Drôle de Saint-Valentin ! – Une Histoire de famille 6

Synopsis : Février… La fête des amoureux se prépare et on se demande bien ce qui pourrait la perturber…

Pour les nouveaux venus, n’hésitez pas à aller lire les quatre nouvelles précédentes, sous peine de gros spoils si vous les lisez après celle-là !!

Ça commençait ici et ça continuait ici,  ici, ici et ici !

Drôle de Saint-Valentin !

Une Histoire de famille – 6

Nouvelle de Ninou Cyrico, promise à Noël 2018. ^^


« … Et qu’avez-vous ressenti, à ce moment précis ?

– Hmmmm… »

Allongé sur le divan de son psy, un paisible sexagénaire rond et barbu, assis sur un fauteuil à sa droite, Johann fit la moue et croisa les bras.

« Je saurais pas trop vous dire… Sur le coup, j’ai eu très mal. Très très mal. J’ai pas compris, en fait… J’ai vraiment rien compris…

– La douleur a tout noyé.

– C’est ça. En vrai, je m’en souviens à peine… C’est quand je me suis réveillé à l’hôpital que j’ai réalisé.

– Et à ce moment-là ?

– Ben c’était super bizarre… »

Johann décroisa les bras et haussa les épaules.

« J’avais moins mal, Gael était près de moi, il tenait ma main… J’étais un peu perdu… Il m’a dit que Will était mort… »

Le garçon croisa ses mains sur son ventre.

« Est-ce que ça vous a fait de la peine ?

– Non, pas vraiment… »

Il y eut un nouveau silence avant qu’il ajoute :

« Je vais pas vous dire que je l’aimais pas, on en a déjà parlé, c’est compliqué… Mais en vrai, je savais bien que ça finirait comme ça… Enfin, plutôt que ça pourrait pas durer toujours… Lui, il voulait rien savoir, mais moi je savais bien que c’était pas possible.

– Nous en avons déjà parlé, oui. C’est plutôt sain pour vous que vous ne lui en vouliez pas. La colère, la haine sont des sentiments très destructeurs.

– Ben ouais… Ça sert à rien… Et puis sérieux… Il a eu une sacrée vie de merde, en vrai… Quand on y réfléchit, ça fait pitié quoi… Aucune attache, aucun ami, des années à fuir, se planquer, complètement ravagé de la tête… Ça excuse rien de ce qu’il a fait hein, ni à moi ni aux autres gosses qu’il a violés avant… Mais c’était juste un pauvre type, un lâche minable qu’a jamais été bien ni heureux, alors le haïr en plus… ? J’ai autre chose à faire… J’ai dégusté, c’est clair, mais j’ai 19 ans, j’ai encore toute ma vie pour me retaper… Et puis, il est mort et son âme doit bien déguster avec le démon qu’il avait scellé… Alors j’ai vraiment aucune raison de brasser ça. »

Le psy hocha la tête.

« Ça va être l’heure… dit-il gentiment. Vous voulez ajouter quelque chose ?

– Euh, non, ça va… »

Le psy se releva et alla à son bureau alors que Johann s’asseyait au bord du divan et s’étirait.

Ils vérifièrent leurs prochains rendez-vous, Johann le paya et sortit du bureau.

Il sursauta en voyant Guillaume dans la salle d’attente. L’historien regardait son écran de portable, l’air profondément dubitatif. Sans doute une partir de Solitaire récalcitrante…

« Guillaume ? Qu’est-ce tu fous là ? »

L’interpelé sursauta et lui sourit :

« Salut ! J’ai fini le taf en retard, du coup je me suis dit que j’allais venir te chercher. Ça t’évitera de rentrer en train.

– Oh, cool. Merci. »

Guillaume ramassa son sac et se leva. Il remit son écharpe en place autour de son cou :

« Faut juste qu’on passe récupérer Yulian.

– Pas de souci. »

Johann se remballa comme il fallait aussi et ils sortirent.

Le soir tombait et il faisait très froid, en ce début de février. Même dans Lyon, le vent du nord soufflait fort.

Guillaume n’était pas garé loin, mais ils se hâtèrent. Une fois dans la voiture, Guillaume mit le chauffage à fond sans attendre alors que Johann soufflait sur ses mains gantées :

« Glagla.

– Ouais. Tu voudras conduire un peu ? »

Le jeune homme n’avait pas fini sa conduite accompagnée.

« Euh, ouais je sais pas trop là, ça va être l’heure de pointe non ?

– Oui. On peut échanger quand on sera sorti de Lyon, si tu veux. Mais ça serait quand même bien que tu conduises un peu en ville.

– Ben on verra à la bibliothèque, alors… »

Guillaume hocha la tête et ils partirent tranquillement.

Ça commençait à bien rouler, mais Guillaume était zen et prudent. Il laissait les gens plus pressés ou stressés que lui klaxonner et prendre des risques inconsidérés pour gagner quelques secondes sur leur temps de trajet.

Un petit air de rock se fit entendre et, profitant d’un feu rouge, Guillaume jeta un œil à Johann qui sortit son portable de sa poche, sourit et décrocha en mettant le haut-parleur :

« Oui, Yuuki ? Ça va ?

– Bonsoir, Johann-kun… Tu avais rendez-vous à Lyon ce soir, ne ? Tu es encore ?

– Oui, je suis en route… Tu es revenue ?

Hm. Je suis à gare… Tu prends train ?

– Alors en fait Guillaume est passé me chercher. Mais on est pas loin de Part Dieu, on doit pouvoir te récupérer ?

– Pas de problème, approuva Guillaume. On peut faire un crochet, euh, venir, tu peux sortir sur le parking ?

– Doko des’ka ? [Où ça ?]

– Chûshajô, euh… Depâto ni ikinai, hantaisoku ni iku. [Parking, euh… Ne va pas au centre commercial, va de l’autre côté.]

OK.

 Sûbun de tsuku. [On arrive dans quelques minutes.]

Hm. Arigatô. » [D’accord. Merci.]

Johann raccrocha.

Guillaume mit son clignotant et fit un geste de remerciement pour le conducteur qui le laissa se rabattre, ignorant le coup de klaxon furieux de celui de derrière.

« Alors, le parking de la gare… C’est par là… Tu peux rappeler Yulian pour lui dire qu’on va être un peu à la bourre, du coup ?

– Ouais ! »

Johann chercha un instant le numéro de son locataire :

« Il va être content quand il va savoir que c’est parce que Yuuki est revenue !

– Oui, c’est sûr ! »

Ils eurent un petit rire tous les deux.

Yulian s’était bien intégré à la vie de la famille et à son travail aussi, d’ailleurs. Il avait son petit bureau dans un coin d’une plus grande pièce où il y en avait cinq autres et passait quatre jours par semaine à enregistrer sagement de vieux livres en russe ou d’autres dialectes du grand empire des tsars sur un ordinateur.

Comme il avait été recommandé par ils ne savaient pas qui, ses collègues l’avaient accueilli avec suspicion, et certains, même, avaient clairement fait savoir que c’était un pistonné incompétent, car il avait eu du mal avec leur logiciel. Il avait en effet mis presque trois semaines à le prendre en main. Une stagiaire avait d’ailleurs été désignée volontaire d’office pour le former, puisque personne ne voulait, et la demoiselle avait finalement plutôt apprécié : Yulian était un élève très sage et attentif, curieux, très respectueux et poli aussi. Et ils avaient assez dû l’admettre, parfois de mauvaise grâce pour certains, mais il leur aurait été impossible de trouver ainsi une autre personne parlant et lisant autant de dialectes des divers peuples de son grand pays, surtout d’ouvrages datant de plus d’un siècle…

Yulian n’avait de toute façon pas grand-chose à faire de ce que ces personnes pensaient de lui. Ce travail était un sympathique passe-temps qui lui faisait gagner de quoi participer à la vie de la maison de Johann et Elena, chez qui il vivait toujours. Il avait assez pour se faire plaisir à côté et même s’il n’était pas très dépensier, il n’avait rien contre un bon restaurant ou un petit weekend ailleurs pour visiter des choses qu’il trouvait dignes d’intérêt. Surtout lorsque Yuuki l’accompagnait.

Yulian faisait en effet désormais une cour réelle à la Japonaise, mais en vrai galant homme. Il avait une vision assez passéiste, que d’aucuns auraient jugé sexiste, des femmes. S’il avait eu coutume de passer des moments plaisants avec celles qui se montraient peu farouches, il n’en avait pas moins toujours eu un respect réel pour elles. Mais il respectait plus encore les demoiselles qu’on lui avait appris à considérer comme de son rang, celles dont il se devait aussi de respecter la pudeur et la chasteté.

Pudique et chaste, Yuuki l’était. Même si ça allait de mieux en mieux, la demoiselle avait encore du mal avec ses formes et sa féminité. Si elle appréciait très sincèrement le grand Russe et sa compagnie, elle n’appréciait pas moins sa galanterie et le respect qu’il lui témoignait. Elle avait besoin de temps pour se laisser apprivoiser. Lui aussi d’ailleurs, car c’était bien la première fois, malgré ses siècles de vie, qu’il s’intéressait réellement à une femme.

Du coup, aller manger, se promener, ou visiter un vieux château ou un musée ensemble leur convenait très bien à tous les deux.

La Japonaise revenait de Paris où elle avait passé trois jours, cédant enfin aux suppliques de la Fédération française de kendo de la rencontrer. Pauline Martizet n’avait pas moins chougné pour la faire monter à la capitale et l’avait d’ailleurs fidèlement escortée pendant son séjour.

Ils avaient mis les petits plats dans les grands pour la demoiselle, grand hôtel et grands restaurants, quelques visites avec un guide parlant parfaitement japonais, ce qui avait mis la jeune femme un peu mal à l’aise. Elle ne doutait pas de l’admiration et du respect de Pauline, mais elle se demandait si tous les pontes qu’elle avait vus étaient aussi nets. Leur volonté de la récupérer était sûrement bien plus pragmatique…

Yuuki attendait au bord du parking, près de la route, assise sur un muret à béton, sa petite valise à roulettes à côté. En jean-basket et sweat à capuche sombre rabattue sur sa tête, elle gardait une allure androgyne. Voyant la voiture, elle se redressa, soupirant une grosse bouffée de buée, saisit sa valise et les rejoignit. Elle la mit dans le coffre avant de monter derrière Johann.

