivement, se foutaient de sa gueule et de son enquête.

Des gens qui, d’ailleurs, si on prenait en compte le temps que la police avait mis à daigner arriver, leur laissant le temps d’effacer une partie des murs, et celui que cette même police avait mis à les prévenir, ses gars et lui, de ce nouveau meurtre, avaient le bras long, des pions dans la police et sans doute même dans la DGSI, il en était quasi certain.

En qui pouvait-il avoir confiance ?

Il s’accouda à son bureau, ses poings serrés l’un dans l’autre devant sa bouche, le visage fermé.

Bastien, sans nul doute. Brave gars sorti fils de paysans, issu de l’armée, son fidèle bras-droit était sans conteste hors du coup. Mais il lui fallait un autre homme pour l’aider, quelqu’un qui ne pouvait en aucune façon être lié à cette affaire.

Un visage popa dans son esprit.

Il plissa les yeux et eut un sourire en coin.

Il connaissait un mercenaire apatride qui allait devoir écourter ses vacances.

*********

Mark aimait beaucoup les musées.

C’était calme, plein de jolies choses et très apaisant.

Ce matin-là, il visitait le musée des Beaux-Arts, de très bonne humeur.

Depuis son arrivée, trois jours auparavant, il s’était reposé, bien remis du décalage horaire, avait eu le temps de se racheter des vêtements cools dans de sympathiques friperies solidaires, de découvrir quelques très bons restaurants, de se promener, de revisiter la basilique de Fourvière avec son magnifique panorama sur la ville, et là, comme le temps était un peu plus menaçant, il s’était dit qu’un musée pour être sûr d’être au sec, ça lui irait très bien.

L’endroit avait bien changé, ou alors c’étaient ses souvenirs trop anciens qui lui jouaient des tours…

Il s’assit sur un banc, dans une grande salle, devant un tableau immense représentant le jugement de Salomon.

Cette légende (Mark n’était pas croyant), qu’il avait découverte sur le tard en parlant religion avec un collègue juif au hasard d’un contrat, l’avait toujours plutôt amusée. Les leçons de morale et de bonne conduite des Livres Saints, quels qu’ils soient, étaient vraiment lunaires pour lui qui avait vu, partout et quelque que soit leur foi, tant de personnes mourir en leurs noms…

Cela dit, le tableau en tant que tel était joli. Salomon, à droite, sur son trône, drapé de rouge, barbu et grave, au centre, une femme en jaune semblant plaider sa cause, à gauche, une autre, à genoux, présentant l’objet du jugement, un joli bébé tout rose, le tout dans un décor orientaliste des plus fantasmé…

Il tourna la tête en entendant le bruit de béquilles à sa gauche et sourit, surpris, en voyant Ismael Evrard s’asseoir à côté de lui avec un soulagement visible.

« Tiens, vous pouvez marcher, en fait ?

Je peux quand je n’ai pas trop mal et surtout quand je suis obligé d’aller dans un vieux palais qui manque salement de rampes et d’ascenseur. »

Mark hocha la tête, compatissant :

« Ah, ça, les normes en ces temps-là…

M’en parlez pas ! Aucun respect des personnes à mobilité réduite !

Je vous remercie de l’effort, mais vous ne me ferez pas croire que vous n’aviez pas mon numéro, si vous vouliez me parler.

Votre numéro, celui de la chambre de votre hôtel, votre mail et votre compte Twitter… Inactif d’ailleurs, il ne vous sert qu’à suivre d’autres comptes. Mais en fait, il y a un avantage de fou avec le fait de se voir et de parler en direct.

Ça ne laisse pas de trace.

Exactement. »

Ismael eut un sourire :

« Vous comprenez vite. C’est une qualité que j’apprécie.

Mon boulot demande souvent d’être très réactif. Mais de quoi vouliez-vous donc me parler pour ne pas vouloir que ça laisse de trace ?

Ça en laissera selon ce qu’on va se dire… En fait, je crois savoir que vous êtes toujours en vacances et que personne ne vous a contacté pour un job depuis votre arrivée ?

Exact.

Puis-je donc vous considérer comme potentiellement disponible ? »

Mark le regarda avant de rigoler :

« Vous, vous avez un boulot pour moi ?

Ça vous dirait ? lui demanda Ismael avec un sourire amusé, lui aussi.

Dites-moi toujours de quoi il s’agit ?

