La Dame au Renard, Une Histoire de Famille 07

Synopsis : Le bac approche et nos jeunes amis s’y préparent avec plus ou moins d’énergie… Jusqu’à ce que le destin s’en mêle…

Pour les nouveaux venus, n’hésitez pas à aller lire les six nouvelles précédentes, sous peine de gros spoils si vous les lisez après celle-là !!

Ça commençait ici et ça continuait ici,  ici, ici, ici et ici.

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La Dame au Renard

Une Histoire de Famille 07

Nouvelle pour les huit ans du site 🙂

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« Y a forcément quelque chose dans ce secteur, c’est pas possible autrement…

– Ressortez les cartes, il faut qu’on regarde.

– Voilà voilà…

– Eh, gaffe à ma tasse !

– Pardon !

– Un peu de sérieux, messieurs.

– Pardon, monsieur !

– Mes excuses, monsieur !

– Vous feriez bien de boire un peu moins de café et de vous concentrer un peu plus…

– Allons, ma chère, ne soyez pas si dure. Alors, à vous, reprenez les informations, je vous prie.

– Oui, monsieur. Voilà, la créature est entrée en France par le nord, on suppose la Belgique, ou peut-être le Luxembourg. Elle était entre Nancy et Chaumont lorsqu’on nous l’a signalée. On a retrouvé sa trace au nord de Dijon, enfin plus ou moins, une vraie anguille… On a suivi sa piste, droit au sud… Et elle a disparu par ici, au sud-ouest de Lyon, l’été dernier.

– Pas plus d’informations et pas capables d’attraper une créature isolée ?

– On pense qu’elle était protégée par magie… Les rapports disent vraiment que malgré tous les sorts de détection, de pistage d’auras, elle leur filait entre les doigts…

– Voilà qui est possible… Ne préjugez pas des compétences de nos alliés, ma chère, certaines créatures sont très puissantes et savent se couvrir, notre tâche ne serait pas si compliquée, sinon. Savons-nous exactement de quelle créature il s’agit ?

– Une entité féminine, on a parlé de chants, mais ça reste très vague.

– Sans doute une sirène ou une succube…

– Sans doute, oui… Un rejeton des Enfers, dans tous les cas… Savons-nous plus de choses sur la zone où elle a disparu ?

– Ben, pas grand-chose…

– Bon sang, mais à quoi on vous paye ?…

– Cette zone est sous le contrôle du Conseil de sorciers de Lyon, madame. Allez-y enquêter, on vous regarde !

– Comment osez-vous…

– Silence. Il a raison, le Conseil de Lyon est une plaie… S’ils contrôlent la zone, ça ne va pas nous aider. Impossible d’aller enquêter tranquillement, il va falloir être très discrets…

– Vous voulez y aller quand même, monsieur ?…

– Vous voulez, vous, laisser un démon courir librement ici ?

– Mais le Pacte… Nous n’avons pas le droit de…

– Vous préférez laisser une succube en liberté ?!

– Euh, non, mais les accords… Euh… Euh… Je euh, je vais refaire du café… »

Une porte claqua.

« Il faudra se méfier de lui, il me semble peu fiable…

– Il n’a pas totalement tort, il va falloir être doublement prudent. Le Conseil de Lyon est puissant et nos dirigeants n’accepteraient pas une intrusion chez eux… Mais nous avons de la chance, beaucoup de personnes à Lyon sont comme nous, contre ce vieux Pacte ridicule qui nous empêche d’accomplir convenablement notre sainte mission. Nous devrions trouver des alliés sans souci.

– Que proposez-vous ?

– Il faut aller sur place, déjà. D’abord en toute discrétion, bien sûr, pour voir si effectivement, cette zone cache quelque chose. Activez vos réseaux, il faut trouver un prétexte, n’importe lequel, pour envoyer un de nos agents là-bas, coûte que coûte. »

********

Johann se massa les tempes et soupira un coup en regardant la demoiselle énervée qui lui faisait face devant le distributeur du lycée, une petite brune un peu ronde qui se voulait gothique. C’était la pause de 10h et il avait besoin d’un peu de carburant pour finir la matinée.

« C’est quoi, exactement, la partie que tu comprends pas dans ‘’non’’ ? »

Le jeune homme était d’un naturel patient, mais elle commençait à sérieusement lui peser sur les valseuses.

« C’est pas parce que t’as été raconter à tout le monde que je t’avais dit oui que je vais te dire oui, Cathy. C’est toujours non, je ne sortirai pas avec toi et j’aimerais vraiment que tu me lâches. T’as cru quoi là, qu’en allant mentir à tes potes, j’allais changer d’avis ?

– Mais ça va trop être la honte pour moi !

– Ben t’assumes ta merde, ma grande. Et tu m’oublies, parce que les harceleuses mythos, c’est vraiment pas ma came ! »

Il prit son café et tourna les talons en grommelant, pour rejoindre Gael et Kirill qui étaient sagement posés sur un banc.

« Houlà, ça va pas ? s’inquiéta Gael alors qu’il s’asseyait.

– Problème ? » ajouta Kirill.

Il avait rejoint leur classe depuis une dizaine de jours pour y passer les quelques semaines qui restaient avant le bac, plus un test pour savoir s’il pouvait s’intégrer qu’autre chose. Son retard en termes d’apprentissage était juste irrattrapable, il était vraiment question de tester ses capacités d’adaptations sociales. Le sort qui faisait qu’on le comprenait avait été levé en journée pour le forcer à se mettre au français, mais Yulian veillait à le réactiver lorsqu’ils étaient entre eux pour que son frère puisse communiquer sans trop galérer dans le privé.

Dans les faits, Kirill apprenait vite, mais il avait encore de gros soucis de comportement en société. Gael et Johann n’étaient pas de trop pour le canaliser, Yulian avait eu bien raison d’insister pour qu’il intègre leur classe. Elevé dans la violence et la dureté de la toundra, le garçon avait souvent bien du mal à ne pas répondre par la force lorsque quelque chose n’allait pas et ce n’était pas le nombre d’adolescents en manque de reconnaissance virile qui aidait, vu que certains avaient l’air de s’être donné le mot pour le provoquer, sûrement pour prouver leur « courage » à leurs potes, ou, du point de vue de Gael et Johann, leurs pulsions suicidaires.

Ce dernier soupira encore :

« Ben figurez-vous que cette gourde de Cathy a été raconter à ses potes que j’avais enfin accepté de sortir avec elle et elle est venue m’annoncer ça tranquille, genre du coup c’était bon, on sortait ensemble…

Chto ? [Quoi ?]

– C’est pas vrai… soupira à son tour Gael en levant les yeux au ciel, enfin au plafond.

– Alors je lui ai expliqué que non, elle a chougné que ouin elle allait se taper la honte, je lui ai dit que rien à foutre et je me suis cassé.

– T’as bien fait. »

Kirill opina du chef, ayant saisi le plus gros. Il avait assez été témoin des assiduités de la demoiselle envers son ami.

Elle n’était pas la première à avoir des vues sur Johann. A 19 ans, il était un très beau jeune homme, avec des cheveux toujours aussi longs et noirs, qui rendaient pas mal de filles jalouses, de beaux yeux gris, assez fin, dû à ses années de mauvais traitements, mais ces demoiselles ignoraient ce détail. Tout comme elles ignoraient son affinité toute neuve avec l’électricité. A leur décharge, il portait désormais un anneau ensorcelé qui la contenait, suite à des petits soucis de lumière vacillante lorsqu’il sursautait ou se mettait en colère. Personne n’avait fait le rapport au lycée, mais ça n’était pas la peine de tenter le diable ou un de ses cousins.

Johann n’avait rien, en théorie, contre une relation avec une demoiselle. Mais en pratique, c’était plus compliqué. Déjà, et c’était le principal, aucune ne l’intéressait particulièrement dans son environnement proche. Ensuite, il n’avait pas encore fini sa thérapie et fait la paix avec son passé, enfin autant que cela soit possible. Et donc, il ne se voyait pas du tout commencer une histoire dans ses conditions.

Ce n’était pas les avances plus ou moins fines de certaines qui l’aidaient et Cathy, qui le poursuivait de ses assiduités depuis des mois, persuadée d’être parfaite pour lui, ne l’aidait pas non plus.

Elle fantasmait sur son mystérieux passé en Amérique latine sans avoir la moindre idée de ce qu’il était et d’à quel point il était glauque.

« Cathy pas très malin, fit Kirill en s’étirant.

– J’aurais été moins poli, mais y a de ça, opina Gael.

– Vivement juillet que j’en sois débarrassé. » soupira encore Johann.

Il était à peu près sûr qu’il n’aurait pas son bac cette année, à cause de son retard, et Cathy n’aurait pas ce souci. Il n’était passé en terminale que de justesse. Kirill n’allait même pas se présenter, pour sa part, et Gael pensait que ça irait, même s’il n’était pas super motivé pour aller à la fac tout seul, ni pour y aller tout court, en fait, n’étant pas du tout sûr de ce qu’il voulait faire. Guillaume lui avait proposé de le former pour qu’il prenne sa succession comme Gardien, mais en insistant bien sur  

le fait que ça n’était ni obligatoire, ni même nécessairement urgent, ni que ça impliquait obligatoirement des études d’histoire de l’occulte. Du coup, il s’était bien pré-inscrit en fac d’histoire, mais sans conviction.

Johann but une gorgée de café en marmonnant et Gael tapota son épaule :

« Zen, zen, ça va aller…

– Ça me gaaaaave…

– Je vois ça, mais te gave pas de café pour ça, hein…

Da, café pas bon pour colère.

– Y a pas de tisane au distributeur… Par contre, ils ont remis des capotes…

– Toujours chocolat ?

– Non, fraise… »

Les trois jeunes gens sursautèrent en chœur en entendant :

« JOHANN ! »

Et se tournèrent comme un seul homme vers la grande blonde qui fonçait vers eux, furieuse, et se planta devant un Johann surpris pour s’écrier : 

« Non mais t’es vraiment un connard ! C’est dégueulasse de faire ça !…

– Euh, quoi ?

– Quoi, non mais en plus tu fais l’innocent ! Ça fait des mois que Cathy est à fond sur toi et tu fais genre tu l’ignores et tu l’envoies chier et là, ça t’amuse de lui dire enfin oui pour la jeter deux heures après ?! »

Johann en resta coi, les yeux ronds, alors que Gael, la surprise passée, rigolait. Kirill, lui, soupira avec dédain en secouant la tête. Ce qui ne calma pas la demoiselle :

« Quoi, ça te fait rire, toi ? C’est ton idée, c’est ça ?!

– Ah non, répondit Gael en levant les mains, toujours amusé. J’allais plutôt dire que j’admirais presque le talent avec lequel cette petite mytho a réussi à retomber sur ses pattes…

– Qui t’as traité de mytho, sale tarlouze ! »

Gael sourit, goguenard, mais ce fut Johann qui répondit avec humeur :

« Non mais sérieux, tu l’as crue, Sonia ? Genre, tu crois vraiment que j’ai que ça à foutre, moi, que ça m’amuserait, un truc pareil ? Cette meuf elle me harcèle depuis des mois, je lui ai jamais dit oui, elle se monte un truc en se disant que si elle va raconter sa merde, je pourrait plus refuser, je dis non quand même et derrière elle va faire sa pleureuse ?! Non mais t’es conne ou t’es conne ?! J’ai une vie, moi, j’ai pas de temps à perdre pour de la merde et putain, vous feriez bien de faire pareil ! »

Kirill ajouta avec un sourire :

« Triste comme gens ici rien dans tête… »

Gael opina et ça fit glousser Johann, mais elle se tourna vers Kirill alors que la sonnerie de reprise des cours retentissait :

« Toi tu la ramèneras quand tu parleras français ! »

Kirill s’était levé et ramassa son sac avant de lui dire :

« Pas besoin parler bien France pour comprendre vous juste débiles. Johann pas garçon à mentir à fille. Si toi Cathy pas d’accord, vous juste pas connaître.

– Je me lève et j’atteste, approuva Gael en se levant aussi.

– Putain, mais grave, oubliez-moi les filles… » grogna Johann en les imitant.

Leur espoir que cette histoire en reste là tourna court. Cathy et ses deux meilleures amies ne vinrent pas au cours suivant, parce qu’elle était trop malheureuse, paraissait-il, et dans la classe, la rumeur s’amplifia rapidement. Personne ne savait ce qui s’était vraiment passé, mais tout le monde y allait bien sûr de son avis et rares étaient les avis nuancés.