« Okaerinasai ! [Bon retour !]la saluèrent aimablement les deux hommes, lui arrachant un sourire las :

– Tadaïma. [Je suis rentrée.]

– Ça a été ? » demanda Johann alors que Guillaume repartait tranquillement.

Il ralentit pour laisser un bus passer avant de le suivre.

« Hm. [Oui.]

– Tu as l’air crevée.

Hm… Ça va, mais je suis contente rentrer. Paris c’est très grand et beaucoup bruits…

– Tu vas pouvoir te reposer, lui dit Guillaume. On passe juste récupérer Yulian et on rentre vite.

– Ils t’ont dit quoi ? » demanda Johann, curieux.

Yuuki haussa les épaules :

« Oh, comme je pensais, ils veulent je viens dans équipe de France…

– Tu as envie ? »

Elle haussa à nouveau les épaules, regardant au dehors, les gens qui se pressaient sur le trottoir, ceux qui y mendiaient, emballés comme ils pouvaient dans des couvertures usées.

« Wakaranai… [Je n’en sais rien…]

– Prends ton temps, ce n’est pas la peine de te brusquer, lui dit Guillaume.

– Oui ! approuva Johann. C’est important, il faut que tu prennes le temps de choisir comme il faut.

Hm… »

Il y eut un silence, interrompu par un petit cuicui, cette fois, et à nouveau, Johann regarda son téléphone et sourit :

« Texto de Gael. Sukiyaki général ce soir pour fêter le retour de Yuuki !

– Super idée !

– Oh ? C’est gentil. » sourit la demoiselle.

Ils arrivèrent rapidement à la bibliothèque de l’ENS. Yulian attendait sagement au bord de la route, au feu, assez légèrement vêtu, comparativement aux autres humains qui se promenaient ce soir-là, d’une veste ample sur un pull sombre, et monta rapidement derrière Guillaume lorsque ce dernier s’y arrêta avec ses warnings, car le feu était au vert. Ça ne klaxonna pas et ils repartirent sans attendre.

« Privet ! [Salut !] salua-t-il en bouclant sa ceinture.

– Salut ! »

Il regarda Yuuki avec un sourire doux qui la fit rosir avant d’ajouter :

« Konbawa. [Bonsoir.]

– Privet. » répondit-elle avec un sourire aussi.

Il prit délicatement sa main gantée dans les siennes qui ne l’étaient pas pour l’embrasser doucement. Johann échangea un regard amusé avec Guillaume alors que Yuuki souriait.

« Tu as l’air épuisée.

Hm. Voyage un peu long…

– Mais ça s’est bien passé ?

Hm… opina-t-elle sans perdre son sourire. Ça va. Il faut juste je décide.

– Je serai avec toi dans tous les cas. »

Le sourire de Yuuki s’élargit et elle opina encore alors qu’à l’avant, Johann faisait discrètement mine de jouer du violon, faisant pouffer Guillaume. Ce dernier inspira et reprit plus sérieusement :

« Sinon, bonne journée, Yulian ?

– Oui, j’ai trouvé un livre passionnant sur les contrôles des esprits gardiens des steppes par les shamans des peuples sibériens. Il faudra que je l’emprunte pour le lire en entier. Il y avait de très belles illustrations, en plus.

– Et les collègues ?

– Oh, toujours aussi grognons, ils m’attristent. »

Il haussa les épaules :

« Rien ne leur va, mais ils râlent au lieu de changer les choses…

– Classique, soupira Guillaume.

– Je comprends pas trop non plus, dit Johann. On en parlait avec Gael l’autre jour, on a un pote comme ça au lycée, il passe son temps à se plaindre, mais à chaque fois qu’on lui propose des solutions, il veut jamais, il trouve toujours une raison de rien faire…

– Classique, répéta Guillaume.

– À ce point ?

– T’as pas idée. T’en croiseras toute ta vie, et plus ils vieillissent, plus ça va mal, parce qu’ils sont de plus en plus coincés, frustrés, aigris et donc chiants…

– Tu vends du rêve, là.

– Désolé, mais faut mieux être prévenu.

– Et y a vraiment rien à faire ?

– Pas vraiment. À part essayer de pas devenir comme eux… En faisant les choix qui nous vont et pas ceux qu’on voudrait nous imposer… Ça demande de dire non quand il faut, des fois à des gens qu’on aime et on peut les perdre et ça fait mal, mais c’est le prix à payer.

– Tu parles d’expérience vécu ? » demanda, intrigué, Yulian qui n’avait pas lâché la main de Yuuki, qui, elle, essayait de suivre.

Elle parlait décemment français, mais avait du mal sur certaines tournures ou expression.

« Oui, répondit Guillaume en s’arrêtant pour laisser deux poussettes traverser un passage piéton. Ma mère était comme ça. Un concentré de colère et de frustration. Aujourd’hui, j’ai compris que ses parents étaient deux fêlés aussi, qu’elle avait épousé mon père pour fuir sans vraiment l’aimer, que ça n’avait rien réglé, bien sûr, et que plus le temps passait, plus elle devenait folle de cette vie qui n’était pas ce qu’elle voulait… Mais déni total, donc colère, rage, et on a bien trinqué avec Lisa… Elle est partie dès qu’elle a pu… Moi, j’ai essayé de rester, jusqu’au jour où j’ai compris que ça servait à rien, que j’allais juste me détruire aussi… Et je voulais pas… Alors je suis parti et j’ai eu beaucoup de chances d’avoir des amis pour me récupérer. Ça te cause, Yulian ?

– Oh que oui… »

Le grand Russe soupira et son regard se perdit un instant. Inquiète, Yuuki fronça les sourcils. Elle resserra sa main, le faisait sursauter, et il lui sourit :

« Ça va, ne t’en fais pas… »

Ils n’eurent pas trop de mal à rentrer, Guillaume évitant savamment le périf pour passer par des petites routes bien moins fréquentées.

Le village était calme, lui aussi. Puisqu’il avait été convenu qu’il y avait sukiyaki commun, il ne laissa pas Johann et Yulian chez eux, mais alla directement chez lui.

Deux grands chiens, un husky noir et un bâtard indéterminé couleur sable, jaillirent lorsque la porte s’ouvrit pour courir à leur rencontre, suivis par Phil qui les rejoignit sous l’auvent :

« Bonsoir !

– Salut, Phil ! le saluèrent Yulian et Johann.

– Tadaïma.

– Tout va bien ? demanda Guillaume.

– Oui ! répondit l’enfant. On vous attendait ! »

Yulian s’était agenouillé pour répondre à l’accueil des chiens tout contents.

« Privet, Cherny, Pesok. »

Il les caressa tous deux avant de se relever et de demander à Phil :

« Mes fauves ont été sages ?

– Ouais, on a bien joué ! répondit Phil.

– Waf waf !! approuvèrent les chiens.

– C’est gentil de me les garder la journée.

– De rien ! Ils sont sympas ! lui dit encore l’enfant et son oncle hocha la tête :

– Ils sont mieux là que tout seuls chez vous, on verra au printemps quand ils pourront rester dans votre jardin.

– Oui, on verra à ce moment-là… »

Ils rentrèrent vite au chaud.

Les chiens allèrent rejoindre les chats et le corbeau sur la vieille couverture posée devant la cheminée. Un tas de bestioles diverses se forma là et se mit à ronfler rapidement.

Yulian et Phil avaient rencontré ces deux aimables canidés lors d’une balade en forêt, un peu avant Noël. Ils traînaient là depuis quelques jours et certains chasseurs parlaient de les abattre, car ils étaient sûrement dangereux… Ils étaient un peu frustrés, d’ailleurs, les chasseurs du coin, car ça faisait quelques années que les animaux étaient bizarrement introuvables dès qu’ils posaient un pied dans les bois avec leurs fusils, alors qu’ils en voyaient très régulièrement lorsqu’ils se promenaient sans fusil… Un grand mystère.

Les deux chiens n’étaient pas vraiment sauvages. L’un était même tatoué, le husky. C’était une femelle qui errait depuis la mort de mon maître. L’autre avait été abandonné sur la route des vacances par les siens et ils s’étaient rencontrés en chassant le même lièvre. Ils étaient restés ensemble après, errant au gré des routes et des proies.

Yulian et Phil les avaient ramenés chez Johann qui n’avait rien eu contre les garder, d’autant que le Russe acceptait de tout prendre en charge. Léna n’avait rien contre non plus. Un tour chez le vétérinaire avait confirmé qu’ils n’étaient sauvages que depuis quelques mois, les recherches que le propriétaire de la husky était bien décédé. Yulian avait donc adopté les deux chiens sans plus de cérémonie, les baptisant Cherny et Pesok.

Dans les faits, ils restaient souvent chez Guillaume la journée, en semaine, avec Tsume et les autres, Yuuki, Layla et les enfants, pour ne pas rester seuls à la maison ou dans le froid dehors. Mais le jardin était assez grand pour que la question ne se pose pas dès qu’il ferait plus chaud.

Elena et Gael étaient sagement attablés à la cuisine, coupant des légumes avec soin, alors que Tsume préparait savamment le bouillon dans lequel ils allaient les faire cuire.

Ils accueillirent joyeusement les nouveaux arrivants, Guillaume alla embrasser sa moitié, et Yuuki se fit un devoir de rejoindre son cousin pour l’aider, mais comme il le lui dit, ça mijotait, il n’y avait plus grand-chose à faire.

« Honto ?  [Tu es sûr ?]

Hm, opina-t-il avec un grand sourire.

OK… Eh ? Obâsama no ryôri ? (OK… Eh ? La recette de Grand-Mère ?]

– Hm ! Daijobô des’ka ? [Oui ! Est-ce que c’est bon ?]