De meurtres bizarres sûrement commis par des gens très puissants avec beaucoup d’yeux et d’oreilles à leur compte. Bref, j’ai besoin d’un homme dont je suis sûr qu’il n’y soit pas mêlé et qui est loyal à son employeur une fois son contrat passé.

Je n’ai qu’une parole et qu’un patron quand je m’engage, c’est vrai et je vous remercie de le reconnaître, mais comment pouvez-vous être sûr que je ne suis pas mêlé à vos meurtres ?

Parce que les premiers ont eu lieu quatre jours avant votre arrivée à Lyon. »

Mark fit la moue et hocha la tête :

« Ah, je vois. Avant même que je sache que j’allais quitter Riyad, donc.

Ce qui rend votre implication assez peu probable.

Effectivement, d’autant que la téléportation n’est pas encore d’actualité. Ceci dit, merci de votre offre, mais je ne suis pas vraiment un enquêteur, vous êtes sûr que je peux vous aider ?

De ce que je sais de votre profil, vous êtes tout sauf un idiot, vous n’avez rien à faire du rang social des personnes qui vous font face et vous êtes plutôt très bon combattant, y compris en situation d’urgence. Côté cerveau de l’enquête, je pense que moi, Gandier et l’autre personne que je dois aller chercher suffiront, mais un allié comme vous à nos côtés, œil neuf sur tout et force de frappe réelle au cas où nos ennemis s’avèreraient plus agressifs que prévus, je pense que ça ne sera pas de trop. »

A nouveau, Mark sourit, hocha la tête et demanda, goguenard :

« J’ai droit à votre sécu et aux congés payés ?

Ah ça, ‘faudra voir, vous voulez un vrai contrat officiel ?

Si ça vous arrange, moi, tant que je sais à qui obéir et que je suis payé, je m’en fous.

On va voir ça… dit Ismael en se relevant lentement, s’appuyant sur ses béquilles. Mais ça pourrait être bien, ça nous couvrirait si besoin…

Euh, si vous le dites… »

Mark se leva, remarquant alors qu’il dépassait le commandant d’une bonne demi-tête, et lui emboita le pas :

« Par contre, vous gérez tout, vous êtes prévenu. Je vous connais, vous les Français, avec vos papiers pour tout et n’importe quoi…

Que voulez-vous, il faut bien justifier le salaire de nos fonctionnaires… Allez, on va faire ça bien. Vous aurez peut-être même des RTT si vous êtes sage… 

Ça se mange ?

Pas vraiment, non…

Dommage, si y a bien un truc qui m’a jamais déçu chez vous, c’est votre cuisine… »

*********

Mark n’avait qu’une parole, c’était une vérité qui lui valait d’être connu et reconnu comme fiable. La seule autre règle absolue pour lui était qu’il ne tuait pas d’enfant. Certains avaient donc cru intelligent de lui envoyer des enfants assassins pour se débarrasser de lui, mais ne pas tuer ne voulait pas dire ne pas se défendre et si Mark avait effectivement épargné les petits tueurs, les confiant à des personnes plus bienveillantes quand il l’avait pu, leurs commanditaires, eux, ne lui avaient pas échappé.

Globalement, il évitait les morts superflues, surtout civiles, de la même façon qu’il n’aimait pas faire souffrir inutilement. Aussi avait-il appris à être très efficace quand il devait avoir recours à la torture, tout comme il savait instinctivement reconnaître les personnes sur qui elle serait de toute façon vaine.

De son point de vue, seconder un commandant de la DGSI français sur une petite affaire de meurtres, c’était quasi toujours des vacances. Il était même plutôt curieux de voir comment ça pouvait se passer dans un pays aussi tranquille, ça allait l’occuper et si ça payait un peu, que demander de plus…

Il suivit donc Ismael, allant respectueusement à son rythme, jusqu’à la voiture qui les attendait devant le musée. Il salua d’un signe de tête Bastien Gandier qui patientait, appuyé sur la carrosserie, bras croisés, et qui lui rendit son salut de même avant d’ouvrir la portière arrière à Ismael qui monta et s’assit avec, à nouveau, un soulagement visible. Bastien l’aida à poser ses béquilles au sol avant de refermer la portière et fit signe à Mark de monter à l’avant.

Ce dernier s’installa donc à la place du mort et boucla sagement sa ceinture pendant que le capitaine reprenait le volant.

« Croix-Rousse, Commandant ?

Fissa, répondit Ismael.

Le colonel va pas aimer… sourit Bastien en démarrant.

Il s’expliquera avec elle. » répondit Ismael en fermant les yeux.