La tendance générale était que c’était une idée de Gael. Car une autre vieille rumeur en avait profité pour remonter fourbement à la surface. Lorsque Johann était arrivé au lycée, Gael s’était montré très attentif et protecteur envers lui. Comme on le savait gay, beaucoup de gens y avaient vu de la drague et pas mal même les avaient crus en couple. Il n’en était bien sûr rien, Gael prenait juste soin de son ami, conscient que réintégrer le lycée après tout ce qu’il avait vécu n’était pas évident. Mais une raison si simple ne pouvait pas être vraie, car pour beaucoup trop de ces jeunes gens, un gay ne pouvait pas être ami avec un autre garçon sans arrières pensées obscènes.

Du coup, l’idée était restée que Gael avait des désirs inassouvis sur Johann et que c’était pour ça que ce dernier n’avait pas de petites copines malgré le nombre de filles qu’il intéressait : Gael lui montait la tête pour se le garder pour lui, car, si certains voulaient bien admettre qu’il n’y avait rien entre eux, c’était tout de même impossible qu’ils soient juste amis et Gael avait surement quand même des vues sur lui.

Les deux garçons laissaient dire, ils avaient effectivement une vie et pas de temps à perdre avec ce genre de choses.

Donc, là, c’était reparti comme en 40 en mode « Gael a monté la tête à Johann pour qu’il fasse semblant d’accepter de sortir avec Cathy pour la jeter comme un connard derrière ».

Johann, Gael et Kirill apprirent ça de leurs amis Fatima et Victorien qui les avaient rejoints, pendant qu’ils mangeaient ensemble dans un coin de la cour. Les deux jeunes gens étaient en S, contrairement au trio qui était en L. Ils s’étaient installés au soleil, dans l’herbe, tranquillement. Gael soupira :

« Qu’est-ce que je suis méchant.

– Et pas un seul qui est venu nous demander ce qui s’était passé, tous à croire de la merde les yeux fermés !

– Comme d’hab, en fait…

– Ouais, pas faux… »

Le niveau général ne volait de fait souvent pas très haut.

« Je vais demander à Léna de me faire un certificat médical qui dit que les mythos n’ont pas le droit de m’approcher… soupira Johann.

– Ça se tente… »

La reprise des cours ne se fit pas dans une meilleure ambiance. Cathy en était au chantage au suicide et, si cette fois, la plaisanterie commençait à devenir lourde pour certains, ses deux meilleures amies étaient encore plus remontées et à l’entrée de la salle de cours, Sonia, la grande blonde, revint vers les garçons, furibarde, leur hurler qu’ils auraient la mort de Cathy sur la conscience et elle ne put en dire plus car la voix aussi douce que ferme de leur professeure la coupa :

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »

On entendit aussitôt les mouches voler dans le couloir.

Madame Maubry était un modèle de poche. Pas sûr qu’elle atteignait le mètre cinquante et elle ne devait pas peser très lourd. Elle approchait de la retraite et son autorité était indiscutable. Ses cours étaient parmi les plus calmes du lycée. Même les élèves les plus violents ne la ramenaient pas devant elle et rien que cela était plus que notable.

Elle était aussi une oreille bienveillante et attentive et une des très rares personnes à qui Johann s’était confié sur son passé, suite à un débat un peu houleux sur le viol et sur le consentement pendant un de ces cours, à la fin de l’automne. Pas que le garçon ait eu une réaction vraiment visible et la plupart de ses camarades n’avaient rien remarqué. Lorsque Gael avait levé la main pour demander s’il pouvait l’emmener à l’infirmerie parce que le poisson du déjeuner ne passait pas, tout le monde y avait cru, puisque que personne ne savait qu’il avait mangé des œufs durs.

Johann avait bien vomi tripes et boyaux, mais ça n’avait rien à voir avec les œufs. Gael n’avait rien dit, se contentant de frotter son dos. Lorsque ça s’était enfin arrêté, il avait été mouiller un mouchoir en papier pour essuyer son visage et lui avait demandé doucement :

« Je te ramène à la maison ? »

Johann était au bord des larmes, il n’avait pu qu’hocher la tête.

« Pas de souci, ça va aller. »

Il l’avait accompagné dans le hall, heureusement désert, l’avait assis sur un banc et lui avait dit en lui tenant la main, accroupi devant lui :

« Je vais prévenir le CPE et récupérer nos sacs et j’arrive… Tu veux que je prévienne Léna ? »

Johann avait encore hoché la tête, il était très pâle.

« OK, souffle un peu, je fais vite. »

Gael avait fait aussi vite qu’il avait pu, de fait, mais lorsqu’il était repassé dans la salle de classe, le regard de l’enseignante, grave, lorsqu’il avait dit qu’il ramenait Johann chez lui car il n’allait pas mieux, ne lui avait pas échappé. C’était elle qui avait répondu à un camarade qui grognait que « c’était pas juste qu’ils puissent se casser comme ça » que lui aussi en aurait le droit quand il serait majeur.

Lorsqu’elle avait revu Johann deux jours plus tard, elle l’avait retenu à la fin du cours sous prétexte de savoir comment il allait, et lorsqu’ils avaient été seuls, avec Gael qui attendait à la porte, les regardant, bras croisés, vaguement inquiet, elle s’était contentée de lui dire très gentiment qu’elle était là s’il avait besoin et pouvait tout lui dire, même ce qui l’avait rendu malade. La formulation avait arraché un sourire aux deux garçons et quelque temps plus tard, Johann avait pris rendez-vous avec elle pendant une heure de trou et lui avait tout raconté. Elle avait été réconfortante et bienveillante, l’assurant de son soutien et de sa certitude qu’il s’en sortirait. Elle s’était même fendue d’un appel à Léna pour la prévenir qu’elle pouvait compter sur sa discrétion et qu’ils n’hésitent pas à la prévenir si Johann devait manquer d’autres cours ou quoi que ce soit d’autres.

Pas étonnant qu’elle ait donc été immédiatement alertée lorsqu’elle avait entendu l’éclat de Sonia.

Cette dernière était soudain muette et ce fut Gael qui répondit :

« Rien Madame, apparemment, y a des filles qui n’ont pas compris que quand on parlait de consentement, ça valait pour les mecs aussi…

– Voilà qui est fort dommage, opina la prof.

– Non mais d’où tu la ramènes, toi ! repartit Sonia, ayant retrouvé l’usage de ses cordes vocales par un quelconque miracle. C’est quoi le rapport avec ton truc de consentement, là, d’où tu sors ça quand on te dit que Cathy veut se foutre en l’air !

– ‘Fectivement, grogna Johann en se renfrognant. Le consentement et le chantage, aussi… »

Sonia lui jeta un regard sombre, mais madame Maubry ne la laissa pas répondre :

« Bien, je note, mais nous avons un cours sur le feu, jeunes gens, alors rentrez vous asseoir en attendant. »

L’heure qui suivit fut d’un calme trompeur et personne n’était dupe. Madame Maubry ne put retenir personne à la fin, un CPE l’attendant pour lui parler à l’intercours. L’heure suivante était la dernière et les élèves étaient séparés puisqu’il s’agissait de cours de langue, Gael était en allemand et Johann en espagnol. Kirill avait négocié de ne pas en avoir, il profitait de ces heures-là pour aller travailler son français au CDI.

Le cours d’allemand fut très fastidieux pour Gael qui était avec Sonia et Cathy et les entendaient marmonner derrière lui. Ce prof n’avait pas la poigne de sa collègue et ses fréquents rappels à l’ordre restaient sans effet.

Le jeune homme quitta la classe rapidement, pressé de rentrer. Il passa récupérer Johann à la sortie de sa salle et ils filèrent, Kirill devait les attendre au parking.

Ce dernier était un peu plus loin, de l’autre côté de la route. Kirill les vit et leur fit signe, ils répondirent de même et allaient le rejoindre quand une voiture sortit en trompe du parking pour leur foncer dessus. Gael n’eut que le temps de pousser Johann, qui tomba plus loin, mais il ne put, lui, éviter complètement le véhicule qui le percuta et l’envoya au sol avant de filer.

Kirill s’était précipité et Johann bondit sur ses jambes pour courir vers son ami.

« GAEL !! »

Il tomba à genoux, blafard, mais Gael était conscient et leva une main tremblante :

« Je suis vivant…

– Tu as mal quelque part ?

– Mon genou… À gauche… »

D’autres avaient vu la scène et certains s’approchaient alors que d’autres retournaient dans le lycée chercher de l’aide. Johann tremblait, affolé et Kirill s’accroupit et posa une main ferme sur son épaule :

« Il faut tu appelles secours… »

Mais le garçon était trop choqué. Un surveillant arriva en courant :

« Merde, ça va ? Il s’est passé quoi ?

– Voiture folle, répondit Kirill en se relevant. Gael dit mal à jambe… »

Le surveillant s’accroupit à son tour, d’autres de leurs camarades étaient là et les discussions vives :

« Non ça va, il est conscient…

– Mais c’est quoi ce délire !

– C’était la voiture de Jerem, non… ?

– Tu crois ?

– Ouais, si, je l’ai vu aussi, et il leur a foncé dessus !

– Vous croyez qu’il a fait exprès ? »

Le surveillant était formé aux premiers secours, il appela vite les pompiers, dès qu’il eut identifié le problème, une possible luxation au genou. La caserne n’était pas loin et ils furent très vite là et confirmèrent le diagnostic. Gael était conscient et savait de pas avoir eu de choc à la tête, Johann était par contre toujours tétanisé.

Alors que le surveillant interrogeait les autres lycéens pour savoir ce qu’ils avaient vu, ainsi qu’une mamie qui passait par là avec son caddie vert à fleurs, Kirill, surveillant d’un œil les pompiers installer Gael sur une civière, prit son téléphone pour appeler son frère.

Yulian était à son travail, il décrocha pourtant sans attendre. Il savait qu’à cette heure, si son petit frère l’appelait, c’est que c’était important.

Kirill lui raconta rapidement ce qui s’était passé :

« Donc voilà, là on va aller à l’hôpital, on va laisser la voiture là. Tu peux prévenir Guillaume et Léna ? Moi sans le sort, j’arriverai jamais à leur expliquer…

– Pas de souci, tu as bien fait de me prévenir. Je vais voir ça tout de suite, n’hésite pas à me rappeler si besoin.

– D’accord, merci. »

*********

Phil avait faim et était pressé que l’école se finisse pour aller goûter. Ses jambes se balançaient et il était accoudé sans grande énergie à son bureau. Il savait déjà qu’il ne serait jamais un grand mathématicien…

Il sursauta comme les autres, le maître y compris, lorsqu’on frappa à la porte. La directrice entra et il fronça un sourcil quand elle le regarda, elle avait l’air embêtée :

« Philippe, tu peux venir, s’il te plaît ? »

Il obéit, vaguement inquiet, alors que ça chuchotait. Le maître cria « Silence » et lui sortit pour voir, dans le couloir, que Yuuki l’attendait et elle avait l’air très sérieuse. De plus en plus inquiet, il la rejoignit et elle s’accroupit pour lui dire en prenant sa main :

« Je suis désolée, Phil, je suis venue te chercher parce que Gael a eu un problème, ce n’est pas grave, les docteurs sont en train de le soigner, mais je me suis dit qu’il fallait vite on aille le voir. »

Le petit garçon avait tremblé :

« Gael ?… Qu’est-ce qu’il a ?

– Je sais pas tout, j’ai compris qu’il avait peut-être un genou cassé. Mais vraiment, c’est pas grave, ils font faire un plâtre et il rentre avec nous ce soir. »

Elle sourit doucement et caressa sa tête :

« Tu vas chercher ton sac ? On y va vite.

– D’accord ! »

Le petit bonhomme fila en courant et Yuuki s’inclina poliment devant la directrice qui eut un sourire gêné, toujours mal à l’aise quand la Japonaise faisait ça.

« Merci beaucoup.

– Oh, je vous en prie, c’est normal. Tous mes vœux de rétablissement à Gael.

– Merci, je lui dirai. »

Phil revint, toujours en courant, et ils filèrent sans attendre.

Tsume les attendait en trépignant dans l’Espace, à la place du mort. Phil grimpa à l’arrière et Yuuki se remit au volant. Elle jeta un œil à son cousin qui tapotait nerveusement son accoudoir.