– Haï, haï… Ii nioi des’… » [Oui, oui, ça sent bon…]

Ils dînèrent dans une bonne ambiance, dans le salon, à la grande table. La conversation roula sur divers sujets avant que Phil ne demande avec des yeux tout brillants :

« Dis, Yuuki, tu vas refaire des chocolats pour la Saint-Valentin comme l’an dernier ? »

Ça rigola, Yuuki sourit et, à sa droite, Yulian, intrigué, posa son menton dans sa main en s’accoudant à la table :

« Quoi… ?

– Phil reveut ses chocolats… gloussa Elena.

– Dit la nana qui avait fait semblant d’être jalouse pour que je partage les miens avec elle, la taquina Guillaume, ce qui lui valut un petit coup de coude.

– Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! répliqua Elena, le faisant rire.

– Au Japon, les femmes offrent des chocolats aux hommes de leur entourage à la Saint-Valentin, expliqua Tsume à Yulian.

– Ah ?

– Oui, et les hommes doivent leur rendre la politesse en mars… Du coup, Yuuki nous en avait offert l’an dernier. »

Gael hocha la tête en prenant la main de son loup :

« Et ils étaient très bons. »

Yuuki avait rosi, gênée :

« Bah, c’était un essai… Ils étaient pas jolis…

– Non, mais ils étaient vraiment très bons, lui dit encore Gael. Et on en reveut ! »

Ils rirent encore et Yulian sourit doucement à son amie en prenant sa main. Yuuki rosit encore plus, encore plus gênée. Mais Yulian ne demanda rien, se contentant de la regarder avec tendresse.

Gael se pencha vers Tsume pour faire semblant de chuchoter :

« Je crois que Yulian veut ses chocolats.

Hm ! » opina Tsume.

Le Russe se redressa :

« J’avoue, j’aimerais bien, mais je ne voudrais pas lui forcer la main… »

Yuuki se gratta la nuque de sa main libre et, la prenant en pitié, Johann changea de sujet :

« À propos de St-Valentin, ils font quoi, les amoureux ? Y aura besoin que je vienne garder Phil ou pas ?

– Bonne question ! reconnut Guillaume en hochant la tête, faussement grave. Tu avais envie de quelque chose, ma belle ?

– Tu finis pas à 19 h le jeudi, mon beau ?

– Si, et tu finiras sûrement pas plus tôt, mais ça laisse le temps d’aller manger quelque part en tête à tête… Et vous ? continua l’historien pour son neveu et son filleul.

– On a pas vraiment décidé, on pensait petit resto aussi… Mais pas masse de thunes là.

– Je peux garder Phil chez moi, dit Johann. Comme ça vous êtes tranquilles ici.

– Ça pourrait être cool… »

Yulian sourit plus franchement et Yuuki rosit encore lorsqu’il dit :

« Je m’étais demandé si un dîner à L’Auberge de la Côte t’intéresserait.

– Oh… Oui, j’aime bien là-bas… » répondit-elle avec un petit sourire aussi.

Elena hocha la tête, approbatrice, alors que Guillaume conseillait :

« Réserve vite, ils vont être pleins.

– Noté, je les appellerai demain. »

Le dîner fini, les trois invités ne tardèrent pas, car la semaine n’était pas finie. Johann fit semblant de râler après Guillaume qui ne voulait pas lâcher Elena alors que Yulian et Yuuki échangeaient une étreinte bien plus tendre et que la Japonaise embrassait très pudiquement la joue du grand Russe qui embrassa sa main en réponse.

Une fois qu’ils furent partis avec les chiens, Gael, qui débarrassait la table avec son oncle, remarqua avec amusement :

« Ils me font planer Yulian et Yuuki. Sérieux, on se croirait dans un film en noir et blanc !

– Ah ça, sûr que ça a un côté vieillot. Mais vu les deux, le contraire aurait été étonnant.

– Tu trouves ? Moi, un homme de cette époque, j’aurais plutôt cru qu’il prenait les femmes qu’il voulait sans leur demander !

– Son père le fait, apparemment. Mais ça aurait pu être drôle qu’il essaye avec Yuuki…

– Je pense qu’il aurait fini aux urgences.

– Je pense aussi. »

Ils rirent tous deux en apportant la vaisselle à la cuisine, puis Guillaume continua :

« Mais tu sais, pour ces époques-là, la galanterie, c’est pas un mythe non plus. Quand un homme de haute noblesse jugeait une dame digne de lui, il pouvait vraiment lui faire une cour tout à fait platonique pendant un bon moment.

– L’amour galant, c’est ça ?

– Ça, c’était plus au Moyen-Age, mais c’est l’idée.

– C’est assez sexiste aussi, en fait, de poser la femme comme jolie chose à conquérir.

– D’un certain point de vue, oui… Mais ça vaut toujours mieux qu’un droit de cuissage. »

Tsume, qui rangeait le frigo, les regarda :

« Eh ? Nani ? C’est quoi ça, “droit de cuissage” ?

– Un vieux mythe, répondit Guillaume.

– Ça a pas existé ? s’étonna Gael en posant la vaisselle dans l’évier.

– Oui et non, lui répondit son oncle en l’imitant. En fait, il y a toujours eu des connards qui ont profité de leur puissance pour se taper de la donzelle à volonté en abusant de leur pouvoir. Ça, rien de nouveau, ça va sûrement du néolithique à Balance ton porc et tout, hein.

– Mais on manque pas un peu de sources pour le néolithique ? sourit Gael.

– Un peu, faut admettre. Pour finir de te répondre, le droit de cuissage comme on l’entend, c’est-à-dire légal et autorisé, institutionnalisé, ça, ça n’a jamais été attesté. Et c’est cohérent : la plupart des civilisations exigent qu’une épouse arrive vierge au mariage, tu penses bien qu’il était impossible partout qu’un gars passe avant le marié…

– Ouais, c’est vrai que c’est logique…

– Par contre, ce qui est marrant avec le droit de cuissage, c’est qu’à peu près toutes les sociétés en accusent celles qui les ont précédées, pour bien montrer comme elles sont civilisées par rapport à ces barbares d’avant. »

Gael eut un petit rire :

« Je vois… Un peu comme les mecs de la Renaissance qui ont crié partout que le Moyen-Age, c’était de la merde ?

– C’est ça, même idée. Ils ont redécouvert des trucs jamais vraiment perdus, ont fait régresser un nombre de trucs de fou, et ça a été un festival jusqu’au XIXe, surtout pour les droits des femmes et des autres peuples, mais ils étaient persuadés d’être des génies qui avaient tout inventés. Alors y en a eu, hein, mais globalement, pas de quoi se pavaner à ce point quand on voit les siècles d’avant. Ils sont dans la continuité. »

*********

Le jeudi matin, après avoir été au marché avec Layla, Yuuki se posa un peu au salon, sur le canapé, avec l’ordinateur portable posé sur la table basse, pour regarder un peu les nouvelles du Japon.

Rien de transcendant dans les journaux de son pays natal, elle décida donc d’aller voir ses mails. Quelques minutes plus tard, elle inspira profondément et se frotta le visage avec ses mains.

Elle relut posément le message et se massa le front.

La fédération japonaise de kendo lui refusait définitivement de réintégrer ses rangs.

Elle avait cette fois épuisé tous les recours possibles.

Elle soupira, abattue, et prit son téléphone. À cette heure-ci, sa grand-mère devait être disponible.

Kaori était effectivement chez elle, tranquillement, car la neige tombait fort dans les petites montagnes de la région de Kyoto.

Contente d’avoir un appel de sa petite-fille, elle sentit très vite que cette dernière n’allait pas fort et écouta attentivement ce qu’elle avait à dire.

« … J’ai vraiment tout essayé…

 Tu n’as pas à t’en vouloir. Tu as fait ce que tu pouvais et je trouve déjà que tu as été très patiente.

Hm…

 Yuuki, tu as fait de ton mieux. Tu n’es pas responsable de ce qui arrive et tu n’as pas à laisser ces gens décider pour toi. La seule question que tu dois te poser, c’est ce que toi, tu veux faire. Et si eux ne veulent plus de toi, il ne faut pas que tu hésites à aller là où tu te sentiras mieux, là où tu as envie.

Hm… »

Il y eut un silence et, entendant Yuuki soupirer à nouveau tristement, sa grand-mère reprit avec douceur :

« Yuuki, est-ce que tu as envie de continuer le kendo ? »

Yuuki s’adossa au canapé, grave.

« Oui.

– Alors vas-y. Ne t’occupe pas du reste.

– Qu’est-ce qui te tracasse ? » insista avec autant de bonté que de fermeté Kaori.

Yuuki grimaça et finit par avouer :

« J’ai vu des messages sur internet, des commentaires à des articles… J’en ai reçu, aussi… Des gens qui disent que je devrais avoir honte, que je suis une honte pour notre pays… Que je devrais disparaître et me faire oublier… Hitomi Kurata a posté des choses quand elle a su que je demandais à intégrer l’équipe féminine… Elle disait qu’elle regrettait le temps où les personnes qui s’étaient couvertes de honte avaient le bon sens de laver leur honneur pour laisser le monde plus propre pour ceux qui en étaient dignes… »

Hitomi Kurata était la championne de kendo japonaise en titre depuis un an. Kaori sursauta, outrée :

« Quelle pitoyable bassesse… »

La vieille dame avait froncé les sourcils et reprit fermement :

« Yuuki, si cette personne vit encore à l’époque du Bushido, ça la regarde, mais c’est ridicule. Tu n’as rien fait, toi. Rien. Tu n’as rien à te reprocher, rien à te faire pardonner, surtout pas à des gens qui étaient les premiers à te porter aux nues, pour derrière te lâcher dans la boue sans même chercher à comprendre, alors qu’aucun d’eux ne t’arrive à la cheville. »

Yuuki eut un sourire. Sa grand-mère ne le savait pas, mais Hitomi Kurata avait été une de ses grandes fans quelques années plutôt, très collante lorsqu’ils se voyaient. Ce qui avait mis Yuuki très mal à l’aise, alors même qu’elle pensait encore être un homme.