Mark ne fit pas de commentaire et il y eut un silence avant que le commandant ne lui demande sans rouvrir les yeux :

« Vous avez votre Beretta, j’espère, Leth ?

Bien sûr, répondit très naturellement le mercenaire avant d’ajouter avec un sourire en coin : J’évite le Uzi en ville, il dépasse de ma poche.

Vous avez peur d’être attaqué ici ? s’étonna Bastien.

Mon monde est petit et plein de gens rancuniers. » répondit toujours aussi naturellement Mark en regardant, par la vitre, la rue étroite et montante, aux vieux immeubles couverts de graffitis, dans laquelle Bastien avait engagé leur voiture.

Il sourit en voyant un jeune papa galérer à escalader la pente, poussant une énorme poussette dans laquelle aux moins trois bambins semblaient d’agiter.

A l’arrière, Ismael retint un bâillement en sortant son smartphone, avant d’appeler :

« Oui, Lola ?… Bonjour. … Oui, ça va merci, et vous ?… … Houlà, ben bon courage !… Dites voir, je vous appelais parce que j’aurais besoin d’un contrat, là… Oui, j’ai eu besoin de renfort, un gars qui n’est pas de chez nous. … Ah, bonne question, attendez… »

Ismael regarda Mark à travers le rétroviseur avant :

« Leth, vous avez un document avec votre vrai nom quelque part ou aucun ?… »

Mark lui jeta un œil interrogatif par le même miroir avant que le commandant ne précise :

« C’est pour savoir si on peut faire le contrat sous votre vrai nom ?… Ça serait mieux… »

Mark soupira, visiblement à contre-cœur :

« J’ai un vieux passeport périmé depuis longtemps…

Quel pays ?

Suisse. »

Les deux français sursautèrent et s’exclamèrent ensemble :

« Vous êtes suisse ?! »

Mark les regarda, visiblement partagé entre l’amusement et la tristesse :

« Non, mon père l’a été sur la fin, du coup, il m’en avait fait profiter. »

Ismael fronça les sourcils, mais n’insista pas et reprit :

« Bon, on fera avec. »

Il reprit son téléphone :

« Lola ?… Oui, donc, un CDD… Disons un mois, c’est large, mais bon, comme ça on est tranquille et puis, on pourra renouveller… Mark Leth, donc… Mark avec un k et l-e-t-h. … Ouais, ben, faites ce que vous pouvez, on passera avec lui tout à l’heure pour le reste… D’accord, ‘vous prenez pas la tête, je vous fais confiance. A tout à l’heure. »

Il raccrocha :

« Il faudra aussi votre date de naissance et deux-trois autres infos qui devraient être sur ce vieux passeport…

Pas de souci. Mais il est à l’hôtel.

On y repassera, alors. »

Bastien regardait à droite à gauche depuis un moment et grommela :

« Je vais vous laisser devant chez elle, je peux pas me garer, là, aucune place…

OK, soupira Ismael. Ben tu nous rejoins si tu en trouves une, sinon je t’appelle quand on revient.

A vos ordres ! »

Il s’arrêta donc un instant, complètement indifférent aux klaxons des voitures qui le suivaient, le temps que Mark et Ismael ne descendent, le premier faisait le tour du véhicule pour aider le second, souriant et remerciant d’un signe de main le chauffeur pourtant furieux de la voiture de derrière. Cette fois, le commandant avait prit un sac à dos.

Une fois sur le trottoir étroit et toujours aussi pentu, Ismael désigna d’un signe de tête une vieille porte d’immeuble en bois massif à Mark.

« C’est là.

J’espère pour vous qu’il y a un ascenseur…

J’espère pour moi que cette fois, il n’est pas en panne… »

Le commandant s’avança et sonna à l’interphone. Un instant passa avant qu’une voix grésillante, mais visiblement féminine, ne réponde :

« Ouais ?

Gabrielle ? C’est Ismael. Vous pouvez nous ouvrir ?

Yep. »

Un bip retentit et, voyant son compagnon peiner à pousser la lourde porte, Mark s’en chargea. Effectivement, il y avait de la masse…

Le couloir d’entrée était très étroit et conduisait sur un départ d’escalier guère plus large, escalier qui s’enroulait autour d’un ascenseur antédiluvien, mais qui semblait fonctionnel. La cabine était minuscule, tant que Mark demanda :

« C’est au combien ?

Troisième.

