No°6 – Après 11 : Premiers éléments

Disclaimer : Les personnages et l’univers de No°6 appartiennent exclusivement à Atsuko Asano.

Le Concours continuera prochainement.

No°6 – Après

Chapitre 11 : Premiers éléments

« IMBECILES !…

– … Mais, Père…

– Comment avez-vous pu être aussi idiots ! Vous laisser avoir par ce sale petit giton !

– Il n’a pas pu nous reconnaître, Père…

– Ce n’est pas la question ! Maintenant, ce maudit albinos va savoir ce qu’on cherche !… Vous n’auriez jamais dû faire ça, agir aussi stupidement, en plus de votre propre chef !

– Mais, Père, le bébé allait mourir, sans sa mère… Il a fallu qu’on fasse vite…

– Entre faire vite et faire n’importe quoi, il y a de la marge ! Bon, dégagez ! Allez vous faire soigner et priez pour que les conséquences de vos inepties ne soient pas trop lourdes ! »

*********

Shion avait laissé Nezumi et le bébé endormis le temps d’appeler chez eux. Yui était parti un moment, il avait apparemment du nouveau.

Il trouva une cabine dans le hall.

« Allô ?

– Shino ? C’est moi.

– ‘Nisan ? Ça va ?

– Oui, oui. Désolé de rappeler si tard…

– Pas grave, je regardais la télé en attendant. Vous l’avez retrouvé ?

– Oui, ça y est. On est à l’Hôpital Nord. Il va sûrement y être un petit moment, il a pris une balle dans le dos… Moi, j’y reste cette nuit.

– D’accord.

– Ça ira ? Tu peux t’occuper d’Haru demain matin ?

– Sans problème, il a été très gentil. Il est couché.

– Super. N’hésite pas à m’appeler si besoin…

– Oui, d’accord.

– Tu lui as dit quoi ?

– Comme tu m’avais dit, juste que vous étiez retenus par un imprévu.

– Parfait… soupira en étouffant un bâillement.

– Tu as l’air épuisé, ‘Nisan.

– Ouais… Je vais essayer de dormir un peu. Tu devrais faire pareil.

– Compte sur moi… » bâilla Shinobi à son tour.

Shion raccrocha. Il retourna vers la chambre, décidé à se faire une petite place dans le lit de Nezumi… et il sursauta en attendant des cris… Visiblement, Yui était en train de se prendre avec un autre homme… Dont il connaissait la voix… ?

Oh merde. Le commandant Keiji…

« …Vous n’avez aucun droit de vous opposer à mon enquête !

– Ce qui touche à Shion, c’est MON boulot ! »

Shion soupira et les coupa tous les deux fermement, mais sans crier :

« Messieurs, nous sommes dans un hôpital et il est près de 23h. Auriez-vous l’amabilité de baisser d’un ton ?

Les deux hommes grommelèrent. Shion reprit :

« Que se passe-t-il ?

– J’ai été mandaté par le juge Genkakusa, répondit le policier, afin d’enquêter sur l’agression par balle dont a été victime votre euh…

– Oh, je vois. Mon « euh », oui. L’hôpital vous a signalé l’agression et… Dites donc, vous avez fait vite, bâilla encore Shion.

– Les nouveaux protocoles sont faits pour ça, non.. ;

– Moui.

– Votre Conseiller me soutient cependant que seuls ses services peuvent mener cette enquête. »

Shion bâilla encore en regardant Yui qui fulminait en silence.

« Ah. Je vois. »

Shion se gratta la tête. Il avait juste envie de dormir. Il ferma les yeux un instant en se massant les tempes. Le voyant, Yui croisa les bras en grommelant. Le commandant Keiji fronça les sourcils, sceptique. Lui ne connaissait pas assez Shion pour savoir que lorsqu’il faisait ça, c’était souvent qu’il analysait toutes les options possibles avant d’en choisir une.

« Bon, venez, on va voir ça dans la chambre. »

Il entra sans attendre et les deux autres échangèrent un regard pareillement dubitatif avant de le suivre.

Nezumi dormait, assommé par les événements autant que par les médicaments, couché en chien de fusil tout au bord du lit, une main dans le berceau, posé sur le ventre du bébé qui dormait également. La lumière était encore allumée. Shion sourit, attendri, puis regarda les deux hommes dès que la porte fut close.

« Bon, reprenons… commença-t-il doucement. Yui, attends que j’ai fini pour râler, s’il te plaît. Les services de sécurité sont chargés de ma protection autant que de celle de mes proches, commandant. De plus, il est plus que probable que ça soit moi qu’on ait voulu atteindre à travers Aki. Il pourrait donc être tout à fait légitime que je vous refuse cette enquête. Cependant, continua-t-il avant que Keiji n’ait le temps de protester, je suis aussi conscient qu’Aki n’est juridiquement qu’un simple résident de cette ville auquel rien de légal ne m’attache. Et qu’il pourrait donc être tout aussi légitime de vous confier cette enquête. Donc, enchaîna-t-il avant que, cette fois, ce soit Yui qui proteste, je pense que la meilleure solution est d’organiser votre collaboration.

– QUOI ?! » sursautèrent Yui et Keiji.

Leur cri réveilla le bébé qui exprima aussitôt un vif mécontentement, et réveilla de ce fait Nezumi en sursaut.

« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? » bredouilla-t-il, hagard, en se redressant.

Shion jeta un regard lourd de signification aux deux hommes et rejoignit le lit sur lequel Nezumi bredouillait, tremblant :

« … Pourquoi tu pleures ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Shion s’assit au bord du lit et prit délicatement le bébé pour le donner à Nezumi :

« Ils lui ont fait peur, ne t’en fais pas.

– Hein ? Qui ? »

Nezumi serra doucement la nouvelle-née dans ses bras en se mettant à la bercer, et chercha du regard de qui Shion parlait. Sess yeux vagues finirent par se poser sur Yui et Keiji.

« … Qu’est-ce que… Shion ? »

Dans ses bras, la petite se calma rapidement. Shion caressa la tête de son amant :

« Tout va bien, Nezumi, tout va bien.

– C’est l’homme qui enquêtait sur la mort de l’Ancien ? Qu’est-ce qu’il fait ici ?

– Il a été nommé pour enquêter sur ce qui t’est arrivé ce soir.

– … Hein ?… »

Shion gloussa devant l’air à moitié éteint de son amant et caressa encore sa tête avant de se pencher pour l’embrasser :

« Tout va bien. »

Puis, il se tourna vers les deux hommes, Yui qui était clairement furibond et Keiji qui regardait le couple et le bébé d’un air grave, sourcils froncés.

« Commandant Keiji, Conseiller Himitsu, vous avez tous les deux carte blanche pour mener cette affaire. Commandant, j’attends de vous la plus grande discrétion quant aux informations que cette enquête, qui me touche, et donc touche l’État, va forcément vous emmener à connaître. Suis-je clair, messieurs ? » conclut Shion en fixant le grand policier droit dans les yeux.