« Ne t’occupe pas des gens qui médisent dans ton dos, ma fille. S’ils sont derrière toi, ce n’est pas pour rien. Tu n’as pas à avoir honte. Tu as été très courageuse. Si ce que tu crains, c’est qu’on te dénigre encore d’avoir rejoint l’équipe de France, oui, ces personnes t’attaqueront sûrement pour ça. Mais tu as tout fait pour revenir au Japon et quoiqu’ils en disent, tu ne vas pas aller t’enterrer dans un coin pour leur faire plaisir. Tu as encore beaucoup à vivre et à faire comme kendoka, comme femme aussi. Ne les laisse pas te dicter ta conduite. Tes choix sont les seuls qui doivent avoir de l’importance. »

Yuuki eut un petit sourire et haussa les épaules :

« Merci, Obâsama.

– De rien. Tu te sens mieux ?

 J’avais peur que tu m’en veuilles de tourner le dos au Japon…

– C’est le Japon qui t’a tourné le dos. Et tu sais ce qui me ferait vraiment plaisir ?

 Dis-moi ?

 Que tu réussisses comme femme ce que tu as échoué comme homme.

– Eh ?

 Reprends le sabre et va jusqu’au sommet. Montre à tous ceux qui t’ont traînée dans la boue qu’ils n’avaient rien vu et que tu es plus forte que tu ne l’as jamais été. »

Yuuki resta surprise, puis sourit à nouveau :

« Ça pourrait être une belle leçon pour pas mal de gens…

Oui. À commencer par toi.

 Je vais voir ça. Merci, Obâsama.

 De rien, rends-moi encore plus fière qu’il y a trois ans.

 Oui !

 Et sinon, tout le monde va bien ?

Oh… Oui, oui. Tsume ne va pas tarder, il est parti se racheter un micro-casque pour son ordinateur. Il a trouvé un petit boulot, tu sais ? Il est encore en test, mais il a pris contact avec un éditeur pour faire de la traduction.

 Oh, c’est bien. Tu lui souhaiteras bonne chance et bon courage !

– Oui, merci pour lui.

 Et ton ami russe ? Il va bien ? »

Yuuki sursauta et rougit jusqu’aux oreilles :

« Euh euh Yulian euh ben oui ça va, bredouilla-t-elle. Il est à son travail euh… Et voilà… Il m’a invitée au restaurant pour la Saint-Valentin… Tiens, puisqu’on en parle… Tu pourrais me dire comment tu faisais tes chocolats au caramel… ? »

Une douce odeur sucrée accueillit Tsume lorsqu’il revint, un peu avant midi.

Intrigué, le loup suivit ça avec intérêt, nez frémissant et oreilles bien droites, jusqu’à la cuisine, dès qu’il eut enlevé ses chaussures. Il découvrit sa cousine très concentrée devant une plaque de petits moules dans lesquels elle versait avec soin du chocolat fondu sur un cœur de caramel. Tsume, qui avait donc repris sa forme hybride, comme toujours lorsqu’ils étaient tranquillement tous les deux à la maison, se mit à remuer la queue et sourit :

« Yuuki, tu me dis si tu as besoin d’un goûteur ? »

Elle eut un petit rire en finissant de remplir les moules :

« Tout à l’heure, on verra, il faut que ça refroidisse…

Tu t’entraînes pour la semaine prochaine ? demanda-t-il en s’approchant.

Oui… Yulian aime beaucoup le caramel, je voulais essayer… » avoua-t-elle en rosissant.

Le sourire de son cousin s’élargit :

« Il a de la chance.

– Hein ?

– Gael me fait jamais de chocolats au caramel à moi. »

Il arborait une fausse moue triste des plus convaincantes et Yuuki gloussa :

« Je lui apprendrai, si tu veux. »

Ils rirent tous deux.

« Tu as l’air d’aller mieux ?

– J’ai appelé Obâsama, on a bien parlé… Elle te souhaitait bonne chance dans ton travail, d’ailleurs.

– Oh, c’est gentil. Elle va bien ?

– Oui, très bien. On a fait un point et j’ai pris ma décision.

– Ah. Et ?

– Je vais rejoindre l’équipe de France. »

Il hocha la tête, approbateur :

« Je crois que tu as une revanche à prendre.

– Oui, je suis bien motivée. Comme kendoka, comme femme, et surtout comme Japonaise… »

Tsume hocha la tête.

Il était persuadé que le Japon regretterait amèrement, et très rapidement, d’avoir laissé partir son ex-champion.

*********

Phil sortit dans la cour de récréation en s’étirant, un peu fatigué. Près de lui, ses amis, les deux faux jumeaux survoltés Léo et Léa, Radidja, la petite réfugiée syrienne, et Ugo, un tout petit binoclard très frêle, qui avait deux ans d’avance. S’il faisait la fierté de ses parents, il s’était aussi attiré la haine des deux caïds de la classe. Et il n’y avait que Phil et sa bande qui pouvaient le protéger de ceux-là.

Pas que les deux en question ne les laissent tranquilles, au contraire. Ils s’en prenaient à eux avec une régularité d’horloge suisse, ou plutôt essayaient. Car leurs insultes coulaient sur Phil comme une goutte d’eau sur du téflon neuf et la seule fois où ils l’avaient presque mis en colère leur avait quand même servi de leçon.

Phil n’aimait pas qu’on s’en prenne aux animaux. Mais il aimait encore moins qu’on s’en prenne à ses animaux.

Et ces garçons avaient sûrement eu une chance folle que Léo et Léa les voient avant qu’ils ne caillassent Yami, sagement posé sur la barrière de la cour en attendant la récré.

Le regard de Phil avait suffi à les terroriser et pour cause, ça n’était pas qu’un regard. Mais Phil n’avait plus cinq ans et il commençait à savoir gérer ses pouvoirs comme ses colères. Il avait inspiré un grand coup en tendant la main. Le corbeau était sagement venu d’y poser. Et le second coup d’œil sombre aux garnements en disait long sur ce qu’ils risquaient s’ils retentaient l’expérience.

Cet après-midi-là, Phil et ses amis allèrent dans leur petit coin de la cour, au soleil, car il faisait assez soudainement bien trop chaud pour un mois de février. Laissant les autres se mettre à jouer aux billes, Phil s’assit sur le banc en retenant un bâillement. Il était d’humeur maussade et pressé de rentrer. Passer la soirée avec Johann, c’était toujours cool.

Un peu inquiète, Radidja vint le rejoindre sur le banc :

« Ça va pas, Phil ? Tu es malade ? »

Il la regarda et sourit sans grande énergie :

« Ça va, je suis juste crevé. J’ai pas bien dormi, j’ai fait un rêve bizarre…

– Ah ?

– Oui, j’ai rêvé d’un espèce de gros chien noir monstrueux avec des cornes… C’était dans la forêt et il y avait des gens bizarres avec lui… Des grands guerriers avec des habits en fourrure… Ça m’a réveillé et j’ai pas réussi à redormir…

– T’as encore regardé ton frère jouer à un truc de monstres ? » demanda Ugo qui s’était approché.

Phil fit la moue :

« Non, pis un monstre comme ça, ça me dit rien… Si, il ressemblait un peu au gros Bahamut dans FF XV, mais en tout noir et ses cornes étaient courbées, pas droites… »

Le petit garçon resta distrait jusqu’à la fin de l’école. Il avait une drôle d’impression…

Yuuki et Layla vinrent les chercher et comme elles avaient fait des dorayakis pour le goûter, ils s’installèrent au salon pour manger ça avec un bon petit thé vert léger. Phil en oublia un peu son cauchemar et Tsume, qui avait passé l’après-midi à suer sur sa traduction, se joignit à eux. Yuuki était de bonne humeur, elle avait pu finir ses chocolats à temps et ils étaient bien plus réussis que ceux de l’année précédente à son goût. Elle se demandait un peu comment elle allait s’habiller pour la soirée. Elle avait passé une bonne partie de la journée à s’entraîner, et même après s’être douchée, elle avait remis un pantalon de sport noir et ample et un sweat en polaire de même couleur en attendant. Yulian aimait bien quand elle mettait un kimono, mais elle en avait trois et elle hésitait sur lequel choisir.

Gael rentra avec Messaouda vers 17 h 30. Johann l’avait déposé, mais ne s’était pas arrêté, désireux de ne pas perdre de temps et de faire rapidement ses devoirs pour être tranquille avec Phil, que Yuuki était censée lui amener vers 18 h 30, heure où elle devait rejoindre Yulian pour partir avec lui au restaurant qu’il avait réservé, et qui était tout de même à une petite demi-heure de route. Yulian n’avait pas eu tant de mal à accepter de lui laisser le volant lorsqu’ils allaient quelque part, puisqu’il n’avait pas de permis de conduire reconnu en France alors qu’elle si. Tout le monde se doutait que s’il en avait eu un cependant, il aurait sans doute eu plus de mal.

Layla, sa belle-sœur et sa fille les laissèrent peu après.

Tsume commençait à préparer le repas qu’il avait prévu pour son dîner en amoureux, un peu après 18 h, et Yuuki se disait que le bleu lui irait bien, en fin de compte, lorsque le téléphone sonna. Comme Gael se douchait, la Japonaise alla décrocher, intriguée :

« Allo ?

– Yuuki ?… Ah, j’ai appelé sur le fixe, bon pas grave…

– Johann… ? »

Le jeune homme avait l’air très inquiet.

« … Qu’est-ce qu’il y a ?

– Yulian vient de partir… »

Yuuki réalisa qu’elle entendait aussi les chiens aboyer avec force un peu plus loin.

« Quoi… ?

– J’ai pas vu… Mais les chiens sont fous et il a filé sans rien dire… Je le sens mal, là… Il m’a dit qu’il allait se doucher, et ça a cogné à la porte, il a été voir et j’ai pas vu qui c’était, mais j’ai entendu les chiens et le temps que j’arrive, je l’ai juste vu partir, mais déjà trop loin… Il a pas pris son tel ni rien… Et les chiens aboient comme des fous… »

Yuuki fronça les sourcils.