OK, je monte à pied, pas la peine de se serrer là-dedans. »

Ismael ne fit pas d’histoire, ses béquilles prenait un peu de place et il apprécia le désir de son nouveau subordonné de lui laisser un minimum de confort.

Soit l’ascenseur était très lent, soit Mark était monté en courant, toujours est-il qu’il était là quand Ismael sortit. Ce dernier eut un sourire et alla frapper à la porte de gauche. Un instant passa avant qu’elle ne s’ouvre sur une petite gonzesse pas très épaisse, aux courts cheveux châtain sombre ébouriffés, aux traits fins et aux yeux noisette.

Elle était vêtue très légèrement d’une brassière et d’un pantacourt en toile noirs, pieds nus. Ses bras et, pour ce qu’on pouvait en voir, son torse étaient couverts de tatouages qu’il ne vit pas bien, des formes entremêlées ou des motifs végétaux pour le bras gauche et le corps, alors qu’un long serpent s’enroulait autour de son bras droit, sa tête finissant sur le dos de sa main.

Si Ismael la salua, un peu nerveux, Mark, pour sa part, eut une impression extrêmement bizarre en la découvrant.

Cette femme dégageait une drôle d’aura, totalement inconnue de lui, une force indéniable et tout aussi étrangement paisible, mais surtout, il était incapable de lui donner un âge.

Elle ne semblait pas très vieille, pas de ride, pas le moindre cheveu blanc, mais lorsque le regard noisette se posa sur lui, la seule chose qui lui vint à l’esprit fut l’image de sa grand-mère adoptive. Une très vieille dame.

Toi, se dit-il, je sais pas d’où tu sors, mais tu viens de loin…

« Bonjour, Gabrielle, merci beaucoup d’avoir bien voulu me voir…

Je t’en prie, Ismael. J’imagine que pour que tu aies pris sur toi de me contacter dans le dos de ton colonel, c’est que c’est sérieux. Entre, enfin, entrez… les invita-t-elle en ouvrant plus largement la porte et en se poussant. Mignon, ton nouveau mec, ajouta-t-elle alors qu’Ismael entrait, les faisant sursauter tous deux et le commandant s’écrier, piqué au vif :

C’est pas mon mec !

Ah, pardon, s’excusa-t-elle avec un sourire amusé, alors que Mark s’avançait, lui en se retenant de rire, et ce n’est pas ce qu’elle dit ensuite qui allait l’aider à se calmer : Dommage, il est mignon, vous iriez bien ensemble. »

Ismael grogna sans répondre et Mark la laissa passer, les suivant tout deux dans un endroit qui devait le laisser tellement pantois qu’il en oublia un moment ce qui venait de se dire.

L’appartement était minuscule, décrépi, un TI d’à peine 30m², estima-t-il, constitué d’une seule pièce à vivre avec un clic-clac plié en canapé, un vieux fauteuil, une petite table basse, et au fond, une kitchenette derrière un petit comptoir. Mais ce qui sécha sur place le mercenaire fut que les murs entiers étaient couverts de bibliothèques débordantes de livres, mais en fait, des livres, il y en avait juste partout, jusque sur les rebord des deux fenêtres, en piles plus ou moins vacillantes, et surtout autant de vieux ouvrages datant de plusieurs siècles pour certains, il en était sûr, que de livres tout neufs.

Alors que Mark regardait tout autour de lui avec des yeux ronds, persuadé d’être tombé dans une autre dimension, Ismael se laissa tomber plus qu’il ne s’assit sur le clic-clac et se mit à fouiller dans le sac qu’il avait pris :

« J’ai besoin de votre avis sur une affaire…

Je t’en prie !… Vous voulez du thé, j’allais en faire ? demanda-t-elle en passant derrière le comptoir.

Ah oui, merci, répondit Ismael.

Et toi ? demanda-t-elle à Mark qui sursauta, ramené au réel.

Hein ?…

Est-ce que tu veux du thé ?

Ah euh oui, volontiers, merci… »

Elle hocha la tête et se mit à l’œuvre :

« Wolong aux fruits, ça vous va ?

Oui, oui, pas de souci… répondit Ismael en ouvrant un dossier.

Je connais pas, mais je veux bien goûter, dit Mark, pour sa part, en s’approchant d’une des étagères, attiré par un gros livre sur la tranche duquel était inscrit en lettres dorées : Arab Art.

Cette bibliothèque était surréaliste…

« Vous permettez ? » demanda-t-il et il attendit l’accord de son hôtesse pour le sortir délicatement et le feuilleter.