Elle avait eu un peu de mal à l’empêcher de filer manu militari lorsque Guillaume avait appelé pour lui annoncer la nouvelle. Mais si elle lui avait tenu tête à 14 ans alors qu’il était fou de rage et sous sa forme de loup, il ne l’impressionnait pas plus avec dix de plus et elle était parvenue à le calmer, lui faire entendre qu’ils devaient aller chercher Phil et aussi et surtout qu’il devait lui laisser le volant s’ils voulaient avoir une chance d’arriver entiers à l’hôpital. Il avait obtempéré en grognant.

Yuuki connaissait l’établissement. Elle y avait passé une échographie pelvienne un peu après son arrivée en France, sur la demande de sa toute nouvelle gynéco qui souhaitait être sûre qu’elle avait tout ce qu’il fallait là où il fallait. Ce qui était le cas, même si elle n’avait pas, et toujours pas d’ailleurs, de règles régulières.

Kirill était au téléphone, dehors, non loin de l’entrée des urgences et il leur fit signe en les voyant approcher. Il raccrocha et vint à leur rencontre :

« Venez, il est dans chambre, attente d’un médecin, il expliquera… »

Ils le suivirent dans la chambre où Gael était alité, pâle, mais il sourit et leur fit signe. Assis sur une chaise à ses côtés, Johann avait repris quelques couleurs et leur sourit aussi.

Tsume et Phil se précipitèrent dans un ensemble touchant :

« Gael ! »

Il rigola en les voyant d’arrêter tous deux, pareillement effrayés de lui faire mal en lui sautant dessus, et il tendit la main droite à son frère et leva la gauche vers son amant. Phil accourut se blottir contre son flanc alors que Tsume prenait sa main pour la serrer, avant de se pencher pour l’embrasser. 

« Ça va… ?

– Oui, oui, ça devrait aller… »

Yuuki referma la porte et s’approcha alors qu’il expliquait :

« Alors les radios sont belles, d’après eux. Le genou est déboité, mais pas cassé… On attend l’avis du chirurgien, mais a priori on me plâtre et c’est bon.

– Tu vas bien alors ? demanda Phil en levant le nez vers lui. C’est pas grave pour de vrai ?

– Non, c’est pas grave. Le pire que je risque, ils ont dit, c’est que le chirurgien veuille m’opérer pour me mettre une broche, mais y a aucune raison. À mon âge, un bandage devrait suffire le temps que ça se retape.

– Et tu n’as pas mal ?

– Vu qu’ils m’ont filé quasi assez d’antidouleur pour alimenter une rave-party, ça va… »

Johann soupira :

« Plus de peur que de mal… »

Kirill hocha la tête. Il s’était appuyé contre le mur, face au lit, et avait croisé les bras.

Un peu plus tard, Phil, qui avait à nouveau faim, la peur passée, le signala et il partit avec Yuuki à la rechercher d’un distributeur conciliant. Tsume en profita pour s’asseoir dans le dos de Gael pour lui servir de dossier et il demanda :

« Bon sérieusement, c’était quoi cette voiture ? »

Johann secoua la tête :

« Perso j’ai rien eu le temps de voir.

– Pas plus, ajouta Gael en s’appuyant contre lui. Il me semble que c’est une voiture que j’avais déjà vue par là, mais pour le reste…

– Et vous pensez qu’elle a foncé exprès ? »

Un silence évocateur suivit que Kirill rompit :

« Moi oui.

– Tu crois… ? bredouilla Johann.

– Pas possible pas vous voir. »

Silence, à nouveau.

« Mais pourquoi… » balbutia Johann.

Kirill haussa les épaules en agitant sa main.

« Ça, pas compris, mais moi sûr lui pas possible pas vous voir. »

On frappa à la porte et à leur grande surprise, deux hommes entrèrent.

« Pardon, on cherche monsieur Gael Dalo ?

– C’est moi ?

– Et monsieur Johann Ravert ?

– Euh, oui, c’est moi… » »

Les deux inconnus échangèrent un regard et le plus grand d’entre eux hocha la tête et s’approcha du lit :

« Bonjour, lieutenant Devray, et voici l’agent Frontaux, nous sommes du commissariat, le lycée nous a avertis, on a déjà quelques éléments, mais on voulait votre version. »

Il leur montra poliment sa carte de police et Gael, qui les regardait avec surprise, répondit :

« Ben, on en parlait justement… En fait nous, on a pas vu grand chose et on a pas compris…

– On allait à notre voiture et celle-là est arrivée très vite, moi je l’ai pas vue venir… Gael m’a poussé et elle l’a percuté… raconta Johann en tremblant à ce souvenir. Elle a filé après, je crois, mais j’ai rien vu…

– Pareil, je l’ai vue et j’ai eu le réflexe de pousser Johann et depuis, j’ai mal…

– Vous avez quoi ?

– Genou déboîté, ils ont dit, on attend le chirurgien.

– Moi je dis pas accident, intervint Kirill. Voiture les a vus, pas doute… »

Les autres le regardèrent et le lieutenant lui demanda :

« Ah, vous devez être Kirill Nichego ?

Da. » répondit-il en sortant son téléphone et en lui faisant signe d’attendre.

Ils l’entendirent parler en russe et un instant plus tard, il écarta l’appareil de son oreille et mit le haut-parleur. La voix de Yulian se fit entendre :

« Est-ce qu’on m’entend ? Messieurs de la police ?

– Euh, oui, répondit Devray, surpris. Vous êtes ?

– Yulian Nichego, je suis le frère de Kirill. Il m’a demandé de traduire, il ne parle pas encore assez bien français pour vous expliquer. »

Le policier fit la moue :

« Euh, il nous faudra sa déposition.

– Pas de problème, je peux quitter mon travail pour venir sans attendre, si vous le souhaitez ?

– Euh, pas nécessairement, si vous pouvez passer demain… ?

– Sans souci, je ne travaille pas le vendredi. Ceci dit, il pensait que vous voudriez son témoignage sans attendre ?

– Ah oui, ça oui, volontiers. »

Yulian reparla un instant à Kirill qui hocha la tête et commença son récit, faisant des pauses régulières pour que son frère traduise sans peine :

« Il dit qu’il attendait près de leur voiture depuis au moins 5 minutes, peut-être 10. Il n’a vu personne sur le parking et aucune voiture n’a bougé pendant ce temps, aucun bruit de moteur ni rien. Il le sait parce qu’il a pensé que c’était rare qu’il entende si bien les oiseaux dans les arbres de derrière. Il est sûr que la voiture a démarré très brusquement après qu’il ait vu Gael et Johann et leur ait fait signe. Elle n’était pas loin de la route et vu sa trajectoire, elle ne pouvait pas ne pas les avoir vus. Elle a foncé droit sur eux avant de filer à toute allure. Il n’a pas pu voir avec précision la personne qui conduisait, il pense que c’était un jeune homme, mais il ne pourrait pas le reconnaître. »

Les deux policiers échangèrent un regard entendu et l’agent secoua la tête avec une moue blasé. Devray reprit :

« Merci beaucoup à vous deux. Si vous pouviez passer demain au poste faire votre déposition, ça serait parfait.

– Il ne devrait pas y avoir de problèmes. Merci à vous d’agir si vite, répondit Yulian et Kirill

opina. Si tout va bien, je vais vous laisser. N’hésitez pas à me rappeler si besoin. »

Yulian échangea encore deux phrases avec son frère, faisant sourire ce dernier qui raccrocha. Il y eut un petit silence que Johann interrompit timidement :

« Pardon, Lieutenant, mais euh… Vous avez une piste ?

– On a un suspect, répondit Devray. En cours d’interrogatoire pour autre chose, mais on va dire que ça sent mauvais pour lui. Jérémie Doloirs, est-ce que vous le connaissez ?

– Non… répondit Gael. On a une Doloirs dans notre classe…

– Sonia Doloirs ? s’enquit le policier.

– Euh, oui…

– C’est sa sœur.

– Ah… Il y a un rapport… ? »

Devray haussa les épaules :

« Qu’en pensez-vous ? » demanda-t-il.

Gael et Johann échangèrent un regard. Johann avait pâli :

« Non, c’est pas possible… On le connait pas, ce mec… ? »

Gael réfléchit un instant :

« On le connait pas, non… Mais c’est rien de dire que sa frangine, elle nous en veut !

– Non mais de là à… ? »

Johann était choqué. Kirill soupira, grave, et vint s’accroupir près de lui pour tapoter son dos. Gael faisait la moue, il finit par grogner :

« Si c’est ça, c’est vraiment n’imp’…

– Pouvez-vous vous expliquer ? »

Gael haussa les épaules :

« Sérieux, j’espère que ça a pas de rapport… En fait, cette nana, on lui a rien fait, son frère, on le connait pas. L’histoire, c’est qu’en… Euh… Mars, je crois ?… Avril, tu te souviens, Jo ?

– Avril, ouais, j’crois…

– Truc comme ça, la meilleure pote de Sonia, qui s’appelle Cathy euh, merde c’est quoi son nom de famille à elle déjà… ‘Fin bon, Cathy en avril, elle a été faire sa déclaration à Johann pour lui demander de sortir avec elle… il a refusé, elle a recommencé, euh, …

– Cinq fois, compléta Johann, fatigué. Jusqu’à ce que ce matin, à la pause, elle m’annonce comme une fleur qu’elle avait dit à tout le monde que j’avais enfin accepté… Genre comme ça paf, j’avais plus le choix… Sauf que si et que bon, ça faisait un moment que j’étais plus très poli avec elle, mais là je l’ai vraiment envoyée chier…

– Ouais, et elle l’avait pas volé, mais bien sûr, au lieu d’aller avouer qu’elle les avait baratinés, elle a été pleurer que Johann avait fait exprès de lui dire oui pour le plaisir de la jeter derrière, et bien sûr Sonia l’a crue et elle nous a fait chier toute la journée, en plus Cathy a fini en chantage au suicide, bref, vraiment un délire à la con…

– Et si je puis me permettre, pourquoi est-ce que vous y avez été mêlé, vous ? Juste parce que vous êtes ami avec Johann ?

– Pas que, aussi parce que comme je suis un sale pédé pervers qui le garde jalousement parce que je veux me le taper, c’était surement mon idée de faire le coup du oui et non à Cathy. »

Devray eut un sourire :

« C’est le cas ?

– Non, j’ai déjà un beau brun dans mon lit, répondit Gael en montrant Tsume qui gloussa. Et pour le reste, j’ai grave autre chose à faire que de monter des plans foireux contre une nana trop conne pour piger le sens du mot ‘’non’’. »

Devray sourit et Frontaux hocha la tête :

« Bon, ben je crois qu’on est bon…

– Ouais, on est bon. »

Devray expliqua :

« Pour tout vous dire, jeunes gens, Jérémie Doloirs n’est pas un inconnu pour nous. On l’a déjà dans nos dossiers depuis quelques années… Il s’est fait arrêter par des collègues vers 15h20 pour avoir grillé un feu rouge alors qu’il téléphonait au volant. Je vous épargne les détails, ils l’ont embarqué et de fil en aiguille, ils ont compris qu’il venait de faire une connerie… Et en regardant son téléphone, ils ont vu un échange de messages avec sa sœur qui parlait de vous, je vous épargne aussi les insultes et le reste, elle lui demandait de l’aider à vous donner une bonne leçon… Et vous connaissez la suite. »

Un long silence suivit. Johann était stupéfait, Kirill grave, il avait saisi le plus gros, Tsume grogna et Gael se reprit le premier :

« Putain, mais j’aurais l’impression d’insulter les bols d’eau tiède si je disais qu’ils ont que ça dans la tête… »

On frappa et Phil rentra, les bras chargés de paquets de diverses choses que la diététique condamnait sévèrement, suivi de Yuuki lui tenait la porte. Ils s’immobilisèrent en voyant les deux inconnus.

« Eeto… ?

– Euh, bonjour, les salua Devray.

– Bonjour, lui répondit poliment Phil en le contournant avec prudence pour rejoindre son frère. C’est le docteur que tu attendais ? lui demanda-t-il en face.

– Non, rien à voir, poussin, ce sont des policiers. Ils venaient nous demander ce qui c’était passé.

– Ah…

– Tu as ramené plein de bonnes choses, dis-moi ?

– Oui ! Avec Yuuki, on s’est dit que vous deviez avoir faim aussi ?

– Oui, c’est gentil. »

Johann secoua la tête et inspira un grand coup. Kirill frotta son dos. Tous eurent la pudeur de ne pas en rajouter devant le petit garçon. La chirurgienne arriva vite, quadragénaire assez mince,

sérieuse, mais aimable :

« Houlà, c’est le dernier endroit à la mode ?