« Calme-toi, on arrive tout suite. »

Phil, qui était à côté, lisant un manga, la regardait avec de grands yeux :

« Ça va pas ?

– On arrive, Johann, d’accord ? insista-t-elle.

– Oui oui… »

Elle raccrocha, sourcils froncés. Elle n’aimait pas ça. Pas du tout.

« Yuuki ? » l’appela Phil en se levant.

Elle inspira :

« Phil, Yulian vient de filer sans rien dire… Et les chiens aboient, peut-être ils ont vu pourquoi…

– Hein ?!

– Je vais prévenir Tsume, tu veux bien on va voir ?

– Oui, oui oui, je mets mes chaussures ! »

Il fila et elle rejoignit la cuisine. Mis au courant, le loup la regarda avec gravité :

« Je vais appeler Guillaume et Lena. Et on vous rejoint avec Gael dès qu’il descend. Tu me rappelles s’il y a quoi que ce soit, d’accord ?

– OK ! »

Elle repartit vite chercher ses gants au salon et, voyant son sabre dans son étui, elle hésita et le saisit. Elle n’était vraiment pas tranquille et espéra un instant que ce n’était rien et qu’elle avait peur pour rien.

La nuit tombait. Elle rejoignit Phil qui avait mis sa veste et ses gants aussi et elle alla à la voiture alors que lui lui ouvrait le portail. Pendant qu’elle sortait, il siffla longuement et lorsqu’un croassement familier lui répondit, comme il refermait le portail, il leva le nez vers le corbeau qui volait au-dessus de lui :

« Yami, Yulian est parti de chez lui, essaye de voir si tu le trouves et viens nous dire !

– Crôa ! »

L’oiseau repartit et le garçon grimpa dans la voiture.

Ils y furent très vite et, effectivement, les deux chiens aboyaient toujours, au portail, Johann ne parvenant pas à les calmer. Yuuki eut à peine le temps de s’arrêter que Phil bondissait du véhicule pour les rejoindre :

« Du calme, du calme ! Je comprends rien, là ! » dit-il en entrant.

Cherny et Pesok le rejoignirent et il eut toutes les peines du monde à les calmer pour qu’ils puissent expliquer plus clairement ce qui s’était passé. Yuuki mit ses warnings et sortit de la voiture pour se rapprocher. Johann et elle se regardèrent, puis regardèrent Phil qui releva la tête :

« Ils ont vu un drôle d’oiseau noir qui faisait de la fumée apparaitre devant la porte et frapper avec son bec. Ils ne savent pas ce que c’était, en tout cas, ils n’avaient jamais vu ça. Quand Yulian l’a vu, il a sursauté et reculé… L’oiseau a dit quelque chose, mais ils n’ont pas compris, avant de disparaître en fumée… Yulian avait l’air très surpris et il est parti tout de suite… Ils disent qu’il n’était pas bien, qu’il avait peur et qu’il tremblait… Mais il n’a pas voulu qu’ils viennent, il leur a dit de garder la maison… »

Yuuki et Johann se regardèrent encore :

« Ça pue la magie noire… dit le garçon, de plus en plus inquiet.

Hm… opina Yuuki. Phil, est-ce que les chiens peuvent suivre son odeur ? »

Les chiens pouvaient et Yuuki se massa un instant les tempes :

« Johann, j’y vais avec Cherny, vous nous suivez avec Pesok dès que Tsume et Gael sont là, et on espère que Guillaume et Lena vont vite venir… OK ?

– Tu es sûre qu’on les attend pas… ? C’est peut-être vraiment dangereux…

– Je sais. Justement.

– Je viens avec toi. » dit Phil.

Ils le regardèrent avec surprise alors qu’il caressait la husky et ajoutait :

« Tu pourras pas parler à Cherny sans moi.

– … Tu es sûr ? demanda Yuuki.

– Oui. »

Johann n’insista pas, conscient de l’urgence de la situation, et il les regarda partir, très inquiet. Il le sentait vraiment mal…

Cherny courait vite et Yuuki et Phil suivaient sans trop de peine. Visiblement, Yulian avait pris la direction de la forêt. Ce que Yami leur confirma lorsqu’il revint vers eux, à la sortie du village. Le corbeau avait bien vu le grand Russe s’enfoncer dans les bois. Yuuki envoya aussitôt l’info aux autres.

Il faisait désormais presque nuit et, même si elle était claire, sous le couvert des arbres, il faisait sombre et bien plus froid. Cherny allait moins vite, flairant le sol avec plus d’application. Il y avait bien plus d’odeurs là que dans le village et sur le chemin. Phil était attentif et cette forêt bien trop silencieuse à son goût… Yuuki avançait, sur ses gardes. Pour elle aussi, cette forêt était bien trop silencieuse. Et ça lui rappelait deux choses : un troll et une roussalka…

Cherny s’arrêta soudain en grondant, et Phil et Yuuki se redressèrent pour voir ce qu’elle avait. L’enfant blêmit alors que la Japonaise sursautait et reculait d’un pas.

Face à eux arrivait, en grondant également, un très grand chien noir, écumant et définitivement pas normal. Il semblait fumer, des volutes sombres l’entouraient, ses yeux rouges brillaient et deux cornes incurvées ornaient son front.

Tétanisés, Yuuki et Phil ne durent de sortir de leur stupeur qu’à la sonnerie du téléphone de la jeune femme, qui les ramena à la réalité tous deux. Elle le prit sans quitter la créature des yeux alors que Phil balbutiait :

« C’est toi qu’il veut…

– Eh ?!

– Je comprends pas… Mais c’est toi… C’est sûr… Il veut ta tête… Pour son maître… »

Yuuki jeta le téléphone à l’enfant qui le récupéra et elle dégaina son sabre :

« Ah, tu veux ma tête… cracha-t-elle entre ses dents en s’avançant. Ben viens la chercher, saloperie ! »

Phil décrocha en tremblant alors que Cherny, toujours grondante, restait près de lui, bien décidée à le protéger :

« Oui ?…

– Phil ! Tu vas bien ?

– Tonton ! »

Le garçon soupira, soulagé, alors que Guillaume reprenait, plus inquiet que vraiment furieux :

« Qu’est-ce qui t’a pris d’accompagner Yuuki ! Où vous êtes ?

– Dans la forêt… Tonton, il y a le gros chien de mon cauchemar !

– Quoi ?

– J’ai rêvé d’un gros chien avec des cornes cette nuit et il est là ! Et il veut tuer Yuuki ! »

*********

Yulian se dit qu’il allait mourir avec un seul regret : ne pas voir son père être puni comme il le méritait par Guillaume et le reste de la bande.

Le reste, ça allait.

Lorsqu’il avait reçu le message, il n’avait même pas réfléchi. L’oiseau des ombres, l’ordre et l’ultimatum… Il avait couru sans perdre une seconde.

« Rejoins-moi à la Porte afin de payer tes fautes, fils ingrat, si tu tiens à la vie de ton frère et des chiens qui t’ont aidé à me trahir. »

Il savait que les autres allaient suivre et régler la question. Mais il devait gagner du temps. Il connaissait son père, ce fou vivant hors du temps et hors des lois depuis bien trop longtemps. Il ne pouvait pas prendre le risque qu’il sorte de la forêt et les attaque au village… Surtout s’il avait d’autres bêtes des ombres avec lui et Yulian avait peu de doute à ce sujet.

Il avait rejoint la forêt et la Porte sans se retourner. Pour y trouver, comme il s’y attendait, son père, le prince Léonti, Kirill et deux autres de ses frères, de ceux qu’il n’avait jamais vraiment connus et dont il ne se souvenait même plus du nom, s’il l’avait su un jour. Sans doute étaient-ils de ces jaloux insipides et rageux furieux de sa place d’aîné et trop heureux, ce jour, de le voir enfin condamné.

Kirill avait le regard éteint et voilé d’un être sous contrôle mental et Yulian sentit son cœur se serrer en le voyant. Et ne frémit pas face au grand chien des ombres qui était couché aux pieds de son père et le regardait de ses yeux rouges.

Il soupira. Son père était un puissant sorcier, il le savait… De là à rompre les règles pour venir ici le chercher… Sans dote un sort de téléportation interdit…

« Bonsoir, Père. » salua-t-il.

Ça lui semblait une façon correcte de commencer la conversation.

Il ne s’attendait pas à ce que son père ne réplique par une attaque mentale lancée avec rage et sans sommation, ce qui était une façon bien moins correcte de la continuer.

Ce fut plus la surprise qui paralysa Yulian alors que son père le rejoignait à grands pas et qu’il le sentait sonder son esprit. La douleur avait été réelle, mais elle ne dura pas et il brisa l’emprise sans trop de mal, repoussant mentalement et physiquement son père qui frémit en s’arrêtant à quelques pas de lui.

« Qui est-ce ?! s’écria-t-il.

– Hein ? Qui ? demanda Yulian en secouant la tête pour essayer de remettre ses idées en place.

– Cette femme qui occupe tes pensées ! Qui est-ce ?!