Le policier hocha la tête.

« Bien. »

Le Dr Isha arriva sur ses entrefaites, l’air un peu inquiet.

« Euh tout va bien ? »

Il avait une petite coupelle à la main.

« Oui, oui, répondit Shion.

– Comment vous sentez-vous, Aki ? s’enquit le médecin dès qu’il fut près du lit.

– Complètement dans le cirage…

– C’est normal. Ça ira beaucoup mieux demain. Qu’est-ce que vous faites encore réveillé, d’ailleurs ?

– Je dormais, mais elle s’est mise à pleurer…

– Deux idiots lui ont fait peur, expliqua Shion avec un sourire en jetant un oeil à Yui et Keiji.

– Eh ! Crièrent à nouveau encore les deux sus-nommés.

– Chhht ! » leur ordonna Nezumi.

Il leur jeta un regard sombre en se remettant à bercer le bébé qui avait sursauté.

« Ça va, ça va, mon bébé, n’aies pas peur… » lui dit-il doucement.

Le médecin sourit et lui montra la coupelle :

« On se demandait si vous vouliez la garder en souvenir ? »

Nezumi sursauta et Shion prit le récipient et regarda, intrigué, la petite pièce métallique qui s’y trouvait. Dans les 5 mm de diamètre, ronde, assez épaisse, et sacrément tordue.

« Vous avez eu du bol, c’est elle qui a arrêté la balle.

– Ne me dites pas que c’est… ? commença Shion, stupéfait.

– Si… confirma Nezumi. C’est ma VC.

– Elle était implantée dans son dos, très proche de la colonne vertébrale et et du cœur… Comme la balle était d’un très petit calibre, elle s’est fichée dedans. Vous avez vraiment eu de la chance. C’est probablement votre cœur qui aurait pris, sinon.

– Où est la balle ? demanda Keiji.

– En cours d’analyse. » lui répondit Yui.

Shion sourit et caressa encore la tête et la joue de Nezumi qui murmura :

« … Cette saloperie aura fini par servir à quelque chose…

– Moui. Tu devrais dormir, mon cœur. Je vais finir de mettre les choses au point et je te rejoins. D’accord ?

– Oui… »

Nezumi le laissa recoucher le bébé et se rallongea lui-même. Shion remonta la couverture sur lui :

« Dors bien. »

Puis, il se leva et fit signe aux trois hommes de le suivre. Ils gagnèrent tous les quatre la salle d’attente, un peu plus loin, séparée des chambres par la salle des infirmiers et deux bureaux.

« Docteur ? Demanda Shion. Que pouvez-vous nous dire pour le moment ?

– Les rapports sont en cours de rédaction, vous les aurez sûrement dans la matinée. Pour résumer ce que mes collègues m’ont dit, la blessure de votre ami a été causé par une balle de très petit calibre, donc, qui n’a pas été tirée à bout portant mais notre médecin légiste devait vérifier. Sinon, il a estimé à 20 ou 30 minutes le temps que votre ami, vu l’état de la blessure et sa température corporelle. Il est plus que probable qu’il se coltine un bon coup de froid, d’ailleurs.

– Bien. Et la petite ?

– Elle va bien, elle devrait s’en tirer sans dommage. D’après le pédiatre qui l’a vue, elle est née en fin de matinée, ou en début d’après-midi, et sans doute clandestinement. Elle était sale, et son cordon ombilical était coupé n’importe comment. Elle avait aussi très faim, mais ses réactions sont très bonnes. Le simple fait qu’elle pleure est plutôt bon signe. A cet âge-là, c’est quand on ne les entend pas qu’il faut s’inquiéter. »

Shion hocha la tête et libéra le médecin, qui devait aller voir ses autres patients. Yui reprit :

« On interrogera Nezumi demain matin.

– Ca vaudra mieux, il aura l’esprit plus clair, opina Shion. Commandant, je vous laisse avertir le juge ?

– Je vais l’appeler tout de suite, approuva Keiji. Je vous laisse le temps de…

– Pas de problème. »

Le grand policer s’éloigna et enfin, Yui explosa :

« Putain, Shion, mais tu débloques ! »

Shion gloussa.

« Ce mec te hait !… Le juge Genkakusa veut ta tête !… Et tu leur confies une enquête qui touche à ta vie privée !… A ces types qui rêvent de te renvoyer à tes rosiers !

– C’est Nezumi qui s’occupe des rosiers, chez nous.

– Je suis sérieux, Shion, merde ! Ces mecs veulent ta peau !

– Justement. »

Yui fronça son sourcil :

« Pardon ?

– Justement. Yui, réfléchis deux secondes. Il va être impossible de cacher que Nezumi a une fille. Et comme c’est évident que ce n’est pas avec moi qu’il l’a eue, nos chers amis vont se lâcher. Donc, si, en plus, on classe ça secret défense, ils vont pouvoir raconter les pires saloperies. Bien sûr que Keiji et Genkakusa me détestent, mais Keiji est avant tout un bon flic qui cherche la vérité. En lui laissant officiellement l’enquête, et en rendant l’affaire publique, je montre à tous que je n’ai rien à me reprocher et que je veux aussi la vérité. Genkakusa n’est pas un imbécile, aussi réac’ qu’il soit, lui aussi a une très haute opinion de son boulot. Ils vont tout faire pour me plomber, mais ils ne pourront rien prouver puisque je n’ai rien fait.

– Tu joues avec le feu…

– Je commence à avoir l’habitude.

– Mais t’as pas tort. Laisser la mains à ces types fera déjà taire pas mal de cons.

– Alors, je compte sur toi.

– Tu peux. »

Il y eut un silence, puis Shion reprit :

« Il faudra déterminer d’où est venue la fuite.

– D’elle, je pense… soupira Yui. A part si quelqu’un pistait Nezumi et l’avait vu entrer chez elle…

– Vraiment aucune chance que ça vienne de nous ?

– Chez nous, on était quatre au courant : toi, moi, Nezumi et Zento. Alors, à part si tu ne nous fais plus confiance… »

Shion dénia du chef.

« Si. Et ça nous laisse deux pistes : elle ou effectivement, quelqu’un qui aurait suivi Nezumi. C’est plus que possible, étant donné que leur article est sorti la semaine suivante… Ils nous surveillaient peut-être déjà. »

Yui opina sans rien dire. Shion bâilla :

« Bon. Quoi qu’il en soit, discrétion maximum pour le moment. J’expliquerai la situation à Shinobi, ma mère et Haru demain… Motus pour les autres… On aura déjà du bol si personne ne cafte dans cet hôpital. »

Keiji revenait. Shion le regarda :

« Alors, commandant ?

– Le juge accepte votre compromis et souhaiterait voir le plus vite possible M. Himitsu pour nous mettre au point et voir les premiers éléments de l’enquête. »

Yui hocha encore la tête.