– Tout à fait, bienvenue ! Madame ? l’accueillit Gael.

– Docteur Fauret, enchantée, monsieur Dalo ?

– Enchanté aussi… C’est vous qui allez me dire à quelle sauce vous me mangez ?

– C’est ça. Alors, pas une sauce trop indigeste, rassurez-vous. J’ai bien observé vos radios, vous avez une belle luxation du genou.

– Il parait oui, vos collègues la trouvaient très belle aussi.

– On a des goûts bizarres, on sait. Vu votre âge et l’absence de soucis antérieurs, je pense qu’un plâtre est largement suffisant. Pas besoin d’opérer, il n’y a aucun signe d’aucune complication interne. On va vous expliquer quoi surveiller et n’hésitez pas à rappeler si vous avez des doutes, mais vraiment, un bon plâtre, du repos et ça ira.

– Pardon, docteur, intervint poliment Devray. Pourriez-vous nous dire quelle durée d’ITT vous allez indiquer pour ce cas ? »

Elle lui sourit :

« Vous avez vos huit jours, large.

– Merci.

– Euh, pardon ? s’enquit Gael.

– Votre arrêt, lui expliqua-t-elle. Considérez que vous êtes en vacances pour deux mois.

– Ah ? Carrément ?

– Ah ben oui, six semaines de plâtre et après, il faudra reprendre doucement.

– Je considère donc que le bac, c’est mort ?

– Enterré, et désolée pour vous…

– Bof, plus à un an de retard près… Mais c’est quoi l’histoire des huit jours, là ? »

Devray sourit et expliqua :

« Pour nous, la gravité des faits et des sanctions se mesure aux dommages subis par la victime, donc, c’est un élément majeur dans un cas comme le vôtre. Il y a plusieurs paliers, pas de dommages, des dommages qui entraînent une incapacité de moins de huit jours, puis plus de huit jours, etc… On en reparlera plus calmement quand vous ferez votre déposition, ajouta-t-il en désignant discrètement Phil qui avait tout posé sur le lit et triait sagement les biscuits des chips et des bonbons.

– Pas de souci, mais moi, je vais avoir du mal à venir au commissariat.

– Je pense qu’on pourra s’arranger pour passer vous voir. »

Lorsque Guillaume arriva avec Yulian, le plâtre était juste fini et le personnel donnait les consignes. Tout allait bien, aussi décidèrent-ils de ne pas plus traîner. Yuuki approcha l’Espace de la porte pour que Gael puisse s’y installer, en travers à l’arrière. Tsume installa les deux sièges du fond pour Phil et Johann, ils s’installèrent, lui remonta à l’avant et ils partirent. Guillaume, Yulian et Kirill repartirent de leur côté, désireux de passer par le lycée pour y récupérer la voiture de Gael.

Ils prirent le temps de s’arrêter sur le parking. Kirill leur expliqua ce qui s’était passé et ils firent une reconstitution sommaire, dessinant un petit plan et évaluant grossièrement les distances. Yulian prit le volant de la seconde voiture et son frère monta avec lui. Le grand Russe s’était enfin arrangé pour obtenir un permis valide.

Alors qu’ils suivaient Guillaume, Yulian dit :

« Je sais à quoi tu penses. Mais pas de représailles. »

Kirill sourit, amusé, et le regarda :

« Tu me connais bien.

Comme si je t’avais fait, sourit Yulian.

Tu n’as pas à t’inquiéter. J’y ai pensé, je ne vais pas le nier. Mais un si pitoyable lâche ne mérite pas qu’on se salisse les mains pour lui. Je pense que la justice d’ici fera son travail et sinon, il sera toujours temps de voir.

Bien, tu deviens raisonnable.

– J’ai de bons professeurs. Je ne nie pas qu’à Nichego, je l’aurais tué sur le champ. La lâcheté est une chose méprisable. S’il avait été un homme, il l’aurait demandé en duel proprement au lieu de foncer sur eux avec une voiture comme ça…

– Les duels n’ont plus trop la côte, ici, de nos jours…

– Mouais… Ce n’est pas très glorieux.

– Autres temps, autres mœurs… »

*********

Tsume déposa délicatement Gael sur la canapé et ce dernier lui sourit :

« Merci, mon loup.

– De rien, ça ira ?

– Oui, ne t’en fais pas… »

Gael tendit le bras pour caresser sa joue :

« Tu vas pouvoir me dorloter deux mois, c’est plutôt cool, non ?

Baka… » [Idiot…] répondit tendrement Tsume avant de se pencher pour l’étreindre.

Ils s’embrassèrent avec tendresse, puis le Japonais reprit en se redressant :

« Je vais aider pour le repas, d’accord ? Il est tard, il faut pas traîner… Tu veux j’allume console ou télé en attendant ?

– Oh, non, t’en fais pas, j’ai vu que j’avais des messages de Fatou et Vic, je vais les appeler, ça m’occupera en attendant le repas… »

Tsume hocha la tête et lui fit encore un petit bisou avant de repartir.

Gael avait laissé un message sur la répondeur de Vic et s’apprêtait à appeler Fatou lorsque Phil le rejoignit. Le petit bonhomme grimpa à ses côtés sur le canapé et y resta agenouillé, l’air un peu ennuyé. Il se tordit les mains et demanda :

« Ça va ?

– Oui, ça va, merci, mon poussin.

– Tu me dis si tu as besoin de quelque chose, hein ?

– Promis. Et je veux bien un câlin. » répondit Gael en lui tendant les bras.

Phil sourit et vint aussitôt s’y blottir, faisant très attention à ne pas heurter sa jambe blessée. 

Il y eut un silence, puis Gael lui dit doucement :

« Je suis désolé si tu as eu peur. Mais ça va bien se passer, d’accord ? Ça va sûrement être un peu long et compliqué, mais ce n’est pas grave.

– Mais c’est vrai que la voiture elle a fait exprès ? »

Gael grimaça. Comment son frère faisait pour toujours réussir à entendre et comprendre les choses, même quand on était discret…? Il décida de ne pas mentir.

« On sait pas trop, répondit-il. Les policiers sont en train de chercher, ils nous diront.

– Mais pourquoi la personne dans la voiture elle t’en voulait ?

– Parce qu’elle est très très bête, j’ai l’impression… Mais on verra ce que dira la police.

– Johann, il dit que c’est sa faute… »

Gael soupira en levant les yeux au ciel.

« Johann, il est très bête s’il dit ça.

– Oui, c’est ce que Tata Léna lui a dit… Qu’il avait fait ce qu’il fallait et que c’était pas sa faute si les gens étaient cons.

– Ça se dit pas, « con », poussin…

– C’est comme ça qu’elle a dit, et pis arrête, tu le dis souvent aussi.

– Oui, mais moi j’ai le droit, je suis grand. »

Ils rirent tous deux. Puis Phil demanda, un peu anxieux :

« Dis Gael… Toi, tu vas pas mourir, hein ?

– Alors si sûrement un jour, mais dans très très très longtemps, ça m’ira bien.

– Encore plus longtemps, moi je préfère encore.

– D’accord, on va essayer, alors. » répondit Gael.

Il se mit à bercer son petit frère avec douceur.

« Je sais bien qu’en vrai on décide pas… reprit Phil. Et je sais aussi qu’on se retrouvera après avec Maman et plein de gens, mais j’ai pas envie d’être sans toi ici.

– Je sais, mon bébé… Moi aussi, j’ai pas envie.

– Chuis plus un bébé ! protesta Phil.

– Si, t’es mon bébé à moi. » répondit avec amusement Gael en le chatouillant.

Phil rigola et se dandina un peu. Ils entendirent toquer à la porte d’entrée. Un instant plus tard, Yuuki passa pour ouvrir et ils l’entendirent saluer aimablement :

« Oh, Layla, bonsoir.

– Bonsoir, je dérange pas ?… demanda leur voisine. Désolée, on s’inquiétait un peu ? Est-ce que tout va bien ?

– C’est très gentil. Oui, ça va. Gael est rentré, il a juste genou déboîté. Sérieux, mais pas trop grave, il faut juste beaucoup repos.

– Ah, hamdoullah [Dieu merci], Radidja a eu peur quand tu es venue chercher Phil…

– Oh, désolée…

– Non, non, il y a pas de mal. Bon, j’embête pas plus, on verra demain, hésite pas si vous avez besoin quelque chose. Bonne soirée !

– Merci, Layla, vous aussi. »

La porte se referma et Yuuki vint jeter un œil au salon. Voyant les deux frères toujours en mode câlin, elle sourit et leur dit :

« On est en train faire grosse marmite de pâtes, comme on avait pas prévu tout le monde pour ce soir… Ça ira ?

– Très bien, ‘vous prenez pas la tête, répondit Gael.

– Ah, j’entends voitures, ça doit être les garçons… »

Elle ressortit voir. C’étaient bien Guillaume, Yulian et Kirill. Ils se garèrent et un instant plus tard, rentraient. Guillaume était fatigué, il vint aussi voir au salon si tout allait bien et quand ses neveux lui eurent confirmé, il hocha la tête et soupira :

« On mange et on fait un point tranquille après, OK ?

– Pas de souci, on est pas pressé, lui répondit Gael.

– Oui, on est ni des citrons ni des oranges. » renchérit Phil.

Guillaume hocha encore la tête, avec un sourire cette fois. Si ça blaguait, c’était bon signe.

Il rejoignit la cuisine où ça n’allait pas aussi bien.

Comme l’avait dit Phil, Johann se sentait horriblement coupable. Assis à la table, il était accoudé, avachi dessus et au bord des larmes. Apparemment, ni Elena ni Tsume ne parvenaient à le dérider.

 » … Non, mais sérieusement, non, Johann, lui disait la doctoresse qui sortaient les couverts. Qu’est-ce que tu allais faire ? Tu n’allais pas te mettre avec elle, on est d’accord ?

– Non, ça non…

– Tu as fait ce qu’il fallait. Tu as été poli, tu as été patient, c’est normal que tu aies fini par t’énerver. Si elle n’a rien compris, si c’est parti en sucette et qu’ils se sont monté la tête, tu n’y es pour rien, tu n’y peux rien. Les seuls responsables, c’est eux.

Lena a raison, Johann, tu ne pouvais rien faire de plus que ce que tu as fait. » dit Kirill en arrivant à son tour dans la pièce.

Guillaume lui sourit :

« Ah magie du soir bonsoir, ça y est, on te comprend !

Oui, Yulian vient de réactiver le sort. Il est parti chercher les chiens avec Yuuki, d’ailleurs. Ils devraient faire vite s’ils n’en profitent pas pour faire des choses que la morale réprouve, en douce… » ajouta-t-il avec un sourire en coin en s’appuyant au rebord de la porte.

Il croisa les bras alors que les autres riaient doucement.

« Vivement qu’ils s’installent, soupira-t-il encore.

– Les travaux commencent bientôt, sourit Guillaume. Tu es pressé à ce point ?

D’avoir une chambre pour moi tout seul et plus ce grand dadais dans les pattes ? Et comment !« 

Ils rirent encore.

Le retour de Kirill avait posé problème, car à force d’accueillir tout le monde, les deux maisons commençaient à déborder un peu. En serrant, ils étaient parvenus à installer un second lit dans la chambre que Yulian occupait chez Johann, mais ça n’était pas la joie ni une vraie solution à long terme.

Guillaume avait alors levé la tête, un matin dans sa cour, et réalisé qu’au dessus du auvent où ils garaient les voitures, il y avait un vaste grenier inoccupé, reste de la grange initiale. En allant y faire un tour, il avait pensé que c’était assez grand pour en faire un petit loft confortable… Il avait fait vérifier la structure, le toit surtout, pour être sûr, mais c’était bien solide, en bon état et en fait, avec quelques travaux d’isolation et un raccordement à l’eau et l’électricité, un peu de plomberie et un bon coup de peinture, ça serait habitable sans problème. Pas immense, mais suffisant pour un couple.

Et comme il savait que Gael ne quitterait pas sa maison tant que Phil ne serait pas au moins au lycée, si pas étudiant, Guillaume avait proposé ça à Yulian et Yuuki, qui roucoulaient toujours et dont on sentait bien qu’ils aspiraient désormais à une certaine intimité.

Le couple s’était concerté et avait trouvé que c’était une bonne idée. Ils avaient par contre insisté pour prendre en charge une partie des travaux. Guillaume n’y voyait aucun inconvénient, il avait fait faire un certain nombre de devis et il avait été convenu qu’ils laisseraient le gros oeuvre à des professionnels, à la fin du printemps, pour s’occuper eux-mêmes des finitions, tranquillement, pendant l’été. Les artisans devaient se mettre au boulot une dizaine de jours plus tard.

