Salut tout le monde !
Bon, je ne sais pas où vous êtes, ici on devrait être en fin de cuisson… Lundi, on devrait respirer, enfin, mieux respirer, en attendant la prochaine… Car l’été ne fait que commencer…
Force tout le monde !
Restez autant au frais, essayez de trouver des endroits où y a la clim si vous pouvez, musées, bibliothèques, même centres commerciaux…, hydratez-vous, évidemment, faites gaffe aux personnes fragiles qui vous entourent, faites super gaffe si vous en êtes une, rapprochez-vous de vos mairies, certaines ont mis des choses en place, bref, vraiment, courage et faites gaffe.
Allez, c’est la Fête du Cinéma, beaucoup de salles de cinéma sont climatisées, donc, ça pourrait être bien d’aller au cinéma… Surtout pour voir un petit film d’animation français queer aussi drôle qu’il est jusqu’au-boutiste dans son délire et plutôt très engagé, et intelligemment engagé, sur son fond ?

Un premier film pour le studio Bobbypills
Jim Queen est le premier film de Marco Nguyen et Nicolas Athane, co-scénarisés par eux et Simon Balteaux et Brice Chevillard, du studio Bobbypills (https://www.bobbypills.com/home-reel), qui est, entre autres, connu pour ses séries Les Kassos et Peepoodo & les Super Fuck Friends. Des habitués de l’animation trash pour adultes, donc.
Jim Queen, un projet qui a galéré à voir le jour
J’avoue humblement que je n’avais rien suivi de tout ça et que c’est donc après coup que j’ai appris que ce projet avait eu beaucoup de mal à exister.
Rien de surprenant, cela dit, tant il coche à peu près toutes les cases du projet qui ferait froid dans le dos à n’importe quel producteur/diffuseur français plus désireux d’investir dans un film de dimanche soir de TF1 : de l’animation (déjà ouh là là), pour adultes (je rappelle qu’il y a encore des gens qui ne savent même pas que ça existe), et cerise sur le pompon, une comédie queer, trash, totalement assumée comme telle.
Le tout par un studio déjà connu pour ne pas faire dans la dentelle…
Avouez qu’il y a de quoi faire frissonner tous les marketeux qui ne jurent que par les comédies réac’ de Christian Clavier, et ce même en pleine canicule, hein ?
Tout ceci pour dire qu’alors même que le film a coûté un peu moins de 5 millions d’euros, il a tout de même fallu un financement participatif, fait sur Ulule entre novembre 2025 et janvier 2026, pour aider le studio à boucler.
Ça aurait été très dommage qu’ils n’y parviennent pas.

Un récit classique, mais efficace…
Jim Queen est, formellement, une histoire très classique, reprenant des tropes usés jusqu’à la corde.
On y suit Jim Parfait, influenceur bodybuildé au slogan aussi creux qu’accrocheur (« Sois toi-même, les autres sont déjà pris. »), qui ne vit que pour se muscler le jour et aller cluber la nuit, idole donc du milieu gay parisien (enfin, de cette partie du milieu, en tout cas). À côté de ça, c’est l’archétype du connard imbu de lui à qui il va falloir traverser de dures épreuves pour devenir meilleur.
Parallèlement à ça, nous faisons la connaissance de Lucien, jeune fan de notre musculeux ami, qui se trouve être le fils de la ministre de la Santé Christine Bayer (oui, oui, Christine comme Christine Boutin et Bayer comme le labo pharmaceutique, ici en rappel de l’affaire du Sang Contaminé), mère quelque peu… étouffante, dirons-nous poliment, pour ne pas dire carrément toxique, et surtout totalement dans le déni de l’homosexualité de son fils.

Pas comme si le placard plein d’objets euh, explicites, dirons-nous, était bien fermé, mais bon. Madame le referme comme si elle n’avait rien vu, ou plutôt, comme si elle voulait absolument ne rien voir.
Lucien est l’archétype de la princesse en détr… Pardon, du garçon naïf qui va devoir se libérer et partir à l’aventure pour s’accomplir. À court terme, il aimerait bien aller rencontrer son idole… Il fait donc le mur pour rejoindre la boîte de nuit où il sait pouvoir le trouver.
Mais rien ne va se passer comme prévu.
Car une terrible menace rôôôôôde… Une mystérieuse maladie est apparue : l’hétérose, qui rend les gays… hétérosexuels !!! Avec d’horribles symptômes, comme comprendre les règles de foot ou devenir monogame !! …
Vous pouvez frémir d’horreur.
Atteint, Jim se retrouve chassé, perd tous ses followers, sauf Lucien, et les voici partis ensemble dans une quête à travers Paris et divers lieux de sa vie queer, à la recherche d’un mystérieux professeur, seule personne susceptible de trouver un remède…

… et un humour omniprésent !
Pris d’un point de vue de pure structure narrative, le récit est classique et la comparaison avec un récit à la Disney n’est pas idiote. Mais son but n’est pas son suspens haletant, puisque nous sommes avant tout dans un pastiche, une comédie trash complètement barrée, mais surtout une déclaration d’amour pour le milieu gay et surtout à sa diversité, montrée ici dans toute sa richesse… Et tous ses petits entre soi, ses petits clans et ses petites dissensions.
Petit aparté perso : j’ai beaucoup aimé le personnage de Glamydia, ayant depuis longtemps une sympathie réelle pour les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. J’ignorais qu’elles se définissaient comme drags de nos jours, mais dans tous les cas, ça fait toujours plaisir de les croiser.