« On peut y aller tout de suite.

– faites, moi je vais essayer d’aller dormir un peu… bâilla encore Shion. Appelez si besoin, je vais garder mon portable. »

Shion regarda les deux hommes partir et retourna dans la chambre.

Seule la lampe de chevet était cette fois allumée. Nezumi dormait dans la même position que précédemment, une main sur le ventre du bébé qui remua vaguement en entendant Shion, puis se rendormit sans attendre.

Shion s’assit au bord du lit le temps d’enlever ses chaussures. Puis, il s’allongea contre Nezumi, dans son dos, et passa doucement son bras autour de lui avec un soupir.

Quelques secondes plus tard, il sentit la main de Nezumi se poser sur la sienne.

« Désolé de t’avoir réveillé, murmura Shion.

– Pas grave…

– Ca va ?

– Bof…

– Tu n’as pas trop mal ?

– Ça ira… Chuis pas douillet, tu me connais… »

Nezumi soupira :

« Je comprends rien, Shion…

– L’enquête est lancée, t’en fais pas.

– … Ces mecs… Comment ils ont su… ?… Comment ils ont su qu’elle était enceinte de moi… ?… Pourquoi je n’ai rien senti… Et… Shion…

– Hm ?

– … Ils voulaient la puce…

– Quoi ? Sursauta Shion.

– La puce de l’Ancien… C’est ça qu’ils voulaient…

– Putain de merde…

– Tu peux le dire…

– Ben, on peut au moins considérer que pour le moment, ils ne savent pas qui tu es.

– Ah… Hm, pas con… J’y avais pas pensé. Effectivement, c’est bon à savoir… »

Ils dormirent paisiblement quelques heures, jusqu’à ce que la petite les réveille en sursaut en se mettant à pleurer. Shion sonna les infirmières en bâillant alors que Nezumi regardait son bébé en tremblant, complètement affolé.

« Elle a quoi ? Elle a quoi ? Pourquoi elle pleure ?

– Je parie qu’elle a faim. » bâilla encore Shion en passant ses bras autour de lui.

Une infirmière arriva rapidement. Elle sourit devant l’air désemparé de Nezumi et confirma que le bébé avait juste faim.

« Je vais lui préparer un biberon, je fais vite. »

Elle fila. Shion se leva mollement et fit le tour du lit pour aller prendre Shima dans ses bras.

« Il arrive, ton biberon, ma puce… Il arrive… Ouh ben dis donc, elle a du coffre… »

Il se rassit au bord du lit.

« Enfin, là-dessus, elle a de qui tenir… »

Nezumi eut un petit sourire. Shion berça un peu le petit bout en attendant l’infirmière.

« Tu voudras lui donner à manger, mon coeur ?

– Euh… J’aimerais bien… »

l’infirmière revint rapidement et aida très gentiment Nezumi à prendre convenablement la petite dans ses bras pour lui donner son biberon dans les règles de l’art. Nezumi tremblait un peu, craignant de faire ça mal, et Shion caressait son dos et finit par passer son bras autour de ses épaules pour le rassurer.

Shima vida le biberon sans se faire prier et bâilla avant de se rendormir tranquillement. Nezumi la regardait avec tendresse et murmura :

« Elle est jolie…

– Elle te ressemble… » lui dit doucement Shion.

*********

Shion «était au téléphone, écoutant les premiers éléments de l’enquête, dans le couloir, lorsqu’il vit arriver sa mère, son frère et son fils.

« OK, Yui. Merci et je te rappelle, le reste de la famille est là. »

Haru courut comme à son habitude vers Shion et ce dernier s’accroupit pour le serrer dans ses bras et lui murmurer avant que les autres ne les rejoignent :

« On a une surprise pour toi, Haru. Tu as une petite sœur. »

L’enfant ouvrit de grands yeux émerveillés :

« Une ‘tite sœur ?

– Oui. Va vite dans la chambre, Nezumi va te la présenter. »

shion lui ouvrit la porte et le laissa se précipiter à l’intérieur, puis il se releva et regarda son frère, sa mère et sa petite sœur Akane dans les bras de cette dernière. Shion les embrassa.

« ‘Nisan, ça va ? » demanda Shinobi.

L’adolescent avait l’air inquiet. Shion lui sourit :

« Ouais, ouais… Ca va… Bon, venez un peu par là, il faut que je vous explique… »

Il les emmena dans la salle d’attente, à l’abri d’oreilles indiscrètes, et ils s’assirent. Karan demanda, inquiète également :

« Nezumi va bien ?

– Il devrait se remettre sans problème.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? Intervint Shinobi en croisant les bras, grave.

– C’est encore un peu flou… Hier soir, il a reçu un appel d’inconnus qui voulaient qu’il me vole des documents en échange d’un bébé qu’ils prétendaient être sa fille. »

Shinobi et Karan sursautèrent ensemble. Shion reprit :

« Un test ADN a été fait en urgence cette nuit. Cette petite est bien la fille de Nezumi.

– Mais… Comment… ? » balbutia Karan.

Shinobi n’était pas moins stupéfait. Shion soupira ne haussant les épaules :

« Lorsque Nezumi est revenu au printemps dernier, il a eu… Enfin non, nous avons eu beaucoup de mal à trouver nos marques, à arriver à ce qu’il prenne sa place. Et un soir, on s’est très violemment engueulé et il a foutu le camp. Quand il est rentré, il n’osait plus me regarder et j’ai compris qu’il avait été voir ailleurs. Après ça, on a enfin pu vraiment se parler, mettre tout à plat, et paradoxalement, ça n’a finalement fait que nous rapprocher. Bref, on avait tourné la page… Jusqu’à hier soir. Il a réussi à récupérer le bébé et à semer ces hommes, on n’en sait pas plus pour le moment. Il va bien et la petite aussi.

– Mais… Et sa mère ? Demanda encore Karan.

– Ils lui ont dit qu’elle était morte en accouchant…

– Mais comment est-ce qu’ils ont su ?

– C’est toute la question. »

Karan hocha la tête, attristée. Shinobi réfléchissait et dit :

« C’est Himitsu qui enquête ?

– Lui et un officier de police… Un peu long à expliquer… »

Ils retournèrent à la chambre, où Haru était accroché au berceau et regardait béatement le bébé qui gigotait un peu. Nezumi était lui assis au bord du lit, en robe de chambre. Il regardait les enfants avec un sourire las. Il avait les traits tirés.

Shion sourit, s’approcha du berceau et caressa doucement la tête d’Haru qui leva un immense sourire vers lui :

« Alors, Haru, tu es content ?

– Oui ! Elle est trop belle ! »

Karan s’approcha à son tour, Akane gazouillant dans ses bras. Nezumi la salua et salue Shinobi.

« ‘Lut. » répondit l’adolescent.