Et Kirill était effectivement content de la perspective de récupérer la chambre pour lui seul. Il était aussi heureux pour son frère, qu’il avait toujours connu solitaire, de cet amour, même s’il ne le lui avouerait jamais. Yuuki était en plus une femme qu’il respectait profondément, après l’avoir considérée avec suspicion lors de leur rencontre, fâché qu’elle l’ait battu. Il avait admis depuis qu’une combattante de cette trempe méritait toute son estime.

Ce qui ne l’empêchait absolument pas de se moquer de Yulian et de ses « mimiques de pucelle » quand il recevait un appel ou un message de sa chérie. Moqueries qui lui valaient presque immanquablement de se faire attraper et la punition allait de l’ébouriffement à l’envoi au sol selon l’humeur de Yulian.

Kirill reprit plus sérieusement :

« Franchement, Johann, arrête de te prendre la tête.

– J’arrive pas à croire qu’ils aient décidé de nous foncer dessus comme ça… Ils auraient pu nous tuer, sérieux…

Ça n’a pas été le cas.

– Et maintenant Gael est blessé…

Gael t’a protégé. C’est ce que font les amis. C’est ce que j’aurais fait. C’est ce que tu aurais fait aussi. Tu le sais.

– …

– Kirill a raison, Johann, soupira Guillaume. Et ce n’est pas parce que ça aurait pu être bien plus grave qu’il faut t’en rendre malade.

– C’est vrai ça, avec des « si », on fait de la musique ou on coupe des arbres… Mais ça sert à rien de s’en rendre malade. Gael n’a rien de grave et il va se remettre. Les seuls responsables, ce sont ces petits cons, personne d’autre, et surtout pas toi.

– Pâtes cuites dans deux minutes… » les coupa tranquillement Tsume qui venait d’en goûter une.

Il regarda les autres :

« Et la bolo aussi, alors on me met la table hop hop hop ! »

Guillaume se mit au garde à vous :

« Oui chef ! Allez, venez m’aider les garçons, on va s’installer à la salle à manger, il faut bouger la table. »

Kirill se redressa en hochant la tête et Johann se leva sans grande énergie. Ils suivirent Guillaume juste au moment où Yulian et Yuuki revenaient avec les chiens qui trottèrent joyeusement pour saluer les autres bipèdes. Yulian fut sans sommation embauché par Guillaume pour les aider à bouger la table. Le Russe obtempéra alors que son amie allait voir où ça en était dans la cuisine.

Un peu plus tard, elle apporta la grande casserole de pâtes bolognaise fumantes alors que Tsume et Lena la suivaient avec les couverts. Ils mirent rapidement la table et s’installèrent.

Ils mangèrent sans attendre et comme Phil s’endormait sur son assiette, Guillaume le porta dans sa chambre. Il l’aida à se mettre en pyjama et le coucha.

« Hmmm… Je vais être fatigué demain… » bâilla le garçon.

Guillaume sourit et s’assit au bord du lit :

« Tu veux rester ici demain ? Tranquille avec ton grand frère ?

– Je peux ?

– Si tu veux, oui, tu as envie ? »

Le petit bonhomme remua dans son lit et Guillaume caressa sa tête :

« Ça sert à rien que tu ailles à l’école si tu es trop inquiet pour ton frère, tu vas pas être bien, tu vas passer une mauvaise journée et tu vas pas bien apprendre. Tu sais, quand on est pas bien, ça sert à rien d’aller à l’école ou au travail, il faut mieux rester tranquille à la maison. Alors si tu as envie, si tu préfères rester avec ton frère demain, c’est pas un problème.

– Je veux bien alors… Merci, Tonton.

– De rien, poussin. »

Guillaume se pencha pour embrasser son front :

« Fais de beaux rêves. »

Guillaume redescendit en retenant un bâillement. La journée avait été longue… Il devait encore passer à la fac le lendemain récupérer les copies des partiels des étudiants. Les cours étaient finis depuis dix jours pour lui, mais pas son boulot d’enseignant ni de chercheur.

Tous les autres étaient encore au salon, dispatchés entre les fauteuils et le canapé, avec quelques chaises en plus. Yuuki avait fait une grande théière d’infusion et en servait à qui voulait alors que Tsume fouillait dans le confiturier, qui ne contenait pas de confiture, mais la réserve d’alcools divers de la maison, dont les liqueurs et les digestifs, que le Japonais recherchait ce soir-là. Il sortit une bouteille et demanda :

« Verveine ?

– Avec plaisir, répondit Yulian. Tu en voudras, Guillaume ?

– Ouais, volontiers. »

Tsume sortit des petits verres et revint s’asseoir sur le canapé, à côté de Gael et Johann. Il posa le tout sur la table basse et servit Guillaume, Yulian, Kirill, Johann et lui-même. Guillaume s’assit sur un fauteuil laissé vide et se frotta le visage. Lena n’était pas beaucoup plus en forme. Elle lui sourit en prenant son mug de tisane, de la verveine aussi, elle, sans alcool :

« Vivement ce soir qu’on se couche, hein ?

– Grave… Je crois pas que je serai très tôt à la fac demain… soupira-t-il en se penchant pour prendre le verre que lui tendait son filleul. Merci, Tsume. Bon, j’ai proposé à Phil qu’il reste avec vous demain, il était d’accord.

– Ah, c’est gentil, lui répondit Gael. J’y avais pas pensé, c’est vrai que ça l’a secoué…

– C’est normal. Y a pas de souci. Il retournera à l’école lundi, ça sera pas grave.

– Je peux demander à Layla qu’elle nous donne notes de Radi, intervint Yuuki avant de souffler doucement sur sa propre tasse.

– Oui, on verra, Phil n’a pas de problème, il pourra rattraper un jour et demi sans souci, opina Guillaume. Mais bon, c’est plus votre cas à vous qu’on doit discuter, là. » ajouta-t-il en regardant Kirill, Gael et Johann.

Il y eut un silence. Lena finit par prendre la parole :

« Bon, pour Gael, c’est plié. Six semaines de plâtre, plus la rééducation et tout, on peut raisonnablement faire une croix sur le bac cette année. Pas que tu puisses pas formellement avec un fauteuil, mais la fatigue et les médocs vont t’empêcher de bosser, tu pourras pas réviser ni beaucoup te concentrer, donc bof.

– J’y comptais pas, en fait, répondit Gael en prenant le mug que lui avait attrapé Tsume. Bon, c’était pas spécialement mon rêve, mais je peux retaper ma term’, ça me gêne pas…

– Vu ce que tu étais motivé pour la fac, c’est peut-être un mal pour un bien… reconnut Guillaume avec un haussement d’épaules. La question est plutôt pour Johann et Kirill.

Moi votre bac, j’en ai pas grand chose à faire.

– Moi, je sais que je l’aurai pas, alors… » fit mollement Johann avant de boire une petite gorgée de gnôle.

Il y eut un silence avant qu’il ne reprenne en tremblant :

« C’est plutôt que là… Retourner au lycée… Sérieux là, je vais pas pouvoir…

– Ça, c’était l’autre question. » reprit Lena.

Il y eut un nouveau silence et ce fut Yulian qui l’interrompit :

« On en a parlé en rentrant de Lyon, on se posait la question.

– Vu les circonstances, on comprendrait que vous vouliez changer de lycée, expliqua posément Guillaume en se penchant un peu pour s’accouder à ses genoux. Et on arrive en mai, donc on peut aussi estimer que cette fin d’année est pliée. On sait que ça a vraiment été un coup dur pour toi, Johann. Et personne ne t’en veut. Que tu ne veuilles pas retourner là-bas, revoir ces gens après ce qui s’est passé, c’est normal.

– C’est l’inverse qui ne le serait pas, ajouta Lena.

– Ouais, opina Guillaume, et Yulian, Tsume et Yuuki hochèrent la tête.

– Donc, la question serait : voulez-vous retourner là-bas en septembre ou pas ? » acheva Yulian.

Il y eut un nouveau silence. Gael but un peu d’infusion avant de demander :

« Bonne question. Je dirais que c’est un lycée que j’aime bien, mais là, normalement, à peu près tous nos potes vont avoir le bac et puis, y a quand même pas mal de passifs, les rumeurs et tout, donc c’est vrai que recommencer la term’ en terrain neutre, j’y avais pas pensé, mais pourquoi pas.

Moi je m’en contrefous.

– T’en dis quoi, Johann ? » lui demanda Gael.

Le jeune homme finit sa verveine avant d’hausser les épaules :

« Pourquoi pas, ouais, moi j’ai vraiment pas envie d’y retourner… Là c’est bon, ça doit ragoter à fond, sérieux ça me saoule… Mais on a quoi comme autre lycée ?

– Je sais pas trop, mais je peux me renseigner, répondit Guillaume avant de vider son propre verre. Il y a le privé, je crois qu’il a assez bonne réputation… En public il y en a un autre, mais ici on en dépend pas et je crois qu’ils sont super chiants sur la carte scolaire… Donc pas dit qu’ils acceptent que vous changiez comme ça.

– Même après une histoire pareille ? s’étonna Lena.

– Je sais pas, ‘faut voir… Si on part du principe que vous laissez tomber pour la fin d’année, ça vous laisse le temps de voir ça tranquille pour septembre, répondit Guillaume.

– Ça ferait pas trop cher, le privé ? demanda Johann.

– Ben ça aussi, ‘faut voir… »

*********

Le lendemain, Johann débarqua avec Kirill, Yulian et des croissants vers 9 h. Yuuki ne put que les accueillir avant de filer, elle devait aller aux courses avec Layla. Elle prit le temps d’échanger un baiser avec Yulian et d’assurer ce dernier qu’elles n’avaient pas besoin d’aide.

Tsume, Phil et Gael s’étaient installés au salon pour prendre leur petit-déjeuner, plus pratique pour Gael. Ce dernier avait les traits tirés. Il accueillit ses amis avec un sourire las.

« Tu veux aller te recoucher ? » lui demanda Johann en s’asseyant.

Tsume alla refaire du café, Kirill l’accompagna.

« L’agent Frontaux a appelé, il a dit qu’ils passaient vers 10-11 h, je me recoucherai cet aprèm.

– Ah, on a bien fait de venir, alors, dit Yulian en s’asseyant à son tour. Comment tu te sens ?

– Crevé. Normal. J’ai très mal dormi et clairement pas assez… Impossible de trouver une bonne position… J’ai pas dérangé Tsu, mais il faudra que je voie à dormir ailleurs, la nuit a été super longue, j’aurais préféré pouvoir bouquiner ou un truc… »

Il retint un bâillement. Phil le regardait avec inquiétude. Kirill revint avec des tasses propres qu’il posa sur la table basse.

« Il y a des potions pour soulager la douleur… Celles de tes médecins n’ont pas fait effet ?

– Pas assez… Et puis pas envie de trop me défoncer non plus. Surtout tant que les flics ne sont pas passés.

– Sage décision, approuva Yulian. Comment tu vas, toi, Phil ?

– Ça va, répondit le petit garçon. J’ai bien dormi, j’ai fait un joli rêve.

– Ah, c’était quoi ? sourit le grand Russe.

– Je me souviens pas de tout, mais j’étais dans la forêt et je me promenais et il y avait un grand renard, alors on se promenait ensemble, il était gentil… Et puis on jouait et c’était bien et je l’ai raccompagné… Il m’a dit qu’il vivait avec une dame très gentille et je l’ai vue qui l’attendait plus loin… Elle avait l’air gentille… Enfin je crois… Enfin, j’étais content quand je me suis réveillé, c’est un peu bizarre. »

Tsume revint avec une cafetière fumante, il servit tout le monde et s’assit aussi à côté de Gael pour passer son bras autour de lui, le faisant sourire.

« Au fait, la ménagerie est où ? demanda Johann.

– Tous sortis après leur petit-dej’, répondit Gael. Besoin de se dégourdir les pattes et les ailes, il parait.

– Oui, c’est le printemps alors ils aiment bien aller courir dehors, expliqua Phil en prenant un croissant, qu’il donna à Gael.

– Merci, poussin.

– Courir, ouais ouais, sourit Johann, les faisant rire.

– Oh, ils courent sûrement aussi… fit innocemment Yulian en prenant sa tasse.

– Et toi, Johann, ça va ? s’enquit gentiment Gael.