L’humour est omniprésent et il faut sûrement pas mal de visionnages pour voir ou saisir toutes les blagues, tellement ça foisonne. Si certaines sont évidentes, telle la parodie totalement assumée de la chanson de La Petite Sirène, d’autres sont plus cryptiques, ou plutôt plus référencées, comme, par exemple, avoir choisi Élisabeth Wiener, la doubleuse emblématique de Kuzco, l’empereur mégalo (personnage pas du tout queer-coded, n’est-ce pas), pour doubler Christine Bayer.
C’est drôle, coloré, ça part dans tous les sens, c’est bourré de clins d’œil et de références, et la direction artistique tout aussi outrancière permet justement de faire foisonner tout ça de façon tout à fait fabuleuse… Ce récit n’aurait aucun sens en live-action ou même avec une DA plus réaliste. Son aspect cartonnesque, ses corps caricaturaux à outrance, aussi bien les muscles de Jim que la finesse de Lucien, les bears représentés en vrais ours, pour ne citer que ça, tout est l’écrin idéal pour déployer parfaitement le délire.

Un discours bien plus engagé qu’il n’y parait
L’humour est depuis très longtemps une arme bien connue des minorités pour faire passer en douce des messages souvent très politiques et forts. Comme je le faisais dire à Alec dans Héritages, je crois, un personnage drôle n’est pas dangereux et le public baisse plus facilement sa garde devant une comédie. Ce qui permet souvent à ces dernières, quand elles sont intelligemment écrites par des personnes qui savent ce qu’elles veulent dire, de pouvoir placer ça et là des messages bien plus engagés qu’on ne l’imaginerait.
C’est le cas ici.
Déjà, il est à noter que le film est très pédagogique sur ce qu’il décrit et ne laissera jamais le spectateur perdu dans la faune locale sans lui en donner les clés essentielles. C’est déjà plaisant en soi, car tout le monde est loin d’être au taquet sur la différence entre un twink et un bear.

Allez voir le film si vous ne la connaissez pas.
Mais plus encore que cette volonté d’inclure le public, on voit celle de lui montrer aussi bien plus : l’homophobie quasi officielle de certains politiques bien décidés à ne rien faire quand un souci touche certaines populations, et là-dessus, la façon dont la ministre de la Santé (ne) réagit (pas) à l’épidémie d’hétérose rappellera bien des souvenirs aux plus de quarante ans d’entre nous, de même que les dissensions au sein même de la communauté gay, très codifiée, très cloisonnée entre ses groupes, qui sont hélas bien réelles. Et mettre dos à dos tout cela n’est pas anodin quand on voit où le film veut en venir : l’union fait la force.
Une vérité qu’il est toujours bon de marteler à une époque où la communauté LGBTQIAàZ est plus que jamais divisée entre des sous-sous-sous-catégories qui, certes, sont légitimes (seul celui qui ne s’est jamais demandé ce qu’il était peut dire le contraire), mais qui oublient parfois qu’on est un peu tous dans la même galère et face aux mêmes ennemis. Ennemis, qui, eux, pour mémoire, n’en ont rien à foutre de nos nuances.

En conclusion…
Une excellente surprise, un projet à soutenir et à voir, parce qu’il fait du bien pour des tas de bonnes raisons.
Déjà, c’est un projet de film d’animation pour adultes, porté par des artistes engagés, sincères, qui ont bataillé pour arriver à le produire et le sortir jusqu’à la dernière minute, et rien que pour ça, il mérite d’être noté et d’être soutenu.
Mais au-delà de ça, c’est une excellente comédie, survoltée, très bien doublée, aussi, par un excellent casting. Je n’en ai pas parlé plus que ça, mais Alex Ramires et Jérémy Gillet, en tête, mais tous les autres aussi, sont excellents. Mes amitiés d’ailleurs à La Briochée, si jamais elle se souvient de moi.
C’est drôle, foisonnant, très bien réalisé sur le fond, très intelligemment écrit sur le fond, et à une heure où bien trop de gens veulent nous renvoyer dans les ombres, si la simple existence de ce film est une victoire, son succès en serait une plus belle encore. Vous savez donc ce qui vous reste à faire… Si ça vous intéresse, bien sûr, comme d’habitude ! 😉
Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Venez donc m’en causer dans les comm’ ! 😊
Je vous souhaite une excellente semaine et vous dis à très vite pour la suite du Petit Papillon (https://ninoucyrico.fr/romans/le-petit-papillon-fin-roman-en-ligne-par-episodes/) ! 😊
À bientôt tout le monde ! 😊
Et n’oubliez pas !
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Merci ! 😊