Son regard avait, comme toujours lorsqu’il entrait dans un endroit inconnu, fait le tour de la pièce pour l’analyser. Un réflexe qu’il ne perdrait jamais.

« Bonjour, Nezumi, répondit Karan. Comment te sens-tu ?

– Secoué, mais ça ira. »

Macbeth sortit de l’écharpe de Shinobi et descendit pour aller rejoindre Encre et Hamlet sur le lit. Karan laissa Akane à Shion qui se mit à la câliner, ravi, pour aller voir la nouvelle-née. Haru, qui n’avait pas bougé, lui dit /

« Mami, mami, t’as vu comme elle est jolie !

– Tout le portrait de son père… sourit Karan.

– Tu trouves ? Demanda Nezumi.

– Houlà oui ! Tu ne peux vraiment pas la renier ! »

Shinobi fit la moue. Il n’avait rien contre le fait d’avoir une nièce. Si ça allait à Shion, ça lui allait aussi. Par contre, son système d’alarme interne sonnait comme rarement… Car ceux qui avaient mis au moins un plan aussi impitoyable n’allaient sûrement pas en rester là.

Voyant les deux corbeaux, qui étaient sortis se dégourdir les ailes, à la fenêtre, le garçon alla leur ouvrir ; les jumeaux allèrent se poser sur le lit, Yami en râlant. Shinobi regarda un instant la neige qui tombait à nouveau. Dehors, le grand parc de l’hôpital était calme.

Le calme est un ennemi, Shinobi. Ne baisse jamais ta carte. Jamais.

Il se demanda pourquoi cette phrase de son mentor lui revenait à cet instant. Il referma la fenêtre et se retourna, car on avait frappé à la porte. Yui et Keiji entrèrent, le premier disant très sèchement au second :

« Non, ce n’est pas une erreur du labo. C’est juste un écran de fumée de ceux que nous cherchons.

– Comment ça a pu arriver ? »

Shion s’approcha des deux hommes, aussi souriant que sa sœur qui gazouillait dans ses bras.

« Bonjour, commandant. Rebonjour, Yui. Il y a un problème ?

– Un gros, répondit le borgne. Le sang trouvé sur tes bestioles n’est pas identifié. »

Shion eut un moue sceptique alors que Keiji s’écriait :

« Bon sang, ne lâchez pas ce type d’info devant des personnes extérieures à l’enquête !

– Ma mère et mon frère sont des personnes de confiance, commandant, répondit Shion. Et l’arme ?

– Pas répertoriée non plus.

– Prévisible. »

Nezumi, qui n’avait rien perdu de l’échange, demanda :

« Ca veut dire que ce sont des étrangers ?

– Qu’en penses-tu ? Lui demanda Shion.

– Je ne pense pas… Ils n’avaient pas le moindre accent et ils connaissaient suffisamment bien la ville pour pouvoir improviser un rendez-vous dans un coin isolé…

– Aucun accent ? Et une façon de parler particulière ? » interrogea Keiji.

Nezumi haussa les épaules. Il réfléchit un moment avant de froncer les sourcils :

« Juste une impression…

– Laquelle ? Le relança le policier. »

Nezumi les regarda, lui et Yui.

« Ils parlaient assez familièrement, mais ça sonnait faux…

– Comme des gens pas habitués à parler comme ça ?

– C’est ça… »

Yui croisa les bras et Keiji lui dit :

« Ca collerait avec les témoignages de voiture de luxe qui s’enfuit. »

Yui opina lentement du chef.

« Des gens qui auraient pu avoir les moyens de falsifier le dépôt de leur ADN… ajouta le borgne.

– Que voulez-vous dire ?

– Que lorsque nous avons lancé l’obligation à toute la population de fournir son ADN, la plupart des gens ont été se faire prélever dans des hôpitaux, ou dans les centres de prélèvements montés pour l’occasion. Mais un certain nombre sont passés par leur médecin de famille.

– Exact, se souvint Shion. Et un médecin de famille dans le secret d’un cabinet privé, ça peut se corrompre…

– Il y a un moyen de retrouver qui a fourni son ADN ainsi ? Demanda Keiji.

– Probablement, le moyen de dépôt était à noter dans les formulaires, lui répondit Shion.

– C’est une piste non négligeable. » reconnut le policier.

Il sursauta comme les autres lorsque Zento entra sans frapper :

« Yui, Shion ! On a un problème !

– Change de disque, Zento, sourit Shion. Qu’est-ce qui se passe encore ?

– L’info a filtré, Shion. Et il y a environ 40 journalistes qui t’attendent devant la porte de l’hosto. »

Shion soupira sans perdre son sourire et échangea un regard avec Nezumi. Ce dernier semblait inquiet, mais Shion dit très calmement :

« Bon, autant crever l’abcès tout de suite. De toute façon, ajouta-t-il en rendant sa soeur à sa mère, j’allais y aller, j’ai du boulot. Commandant, Yui, venez avec moi répondre à ces messieurs-dames. »

Shion alla embrasser Nezumi et lui murmura

« T’en fais pas, je gère.

– OK, lui répondit sur le même ton son amant avant d’ajouter plus haut : Tu repasses ce soir ?

– Bien sûr. Repose-toi bien. Je te laisse les bestioles ?

– Si elles veulent ? »

Encre dormait avec Kage, mais Yami vint se poser sur une épaule de Shion comme Hamlet grimpait sur l’autre. Macbeth retourna sur celle de Shinobi.

Karan, pour sa part, décida de rester un peu avec son gendre. Shion récupéra Haru :

« Allez, viens, toi. Tu es assez en retard comme ça. Shino ?

– Je te suis, ‘Nisan. »

Shion laissa son fils dans les bras de son frère et ils sortirent, lui précédant sans hésitation l’adolescent et l’enfant que le conseiller et le policier suivirent à leur tour.

Un cordon de sécurité retenait la horde de journalistes. Shion regarda Zento et Shinobi et leur dit :

« Restez là. Zento, la voiture est loin ?

– Je la fais venir.

– Merci. Yui, commandant, si vous voulez bien me suivre… »

Shion s’avança sans plus attendre vers les journalistes, souriant.

« Alors, il paraît que ça a cafté ? » déclara-t-il aimablement.

Cette phrase dite si naturellement laissa un instant les journalistes bêtes. Shion se permit un sourire interrogatif. Une jeune femme se reprit rapidement :

« Monsieur le président, est-il exact que votre ami a été agressé hier soir ?

– C’est exact, oui. Il a été blessé, mais il va bien.

– Est-il exact que votre ami vient d’avoir une fille ? S’enquit virulemment un autre, que Shion et Yui reconnurent comme un journaliste de La Libre Parole.

– Tout à fait. » reconnut toujours aussi calmement Shion.

Il eut du mal à ne pas rire devant la grimace de son interlocuteur, visiblement aussi surpris que contrarié que Shion reconnaisse aussi facilement ça.