Le livre était lourd, mais rempli de planches en couleurs de siècles d’art moyen-oriental : bijoux, objets, bâtiments…

« Il est chouette, hein ? lui dit Gabrielle, souriante, en apportant les tasses.

Magnifique… reconnut-il.

Un faible pour l’art arabe ?

Pour l’art en général… »

Il rangea le livre et poussa quelques livres sur la table basse pour qu’elle puisse y poser les tasses. Puis, la laissant s’asseoir près d’Ismael, lui s’assit sur le vieux fauteuil, après l’avoir débarrassé de la pile de livre qui s’y trouvait.

Ismael reprit donc les faits plus en détail, leur montrant cette fois des photos des scènes de crimes.

« Alors, pour le moment, nous en sommes à trois morts, commença-t-il, mais j’ai une sale impression. Les deux premières remontent à sept jours, elle était une attachée française à l’ambassade autrichienne. Divorcée sans enfant et sans histoire, ni sa famille, ni ses amis n’ont compris ce qui avait pu se passer. Elle a été abattue d’une balle en pleine tête dans une rue, pas très loin de l’autre meurtre… Donc, tout laisse à croire qu’elle a juste été témoin de quelque chose et qu’on a voulu la faire taire. Juste avant de mourir, elle a appelé la police pour dénoncer une bande de fous, elle était complètement paniquée, elle n’a pas eu le temps d’en dire plus. Fort à parier qu’ils l’ont attrapée et tuée juste à ce moment-là.

« L’autre mort a été trouvé dans un hangar à deux rues de là. Là, rien à voir. Un homme de 42 ans, haut-fonctionnaire du ministère de la culture détaché à la Métropole. Nu, sur un espèce d’autel improvisé, mais c’est surtout que tout l’endroit était couvert de dessins ésotériques, c’est pour ça que je voulais votre avis… L’autopsie n’a rien donné pour lui, il a juste été endormi, mais ce n’est pas ça qui l’a tué et il n’y a aucune trace de blessures ni rien d’autre. On cherche des infos, mais le ministère de la culture est frileux et fait traîner… On a à peine pu prévenir ses proches et apriori, ils ne savent rien. »

Très vite, le visage de Gabrielle s’était fermé. Elle regardait les photos des fameux dessins avec une gravité glaçante.

« Le troisième mort date de cette nuit, un homme plus jeune, la vingtaine, pareil, nu sur un autel avec des dessins similaires, sauf que là, ça s’est passé dans la cave du lycée international, un endroit où on entre pas comme on veut… C’est un vigile qui a donné l’alerte, mais il est prostré depuis et vu le temps que les flics ont mis à arriver, une partie des dessins a été effacé… »

Mark fit la moue en prenant sa tasse :

« Ils ont pris le temps d’effacer les dessins, mais ont laissé le cadavre ? C’est complètement idiot…

Je ne comprends pas non plus. » admit Ismael en prenant la sienne.

Gabrielle se massa un instant le front.

« Ça vous dit quelque chose… ? lui demanda Ismael, un peu suppliant.

Tu as bien fait de venir me prévenir, lui répondit-elle avec grand sérieux. Tu peux m’emmener sur les lieux ?

Euh, oui, bien sûr… »

Mark finit sa tasse en regardant lui-même les photos. Ça sentait le rituel foireux. Il était par contre intrigué de voir ça en France, il avait été plus habitué à ce genre de choses en Afrique ou en Asie… Il se souvenait même d’un sale trafic d’enfants albinos en Tanzanie… Une quinzaine, qu’un collègue et lui avaient sauvés d’une bande de sorciers cinglés qui voulaient les tuer pour en faire des potions magiques, après leur enlèvement d’un centre où ils vivaient sous protection.

Comme quoi, finalement, y a des cons superstitieux partout, se dit-il alors qu’Ismael vidait rapidement sa tasse.

« Il est possible que je doive appeler des potes si mes doutes se confirment, dit-elle en rassemblant les documents.

Si vous le jugez nécessaire, y a pas de souci, lui répondit le commandant.

Merci. »

*********

Bastien revint les chercher dès que son commandant l’appela. Il avait tourné en rond dans le quartier, enfin pour autant que les nombreux sens interdits le lui avait permis, sans parvenir à trouver de place. Il fut rapidement là et, si Mark remonta à l’avant, Ismael et Gabrielle, qui n’avait enfilé d’un long gilet et des sandales et pris un sac ridiculement petit, s’installèrent à l’arrière.