– Pas très bien dormi aussi, reconnut Johann. Sinon ça va, j’avoue que l’idée de plus avoir à remettre les pieds au lycée m’a vraiment soulagé… Je risquais vraiment de tuer quelqu’un, là…

Risque similaire de mon côté.

– Il vaut mieux éviter, ça ferait des soucis à n’en plus finir… sourit Yulian.

– Ils ont été méchants à ce point ? demanda Phil.

– Non, mais vraiment méchants, lui répondit son frère. Enfin, disons que c’est pas fait exprès, c’est juste que comme je te disais, ils sont très bêtes, du coup, c’est très fatigant et ça finit par être très énervant. Et quand on est très énervé, on peut se mettre très en colère et là, on risque de faire très mal.

– Ah, ça je sais… Et c’est dur de se retenir. Quand Paul et Didier embêtent Radi ou Ugo, des fois j’ai envie de les taper très fort aussi… »

L’enfant se prit un croissant alors que les adultes souriaient. Gael caressa sa tête :

« C’est pas grave d’avoir envie, l’important, c’est que tu le fasses pas.

– Oui, je sais… Je le fais pas parce que ça serait être aussi bête qu’eux et j’ai pas envie.

– C’est très sage, ça, sourit encore Yulian en opinant du chef.

– C’est Tonton qui m’a expliqué… Que les gens intelligents, ils parlaient pour régler les problèmes calmement et que les insultes et les bagarres, c’était pour les gens bêtes. »

Yulian hocha encore la tête avant de jeter un œil à son frère qui mangeait un croissant.

« Tu devrais méditer là-dessus.

Ah, la ferme !« 

Ils rirent et Yulian reprit tranquillement :

« Je te taquine, tu as fait d’énormes progrès.

J’ai de bons professeurs.« 

Le téléphone sonna, les faisant sursauter. Phil, voyant Tsume toujours accroché à son frère, se leva vivement pour aller décrocher.

Les autres sourirent encore.

« Allô ? … Bonjour, madame… Oui, il est là. Attendez, je lui apporte le téléphone. »

Il revint vers Gael :

« De rien, madame. Bonne journée. »

Il lui tendit l’appareil :

« Tiens, Gael, c’est pour toi.

– Merci, mon bébé.

– Chuis pas un bébé ! »

Gael prit l’appareil :

« Oui, allô ?… Oh, Mme Maubry, bonjour. C’est très gentil d’appeler… Oui, ça va, merci. … Un genou déboîté… Non, rien de plus grave. Ah, on ne sait pas encore, ça. La police doit passer ce matin pour faire un bilan. … Ah euh… Ben on ne sait pas encore non plus, on est en train d’y réfléchir. … Oh… Euh… Ben oui mais euh… Ne vous dérangez pas…?… Ah, bon ben si vous insistez… Oui, oui, on sera ici, il n’y a pas de souci. D’accord, ben merci. A tout à l’heure, alors, et n’hésitez pas à appeler si vous ne trouvez pas la maison… Au revoir. »

Il raccrocha et contempla l’appareil avec scepticisme.

« Qu’est-ce qui se passe ?

– Mme Maubry va passer nous voir en fin d’après-midi. Elle voulait faire un point après ce qui s’est passé sur notre avenir au lycée, savoir si on reste ou pas et tout…

– Sérieux ? sursauta Johann.

– Oui, elle m’a dit qu’elle finissait à 4 h et qu’elle venait après.

– C’est qui ? demanda Phil qui s’était rassis à côté de lui.

– Notre prof principale.

– Une femme très professionnelle, nota Yulian. C’est aimable à elle de se déplacer. »

Les chats étaient revenus et le corbeau aussi, et Phil était parti jouer avec eux, lorsque les policiers arrivèrent. Yulian avait à nouveau levé le sort de son frère pour ne pas prendre de risque. Ils s’installèrent au salon et Tsume alla refaire du café.

Ce coup-ci, les deux hommes avaient un ordinateur et une imprimante portables, pour prendre les dépositions et les imprimer pour les leur faire signer.

Les trois garçons racontèrent donc à nouveau ce qui était arrivé, Yulian traduisant à nouveau posément les paroles de son frère.

Après quoi, le lieutenant Devray leur expliqua où eux en étaient :

« Jérémie Doloirs a passé la nuit en garde-à-vue et sa sœur n’y a échappé que parce qu’elle est encore mineure. Mais ils sont inculpés tous les deux, leur échange de messages d’hier après-midi ne laisse aucun doute sur le fait qu’il s’agissait bien d’une agression préméditée contre vous, vous deux, précisa-t-il en désignant Gael et Johann. Cathy Mittont est soupçonnée de complicité, mais il n’y a pas de trace sur son propre téléphone, donc, on a peu de preuves. Elle dit qu’elle n’est au courant de rien et qu’elle n’a jamais demandé qu’ils vous agressent. Reste qu’à l’heure des messages, vous étiez en cours et qu’elles parlaient ensemble, nous avons plusieurs personnes qui nous l’ont dit en plus de vous. Après, il ne semble pas qu’ils avaient l’intention de vous blesser ou de vous tuer, rien ne le prouve clairement et ils s’en défendent.

– D’accord, et si le but n’était pas de nous blesser ou de nous tuer, c’était quoi ? demanda Johann, tremblant et blasé.

– Ouais, parce qu’on va dire que c’était plutôt bien imité… renchérit Gael avec un soupir.

– C’est là que vous allez devoir trancher, leur répondit Devray.

– Nous ? » sursautèrent les deux jeunes gens.

Le lieutenant hocha la tête.

« On a clairement affaire à de jeunes crétins qui n’avaient pas du tout pensé aux conséquences de leurs actes. Ils disent qu’ils voulaient se venger, vous faire peur, vous donner un avertissement, j’en passe, ce n’est pas clair et franchement, ils n’en savent sûrement rien eux-mêmes.  

– Et qu’est-ce qu’on vient voir là-dedans ? interrogea Johann en fronçant les sourcils.

– Ben tout dépend de la nature de votre plainte.

– C’est à dire ? le relança Gael.

– Ben en gros, je ne sais pas ce que décidera le procureur, mais il y a plusieurs options pour vous. Soit vous jugez qu’ils ont « juste » voulu vous blesser et vous portez plainte pour coups et blessures. Dans ce cas, pour vous, monsieur Dalo, avec votre blessure, ils risquent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. Pour vous, monsieur Ravert, tout dépendrait de si vous jugez qu’il y a eu violence psychologique, puisque vous n’avez pas subi de blessure physique. Si non, c’est une amende de 750 €, si oui, il faudrait voir avec des médecins, on en revient à l’histoire des huit jours d’incapacité…

– D’accord, je vois, dit pensivement Johann. C’est vrai que ça m’a secoué, mais après je saurais pas trop le quantifier… Il faudrait que j’appelle mon psy…

– Et l’autre option ? demanda gravement Gael en croisant les bras.

– Et bien, c’est que vous jugiez qu’ils voulaient vraiment vous tuer et que vous portiez plainte pour tentative d’homicide.

– D’accord… Et là, ils risquent quoi ?

– Trente ans de prison. »

Les policiers ne purent retenir un sourire face à la stupéfaction de leurs hôtes. Devray écarta les mains pour expliquer :

« C’est la peine maximum. En fait, en France, la distinction se fait entre l’homicide volontaire et involontaire, pas sur la réussite ou pas des actes. Une tentative d’homicide est donc jugée comme un homicide et les peines sont les mêmes. Et la complicité est répréhensible aussi.

– Intéressant, nota Yulian avec un sourire en coin.

– Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne en Russie ? lui demanda Frontaux, curieux.

– Aucune idée, répondit aimablement le Russe. Je ne sais plus où en sont les lois et à l’époque, personne ne venait m’ennuyer. »

Tsume, Gael et Johann éclatèrent de rire et les policiers, d’abord surpris, et Yulian suivirent. Kirill fronça un sourcil. Qu’est-ce qu’il avait encore dit, ce grand dadais ?

Le calme revenu, Devray reprit :

« Vous avez six ans pour porter plainte, mais en fait, ça serait bien que vous ne traîniez pas trop.

– Est-ce que je peux vous poser une question ? reprit Gael.

– Poser, toujours.

– Hier, vous nous avez dit que vous connaissiez Jérémie Doloirs. Il avait déjà fait un truc comme ça ?

– Non. Enfin, agression, insultes, violence, oui, mais foncer sur quelqu’un avec sa voiture, non.

– Et vous pensez qu’il est sincère quand il dit qu’il n’avait pas l’intention de nous tuer ?

– Oui. Ça n’excuse rien, nous sommes d’accord là-dessus, mais je pense sincèrement qu’il n’a pas pensé si loin… Pas vraiment pensé tout court, d’ailleurs…

– Et Sonia ?

– Furieuse et très agressive, mais pas beaucoup plus futée. Ils sont tous les deux tombés des nues quand on leur a dit ce qu’ils risquaient, ils étaient persuadés que c’était pas grave… Elle a même essayé d’argumenter que c’était vous les responsables puisque vous les aviez cherchés. Apprendre que non et qu’en plus, elle serait moralement responsable de tout, puisque c’était elle qui avait incité son frère à agir, alors que lui n’avait rien à voir avec vous, ça l’a à peine calmée…

– Et Cathy ? demanda Johann.

– Elle, le simple fait d’être interrogée au poste l’a terrorisée, elle a tout nié, juré qu’elle ne savait rien, qu’elle était juste très malheureuse de vos refus, mais tout le reste, elle leur a collés sur le dos. A mon avis, elle ne traversera plus hors des clous avant un bon moment. Mais vous pouvez la poursuivre aussi si vous jugez qu’elle est complice, même si ce n’est que de ne pas les avoir arrêtés ou donné l’alerte. »

Il y eut un long silence que Gael finit par interrompre :

« Je sais pas quoi vous dire… J’ai pas envie de les enfoncer, mais je peux pas faire genre tout va bien non plus…

– J’en suis un peu là aussi… » grimaça Johann.

Yulian traduisait tout à Kirill qui posa une question. Son frère traduisit :

« Kirill voudrait savoir si vous pensez qu’il y a des risques de récidive s’ils ne sont pas punis.

– Difficile à dire, avoua Frontaux et Devray enchaîna :

– Oui, on ne peut pas le jurer, mais on va dire que malheureusement, face à ce type de personnalité, il y a des risques… Mais même s’ils sont punis, on ne peut jamais savoir. Ça peut leur servir de leçon ou pas… »

Il y eut un nouveau silence et cette fois, ce fut Yulian qui le rompit :

« Merci beaucoup de votre sincérité, messieurs. Je pense que nos jeunes amis vont devoir prendre un peu de temps pour réfléchir.

– Ça n’est pas un problème. »

La porte d’entrée s’ouvrit et ils entendirent Phil qui disait :

« Merci, Yuuki, t’es trop gentille ! »

Tsume s’excusa et se leva pour aller voir.

« Yuuki, tasuke ga hitsuyō ? [Yuuki, tu as besoin d’aide ?]

– Hm, arigatô…«  [Oui, merci…]

Phil vint voir dans le salon et s’arrêta à la porte, interloqué :

« Oh ?… Ah, c’est les messieurs de la police ? Bonjour.

– Bonjour.

– Vous avez trouvé qui c’était dans la voiture ? demanda-t-il en s’approchant.

– Oui, on a trouvé.

– Et il est en prison ? »

Devray sourit et Frontaux gloussa. Le lieutenant répondit :

« Pour le moment, il est au commissariat. Pour la prison, on verra, il faut qu’un juge décide.

– Mais ils vont pas revenir encore pour taper Gael et Johann ? »

Cette fois, les policiers regardaient l’enfant avec surprise et ce dernier fronça les sourcils :

« Non hein ?

– Ben, on va essayer d’éviter… » répondit Devray.

Phil releva un sourcil :

« C’est pas votre travail d’empêcher les gens méchants de taper les autres ? »

Devray sourit à nouveau :

« Si, si, on aimerait bien, mais en vrai, c’est beaucoup plus compliqué que ça…

– Ah bon ?

– Oui, mais on fait tout ce qu’on peut, promis.

– Ben merci, alors. »

Les policiers partirent peu près.

Gael resta a se reposer sur le canapé en compagnie de Tsume, Kirill et Johann alors que Phil allait aider Yulian et Yuuki à préparer le déjeuner et mettre la table. Ils mangèrent dans une bonne ambiance, puis Tsume porta Gael en haut, dans leur chambre, pour le coucher. Il lui laissa un bâton à portée de main afin qu’il puisse frapper le sol pour les appeler si besoin.