« Et comment expliquez-vous qu’il l’ait eue ? Tenta le journaliste, toujours aussi peu aimable.

– Oh, vous ne savez pas comment on fait les bébés à votre âge ? » lui rétorqua Shion sans perdre son sourire.

Les autres journalistes rirent à la répartie, puis Shion reprit plus sérieusement :

« Ce genre de choses peut arriver après des disputes, et ça arrive dans un couple, qu’on se dispute…

– Qui est la mère de cette enfant ? »

Shion fit la moue et regarda Yui et Keiji, silencieux derrière lui. Les deux hommes échangèrent un regard avant de dénier ensemble du chef. Shion hocha la tête et se retourna vers les journalistes :

« Désolé, cette information fait, pour le moment au moins, partie de l’enquête.

– Il y a une enquête en cours ?

– Comme pour toute agression… Ce n’est pas parce qu’il s’agit de mon compagnon qu’on ne va pas respecter la loi. Cette enquête a été confiée au juge Genkakusa et par lui au commandant Keiji, qui collaborera avec les services du Conseiller Himitsu. J’ai totalement confiance en eux pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Il y eut un nouveau silence, puis un autre journaliste demanda, non sans une étrange excitation :

« Saviez-vous que votre compagnon vous avait trompé ? »

Shion songea que cet homme jubilait du scandale, mais il resta souriant et répondit dans hésiter :

« Tout à fait. Nous nous étions expliqué immédiatement et nous avions tourné la page. Je ne lui en ai jamais voulu.

– Et l’arrivée de ce bébé ne change rien ?

– A part un projet de chambre rose, non…

– Vous comptez garder cette enfant ? Sa mère est d’accord ?

-Euh, c’est plus que probable, mais nous sommes en train d’éclaircir ce point… »

Un autre déclara :

« Des rumeurs font vent que cette femme serait décédée ? »

Shion échangea un regard avec les deux enquêteurs et répondit :

« L’enquête est en cours, je n’en sais pas plus pour le moment. Mais dans l’attente, Aki et moi n’avons de toute façon aucune intention d’abandonner cette enfant. »

Il regarda à nouveau Yui et Keiji et reprit :

« je vais devoir vous laisser, si vous le permettez, j’ai des Annuelles sur le feu. Je vous laisse avec les responsables de cette enquête si vous avec d’autres questions. Bonne journée à tous. »

Shion rejoignit les deux hommes :

« je suis joignable quand vous voulez pour toute question, n’hésitez pas. Bon courage à vous deux.

– A plus, Shion.

– Au revoir, monsieur le président. »

Shion rejoignit la voiture devant laquelle Zento l’attendait. Ce dernier lui tint la portière et la ferma avant d’échanger un geste avec Yui et de monter à l’avant.

Yui fit poliment signe à Keiji. Ce dernier eut un sourire en coin :

« Vous n’aimez pas les journalistes, Himitsu ?

– Pas plus au vous, Keiji.

– Dans ce cas, faisons front ensemble, voulez-vous ?

– Si ça vous fait plaisir à ce point… »

Les deux hommes rejoignirent les journalistes. Certains étaient sérieux, d’autres souriaient, voire rigolaient doucement. Il était de notoriété publique que le responsable de la sécurité et et le commandant se détestaient. Une femme se lança enfin :

« Comment expliquez-vous votre collaboration ?

– Par du bon sens, répondit Keiji. Aki Kazemori est aux yeux de la loi un résident des plus banals… Son agression se doit d’être traitée de façon normale. Cependant, il est aussi le compagnon de notre président. Nous ne pouvons pas l’ignorer.

– La sécurité de notre président et de ses proches relèvent de mes services, enchaîna Yui. C’est pour cela qu’il a été décidé que nous devions collaborer. »

les deux hommes en semblaient si ravis que les journalistes avaient de plus en plus de mal à ne pas rire ouvertement.

*********

Nezumi fit un signe de la main à Karan lorsqu’elle partit, en lui souriant. Puis il soupira et regarda, dans le berceau, Shima qui dormait paisiblement, puis il soupira à Nouveau. Il fallait qu’il essaye… Il s’allongea aussi confortablement que possible et ferma les yeux.

Il concentra ses forces sur les vagues souvenirs qu’il avait de cette femme…

Shima… Où es-tu… ?…

Il parvint sans mal, malgré son état, à s’envoler pour rejoindre cet espèce d’entre-mondes bizarre qu’il connaissait depuis un moment maintenant. Mais cette fois-là, il sentit clairement une barrière. Il s’en doutait…

« Qu’y a-t-il, Mère ? »

Il y eut un petit temps avant qu’une voix inhumaine sortant de partout et nulle part ne réponde.

Tu avais juré.

Il grimaça.

Tu avais juré. Tu devais être le dernier.

« C’était un accident. » tenta-t-il.

Tu ne devais pas avoir de descendance.

La lumière se fit dans l’esprit de Nezumi :

« C’est toi qui m’as empêché de la sentir ? »

Tu avais juré.

« Et maintenant, même maintenant qu’elle est morte, tu veux encore m’empêcher de lui parler ?… »

La voix ne répondit pas.

« C’était un accident, bon sang ! S’écria-t-il. Et… Et maintenant, parce que je n’ai rien senti, elle a été tuée ! »

Elle devait payer.

« C’était à moi de ne pas céder ! Elle, elle n’y était pour rien ! C’était un accident ! Elle n’avait pas à payer pour ça ! »

Un silence, à nouveau.

« Mère, s’il te plaît, laisse-moi lui parler.’

Silence.

« Mère, je t’en prie… »

Il serra les poings.

« Mère… »

Ta lignée devait s’éteindre avec toi. Tu l’as juré.

Il frémit et cria :

« Je t’interdis de toucher à ma fille! »

Tu n’as rien à m’interdire, humain.

Nezumi répliqua, furieux :

« Essaye ! Essaye, si tu oses ! N’oublie pas qui je suis, ce que je suis ! Sans moi, tu pourrirais encore dans ton bocal ! Sois sure que tu peux oublier mon aide, si tu t’avises de faire le moindre mal à mon enfant ! »

Il sentit l’hésitation face à lui et reprit plus doucement :

« Tu as privé Shima de tous les pouvoirs de ma lignée, n’est-ce pas ? Elle ne saura jamais qui je suis, elle ne revendiquera jamais rien, je t’en fais le serment, Mère. Mais laisse-la en paix. »

Je serai sans pitié sinon, Aki.

« Tu en aura le droit. Maintenant, s’il te plaît, laisse-moi accompagner sa mère. »

Silence.

« S’il te plaît. »

Soit.

« Merci. »

Pas d’autre parjure, Aki.

« Tu n’as rien à craindre. »

Il la sentit s’éloigner.

N’oublie plus tes serments, Aki. Plus jamais.