« Gandier, on va au hangar du premier meurtre.

OK, Commandant. »

Le début du trajet se fit en silence avant que Gabrielle, qui était derrière Mark, ne se penche pour lui demander :

« Au fait, c’est comment, ton nom ?

J’en ai plein, mais en ce moment, c’est le vrai, Mark.

Besoin d’avoir plusieurs noms ?

Ça peut servir, selon les situations et les endroits… »

Ismael sortit avec fatigue son smartphone vibrant de sa poche et soupira avant de décrocher :

« Evrard. … Oui, Colonel, justement, je suis en train. … Oui, eh bien il y a des choses que je dois aller voir sur place, c’est comme ça. … Quoi… ?… »

Il fronça les sourcils :

« Oui, désolé, je vous entends mal. … Donc, oui, effectivement, j’ai engagé Mark Leth pour m’aider sur cette enquête. … Bon sang, mais on en a déjà parlé, le ministère et l’ambassade nous cachent des infos, j’ai besoin de quelqu’un de fiable pour m’aider. … Oui, eh bien moi, je lui fais confiance. … Là ? … On retourne sur la première scène de crime. … Besoin de vérifier des choses, je vous ferai le rapport plus tard. »

Ismael retint mal un soupir exaspéré.

« Colonel, jusqu’à preuve du contraire, je suis seul à gérer cette enquête, alors soit vous me la retirez, soit vous me lâchez, merci. »

Le ton était glacial et dans la voiture, les trois autres le regardèrent avec surprise, impressionnés.

« Bien. Alors je vous dis à plus tard, je vous tiens au courant. »

Il raccrocha en grognant :

« Putain de sale vieux raciste de merde ! »

Mark eut un sourire en coin alors que Bastien, navré, disait :

« Je sais que ça me regarde pas, Commandant, mais vous devriez vraiment aller parler au général Fridon.

C’est à l’étude, gronda sourdement Ismael.

Ce que vous êtes usants à vous prendre la tête pour ce genre de chose… » soupira Gabrielle.

Ismael lui jeta un regard suspicieux avant qu’elle n’ajoute, blasée :

« Sérieux, depuis tout ce temps, toujours à ne pas comprendre que vous êtes tous égaux dans cette vie, entendre encore qu’une personne puisse en mépriser une autre parce qu’elle n’est pas de la même ethnie, c’est vraiment désespérant… »

Il y eut un silence. Mark hocha la tête. De son point de vue d’apatride qui avait vu tant de pays et de cultures, c’était effectivement quelque chose qu’il n’avait jamais vraiment compris. Enfant, il était trop « blanc », ailleurs, plus tard, pas assez, ou pas de la bonne religion, pas de la bonne tradition… Ceux qui le voulaient avaient toujours une bonne raison de le regarder de travers.

Ils arrivèrent au vieux hangar, alors que Mark se disait qu’il commençait à avoir faim. Le juron d’Ismael le tira de ses considérations bassement physiologiques et lorsqu’il vit Bastien bondir de la voiture, il se dit qu’il devait y avoir un sérieux souci.

Il sortit et rejoignit rapidement le capitaine :

« C’est quoi, le problème ?

Ben, il n’y a plus de scellés sur les portes… Elles étaient censées être verrouillées le temps de l’enquête…

Ce qui veut dire… »

Ismael les rejoignit avec Gabrielle, lui peinant sur ses béquilles et elle clairement sur ses gardes.

« Restez là, dit Mark en sortant son arme, je vais jeter un œil dedans.

Je vous suis. » dit Bastien en sortant la sienne.

La porte se laissa pousser sans résister et les deux hommes entrèrent prudemment, mais pour rien.

L’endroit était vide et surtout, complètement nettoyé. Plus aucune trace des dessins ni de rien d’autre.

Bastien ressortit immédiatement alors que Mark faisait quelques pas. Un vieux hangar désert… S’il n’avait pas vu les photos, il aurait pu jurer que rien ne s’était passé ici…

Bastien revint avec Ismael et Gabrielle. Le premier était furieux et la seconde s’avança jusqu’au centre du hangar, où elle plaqua ses mains l’une contre l’autre devant son visage et ferma les yeux.