Yuuki s’était installée à la table du salon pour regarder un peu ses mails alors que les garçons avaient allumé la console pour changer un peu les idées à un Johann toujours en petite forme.

Yulian, lui, était parti un peu avec Phil pour aller chercher ses chiens et les promener un peu. 

Lorsqu’ils revinrent, Yuuki était en train de jouer du koto non loin de Layla qui lisait, toutes deux assises sur des fauteuils, alors que les trois jeunes gens avaient délaissé la console pour une partie de scrabble, destinée surtout à faire bosser leur français à Tsume et Kirill.

Tsume sourit à Phil :

« Ah, Phil, tu tombes bien. Ça va être l’heure que Gael prenne médicaments, tu peux lui monter avec de l’eau ?

– D’accord ! »

Le petit bonhomme prit une bouteille et les boites et fila en haut.

« Scotchés à ce point à votre jeu ? demanda Yulian aux trois autres et Johann répondit :

– Non, juste envie que Phil se sente utile.

– Oh, c’est gentil pour lui. »

Phil était effectivement content d’aider son frère. Il toqua doucement à sa porte et attendit qu’une voix ensommeillée ne l’y autorise pour ouvrir :

« Gael, il faut que tu prennes tes médicaments.

– Ah oui, merci, mon bébé… »

Phil s’approcha en protestant :

« Chuis plus un bébé ! »

Gael gloussa en se redressant :

« Si, t’es mon bébé. »

Phil lui donna la bouteille et les cachets en lui demandant :

« C’est pas les mamans et les papas qui disent ça ? »

Gael avala tout calmement avant de répondre :

« Si, mais t’es quand même mon bébé à moi. »

Gael se rallongea et sourit à son petit frère :

« C’est pas parce que je suis pas ton papa ni ta maman que t’es pas mon bébé, mon petit frère chéri… Tu viens me faire un câlin ? »

Phil sourit et vint se coucher contre lui. Gael passa son bras autour de lui et lui dit :

« Tu t’en souviens pas, je pense, mais quand tu étais tout petit, Maman n’allait pas bien et c’est surtout moi qui m’occupais de toi… Et c’était très dur et j’étais souvent très très fatigué… C’était super galère au collège en plus et tout… Et je rentrais tard et j’étais crevé, et Maman dormait sur le canapé à cause de ses traitements… Et toi tu étais dans ton parc, tu jouais sagement, et quand tu entendais la porte de l’appart’, tu venais t’accrocher au bord du parc en m’appelant… Et quand je venais, tu m’appelais plus fort et tu tendais tes petits bras vers moi en me faisant un grand sourire… Et moi j’oubliais tout ce qui n’allait pas et je te prenais dans mes bras pour te faire un gros gros câlin… Et sérieux, j’aurais jamais tenu si t’avais pas été là… »

Il y eut un long silence avant que Phil, qui ne savait pas trop s’il devait rire ou pleurer, ne demande timidement :

« C’était très dur avec Maman ?

– A la fin, elle était vraiment très très malade, tu sais. Elle dormait beaucoup, elle était complètement à l’ouest, elle gérait plus rien… C’était pas facile. Mais toi, t’étais là avec tes grands yeux et tes sourires alors ça allait quand même.

– Je m’en souviens plus beaucoup, de Maman…

– C’est normal, mon bébé. Tu étais petit et comme je te disais, à la fin, elle était trop malade pour s’occuper de toi. L’important, c’est que tu l’oublies pas, que tu continues à penser à elle et à l’aimer. »

*********

Guillaume rentra bien plus tard et crevé que prévu. Il était d’humeur maussade et avait juste envie d’une bonne douche et de se vautrer sur son canap’ ou un fauteuil, au moins.

Il crut que c’était foutu lorsqu’en arrivant, Yuuki sortit de la cuisine, où elle faisait goûter Radidja et Phil avec Layla, pour lui expliquer que la professeure principale des garçons était avec eux et Yulian au salon. Mais elle ajouta qu’elle venait juste d’arriver, alors il décida de quand même aller se doucher.

Il ne fit que passer les saluer avant de filer à la salle de bain. Il prit le temps de se délasser un bon coup avant de les rejoindre et d’enfin s’installer dans un fauteuil. Ouf.

« Merci beaucoup d’être venue, madame Maubry.

– Je vous en prie, monsieur Dalo, c’est mon travail. Je suis heureuse que les conséquences de cette pitoyable affaire n’aient pas été plus graves… Les garçons me disaient qu’ils envisageaient de changer de lycée, avec votre accord ? Je pense que c’est une très bonne idée et je sais que le lycée Saint-Dominique est très bien.

– Ah, on se demandait justement ? Vous le connaissez ? la questionna Guillaume.

– Mon mari y travaille, répondit-elle avec un clin d’œil. C’est un lycée sous contrat avec une équipe pédagogique très dynamique, même si la direction renâcle un peu, le directeur est assez vieux. Le lycée public de La Jacquière est bien aussi, mais avec la carte scolaire, je doute qu’ils vous acceptent, même dans ces circonstances. Le rectorat est très ferme là-dessus.

– En fait, pour être honnête, lui dit Guillaume, je pensais à St-Dominique, mais je m’inquiète un peu pour Gael…

– Moi ? s’étonna le jeune homme.

– Lui précisément ?

– Les propos de notre évêque sur les membres de la communauté LGBT ne brillent pas par leur gentillesse, alors un lycée catho…

– Ah, ça, reconnut Gael et les autres tiltèrent avec lui.

– Je vois, sourit l’enseignante. Mais ça devrait aller, je crois… »

La sonnerie énergique d’un téléphone l’interrompit et l’identifiant, Tsume cria :

« Yuuki, denwa ! [Yuuki, téléphone !]

– Haaaai ! » [Ouiii !]

Elle arriva en s’excusant pour prendre l’appareil resté posé sur la table du salon et faire la moue avant de décrocher :

« Monsieur Carroux, bonjour… Ah, oui, j’ai vu votre mail, j’allais vous répondre ce soir… Ah, c’est urgent…? Eetooo… Un instant, s’il vous plaît. »

Elle s’approcha de Guillaume :

« Guillaume, sumimasen, c’est la fédération de kendo… Il y a journalistes qui veulent m’interviewer et ils voulaient savoir s’ils pouvaient ici ? C’est ta maison alors, est-ce que tu es d’accord ? Ça serait dans quelques semaines.

– Ah euh… Bonne question, répondit le chercheur, un peu pris au dépourvu. Ben écoute, dedans je préférerais pas, mais si le jardin leur va, pas de problème…

– D’accord, arigatô… »

Elle sortit de la pièce pour achever sa discussion sans plus les déranger.

Madame Maubry la regarda filer, amusée :

« C’est animé, ici !

– Oh non, là c’est assez calme… la corrigea Yulian, les faisant rire. Vous disiez, pour ce lycée ? 

– J’allais vous dire que je ne pense pas que Gael aurait trop de souci là-bas si on considère qu’une des collègues de mon mari a épousé sa compagne l’été dernier.

– Ah, ça pourrait être bon signe… »

Guillaume hocha la tête :

« On va se renseigner, ce n’est pas encore drastiquement urgent.

– Pour le reste, vous n’avez pas à vous en faire. Nous en avons parlé avec le reste de l’équipe et nous allons veiller à ce que vos dossiers ne souffrent pas de cette histoire. Vous êtes trois jeunes gens très intelligents et il ne faut pas qu’il y ait de souci à cause de l’inconséquence de petits idiots sans cervelle.

– Merci, c’est gentil… lui dit Johann.

– C’est normal. Ce qui se passe n’est absolument pas de votre faute. Si vous le permettez, j’aimerais d’ailleurs l’expliquer à la classe. Il me parait très important que les choses soient clairement dites, surtout vu les rumeurs qui traînaient déjà aujourd’hui.

– Du genre ? sourit ironiquement Gael. Je suis paraplégique ?

– Pas loin…

– Aïe aïe aïe… soupira-t-il.

– C’est vraiment naze… grommela Johann. Sérieux, ils ont rien d’autre à faire que perdre du temps à inventer de la merde…

– Ouais, triste le nombre de gens qui ont du temps à perdre, renchérit Guillaume, surtout quand on sait à quel point j’en manque… »

Johann raccompagna poliment sa professeure à sa voiture lorsqu’elle repartit. Les autres le laissèrent faire, comprenant qu’il voulait lui parler en privé.

« Je suis contente que tu n’aies pas été blessé, Johann, lui dit-elle gentiment alors qu’il lui ouvrait le portail.

– Merci… Moi, je m’en veux à mort de toute cette histoire…

– Il ne faut pas, tu n’y es pour rien.

– Je sais… Mais rien que l’idée que Gael aurait pu mourir…

– Il ne l’est pas et ça n’aurait quand même pas été ta faute. »

Elle lui sourit et tapota son bras :

« Tu n’es coupable de rien, Johann. On en a parlé, tu sais ? Ni de tes agressions, ni de la mort de tes parents, ni de cet incident. Les seuls responsables, ce sont les personnes qui agissent. Pas ceux qui subissent. Tu étais un enfant, tu ne pouvais rien faire. Et là, dans cette histoire, tu as fait ce qu’il fallait en disant non à Cathy. Si Sonia et elle se sont monté le bourrichon comme des idiotes, tu n’y es pour rien.

– Vous croyez qu’ils voulaient nous tuer ?

– Non, je ne pense pas… C’est presque triste, mais à mon avis, ils ne sont pas assez intelligents pour avoir pensé jusque là… »

Ils arrivaient à sa voiture et il se gratta la tête :

« Merci pour tout, m’dame. C’était cool, vos cours et tout… Et c’est cool aussi de m’avoir écouté, euh… »

Elle lui sourit encore et lui tendit les bras. Il sourit, un peu rose, et ils s’étreignirent :

« Tu es un brave garçon, Johann, intelligent et plein d’avenir. C’est normal que tu sois un peu dans le doute, à ton âge, surtout après ce que tu as vécu. Mais ne doute pas de toi et de tes forces, parce que tu en as beaucoup et quoi que tu veuilles faire, tu pourras y arriver. »

Il renifla en la lâchant :

« Merci, madame…

– De rien ! Vous avez mon mail, n’hésitez pas à me donner des nouvelles !

– Promis. »

*********

Guillaume s’étira en grommelant et Gael remarqua :

« T’es rentré plus tard que prévu, ça va ? Un souci à la fac ?

– Non, si seulement… J’aurais préféré… Non, c’est un peu plus chiant que ça… Wenceslas m’a appelé en catastrophe pour que j’aille au campement, tu te souviens de Slavek, Blanka et Josef ?…

– Euh, les SDF tchèques, là, ceux qui nous avaient aidé quand on s’est connu ?

– C’est ça. Il y a des problèmes depuis un moment, ils se font harceler par les flics et comme si ça suffisait pas, il y a des bandes de petits fachos qui viennent aussi les emmerder… Et là, il y a eu une attaque la nuit dernière…

– Houlà, moche… reconnut le jeune homme.

– Il y a eu des blessés ? demanda Tsume, navré d’apprendre ça.

– Josef est à l’hôpital… Mais c’est pas trop grave, il va s’en tirer. Ce n’est pas ça qui les inquiète le plus…

– Quoi d’autre ? demanda gravement Yulian.

– Les paroles de certains agresseurs… Ils voulaient purifier la ville des sorciers et des démons… »

Il y eut un silence surpris. Puis Gael secoua la tête :

« C’est quoi ce délire ?…

– Ils ont peur que des cinglés veuillent briser le Pacte de Lyon… »

Yuuki leur apporta gentiment de la citronnade et des onigiris au chocolat et à la confiture. Elle leur fit un clin d’œil :

« On fait devoirs de Radi avec Phil, à la cuisine, vous êtes tranquilles. »

Et elle repartit.

« C’est quoi, cette histoire de Pacte ?

– Une vieille histoire, soupira Guillaume. Liée à l’histoire de Lyon et celle de la France… »

L’historien sourit :

« Gael, tu expliques ? »

Johann revint à ce moment :

« Ooooooh, onigiris au chocolat !!! »

Ils rirent alors qu’il se rasseyait.

« Tu fais suer, protesta Gael. Je suis en convalescence !

– Bon, bon, d’accord… Mais c’est bien parce que c’est toi.