Il soupira. Il était épuisé…

Un moment passa avant qu’il ne sente cette fois une âme bien humaine près de la sienne.

« Shima ? »

Elle le regardait avec surprise ?

« … C’est toi ?… Qu’est-ce que tu fais là ?

– Je voulais te revoir… »

Il grimaça un sourire. Il ne tiendrait plus très longtemps ici…

« Je suis désolé, Shima…

– Ce n’est pas ta faute… Notre bébé… ?

– Elle va bien, et tu n’as rien à craindre, je vais veiller sur elle… Mais jr suis vraiment désolée… Je n’ai pas voulu ça…

– Elle va bien ?

– Oui…

– Ils étaient si violents…

– Tu sais qui c’était ?

– Non… Ils n’ont rien dit… Tu vas bien ?

– Oui, et elle aussi… Et je te jure que je vais veiller sur elle pour deux… Et qu’elle ne t’oubliera jamais… »

Elle sourit et opina. Il prit doucement ses mains dans les siennes et la laissa doucement disparaître, apaisée.

*********

Shion était au téléphone avec son ambassadeur à N°2 lorsque la ligne interne du Palais sonna. Il eut un sourire.

« Un instant, Yugo, dit-il en appuyant sur le bouton. Oui, Mlle Hisho ?

– Je m’excuse de vous déranger en plein rendez-vous, M. le président, dit la vieille fille, visiblement énervée, en insistant bien sur le « déranger » et le « rendez-vous », mais le commandant Keiji est là et exige de vous voir.

– Accompagnez-le à mon bureau tout de suite,merci, ordonna posément Shion, puis il coupa. Je vais devoir vous laisser, Yugo.

– Aucun souci, Shion. J’avais fini.

– Merci de vos informations… Et restez vigilants, vous tous.

– Vous pouvez compter ur nous. Bonne journée. »

La porte s’ouvrit et Mlle Hisho précéda d’un pas sec le grand policier.

« Bonne journée également, Yugo, salua Shion avant de raccrocher. Soyez le bienvenu, commandant. Asseyez-vous, je vous en prie. »

Keiji obéit alors que Shion prenait quelques notes, fermait le dossier sur son bureau et disait :

« Mlle Hisho, veillez avertir Mme Gaikôkan et Mme Leclerc, qui est là cet après-midi, je crois, que j’ai reçu des informations concernant les menus de la délégation de N°2. Je souhaiterai les voir quand j’aurais fini avec le commandant. Je passerai dans le bureau.

– Bien, M. le président. »

Elle partit, non sans un dernier regard sévère au policier.

« Re-bonjour, commandant. Je ne vous attendais pas si tôt. Vous voulez du thé ?

– Volontiers. Vous m’attendiez ?

– Je me doutais que vous alliez venir m’interroger. »

Shion se leva pour préparer le thé. Il laissa Keiji installer l’enregistreur. Puis, l’interrogatoire commença. Shion raconta pudiquement la dispute qui avait conduit à l’infidélité de Nezumi, neuf mois plus tôt, leur réconciliation, la lettre, un peu plus tard, qui l’avait incité à ordonner l’arrêt de la surveillance de cette femme, puis les événements de la veille au soir, depuis l’annonce de la disparition de Nezumi jusqu’à ce qu’ils le retrouvent dans les égouts. Ils burent quelques tasses en se faisant.

« Vous avez encore cette lettre ?

– Aki l’a peut-être gardé, je l’ignore. Il ne vous en a pas parlé ?

– Je n’ai pas encore pu le voir. Il a eu une grosse poussée de fièvre, le personnel m’a dit qu’il n’était pas en état de me répondre. »

Shion le regarda avec scepticisme, puis eut un sourire :

« Sans doute un retour de flammes de son hypothermie d’hier soir.

– Sans doute.

– Et ça m’explique que vous veniez plus tôt que je ne l’avais prévu.

– Euh, oui, du coup, c’est vous que je suis venu voir… Vous n’avez donc parlé de tout ça à personne ?

– Non, pour moi, l’affaire était classée.

– Vous confirmez aussi n’avoir jamais cherché à savoir qui était cette femme.

– Effectivement.

– Avez-vous une idée de ce qui a pu se passer ? »

Shion haussa les épaules.

« Il n’y a pas tant d’hypothèses. Je n’ai pas trop de doute quant au fait que c’était moi qui était visé à travers Aki. J’ignore quels documents ils voulaient qu’il me vole, mais sûrement pas ma recette de soupe miso.

– Il y a peu de chance, effectivement.

– La question serait donc : comment ont-ils su que cette femme était enceinte de mon compagnon.

– Vous maintenez que le fuite ne peut pas venir d’ici ?

– Pas de moi, pas d’Aki, et j’ai toute confiance en Yui Himitsu et Zento Shinrai.

– Alors, quelle explication avez-vous ?

– J’ai deux idées. Qu’elle en ait parlé à quelqu’un, mais qui… Ou alors que certaines personnes nous surveillaient et aient suivi Aki cette nuit-là. Si on considère que l’article qui a rendu notre relation publique est sorti peu après, il est fort probable qu’on nous espionnait déjà.

– Vous pensez que vous faites l’objet d’une surveillance de la part de certains de vos ennemis politiques ,

– Si vous pouvez expliquer autrement leur réactivité éditoriale dès que je fais quelque chose… »

– Vous êtes conscient du fait que vous êtes aussi suspect que n’importe qui dans cette enquête ?

– Bien sûr, opina Shion en les resservant. C’est normal.

– Et ça ne vous dérange pas plus que ça ?

– Je sais que je n’ai rien fait. »

Keiji eut un sourire.

« Certains articles de ce matin sous-entendent que vous avez monté tout ça de toute pièce pour vous venger de la femme qui avait osé détourner votre compagnon de vous.

– Je sais, je les ai lus. Je crois que le plus délirant prétendait même que j’avais fait tout ça uniquement pour donner un enfant à Aki, allant jusqu’à provoquer la dispute pour le pousser dans les bras de cette femme.

– Et que répondez-vous à ça ? »

Shion eut un petit rire :

« Que j’ai beau avoir un QI élevé, il ne me permet pas encore de prévoir que mon compagnon, ivre, va se diriger dans un endroit précis pour y rencontrer une inconnue, s’envoyer en l’air avec, en ayant bien sûr calculé qu’elle serait féconde précisément cette nuit-là. »

Keiji hocha la tête avec un sourire :

« Certes.

– Mais je comprends tout à fait que vous deviez enquêter sur moi. A ce sujet, d’ailleurs… »

Shion écrivit un nom et un numéro sur une feuille.