– Ah… Euh… »

Encore un peu étourdi de l’attaque mentale, Yulian, qui massait le front, ne vit pas venir le coup et ne put pas plus le parer. Il se retrouva donc au sol et ne put pas plus éviter le coup de pied furieux qui suivit et frappa son ventre, lui coupant le souffle :

« Maudit bâtard ! Me trahir pour une étrangère !… Comment oses-tu ! Souiller notre sang sacré avec une chienne orientale ! DUKH !! »

Le grand chien sauta sur ses pattes et accourut alors que son maître ordonnait en lui jetant un sort pour le guider :

« Va et rapporte-moi la tête de cette maudite ! Tout de suite ! »

La créature aboya, ou équivalent, avant de partir. Un nouveau coup empêcha Yulian de protester et se redresser et il ne put que se mettre en boule comme il put pour tenter de se protéger de ceux qui suivirent. Il entendit Léonti le maudire et lui reprocher en vrac et sans grande cohérence de l’avoir trahi et abandonné, de s’être enfui, comme un lâche, d’avoir laissé vivre sa mère, d’avoir perverti Kirill, tout ça pour une femelle d’Orient, maudite engeance, sûrement une succube des Enfers comme toutes celles de son sexe…

Lorsque cela prit fin, Yulian n’eut le temps de rien que des mains fermes le saisissaient pour attacher rudement ses mains dans son dos et il sentit une lame froide contre sa gorge :

« Tu mérites mille morts, mais tu paieras tes crimes en temps et en heure et Kirill les siens en m’offrant ta tête. En attendant, toi, tu vas faire ce que je t’ai ordonné. »

Yulian regarda son père désigner, non loin de là, le tas de pierres noires et de bois, la Porte du Second Monde.

« Ouvre cette Porte et conduis-moi à ta chienne de mère !

– Je crains que ça soit impossible… »

Yulian se redressa comme il put, haletant. Ses deux frères inconnus l’encadraient. La lame appuya plus fort et une goutte de sang perla.

« Tu crois être en position de me désobéir encore ?!

– Tu crois être en position de m’ordonner quoi que ce soit ? »

Indifférent à la lame, Yulian regarda son père :

« Tu n’as aucune chance face au Gardien de ce lieu. Tu as oublié toutes les lois de ce monde. Le Conseil de Saint-Pétersbourg ne te pardonnera jamais ça. Et celui de Lyon doit déjà savoir que tu es là… Tu es fini, Père. »

*********

Gael, son sabre gainé à la main, Tsume et Johann s’arrêtèrent un instant pour reprendre leur souffle, alors que Pesok flairait le sol avec soin, à l’entrée de la forêt. Ca faisait une petite pente depuis la route où ils avaient laissé la voiture.

« Bon, soupira Gael. On y est !

– Ils n’ont pas trop d’avance… J’espère que ça va aller… dit Johann.

– Il n’y a pas de raison, Yuuki et Phil ne doivent pas être loin…

– Ouais… »

Pesok repartit et ils suivirent. Le téléphone de Johann sonna et il soupira : Elena, enfin !

« Johann ? Désolée, j’étais en visite, j’avais laissé le tel dans la voiture… Il y a un problème ?

– Un gros ! On est dans la forêt, là, on cherche Yulian, il a filé après qu’un espèce d’oiseau noir chelou soit venu toquer à notre porte…

– Hein ?!

– On en sait pas trop plus… Yuuki et Phil ont filé devant avec Cherny, on les cherche avec Pesok…

– Vous avez appelé Guillaume ?

– Il arrive, il est en route… Mais il a eu nos messages à la fin de son cours à 7 h, donc il fait vite mais voilà…

– OK… »

Ils sursautèrent tous trois en entendant la voix de Phil :

« GAEL !! »

Yami croassa en arrivant près d’eux et Gael tendit les bras pour y serrer son petit frère de toutes ses forces quand il arriva :

« Phil !! Tu vas bien, mon grand ? Tu n’as rien ?

– Non non, ça va… Mais… »

Le corbeau se posa là et Gael lâcha Phil :

« Yuuki m’a dit de partir vous chercher et Cherny est restée avec elle… Elle a dit qu’elles s’occupaient du gros chien…

– Quel gros chien ?

– Le gros chien noir avec des cornes… Quand je lui ai décrit, Tonton a dit que c’était un chien des ombres…

– Un chien des ombres ?… répéta Johann et dans le téléphone, Elena cria :

– Quoi ?!

– Tu connais ? » demanda Johann.

Ils se remirent en route sans attendre alors qu’elle répondait :

« Oui et si j’attrape le cinglé qui a lâché ça dans notre forêt, ça va chier ! Soyez prudents, les garçons, j’arrive aussi vite que possible !

– D’accord, on fait gaffe, promis… »

*********

Le cri de Yulian fit rire ses deux frères et ricaner son père. Kirill était immobile, il tremblait parfois.

« Ouvre cette Porte !

– Crève ! »

Il y eut un silence. Léonti fulminait, mais Yulian ne cédait pas.

Un raclement de gorge les fit sursauter et ils regardèrent, à l’entrée de la clairière, la jeune femme androgyne qui s’avança, fixant le père de son ami d’un regard très sombre, son sabre ensanglanté à la main et dans l’autre main, la tête cornue de la créature qu’elle jeta négligemment aux pieds de son ancien maître.

« Yuuki… » souffla Yulian, aussi fasciné qu’alarmé.

Les deux frères reculèrent, impressionnés, et Léonti lui-même frémit alors que Yuuki essuyait ses lèvres d’un geste sec et secouait son sabre pour le débarrasser du sang restant.

« Quelle est cette sorcellerie ! »

Derrière Yuuki, Cherny approcha en grondant.

« Je vous présente Yuuki, Père… Qui est une simple humaine très douée au sabre… Comme vous voyez…

– Foutaises ! »

Léonti sortit sa propre épée :

« Comme si une femelle pouvait me vaincre !

– Méfiez-vous, elle me tient la dragée haute…

– Tu n’es qu’un faible ! »

Un sourire mauvais passa sur les lèvres de Yuuki qui brandit son sabre lorsqu’il se jeta sur elle avec un rugissement bestial. Elle para son attaque sans mal et le combat tourna très rapidement en sa faveur.

Elle esquivait sans peine ses attaques trop lourdes et lui se fatigua rapidement. Face à la large épée et aux attaques brutales, son agilité faisait des merveilles. Cherny, elle, avait bondi en aboyant et montrant les crocs jusque Yulian, faisant encore reculer les deux autres.

Lorsque Pesok bondit de sous les arbres pour la rejoindre, le sursaut de Léonti suffit à Yuuki pour frapper sa main avec force, envoyant voler son arme. Il jura et recula vers ses fils avec que Tsume et Gael arrivaient, suivis de Phil et Johann.

« Ça va ? » demanda Gael en rejoignant Yuuki.

Elle eut un sourire narquois :

« Ouais… Ça va… »

Johann rejoignit prudemment Yulian et s’accroupit derrière lui pour le détacher :

« Tu vas bien ?

– Oui, ça ira, ne t’en fais pas… Occupez-vous plutôt de Kirill… »

Gael réalisa alors, comme Tsume et Johann, la présence du garçon, qui tremblait toujours, toujours paralysé. Réalisant leur stupeur, Léonti ricana et ordonna :

« Kirill… Massacre-moi ces chiens ! »

Voyant le garçon faire apparaitre son épée et s’avancer vers eux d’un pas raide, Gael se figea alors que Yulian jurait à son tour. Tsume gronda, mais Johann se mit à trembler et se leva en disant, les yeux écarquillés :

« Kirill… Putain c’est pas vrai… »

Gael le regarda, sentant soudain quelque chose de très étrange grandir en lui :

« Johann ? Ça va ?… »

Mais Johann ne l’entendait pas. Il tremblait de plus en plus fort et continuait :

« … Qui est l’enfoiré de fils de pute qui lui a fait ça ! »

Yuuki s’avança et para sans peine le premier coup de Kirill, se demandant comment elle pouvait le maîtriser sans le blesser.

Gael sursauta en voyant des étincelles pétiller dans les mains de Johann.

Yulian se releva lentement et regarda lui aussi le garçon avec inquiétude.

Léonti et ses deux autres fils regardaient tout ce petit monde, lui furieux et eux plus inquiets. Léonti leur ordonna de le couvrir le temps qu’il puisse se concentrer pour lancer un sort.

Yulian jura dans ses dents en le voyant, mais il n’eut même pas le temps de faire apparaitre ses lames, pas plus que Gael de dégainer la sienne.

Johann avait serré les poings à s’en casser les doigts. Il fixait Léonti avec une colère effrayante et cracha entre ses dents :

« C’est toi ?… »

Léonti marmonnait sa formule. Yuuki repoussa Kirill qui tomba au sol avant de se relever mécaniquement.

Lorsque Léonti écarta ses fils pour lancer son sort, il fut foudroyé en une seconde par l’éclair qui jaillit des mains des Johann.

Léonti tomba au sol et Yulian, bien que stupéfait, rattrapa Johann qui vacilla. Kirill cria et tomba à genoux en prenant sa tête dans ses mains. Gael se précipita, Yuuki aussi, mais elle était plus sur ses gardes.

Kirill se redressa, tremblant et choqué. Il inspira un coup et Gael s’accroupit près de lui :

« Eh, Kiki, ça va ?

– M’appelle pas comme ça…

– Ah, ça va. Et cool, le sort qui fait qu’on te comprend marche toujours… »

Gael eut un petit rire et se releva avant de lui tendre la main :

« Ça me fait plaisir de te revoir.

– Désolé pour tout ça… 

– Je pense pas que ça soit vraiment ta faute… »

Johan, un peu sonné, bredouilla :

« Je l’ai tué… ?

– Oh non, ne t’en fais pas… soupira Yulian en frottant son dos, rassurant. Ce vieux fou est presque aussi increvable que moi… »

Yuuki secoua encore sa lame avant de la rengainer proprement. Puis elle s’avança vers Yulian qui lui sourit avant de sursauter lorsqu’elle l’attrapa par le pull pour le tirer et l’embrasser sans sommation.

Il la regarda avec des yeux tout ronds et elle lui dit froidement :

« Tu refais jamais un coup comme ça. »

Il cligna des yeux, ému, avant de la serrer dans ses bras en souriant :

« Promis. »

Les trois ligotés et gardés de près par les chiens et Tsume, la bande attendit. Elena fut vite là. Soulagée que tout le monde aille bien, elle ausculta tout de même Yulian qui n’avait rien de cassé et dont les ecchymoses seraient vite oubliées. Quant à Johann, il était crevé, mais rien d’anormal après avoir foudroyé quelqu’un. Il fut décidé qu’il devait d’abord se reposer et qu’on ferait un point après.