– Ouais non, mais laisse tomber, bâilla encore le blessé. De toute façon, les médocs me retournent tellement la tête que je suis pas sûr que je retrouverais mon lit si Tsu m’y portait pas…

– Ah ouais, quand même… »

Ils rirent encore et Guillaume expliqua :

« Je vais vous la faire simple… Vous le savez, vers la fin du Moyen-Age, il y a eu le premier Pacte, celui entre notre monde et le Second, pour verrouiller les Portes et les tenir séparés.

– Ça, oui, on a suivi, opina Johann entre deux bouchés.

– Le temps a passé, mais un certain nombre de groupes humains, surtout religieux, ont continué à nous combattre et nous pourchasser, pour des tas de raisons, nous piquer nos pouvoirs, juste nous buter parce qu’on est des méchants sorciers serviteurs du Diable, accéder aux richesses du Second Monde, etc., etc. … Ici, il y a eu la Révolution et après, la rupture entre l’Eglise et le pays qui a permis aux Conseils de Paris, Lyon, Bordeaux, Strasbourg et Marseille de se renforcer. Ça n’a pas duré, mais quand l’Eglise est revenue, nos structures étaient assez solides. Quand l’évêché de Lyon a voulu réimposer sa loi, il s’est bien fait exploser et ça l’a bien calmé… En plus, début XXe, les esprits commençaient à se calmer sur les superstitions. Il y a donc eu un Pacte entre le Conseil de sorciers de Lyon et l’évêché. Rien de fabuleux : un simple accord de non-agression.

– Chacun chez soi ? s’enquit Yulian avec un sourire.

– C’est ça. On gère le surnaturel quand il y en a et eux nous laissent gérer et surtout nous foutent la paix. Enfin, ça, c’est la théorie, parce que depuis quelques années, on a régulièrement des soucis avec des bandes de petits excités qui viennent nous chercher des poux…

– D’où tes inquiétudes concernant la Porte ?

– Oui, aussi. Mais c’est de pire en pire… Les délires fanatiques recommencent et Lyon est un sacré nid d’ultra-cathos bien excités, auxquels l’évêque a laissé bien trop de champ libre. Du coup, c’est le bordel… Mais ils ne veulent rien savoir, officiellement, c’est pas eux, ils y sont pour rien et ça commence à vraiment nous gonfler… Même après l’attaque de cette nuit, ils ne veulent rien entendre. Magdala est allée les voir en personne ce matin pour leur dire que c’était la dernière fois qu’on tolérait une attaque de ce genre. Mais rien à faire, c’est pas eux, ils savent pas… Wenceslas a vraiment peur que ça finisse mal, que certaines personnes veuillent vraiment rompre le Pacte. Du coup, il y a des chances qu’on soit appelés en renfort s’il y a de nouveau des soucis et il faut qu’on soit plus vigilants que jamais sur la surveillance de la Porte. Et discrets. Si ces gars-là ne savent pas qu’elle existe, il ne faut pas qu’ils le découvrent ou on sera mal, vraiment mal.

– D’accord, c’est noté. » opina Yulian et les autres hochèrent gravement la tête.

Il réfléchit un instant et demanda :

« Veux-tu que je prévienne les Elfes la prochaine fois que j’irai voir ma mère ?

– Oui, n’hésite pas. »

*********

Yuuki était un peu mal à l’aise et se demandait vraiment si elle avait bien fait d’accepter cette interview. La journaliste lui paraissait bien excitée et un peu trop curieuse. Elle avait dû être très ferme sur la question de son passé au Japon et de son changement de genre. Il était hors de question que la chose devienne publique en France alors même que les procès n’avaient pas encore eu lieu au Japon.

Il faisait très chaud, en ce début de juillet, mais à l’ombre des arbres du jardin, l’air était respirable. L’équipe, composée de la journaliste, d’un cameraman et d’un perchiste, était là pour la journée. Le matin, ils avaient paisiblement pris quelques plans du stage d’été de club d’arts martiaux du village, que Yuuki co-animait avec Pao Wang, le paisible prof qui était tout triste que Gael et Tsume n’en soient ni l’un ni l’autre cette année, l’un étant à peine déplâtré et l’autre officiellement malade, car il ne valait toujours mieux pas que les gens sachent qu’il avait des chaleurs. Par contre, Pao Wang était très content d’avoir récupéré Kirill et Yulian.

Ceci fait, après une petite pause repas pendant laquelle ils avaient fait quelques plans du village, ils s’étaient donc installés dans le jardin de la maison pour l’interview en tant que telle.

Ils avaient posé la caméra devant un petit banc de pierre ancien, devant un mur couvert de vigne vierge en fleurs. Le cameraman avait eu un peu peur des abeilles qui voletaient là, mais étrangement, ces dernières étaient très calmes et semblèrent même aller voler ailleurs. Yulian n’était pas loin, surveillant sans intervenir, mais très vigilant. Lui aussi trouvait cette jeune femme un peu trop extravertie… Elle ne semblait pas méchante, ni malintentionnée, mais par contre, elle était clairement dans son trip, en mode fangirl.

Phil vint voir ça, aussi intrigué que les chats qui l’accompagnaient. Il resta cependant avec Yulian alors que les chats étaient plus hardis. Jezabel et Belial allèrent un peu voir ça de plus près, alors que Samael restait plus timide et revint vite dans les jambes de Phil. Ce dernier le prit dans ses bras pour le poser sur son épaule.

« T’en fais pas, c’est juste des gens qui passent, ils ne vont pas rester…

– Maou…?

– Oui, ils veulent juste poser des questions à Yuuki…

– Mrrrr…?

– Je sais pas, tu sais, toi, Yulian ?

– Cette femme adore le kendo et est folle de joie que Yuuki rejoigne l’équipe de France, alors maintenant que c’est officiel, elle voulait la rencontrer pour lui demander deux-trois trucs…

– Miaou, nota le chat.

– Oui, je trouve aussi… approuva Phil en faisant la moue.

– Yuuki n’est jamais très à l’aise dans ces situations… »

Le cameraman les interpella :

« Pardon, vous pouvez virer vos chats, là ? »

Yulian sourit, narquois, alors que Phil fronçait les sourcils. Jezabel avait grimpé dans le pieds de la caméra alors que Belial trouvait visiblement plus drôle de chasser les lacets du perchiste qui se marrait, comme la journaliste. Yuuki était très amusée.

Yulian fit une clin d’œil à Phil et approcha :

« Oh, désolé, ils sont très curieux.

– Non, mais c’est pas grave, juste, ça déconcentre… »

Yulian attrapa Jezabel en appelant son frère :

« Viens Belial, laisse le monsieur tranquille. »

Le chat poussa un miaulement déçu, mais obéit. Yulian gloussa :

« On veut pas le savoir, viens là. »

Le chat sembla grogner et rejoignit le grand Russe qui s’accroupit pour le caresser :

« Mais si, bien sûr qu’on t’aime… »

Les autres riaient toujours et le cameraman secoua la tête et demanda :

« Bon, puisqu’on est en pause, est-ce que je peux vous emprunter vos toilettes ?

– Oh, ça doit pouvoir se faire, venez, je vais vous montrer où c’est. »

Yulian reposa Jezabel et escorta poliment le cameraman à l’intérieur, jusqu’aux WC. Il sourit en entendant les garçons qui jouaient au salon. Pendant que l’homme faisait son affaire, il alla jeter un œil. Ils avaient l’air de bien s’amuser, en tout cas.

L’homme revint et ils retournèrent au jardin.

L’interview reprit plus calmement et s’acheva bientôt. La petite équipe remercia très chaleureusement Yuuki de sa gentillesse et de son accueil et lui assura qu’elle recevrait le montage pour le valider avant sa diffusion.

Yulian les regarda partir et passa son bras autour d’elle :

« Ça va, ma chérie ?

Hm, oui, ça va… J’avais un peu peur, mais ça va… Elle est restée polie… »

Elle sourit, rosissant, en se resserrant contre lui :

« Mais je suis contente que c’est fini.

– Moi aussi… Viens, on sera mieux dedans… J’ai envie d’une glace… »

*********

Le soleil de plomb de ce camp de réfugiés d’Afrique aurait fait regretter la canicule estivale à n’importe quel Français.

Dans la tente du dispensaire, le calme régnait et le responsable des lieux regardait avec un petit sourire discret une petite fille toute fière de remarcher enfin avec sa toute nouvelle prothèse de jambe et sa mère en larmes près d’elle. Une assistante vint lui dire tout bas, pour ne pas déranger la scène :

« Il y a quelqu’un qui veut vous voir, ça a l’air urgent.

– D’accord, merci, Maryam. »

Il soupira, sourit en entendant le rire de la fillette et sortit de la tente.

Avant de sursauter en voyant qui l’attendait.

Une femme aux cheveux gris, relevés en chignon, en tailleur strict, avec un attaché-case sombre, qui lui sourit avec douceur :

« Bonjour, Sakariel. »

Il sursauta et regarda tout autour d’eux :

« Ne m’appelle pas comme ça ici, bon sang ! »

Il l’entraîna rapidement vers une autre tente, plus petite, où se trouvait un bureau couvert de papiers et un vieil ordinateur portable.

« Ne t’en fais pas, personne ne nous a entendus.

– Qu’est-ce que tu fais là ?

– Je suis désolée, mais nous avons une mission très urgente pour toi. »

Elle sortit un dossier de sa sacoche pour le lui tendre :

« Le Pacte est en danger en France. »

Il blêmit en le prenant :

« Tu plaisantes ?

– Non, hélas. »

Il prit le dossier et le feuilleta :

 » … Bon sang… Mais que font les nôtres ?

– Ils sont bloqués. Sans preuve, notre hiérarchie ne veut rien savoir et ne bougera pas. Ces preuves, il faut que tu les trouves.

– Tu peux compter sur moi. »

Il sourit en s’arrêtant sur une page :

« Oh, magnifique, vous avez vraiment tout prévu… C’est une très belle couverture que vous m’avez peaufinée là.

– Oui, toi qui aimes bien t’occuper des petits humains, ça devrait t’aller comme un gant. »

Il eut un petit rire :

« J’avoue. Ca me botte. »

Il hocha la tête :

« Dis à nos maîtres qu’ils peuvent compter sur moi. Le Pacte ne tombera pas. »

À suivre… Dans le prochain épisode !! 😉

10 réponses à La Dame au Renard, Une Histoire de Famille 07

  1. amakay dit :

    ohhh TROP BIEN !
    Vivement la suite.
    Merci bichette

  2. Armelle dit :

    Noooooooooooooooooooooooooon !!!! Tu peux pas nous laisser sur une fin pareille !!! Qui c’est ce nouveau perso ? Un gentil ? Si il veut protéger le Pacte, je dirai que oui mais avec toi, rien n’est moins sûr… Tu en as trop dit ou pas assez !!!!! Vilaine !!!! Sadique !!!

    Sinon, je suis un peu comme les garçons… partagée sur la peine à donner aux trois crétins… Je me demande ce qu’ils vont décider…

    Et j’aime pas le cameraman ! Il a râlé après les chats ! Il est pas gentil !

    Et j’espère que ça va aller pour les Tchèques… Ils étaient gentils eux…

    Bref, vivement la suite !!!!

    • Ninou Cyrico dit :

      @Armelle : Lol !! Et si je peux !! Mouahahahahahahahah !!!
      Hm bref, oui, ben désolée, mais fallait bien lancer la suite quoi *hop*. ^^’
      J’ai pas encore tranché sur la peine non plus, et t’en fais pas pour les Tchèques, ça va aller. ^^
      La suite bientôt :p !!

  3. Pouika dit :

    Merci et vivement la suite !
    Et Phil qui fait des rêves de renard et de femme mystérieuse …

  4. Armelle dit :

    Aaaaaaaaah !!! Je l’attendais tant la suite de la petite famille ^^ (plus si petite d’ailleurs XD)

    Merci pour ce superbe début ! J’adore !

    Kirill commence enfin à se sociabiliser, c’est bien ^^ Et les répliques entre Gaël et Johann sont géniales ^^

    J’espère que la petite conne de Cathy va en prendre pour son grade !!!!!

    Et où est passée Justine ? Elle va revenir pour défendre son cher Johann ?

    Vraiment hâte de lire la suite !!! (en plus y’a l’air d’y avoir de nouveaux méchants qui se profilent à l’horizon… Et pis je suis curieuse aussi de comprendre le titre parce que j’ai pas vu de renard pour le moment XD)

    Merci encore et… VIVEMENT LA SUITE !

  5. Pouika dit :

    Première à commenté, et décidément cette famille est formidable !
    En plus ce début il n’y a pas de fantastique, et j’adore quand même !

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