« … Je vais vous conduire dès que nous aurons fini à mon assistante, Kaoru, qui pourra vous détailler mon emploi de temps d’hier ou d’autres jours si vous voulez, d’ailleurs… Et cette personne-là, dont je vous ai noté le nom et le numéro, gère les communications du Conseil, elle pourra vous donner mon historique de conversations téléphonique, tant professionnel que privé… Kaoru, pendant que j’y pense, a accès à mes mails. Je compte bien sûr sur votre discrétion, comme je vous l’ai dit. Sinon, j’ai donné consigne à tout le personnel de collaborer. Mes gardes du corps et ceux d’Aki sont à votre disposition.

– Himitsu m’a dit ça, oui. »

Il y eut un silence. Keiji hocha lentement la tête :

« Je n’ai rien de plus à vous demander pour le moment.

– Je reste à votre disposition n’hésitez pas ; »

Shion accompagna le commandant jusqu’au bureau de Kaoru et l’y laissa, rejoignant celui de la Conseillère de la Diplomatie, qui, ce jour-là, faisait un point avec Evelyne Leclerc, la chef chargée des repas des Annuelles.

Shion leur expliqua que, dans sa (mauvaise) volonté de préparer la rencontre internationale, N°2 avait oublié de prévenir Utopia que les Annuelles allaient tomber en plein milieu de leur carême, période d’interdits alimentaires très stricts. Les menus se devaient d’en tenir compte, car N°2 ne laisserait rien passer, c’était évident. La cuisto en chef nota ça… Entre ça et les régimes des musulmans de N°3, sans parler des quelques juifs,… Elle soupira :

« Bon, je propose déjà de bannir tout le porc, et tout ce qui est interdit, pour tout le monde. On va se rabattre sur les poissons, ça, ça devrait aller, et pour ce qui est des viandes, N°3 est d’accord pour nous envoyer des personnes pratiquants l’abattage traditionnel. Ce sont des autorités reconnues, ça devrait donc aller. On a prévu de leur fournir le bétail et le matériel et de les laisser faire/

– Bonne idée. Et effectivement, privilégier les poissons me paraît très bien, d’autant que notre cuisine traditionnelle s’y prête, approuva Shion.

– Le poisson cru peut être rebutant pour des étrangers, intervint Mme Gaikôkan, il faudra privilégier le poisson cuit.

– Tout à fait…

– Ah, au fait, Shion, reprit la Conseillère. J’ai la liste des hôtels acceptant de recevoir les délégations.

– Oh, parfait.

– Comme vous l’avez fort justement suggéré, j’ai retenu pour N°2 des endroits très modernes, propres, au personnel formé pour un public extrêmement exigeant. La possibilité d’un jour ou deux en onsen reste notée, mais il faudra mieux, je pense, la garder pour des rencontres moins importantes. Les trois onsen de la ville se jugent encore trop jeunes pour accueillir de tels clients en si grand nombre.

– D’accord. Et du côté des geiko ?

– Elles seraient très honorées de participer à certains dîners.

– Parfait. »

Un peu plus tard, Shion retourna dans son bureau, plutôt content. Sa politique de relance des secteurs traditionnels, après leur quasi-annihilation par les dirigeants de N°6, qui ne voulaient plus entendre parler de rien du passé au nom d’un progrès qui ne lui devait rien, commençait à porter ses fruits.

Les temples, laissés à l’abandon et souvent reconvertis en n’importe quoi, se voyaient restaurés et réinvestis par les héritiers des dynasties de prêtres contraintes de pratiquer leur culte dans la clandestinité pendant des années, en cachette mais sans rien oublier. De même, les yukata et les kimono étaient revenus à la mode, sortant des greniers rapidement, surtout lorsque les matsuri de fin d’été avaient resurgi, quasi-spontanément, commençant par de timides fêtes de quartiers, avant de redevenir les grands rassemblements dont beaucoup d’anciens se souvenaient.

La cuisine avait renoué avec ses racines, quelques onsen avaient donc rouverts, un peu à l’extérieur de la ville, et, cerise sur le gâteau, Shion avait un jour eu la surprise de recevoir une invitation à dîner, pour le Conseil tout entier. Tenue traditionnelle exigée, et c’est avec plaisir et curiosité que le jeune président et ses Conseillers avaient découvert qu’un groupe de geiko avait lui aussi survécu et su préserver la tradition, demandant alors la permission de reprendre leur place dans la ville.

Shion avait accepté en veillant à ce que les choses soient très cadrées, que ça ne soit pas de la prostitution déguisée, et que ces femmes soient bien libres de leur vie. Il n’y avait pas eu de souci, et ces dames n’avaient donc pas tardé à retrouver leur place dans les dîners d’affaires et autres, mais uniquement auprès de leurs concitoyens. Qu’elles ne soient pas contre se faire connaître par des étrangers n’avait rien d’étonnant.

La journée fila et Shion repartit, désireux de passer à l’hôpital avant de rentrer.

Le personnel lui confirma que Nezumi avait eu une poussée de fièvre importante dans la matinée, assez brève, où il avait déliré totalement. Il avait ensuite dormi comme une souche comme une souche jusqu’au milieu de l’après-midi, s’était réveillé le temps de manger un peu, épuisé. Le bébé, lui, allait très bien.

Lorsque Shion entra dans la chambre, Shima dormait et Nezumi aussi, une main dans le berceau, sur le petit ventre. Shion sourit et s’assit au bord du lit. Nezumi rouvrit des yeux vagues quand il sentit une main caresser ses cheveux.

« …Shion ?…

– Bonsoir, mon coeur. »

Nezumi sourit et se retourna pour les tendre les bras :

« Coucou, mon ange. »

Shion se pencha et ils s’embrassèrent en se serrant tendrement.

« Tu vas mieux, mon joli rat ? demanda Shion en se redressant.

– Ca va, ça va…

– Te mettre en transe dans ton état, t’as pas honte ? »

Nezumi haussa les épaules :

« Tu sais bien que les âmes s’envolent vite…

– Tu as pu lui parler ?

– Oui, mais peu de temps… »

Nezumi raconta rapidement ce qui c’était passé dans l’entre-mondes. Shion écouta gravement.

« Elle ne savait pas qui l’a tuée… C’est dommage. Bon, au moins, on sait qu’elle est bien morte…

– Ouais… Il faudrait retrouver son corps, maintenant… »

Shion opina. Nezumi se redressa lentement en continuant :

« Je vais demander aux corbeaux, qu’est-ce que tu en dis ?

– Ca ma paraît une bonne idée… Kage s’est envolé sur le parking, je l’ai vu rejoindre Yami ?

– Oui, les infirmières l’avaient fait sortir tout à l’heure. »

Shion hocha la tête et se leva pour aller ouvrir la fenêtre. Il siffla et un peu plus tard, Yami et Kage arrivèrent. Il se poussa pour les laisser rentrer et referma. Les oiseaux vinrent se poser sur le lit. Nezumi les caressa. Shion revenait vers eux lorsque son téléphone sonna. Il fit signe à Nezumi et sortit répondre dans le couloir, c’était encore à propos des Annuelles.