Se demandant ce qu’elle faisait, Mark fut à nouveau tiré de ses pensées par Ismael qui avait repris son téléphone et ordonnait visiblement plus que fermement à la personne qui surveillait les prélèvement encore en cours sur le site du meurtre de la nuit précédente de ne laisser personne d’autre que les équipes connues pénétrer l’endroit, sous aucun prétexte, avant de passer un autre appel à une personne qu’il incendia littéralement d’avoir laissé le premier site sans surveillance malgré ses ordres. Avant de blêmir :

« Pardon ?… C’est Landry qui a ordonné de cesser la surveillance ?! »

Le commandant se mit à trembler de rage.

« OK, merci de l’info. »

Il raccrocha sans un mot de plus et se frotta le visage comme il put avec ses béquilles, tentant de se reprendre.

« Je vais le buter… Je vais vraiment le buter… »

Gabrielle revint :

« Il ne mérite pas que tu te salisses les mains sur lui, Ismael. L’autre endroit est encore intact ?

Oui, Dieu merci, nos équipes n’ont pas fini les prélèvements…

Alors on y va tout de suite. Il n’y a plus rien ici, ils ont tout effacé, les dessins et le reste. »

Ismael hocha la tête et inspira un grand coup.

Ils remontèrent immédiatement dans la voiture et Bastien repartit en trombe, sortant même le gyrophare, cette fois, pour qu’ils aillent au plus vite.

Ils furent donc au lycée international en un temps record.

Ils n’eurent aucun mal à rejoindre, dans la cave, l’endroit du méfait.

Plusieurs de leurs agents gardaient les lieux, dont le responsable qui salua Ismael avec respect :

« Commandant, vous vouliez revoir la scène de crime ?

On en est où ?

Ils ont presque fini, ils allaient emmener le corps. Côté prélèvements, ils ont fini, ils remballent.

Donc, on peut y aller ?

Oui, oui… »

Merci. »

Ismael passa et entra sans voir l’homme tiquer lorsqu’il vit Gabrielle. Bastien et Mark suivirent sans un mot.

La salle était grande et bien éclairée par des néons. Ce qui était étrange, c’est qu’elle avait des allures d’amphithéâtre, une pièce en demi cercle avec des gradins, une estrade avec cet autel sur lequel reposait le corps nu d’un jeune homme blond, l’air simplement endormi, tout en béton nu, avec des dessins semblables à ceux des photos, en partie effacés sur le mur, derrière l’estrade et sur les côtés.

Gabrielle descendit pour aller voir le corps. Les personnes qui s’apprêtaient à le poser sur la civière pour l’enfermer dans le sac d’usage la laissèrent regarder, passer sa main sur le corps sans rien dire, puis elle hocha la tête, les remercia et, comme dans le hangar, revint se placer au centre pour, à nouveau, joindre ses mains devant son visage et fermer les yeux.

Ismael ne pouvant descendre les marches, il alla s’asseoir sur le plus haut gradin, heureusement tout près de la porte.

Les divers techniciens et employés de la police scientifique, le voyant, vinrent lui faire leurs premiers rapports. Mark les écouta d’une oreille dire qu’ils avaient quelques cheveux et empreintes, alors que le cadavre était emmené.

Le mercenaire était plus intrigué par cette drôle de petite bonne femme qui rouvrit rapidement les yeux et sortit son smartphone de son petit sac.

Il sourit en l’entendant pester après son correspondant qui ne répondait pas, et composer un autre numéro. Là, elle eut un rapide sourire :

« Mike ?… Oui, excuse, est-ce qu’à tout hasard Raph est avec toi ? Oui ? … OK, vous pouvez me rejoindre tout de suite, là on a une très très très grosse merde dont il va falloir qu’on s’occupe très vite et j’ai besoin de vous. Ouais. OK, je vous attends, et sérieux, faites vite. »

Elle raccrocha et Mark sourit, intrigué. Avant de sursauter lorsqu’une voix masculine hurla :

« QU’EST-CE QUE CETTE FEMME FAIT LÀ ! »

Il se tourna pour découvrir un sexagénaire furieux, qui écarta sans aucun ménagement les personnes qui entouraient Ismael pour continuer, furieux :

« Je vous avais interdit de faire à nouveau appel à elle, Commandant ! Cette fois vous dépassez les bornes et je vais vous… »

Ismael s’était levé malgré une douleur visible et lui coupa la parole sans plus de politesse :

« Vous allez quoi, me virer de cette enquête pour la planter comme le putain d’incompétent que vous êtes ?! Comment avez-vous osé lever la surveillance de la première scène de crime, et sans même m’avertir ! Les sceaux ont été forcés, tous les indices effacés ! Vous êtes content de vous ?! »

Mark et Bastien se précipitèrent, craignant sincèrement que les deux hommes n’en viennent aux mains, mais Gabrielle les prit de vitesse.