Guillaume ne tarda pas non plus. Il avait fait aussi vite que possible. Ils l’avaient appelé pour le prévenir que la situation était sous contrôle et il avait lui-même prévenu le Conseil pour voir avec lui que faire.

Il regarda les trois larrons, sévère :

« Bon. On a donc là trois personnes qui ont usé de magie interdite pour se téléporter ici sans avertir leur Conseil, dans le but de tuer Yulian et sa mère, avec du contrôle mental, interdit aussi, et en lâchant un oiseau des ombres dans le village pour aller chercher Yulian et un chien des ombres après dans notre forêt pour tuer Yuuki. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on a eu un cul de malade qu’il n’y ait pas de blessé plus grave et aussi que personne d’autre n’ait rien vu…

– Ça, c’est clair, opina Elena en croisant les bras. Vous avez assuré, chapeau ! » ajouta-t-elle pour la petite troupe.

Yulian hocha la tête :

« Qu’avez-vous décidé ?

– Qu’il était trop dangereux de laisser ces hommes ici. Nous allons les confier à la garde des elfes du Second Monde en attendant que le Conseil de Lyon ne joigne celui de Saint-Pétersbourg pour voir avec eux ce qu’on fait.

– Bien. »

Yulian traduisit les informations aux prisonniers et soupira lorsque son père se mit à l’agonir d’injures.

Guillaume avait été ouvrir la Porte. Désireux de ne pas prendre plus de risques, il ferma les yeux un instant pour appeler Akh. Ce dernier s’assura que personne ne pose de problèmes lorsque Guillaume et Yulian passèrent la Porte avec le trio. La simple aura du vieux démon calma les velléités de ce dernier.

« Eh ben, on s’en souviendra de cette Saint-Valentin !! » soupira Gael en s’étirant.

Tsume gloussa en le prenant dans ses bras :

« On va rentrer et je vais te faire le bon repas que j’avais prévu…

– Et un bon massage après ?

– Tout ce que tu voudras. »

Les deux garçons s’embrassèrent et Elena regarda Yuuki :

« Vous, vous allez être à la bourre…

Hm. Bah, pas grave…

– En tout cas, chapeau pour le chien des ombres… En tuer un seule, c’est plutôt impressionnant.

– Ah ? J’ai trouvé gros, mais pas si terrible. Dans forêt, il avait du mal avec les arbres… »

Phil vint vers elles, suivi des deux chiens :

« On peut rentrer ? Johann est très fatigué ? »

Le garçon était un peu sonné. Assis au pied d’un arbre, il sommeillait.

Elena le regarda et reconnut :

« Ouais, il sera mieux dans son lit, mais ça fait une trotte…

– On est venu en voiture, lui dit Gael. Si tu permets qu’on y aille ? Vous avez vos voitures aussi avec Guillaume ?

– Ouais, on fait comme ça… Allez-y. »

Tsume et Gael ramenèrent donc rapidement Phil et Johann chez ce dernier et retournèrent chez eux avec Yuuki. Cette dernière alla se rincer rapidement avant de mettre son joli kimono bleu, et elle fut prête juste à temps : Guillaume et Elena arrivèrent avec Yulian et Kirill.

Le Gardien et sa compagne ne firent que vérifier que tout allait bien avant de filer.

Yulian regarda Yuuki avec une tendresse infinie et soupira d’aise avant de lui tendre la main. Elle la prit et il l’embrassa avant de lui dire :

« J’ai prévenu le restaurant, ils nous attendent. Si tu permets que je passe me changer, nous y allons ?

– Avec plaisir. »

Kirill ricana, mais ne fit pas plus de commentaires. Il était épuisé aussi. Il les accompagna chez Johann, où ce dernier et Phil se faisaient très courageusement cuire des pizzas surgelées pour dîner. Ils ne virent aucun inconvénient à ce que Kirill se joigne à eux, sortant juste une autre pizza du congélateur. Yulian alla se préparer et revint dans un très beau costume noir, qui arracha cette fois-ci un regard tendre à Yuuki, et ils partirent tous les deux en saluant les trois garçons.

Ces derniers se posèrent devant la TV pour manger et c’est comme ça qu’Elena les trouva en rentrant, endormis, blottis sous des plaids, Phil contre Johann et Kirill à côté.

*********

Le lendemain, sans grande surprise, plusieurs personnes reçurent des messages les avertissant de diverses absences : Gael et Johann avaient dû attraper le même rhume que Phil et Elena, mais cette dernière espérait être assez retapée pour venir au cabinet l’après-midi. Guillaume aussi sécha la fac, ce qui ne gêna pas beaucoup d’étudiants. Yulian ne travaillant pas le vendredi, pas plus que Yuuki et Tsume, eux n’eurent pas besoin de se justifier.

Une fois n’est pas coutume, ce fut dans le salon de Johann qu’eut lieu le débriefing général, en fin de matinée. Tout le monde s’installa comme il put, Gael prétextant le manque de place pour squatter les genoux de Tsume sur un fauteuil. Phil grimpa sur un des accoudoirs du même fauteuil. Yulian et Yuuki s’assirent l’un à côté de l’autre sur le canapé, Elena se mit à leur côté. Johann, encore très fatigué et un peu choqué, emballé dans un plaid bleu sombre tout doux, prit le deuxième fauteuil et Guillaume le dernier. Kirill s’assit à califourchon sur une chaise ramenée de la cuisine, croisant ses bras sur le dossier. Cherny et Pesok se couchèrent devant le canapé.

« Bon, commença Guillaume. Alors on a peu de nouvelles, juste que Magdala a contacté le Conseil de Saint-Pétersbourg ce matin et ça a chauffé un peu… Ils envoient quelqu’un, on verra ce qu’il en sera. De toute façon, on n’est pas trop pressé… Les elfes ont enfermé nos amis sous bonne garde, le danger est écarté.

– Ça ne risque vraiment rien ? Père est un sorcier puissant.

– Non, Kirill, ne t’en fais pas. Même un sorcier humain très puissant ne peut rien face à la puissance des elfes. Tu peux nous raconter ce qui s’est passé ? »

Le jeune homme soupira et haussa les épaules :

« Rien de compliqué, vous devez déjà l’avoir compris. Je suis rentré à la fin de l’été, j’ai raconté que la mission avait été accomplie, que Yulian avait été tué, mais que je n’avais pas pu récupérer la tête, car nous étions dans un pays étranger où je n’en avais pas eu le droit. Père était furieux, mais c’est passé, enfin, je l’ai cru… Sa chère épouse a dû trouver ça bizarre ou vouloir se débarrasser de moi… Elle voulait qu’il n’y en ait plus que pour son fils à elle… Et le fait que je veuille en savoir plus sur ma propre mère ne leur a pas plu… Ils se sont vite doutés de quelque chose et comme je refusais de répondre, il m’a ensorcelé pour savoir la vérité… Après, ma mémoire est confuse… Ils ont dû monter le rituel pour se téléporter ici, il voulait forcer Yulian à tuer sa mère, me forcer moi à le tuer, et vous… Les Dieux seuls savent ce qu’il avait en tête…

– Alors, pardon, je vais être cash, intervint Gael, mais il est con ou il est con ? Il pensait vraiment pouvoir faire ça ? S’amener, tuer tout le monde, sans que personne ne fasse rien… ?

– Ça fait des siècles qu’il fonctionne comme ça chez lui, pourquoi ça marcherait pas ailleurs… » soupira Yulian.

Il semblait profondément triste. Yuuki prit sa main dans la sienne alors qu’il continuait :

« Je ne sais plus combien de fois j’ai averti le Conseil… À chaque fois que je passais à Saint-Pétersbourg, même à Moscou, je leur disais… Mais ils n’en avaient rien à faire… Le prince de Nichego, plus personne ne savait même qui c’était… Avec la chute des Tsars, la fuite de beaucoup, puis les communistes et maintenant Poutine, ils devaient se dire qu’ils avaient d’autres choses à faire… On nous a oubliés… On nous a vraiment oubliés… Et pendant ce temps, mon père devenait fou, de plus en plus fou, de plus en plus violent… Personne pour l’arrêter, alors c’était de pire en pire…

– Jusqu’à ce qu’il franchisse la ligne rouge… soupira Elena.

– Trop tard, lui répondit Yulian. Et ils vont jouer à se renvoyer la balle en disant que ça n’est pas leur faute… Et ils n’auront pas tort, parce que ce n’est pas plus la leur que celles de tous ceux d’avant, depuis des décennies, des siècles, qui n’ont rien fait… La faute de tous, donc de personne…

– Ils pourront le dire, reconnut Guillaume en croisant les bras, mais ça ne suffira pas aux autres Conseils. Celui de Lyon est furieux et les autres ne vont pas aimer non plus.

– Si ça peut leur apprendre à faire plus attention…

– Ben il faudrait… S’il y a des règles pour ne pas laisser de sorciers faire n’importe quoi où ils veulent, ça n’est pas tout à fait pour rien ! soupira Elena. Vous imaginez si quelqu’un avait vu et filmé le chien des ombres ?

– Une creepy-pasta de plus sur YouTube ! sourit Gael.

– Oui et non, lui répondit son oncle avec un sourire.

– Arrête, personne y aurait cru et je t’en trouve 500 autres, de ‘’vraies’’ vidéos de monstres !

– Je sais, ce n’est pas le souci. Bien sûr que la plupart des gens n’y auraient pas cru. Mais on en a déjà parlé, il y a des groupes de gens pas cools, très vigilants sur tout ce qui touche à l’occulte avec des intentions vraiment pas sympas, et si une vidéo tourne qui leur parait crédible, eux, ils viennent voir, et je ne veux pas de ces mecs-là par ici. Personne ne doit soupçonner l’existence de la Porte. C’est pour ça que tout ce qui peut attirer l’attention sur notre forêt doit être banni. »

Il y eut un silence, puis Johann demanda d’une voix peu sûre :

« Et moi dans tout ça ? C’était quoi, cet éclair ? »

Yulian eut un sourire alors que Guillaume et Elena échangeaient un regard. Ce fut elle qui répondit :

« Un truc qu’on avait envisagé sans pouvoir en être trop sûrs…

– Ah ?