Shion régla ça rapidement et raccrocha juste comme Yui et Keiji arrivaient. Il leur sourit, intrigué :

« Bonsoir, vous allez bien , »

Il tendit la main au commandant qui la serra rapidement en répondant :

« Nous avons su que votre ami avaient repris connaissance et voulions donc enfin l’interroger.

– Oh, bien sûr. Venez. »

Shion les précéda dans la chambre en disant :

« Il est fatigué… Mais il n’a plus de fièvre. »

Nezumi était à la fenêtre. Ils le virent lâcher les corbeaux qui s’envolèrent et filèrent rapidement.

Puis le blessé leur jeta un oeil par dessus son épaule, soupira, ferma la fenêtre et retourna s’asseoir sur son lit :

« Bonsoir, il y a un souci ? »

Keiji lui répondit :

« Nous voulions vous interroger, M. Kazamori.

– Si vous voulez… »

Nezumi se rallongea et Shion demanda :

« Vous préférez que je vous laisse, j’imagine ? »

Shima remua, puis se mit à pleurer, alors que Keiji répondait :

« Oui, si vous le permettez.

– Aucun souci, je vais en profiter pour aller nourrir cette petite demoiselle, répondit Shion en allant prendre le bébé, délicatement. Coucou, toi. Alors, c’est quoi ce gros chagrin ? »

Il l’approcha de Nezumi qui caressa la petite tête :

« A tout à l’heure, mon bébé. »

Et Shion emmena la petite sirène d’alarme en lui parlant toujours. Yui resta debout alors que Keiji s’asseyait sur la chaise, près du lit, et rallumait l’enregistreur.

Nezumi raconta à son tour, aussi sincèrement et précisément qu’il le pouvait, tant les événements du printemps dernier que ceux de la veille.

« Avez-vous la lettre que vous avait fait parvenir Shima Gisheisha ? Demanda Keiji.

– Gisheisha… C’était son nom ?

– Oui, répondit Yui en croisant les bras.

– Je me souviens pas l’avoir jetée… Il faudra que je cherche. »

Keiji sortit une photo de son dossier :

« C’est bien elle ? »

Nezumi prit la photo dans ses mains et regarda la belle jeune femme, souriante. Il opina lentement du chef.

« Elle ne méritait pas ça… » murmura-t-il.

Keiji rangea la photo et dit :

Vous n’avez donc pas reconnu les deux hommes qui vos ont agressé hier soir.

– Non, mais je sui certain que j’avais déjà croisé le plus grand…

– Celui qui vous a tiré dessus ?

– C’est ça.

– Ça serait bien que tu retrouves cette lettre… » intervint à nouveau Yui.

Nezumi hocha à nouveau la tête. Shion frappa et entra, le bébé dans les bras.

« Avez-vous fini ? S’enquit-il.

– Moi oui, soupira Yui.

– Je ne vois rien de plus pour le moment non plus. » soupira aussi Keiji et il se mit à ranger son matériel.

Shion s’approcha et Nezumi sourit quand il lui mit le bébé dans les bras. Le bébé bâilla. Le sourire de Nezumi s’élargit.

« Elle sent le savon.

– On en a profité pour la changer et la laver.

– Oh, il est tout propre mon bébé… »

La vision de ce jeune père tout attendri arracha un sourire à Keiji et Yui. Le premier se leva et regarda le second :

« Si nous allions faire un point ?

– J’allais vous le proposer… »

Les deux hommes se retirèrent. Shion s’était assis au bord du lit et dit :

« Ca va ? Ils ne t’ont pas trop embêté ?

– Non, non. Elle s’endort, tu peux la recoucher ? »

*********

A peine Yui et Keiji avaient-ils allumé leurs cigarettes, sitôt hors de l’hôpital, que le téléphone du commandant sonna. Il soupira, c’était un de ses hommes.

« Keiji, j’écoute. Hm, hm… Hm, hm. »

Il fronça un sourcil :

« On arrive. »

Il raccrocha et regarda Yui.

« Vous avez votre soirée ? Mes gars ont fini de fouiller l’appartement de Shima Gisheisha et d’interroger ses voisins. Ils ont des infos, et surtout, son journal et son agenda.

– Je vous suis. Je vais envoyer un message à Adrian. Vu les circonstances, je ne pense pas qu’il m’en voudra de faire des heures supp’. »

Le borgne ajouta avec un sourire alors qu’ils se dirigeaient vers le parking :

« Et s’il m’en veut quand même, je sais comment me faire pardonner.

– Soyez sympa, n’entrez pas dans les détails… »

A suivre…

Merci déjà, désolée ensuite… Je voulais vous offrir ce chapitre mardi, pour mon anniversaire, mais je n’ai pas pu le boucler à temps…

Petit chapitre pour repartir, j’espère qu’il vous a plu et que vous êtes pas trop largués, j’ai essayé de rappeler pas mal de choses pour vous éviter de tout relire… désolée du coup pour les redondances...

La suite aussi vite que possible !

Nezumi : Pour tes 34 ans ?

Oh toi ça va, hein…

19 réponses à No°6 – Après 11 : Premiers éléments

  1. Pouika dit :

    J’étais pas au courant, mais la version papier de No 6 n’existe pas. Je connais que l’anime et me sus mise à lire que quelques mangas papier depuis peu (faute de budget).

    Sinon comme d’habitude super chapitre, trop chou la mini-nezu, hihi Nezumi qui ‘arrêtait pas de dire à Shion qu’il voulait lui faire un bébé (hihi)

    Allez hop chapitre suivant !

  2. Riri dit :

    C’est super bon!!
    En passant, si vous désirez suivre l’histoire originale en français (bref qu’elle sorte), je vous propose de signer sur la pétition du lien ci-dessous et de la partager un maximum! 🙂
    http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/aux-%C3%A9ditions-du-rocher-et-aux-%C3%A9diteurs-de-manga-publiez-les-derniers-tomes-du-roman-n-6-et-sa-version-manga?recruiter=92436312&utm_campaign=signature_receipt&utm_medium=email&utm_source=share_petition

    Merci

    • Ninou Cyrico dit :

      Riri : Merci ^^. j’espère que la suite vous plaira également. En ce qui concerne la pétition, euh comment dire… C’est un pitit peu moi qui l’ai lancée et elle est en haut de ma page d’accueil depuis. ^^’ Bonne journée !

  3. Amakay dit :

    Ouiiiiii, ma surprise !!!!!!! mais c’est pas grave, en général je reprend toujours un ou deux chapitres précédents pour me remettre dans le bain et de fondre ….

    Génial ! bravo, à tout bientot

    Biz

  4. Shomimei dit :

    Bravo et merci pour cette suite 🙂
    Sont trop chou à pouponner comme ça héhé
    Bon courage pour la suite et te laisse pas maltraiter par ce michant Nezumi^^
    Bizous

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