Elle les rejoignit en disant d’un ton qui glaça le sang de tous :

« Tu oublies un léger détail, Landry. »

Et devant le regard stupéfait des témoins de la scène, cette petite femme saisit le grand colonel par le col pour le soulever du sol comme s’il avait pesé dix grammes pour lui dire en le regardant droit dans les yeux :

« Primo, je n’ai aucun ordre à recevoir de toi. Secundo, comment de fois il faudra qu’on vous répète, à toi et tes crétins de potes, que quand vous avez ce genre de gribouillis sur des murs, vous nous appelez direct, tout de suite, sans discuter et sans réfléchir ? Que ce n’est pas un choix que vous avez, mais un devoir et qu’il est absolu ? »

Elle le laissa retomber et il dût s’appuyer au mur tant ses jambes tremblaient.

Une autre voix masculine, grave et un peu cassée, se fit alors entendre de l’entrée :

« Reprends-toi, Gaby, il ne mérite pas ta colère. »

Les regards se tournèrent alors vers le grand homme élancé qui avait dit ça avec calme. Blond cendré très bien coiffé, bel homme aux pommettes hautes, aux traits anguleux et aux yeux bruns, vêtu d’un costume trois pièces impeccable et probablement sur mesure, chaussures elles aussi de marque et cirées avec soin, il regardait la scène avec un air un peu las, mais très doux.

Derrière lui se trouvait un plus petit bonhomme bien plus frêle, brun aux cheveux longs bouclés retenus dans une couette basse, vêtu d’un pantacourt en jean, d’un t-shirt avec une licorne arc-en-ciel sous une veste de survet’ grise à capuche, avec des basquettes basses un peu usées. Lui avait de grands yeux argentés et semblait un peu intimidé.

Les voyant, Gabrielle les salua d’un signe de tête :

« Ah, merci d’avoir fait si vite, les gars.

On t’en prie, répondit le grand.

Oui, ça avait l’air urgent… Désolé, j’avais oublié de rallumer le téléphone en sortant du cinéma. »

Elle les rejoignit :

« Vous étiez au cinéma ?

Tu y crois, cet idiot n’y avait jamais été. » sourit le grand, amusé.

Gabrielle regarda le petit, stupéfaite :

« Sérieux ? Raph, t’avais jamais été au ciné ?

Oh, tu sais, moi, leurs trucs modernes… »

Elle gloussa.

L’arrivée de cet étrange duo avait fait retomber la tension et Ismael les rejoignit :

« Ce sont les amis dont vous m’aviez parlés, Gabrielle ?

Oui, Ismael. Je te présente Mikhael et Raphael, lui répondit-elle en désignant successivement le grand, puis le petit. Les gars, le capitaine Ismael Evrard, c’est lui qui dirige cette enquête de leur côté. »

Les deux nouveaux venus hochèrent la tête.

« Raph, tu peux me dire ce que tu ressens dans cette pièce ?

Bien sûr… »

Le petit bonhomme descendit en sautillant et se plaça là où elle s’était placée plus tôt. Ils le virent rapidement se mettre à trembler et Mikhael fronça les sourcils pour le rejoindre :

« Eh, Raph, ça va ?! »

Raphael pleurait lorsqu’il le regarda.

Du haut des marches, Mark fronça les sourcils, comme Ismael, alors que Gabrielle soupirait, grave :

« C’est bien ce que je craignais… »

A suivre…

6 réponses à Une histoire de plumes [Nouvelle pour les dix ans du site]

  1. Pouika dit :

    Merci et un lien avec une autre de tes histoires (histoire de famille ?)

  2. Armelle dit :

    GYYYYYAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!

    Elle est géniale cette histoire !!!! Même si y’a de la récup (*clin d’oeil*) et si on devine (ou pense deviner, je me méfie avec toi ^^) qui est le pion des méchants, bin on sait pas encore qui sont les méchants et pis y’a des persos trop stylés (fan de Mark et Ismael ! Et raph trop mimi ^^)

    Bref, là j’ai vraiment trop hâte ! Merci pour cette super nouvelle et… VIVEMENT LA SUITE !!!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @Armelle : Merci ^^ ! Et je pense savoir à qui tu penses pour le pion mais eh eh eh tu verras ! ^^
      Et pour ta demande en PV, hmmm, on verra si t’es sage ! ^^

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