– Ouais, enchaina Guillaume. Un reste du temps où ton corps a été habité par un démon de la foudre… »

Johann sursauta et il ne fut pas le seul.

« En fait, continua Guillaume, Akh m’a dit le soir même qu’il était possible que la présence de Viracocha dans ton corps laisse des traces…

– Dans l’état où tu étais, on a préféré ne pas en rajouter, te laisser te retaper, tout ça. On s’est dit que tu avais été très choqué et que si tu avais effectivement hérité de certains pouvoirs, ce choc pourrait les bloquer un moment, donc qu’on allait gérer ça tranquille.

– Mais pourquoi vous m’avez rien dit après… ? »

Elena et Guillaume échangèrent à nouveau un regard, cette fois clairement ennuyé, et elle avoua pour eux deux :

« Parce que le temps a filé et qu’on a juste oublié comme des cons… »

Ce qui fit rire tout le monde. Puis Guillaume reprit un peu plus sérieusement :

« Tes pouvoirs étaient en sommeil, c’est fréquent après des choses de ce genre. Tu avais besoin de temps pour te remettre de ce que tu avais vécu… Et c’est normal. Hier, ce qui s’est passé, c’est que tu as vu Kirill sous le coup du sort que tu avais toi-même subi, ça a réveillé beaucoup de choses en toi, surtout de la colère, et tes pouvoirs ont suivi.

– Combien de temps ils auraient encore dormi sinon ? demanda Johann.

– Aucune idée.

– Complètement aléatoire, ce genre de choses… »

Le jeune homme regarda ses mains :

« Ça me fait un peu peur…

– T’en fais pas, ça m’a fait pareil ! lui dit Gael et Tsume hocha la tête.

– Et moi donc, soupira Guillaume. Ça fait vraiment bizarre quand ça arrive sans qu’on soit prévenu… Mais tu n’as pas à t’en faire, continua-t-il gentiment pour Johann. Tu es plutôt très bien entouré pour apprendre à gérer ça tranquille. »

Il y eut un silence avant que le Gardien ne reprenne en regardant Phil :

« Il y en a un autre qui nous a encore surpris, hier…

– Moi ? s’étonna l’enfant.

– Ben ouais. On sait bien que tu as des pouvoirs et plus ça va, plus ça se confirme, mais là… Tu es sûr d’avoir rêvé du chien des ombres la nuit d’avant-hier ?

– Oui ! Tu peux demander, j’en avais parlé à mes copains… J’avais fait un cauchemar avec ce chien dans la forêt… Et j’avais aussi vu les gens qui étaient avec, mais ça, je m’en souvenais moins… »

Yulian sourit alors que les autres restaient surpris :

« La prémonition est un don rare.

– Oui, s’il se confirme, il va falloir être vigilant, approuva Elena.

– C’est bien comme don ? demanda Phil.

– Oui et non… Voir l’avenir, quand tu vois des dangers que tu peux éviter, c’est bien… Mais quand tu vois des choses contre lesquelles tu ne peux rien faire, c’est moins facile. » lui dit Yulian avec gentillesse.

Gael caressa la tête de son petit-frère, rassurant :

« Mais tu t’en fais pas, parce qu’on est là. On sera toujours là. Si tu as besoin, tu viens nous demander et on t’aidera. D’accord ?

– Oui ! »

*********

C’est en préparant le thé, l’après-midi suivant, que Yuuki se rendit compte qu’elle avait oublié d’offrir les chocolats aux garçons. Elle décida de le faire tout de suite, ce qui serait pratique puisqu’ils étaient tous là, les grands ados devant la console du salon, repartis sur Mario Kart,et Phil à la table, jouant aux cartes avec Yulian, Guillaume et Elena.

Tsume la remercia, Gael se frotta les mains en faisant de même, Johann aussi. Elle s’excusa auprès de Kirill, qui se demandait ce qui se passait, mais les trois autres lui assurèrent qu’ils allaient partager. Puis, elle rejoignit la table pour en offrir également à Guillaume et Phil, qui la remercièrent aussi, avant d’enfin tendre sa boite à Yulian qui lui sourit tendrement et se fit un devoir de se lever pour aller la prendre dans ses bras et lui faire un petit bizou rapide. Elle rosit, mais se laissa faire et répondit à son étreinte avec un sourire doux.

« J’espère ils vont te plaire…

– Je n’ai aucun doute là-dessus. Merci beaucoup. »

Le thé servi et les chocolats bien attaqués par tout le monde, Yuuki, toute contente qu’ils plaisent, s’installa à droite de Yulian, sur un coin de la table, avec l’ordinateur portable pour regarder un peu les nouvelles et ses mails, comme de coutume.

Rien de transcendant dans la presse… Mais elle sourit en voyant un message de son ami Ranmaru Samejima, un kendoka japonais, un des rares frères d’armes avec lequel elle était restée en contact. Lui ne l’avait jamais abandonnée, ne lui avait jamais tourné le dos. Et il se réjouissait d’apprendre qu’elle allait reprendre la compétition avec l’équipe de France.

« Ça ne fera pas plaisir à tout le monde, mais je suis vraiment très heureux à l’idée de te revoir bientôt en compétition. Entre nous, j’adorerais voir la tête d’Hitomi Kurata quand elle apprendra ça ! »

Yuuki sourit et le voyant, Yulian sourit aussi et caressa sa joue. Comme elle le regardait, intriguée, il demanda :

« Bonne nouvelle ?

Hm. J’ai des amis qui ne m’oublient pas.

– C’est bien. Garde-les. »

Elle hocha la tête et cliqua sur répondre pour le remercier.

Elle ne pouvait pas le lui dire, mais la nuit précédente, elle avait vaincu un chien infernal… Hitomi Kurata pouvait bien cracher tout son venin, elle ne pourrait jamais lui inspirer la moindre peur.

A suivre…

13 réponses à Drôle de Saint-Valentin ! – Une Histoire de famille 6

  1. SnnowW dit :

    Coucou !
    Bizarrement, t’es à la bourre.
    Tu sais que le 6ème veut dire qu’il y en a 5 avant ?
    Comme d’habitude, j’ai adoré.
    Bizoux.

  2. Pouika dit :

    Merci ! Décidément cette petite famille est superbe !

  3. Armelle dit :

    D’abord : Merci pour cette histoire absolument géniale !!!!

    Ensuite : Au début, je me demandais pourquoi une séance de psy avec Johann alors que son truc remontait à des mois et que tu n’en avais pas parlé avant (en tout cas tu n’as pas décrit de séances et j’ai même pas souvenir que ce soit mentionné…), mais à la fin j’ai compris le pourquoi du comment ^^ J’ai bien aimé la façon dont tu as traité les sentiments de chacun et tout et tout.

    Mon seul « reproche », c’est le combat contre Léonti… Il est beaucoup trop rapide et trop facile… Juste un éclair et paf il est hors service ? Même si il est sacrément imbus de lui-même, c’est quand même censé être un puissant sorcier… et ses deux autres fils qui ne servent à rien du tout… Je veux bien que Johann et Yulian soient très puissants mais Johann reste un gosse qui utilise son pouvoir pour la première fois, même si c’est en pétant un plomb… Non là pour moi ce passage n’est pas super crédible… Ou alors trouve de supers arguments pour me convaincre ^^ (autre que TGCM ou « le narrateur a toujours raison » ^^)

    Enfin : comme d’habitude… VIVEMENT LA SUITE !!!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @Armelle : Et bé quel pavé…

      Alors : Oui j’en avais pas parlé, mais ça me semblait pas déconnant qu’il aille voir un psy après ce qu’il a passé…

      Merci, cet arc-là (Le Devoir du Gardien, Sushi et Vodka et Drôle de Saint-Valentin) est plus centré sur Yuuki et Yulian, j’espère que ça n’a pas perdu… Les autres reviendront plus en avant dans d’autres histoires…

      Ouais, j’avoue que le combat est rapide. Les combats, j’ai toujours du mal… On peut tabler que Léonti a passé beaucoup d’énergie dans les sorts, la téléportation et tout, que du coup il est pas au taquet. Et puis, il se croit surpuissant… Il l’est pas tant que ça. Je sais que les frangins servent à rien, je pensais juste pas du tout crédibles qu’il vienne seul. Et Johann, ben il attaque fort sous le coup de la colère…

      Vala vala…

      • Armelle dit :

        Alors, non c’est pas déconnant du tout, bien au contraire ^^ C’est l’inverse qui n’aurait pas été « logique » mais vu que tu n’en parlais pas au moment des faits… Bref…

        Cet arc est super, comme l’autre, pas de soucis là-dessus ! Tu sais bien que j’adore Yuuri et Victor ! Oups ! Yuuki et Yulian ! *sifflote*

        Par contre le combat… tu m’as pas convaincue… Tu veux un coup de main pour le développer ? XD Déjà les frangins, ils auraient pu juste se jeter sur Yulian avec une épée pour essayer de le combattre (ils auraient fini à terre et assommés en deux coups par Yulian bien sûr). Léonti, je veux bien croire que le sort de téléportation, puis l’oiseau des ombres puis le chien des ombres, ça l’ait bien crevé ! Mais tu le dis pas… Ensuite, Johann reste toujours debout après son éclair donc je me suis dit qu’il avait pas mis toute sa puissance, sinon il se serait évanoui, comme Gaël (cf la toute première histoire ^^). Donc le vieux russe, qu’il prenne un bout coup de jus et sente le roussi, ok, mais je me suis dit qu’il pouvait encore se relever, même tremblant, de rage bien sûr, et qu’il faille que les autres attaquent pour pouvoir le ligoter et le mettre hors d’état de nuire ^^

  4. Haelya dit :

    bonjour,
    comment vas tu ?

    merci pour cette nouvelle, j’aime cet univers et j’ai toujours plaisir a le retrouver. j’ai grandement apprécié cet épisode.

    bisous
    Haelya

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